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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200514

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200514

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200514
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantCABINET FIDAL BAYONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars et 16 novembre 2022, la société d'exercice libéral par actions simplifiée (SELAS) Guerin et associées, mandataire liquidateur de la société Ely, représentée par Me Blazy et Me Loyce-Conty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Bayonne a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable présentée le 19 novembre 2021 ;

2°) de condamner la commune de Bayonne à lui verser la somme de 108 816 euros en réparation du préjudice subi par la société Ely du fait de la modification unilatérale de la convention d'occupation du domaine public communal par cette commune ;

3°) de condamner la commune de Bayonne à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral et vexatoire subi par la société Ely ;

4°) de condamner la commune de Bayonne à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice subi par la société Ely du fait de la privation par cette commune de la possibilité d'utiliser le parking du Trinquet Moderne ;

5°) de condamner la commune de Bayonne à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi par la société Ely du fait des agissements de cette commune qui ont eu pour conséquence son dépôt de bilan ;

6°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune de Bayonne la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

7°) de mettre à la charge de la commune de Bayonne les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- ses conclusions indemnitaires tendant à ce que la commune de Bayonne soit condamnée à lui régler la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi par la société Ely du fait des agissements de cette commune sont recevables ; le tribunal de la procédure collective n'est pas compétent, sur le fondement de l'article R. 622-3 du code de commerce, pour connaître de ces conclusions dès lors que, son action, ayant pour objet l'exécution d'une convention d'occupation du domaine public conclue entre la commune de Bayonne et la société Ely, et donc dirigée contre un tiers à la procédure collective pour des faits antérieurs au jugement du 21 octobre 2019, est sans lien avec l'ouverture de la procédure de liquidation judiciaire de cette société, ni ne subit son influence ;

- par son courrier du 8 juillet 2019, la commune de Bayonne a unilatéralement modifié la convention d'occupation du domaine public la liant avec la société Ely, ce qui s'apparente à une résiliation car cette modification vidait la convention de tout intérêt pour son bénéficiaire, dès lors que cette convention, valable jusqu'au 25 juin 2020 selon son article 3, prévoyait la possibilité pour la société Ely d'organiser le master des fêtes pendant les fêtes de Bayonne se tenant en juillet ; en contrepartie, la commune de Bayonne a l'obligation d'indemniser la société Ely de l'intégralité de son préjudice subi du fait de cette modification ; le préjudice financier de la société Ely sera réparé par le versement de la somme de 108 816 euros ; si la commune de Bayonne entend soutenir qu'elle a modifié la convention comme ses stipulations le permettent, son article 7 prévoit que les dates des événements organisés par la commune de Bayonne ou la fédération française de pelotes basques doivent être transmises au bénéficiaire au plus tard trois mois avant chaque évènement, ce qui n'a pas été respecté dans les faits ; sa demande d'indemnisation de son manque à gagner du fait de l'absence d'organisation du master des fêtes de l'année 2020 est fondée car si la convention prenait fin le 25 juin 2020, il n'est pas avéré qu'à la date du 8 juillet 2019, la convention n'aurait pas été reconduite ;

- la commune de Bayonne a modifié unilatéralement la convention d'occupation du domaine public la liant avec la société Ely, ce qui équivaut à une résiliation, sans respecter le délai de préavis de six mois prévu par l'article 3 de cette convention dès lors qu'elle a informé cette société de son intention de " reprendre la main " sur l'organisation du master des fêtes 2019 que par courrier du 8 juillet 2019 ; le préjudice moral et vexatoire de la société Ely sera indemnisé à hauteur de la somme de 15 000 euros ;

- l'octroi par la commune de Bayonne du droit d'occuper le parking du Trinquet Moderne pendant le master des fêtes 2019 à la fédération française de pelote basque, à laquelle cette commune a confié l'organisation de ce master, est à l'origine d'un préjudice d'occupation du parking pour la société Ely car l'article 1er de la convention d'occupation du domaine public la liant à la commune de Bayonne l'autorisait à utiliser ce parking et la société Ely y installait des chapiteaux couverts permettant de servir 300 repas par jour pendant les cinq jours de fêtes ; le préjudice de la société Ely sera évalué à la somme de 15 000 euros prenant en compte la marge nette de dix euros par repas ;

