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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200508

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200508

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200508
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2021, et transmise au tribunal administratif de Pau par une ordonnance de renvoi de la présidente du tribunal administratif de Bordeaux du 4 mars 2022, M. C A, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 64,89 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, correspondant au reliquat de salaires qu'il estime lui être dû au titre du travail qu'il a effectué aux ateliers du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan au mois de décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le calcul effectué par le ministre de la justice est erroné dès lors qu'il retient une rémunération nette alors que les textes applicables donnent droit aux détenus de percevoir la rémunération brute en pourcentage du SMIC horaire applicable et en fonction de la nature de leurs fonctions ;

- le ministre de la justice ne lui a pas versé le reliquat de salaires d'un montant de 56,34 euros octroyé par courrier du 16 août 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut à ce qu'il soit fait droit à la demande d'indemnisation du requérant et au rejet du surplus.

Il fait valoir qu'une erreur a été commise dans le calcul de la rémunération due à M. A mais que ce dernier n'a pas tenu compte, dans le calcul de celle-ci, de la contribution sociale généralisée, ni de la contribution pour le remboursement de la dette sociale auxquelles il était assujetti.

Par une ordonnance du 19 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 avril 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sellès, présidente,

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, incarcéré au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, a exercé une activité professionnelle au sein des ateliers de cet établissement. Estimant avoir reçu, au cours du mois de décembre 2020, une rémunération inférieure à celle qu'il aurait dû percevoir, il a adressé le 15 avril 2021 une réclamation préalable au directeur de cet établissement afin d'obtenir le versement d'un reliquat de salaires qu'il a évalué à la somme de 64,89 euros. Par une décision du 16 août 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice lui a accordé une indemnisation partielle d'un montant de 56,34 euros, sous réserve de l'accord du requérant. Par sa requête, M. A demande au tribunal de condamner de l'Etat à lui verser la somme de 64,89 euros, assortie des intérêts à taux légal et de leur capitalisation.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale, alors applicable : " () Les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l'objet d'un contrat de travail. () / La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées ". Aux termes de l'article D. 432-1 du même code, alors applicable : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / () 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article D. 433-4 du code de procédure pénale, alors applicable : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l'article D. 121, à l'administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l'inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l'article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. (). ". S'agissant de l'assurance vieillesse, l'article R. 381-104 du code de la sécurité sociale dispose que : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus ". L'article R. 381-105 du même code dispose que : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration () ".

4. Enfin, en vertu de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale, il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement, dite contribution sociale généralisée (CSG), à laquelle sont notamment assujetties : " 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; / () ". Dans leurs versions alors applicables, le II de l'article L. 136-2 du même code disposait que : " La contribution est établie sur l'assiette correspondant aux cotisations forfaitaires applicables aux catégories de salariés ou assimilés visées par les décrets pris en application de l'article L. 242-4-4, dans leur rédaction en vigueur à la date de publication de la dernière loi de financement de la sécurité sociale ", et l'article L. 242-1 prévoyait que : " Les cotisations de sécurité sociale dues au titre de l'affiliation au régime général des personnes mentionnées aux articles L. 311-2 et L. 311-3 sont assises sur les revenus d'activité tels qu'ils sont pris en compte pour la détermination de l'assiette définie à l'article L. 136-1-1. Elles sont dues pour les périodes au titre desquelles ces revenus sont attribués ". L'article L. 136-1-1 du même code dans sa version en vigueur à compter du 1er janvier 2020 dispose que : " La contribution prévue à l'article L. 136-1 est due sur toutes les sommes, ainsi que les avantages et accessoires en nature ou en argent qui y sont associés, dus en contrepartie ou à l'occasion d'un travail, d'une activité ou de l'exercice d'un mandat ou d'une fonction élective, quelles qu'en soient la dénomination ainsi que la qualité de celui qui les attribue, que cette attribution soit directe ou indirecte ". Le I de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale institue " une contribution sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés aux articles L. 136-2 à L. 136-4 du code de la sécurité sociale ", dite contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), et prévoit que " Cette contribution est assise sur les revenus visés et dans les conditions prévues aux articles L. 136-2 à L. 136-4 et au III de l'article L. 136-8 du code de la sécurité sociale ".

5. Il résulte des dispositions citées aux points précédents que les personnes détenues sont au nombre de celles qui sont assujetties à la contribution sociale généralisée et que la rémunération qu'elles perçoivent en contrepartie du travail qu'elles effectuent dans les conditions prévues à l'article 717-3 du code de procédure pénale entre dans l'assiette de la contribution sociale généralisée ainsi que dans celle de la contribution pour le remboursement de la dette sociale. La cotisation salariale pour l'assurance vieillesse reste en principe à la charge de la personne détenue sauf le cas où celle-ci effectue un travail pour le compte des services généraux de l'administration pénitentiaire.

6. Il résulte de l'instruction que M. A, affecté aux ateliers du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan pour le mois de décembre 2020, y a exercé ainsi un travail relevant des activités de production au sens de la classification prévue par l'article D. 432-1 du code de procédure pénale précité, dont il n'est pas soutenu qu'il aurait été effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux.

7. En application des dispositions de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale, citées ci-dessus, la rémunération de ce travail ne pouvait être inférieure au taux horaire de 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance. Le taux minimum de rémunération horaire applicable à l'intéressé était ainsi de 4,57 euros. Il résulte de l'instruction que M. A a travaillé 18 heures en décembre 2020. Il y a lieu d'établir la rémunération brute de M. A en multipliant le nombre mensuel d'heures de travail par le taux horaire de rémunération correspondant, soit 82,26 euros.

8. La rémunération nette due à M. A s'établit en retranchant de ce montant brut, les sommes correspondant à la CSG, à la CRDS et à la cotisation salariale à l'assurance vieillesse. Les taux applicables sont, pour l'année 2020, de 7,3 % pour la part salariale de l'assurance vieillesse, pour la CRDS de 0,5 % s'appliquant à 98,25 % de la rémunération brute et pour la CSG, de 9,2 % s'appliquant, dans la limite de 62 %, à 98,25 % de la rémunération brute. Dès lors, le montant des charges salariales s'établit à 11,01 euros et le montant de la rémunération nette que M. A aurait dû percevoir à 71,25 euros.

9. Il résulte de l'instruction, notamment du bulletin de paie produit par M. A, que ce dernier a perçu pour le mois litigieux une rémunération nette de 14,90 euros alors qu'il aurait dû percevoir une rémunération nette de 71,25 euros, soit une différence de 56,35 euros, ainsi que le reconnaît le ministre de la justice en défense.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A la somme de 56,35 euros au titre du reliquat de salaires, sous réserve que cette somme ne lui ait pas déjà été versée dans le cadre de la procédure de réclamation préalable.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

11. D'une part, M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme qui lui est due, en application de l'article 1231-6 du code civil, à compter du 2 juin 2021, date de réception par l'administration de sa réclamation préalable.

12. D'autre part, en application des dispositions 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. M. A a demandé la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 juin 2022, date à laquelle a été due, pour la première fois, au moins une année d'intérêts, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais de l'instance :

13. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par le requérant au titre de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat versera à M. A, la somme de 56,35 euros (cinquante-six euros et trente-cinq centimes), sous réserve que cette somme ne lui ait pas été versée dans le cadre de la procédure de réclamation préalable, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2021. Les intérêts échus à la date du 2 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à l'AARPI Themis.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

M. SELLÈSL'assesseure,

L. NEUMAIERLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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