- ces agissements de la commune de Bayonne ont entraîné le dépôt de bilan de la société Ely qui ne pouvait plus être exploitée dans des conditions normales le Trinquet Moderne dès lors qu'une source importante de revenus lui a été retirée ; ce préjudice financier sera réparé à hauteur de la somme de 100 000 euros ;

- si la commune de Bayonne fait valoir que la société Ely ne respectait pas ses obligations contractuelles et n'assurait pas l'exploitation des locaux, le fait pour la commune de Bayonne d'avoir signé une convention d'occupation du domaine public communal avec la société Ely ne lui confère aucun droit de regard quant à l'organisation commerciale du restaurant qu'elle exploitait ; le procès-verbal de l'huissier de justice produit par la commune datant du 5 septembre 2019 est postérieur aux fêtes du master ; la commune de Bayonne ne l'a jamais mise en demeure de procéder au règlement de ses redevances d'occupation du domaine public, ni ne mentionne ces retards dans son courrier du 8 juillet 2019 ; si la commune de Bayonne prétend que la société Ely n'avait pas préparé en amont l'organisation du master des fêtes de l'été 2019, celle-ci a organisé l'événement en quinze jours, permettant de considérer que la société Ely en aurait fait de même.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 juillet 2022 et 17 janvier 2023, la commune de Bayonne, représentée par Me Declety, conclut :

1°) à titre principal, à l'incompétence du tribunal administratif de Pau au profit du tribunal de commerce de Bayonne pour statuer sur les conclusions indemnitaires de la société Guerin et associés, en qualité de mandataire-liquidateur de la société Ely, aux fins de versement de la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi par cette société du fait de ses agissements qui auraient eu pour conséquence le dépôt de bilan de cette dernière ;

2°) au rejet, comme non fondées, des conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice subi par la société Ely du fait de la modification unilatérale de la convention d'occupation du domaine public communal à hauteur de 108 816 euros, du préjudice moral et vexatoire à hauteur de 15 000 euros et du préjudice financier du fait de la privation de la possibilité d'utiliser le parking du Trinquet Moderne à hauteur de 15 000 euros ;

3°) à titre subsidiaire, au rejet comme irrecevables des conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice de dépôt de bilan de la société Ely de 100 000 euros ;

4°) en tout état de cause, au rejet des conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle elle a rejeté implicitement la demande indemnitaire préalable présentée le 19 novembre 2021 ;

5°) à ce que soit mise à la charge de la société Guerin et associées, en qualité de mandataire-liquidateur de la société Ely, la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) à ce que soient mis à la charge de la société Guerin et associées, en qualité de mandataire-liquidateur de la société Ely, les entiers dépens de l'instance.

A titre principal, elle soulève, sur le fondement de l'article R. 662-3 du code de commerce, l'exception d'incompétence du tribunal administratif de Pau au profit du tribunal de commerce de Bayonne pour statuer sur les conclusions indemnitaires de la société Guerin et associés, en qualité de mandataire-liquidateur de la société Ely, aux fins de versement de la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi par cette société du fait de ses agissements qui auraient eu pour conséquence le dépôt de bilan de cette dernière.

A titre subsidiaire, elle oppose une fin de non-recevoir des conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice de dépôt de bilan de la société Ely tirée de l'absence de formulation de cette demande dans le cadre de la réclamation indemnitaire préalable présentée par la société Guerin et associées le 19 novembre 2021.

En tout état de cause, elle soutient que :

- la société Ely n'est pas fondée à présenter des demandes indemnitaires dès lors qu'elle a manqué à ses obligations contractuelles issues de la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016 ;

- la cessation de paiement par la société Ely était caractérisée bien antérieurement à la reprise en main de l'organisation des masters de fêtes de juillet 2019, à la résiliation de la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016 par courrier du 25 septembre 2019 et au prononcé de sa liquidation judiciaire le 21 octobre 2019, de sorte qu'il n'y a aucun lien de causalité entre cette résiliation et les difficultés financières de cette société ; la société Ely était gravement défaillante dans le règlement des redevances d'occupation du domaine public depuis février 2018 ainsi que des loyers dus au titre du bail commercial depuis novembre 2017 ;

- aucune faute ne peut être caractérisée par la société Ely à son encontre de sorte que tout action en responsabilité engagée contre elle est vouée à l'échec ; il est ressorti des réunions de mai et juin 2019 tenues entre la société Ely et les représentants de la commune, que son gérant n'avait absolument rien préparé pour l'organisation du master des fêtes de l'année 2019 devant se tenir du 24 au 28 juillet 2019 alors qu'il lui appartenait de conclure, plusieurs mois à l'avance, des contrats avec les sponsors, avec les joueurs et avec les arbitres ; la société Ely n'établit pas avoir conclu avec les sponsors, joueurs ou arbitres des conventions pour l'organisation du master des fêtes de l'année 2019 ;

- compte tenu de la défaillance de la société Ely dans la préparation et l'organisation du master des fêtes 2019 et de sa situation de cessation de paiement depuis février 2018, elle était fondée à modifier unilatéralement la convention d'occupation du domaine public communal afin que l'organisation de ce master soit " reprise en main " par la fédération française de pelote basque et elle-même, sans que cette modification ne constitue une décision de résiliation de la convention qui n'était pas vidée de son contenu ; elle a constaté lors d'une réunion en juin 2019 l'état d'impréparation de la société Ely de sorte qu'elle n'était pas en mesure d'aviser la société au moins trois mois avant le master de juillet 2019 de sa décision de reprendre la main sur l'organisation de cet événement sportif ; elle a dû organiser le master des fêtes 2019 en urgence avec la fédération française de pelote basque ; en tout état de cause, le prétendu non-respect du délai de trois mois prévu à l'article 7 de la convention d'occupation du domaine public ne peut être à l'origine d'un préjudice pour la société Ely étant donné que cette dernière ne justifie pas avoir engagé des frais pour l'organisation de ce master ;

- à titre subsidiaire, la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016 arrivant à échéance le 25 juin 2020 et le master des fêtes de cette année devant se tenir comme chaque année à l'occasion des fêtes de Bayonne fin juillet, les demandes indemnitaires de la société Ely portant sur les prétendus manques à gagner au titre de l'organisation du master des fêtes de l'été 2020 à hauteur de 54 408 euros et au titre des repas servis pendant les cinq jours de fêtes à hauteur de 15 000 euros sont dépourvues de tout fondement ; étant donné la pandémie liée au covid-19, les fêtes de Bayonne de l'année 2020 et les événements associés, dont le master des fêtes, ont été annulés ; compte tenu de la situation financière compromise de la société Ely, elle n'aurait pas reconduit cette convention avec cette société ;

- le préjudice financier allégué, tiré d'une perte de chiffres d'affaires causée par l'absence d'organisation du master des fêtes de l'année 2019 est dépourvu de caractère réel et certain à défaut d'être justifié par la société requérante, alors que la charge de la preuve lui incombe, qui ne communique aucun document comptable ou financier à l'appui de sa réclamation indemnitaire, ni n'établit les montants avancés de chiffres d'affaires des années 2017 et 2018, ni le montant retenu des charges à hauteur de 26 000 euros et omet de prendre en compte les frais de personnel et autres charges ; les documents versés à l'instance concernant les recettes générées par les masters des fêtes des années 2017 et 2018 sont dépourvus de toute valeur probante car ils ne sont pas certifiés et leur véracité n'est pas établie, les chiffres émanant de ces documents ne correspondant pas à ceux avancés par la société Ely dans sa demande indemnitaire préalable ;

- aucun préjudice moral et vexatoire ne peut être à l'évidence caractérisé et ne peut justifier une quelconque indemnisation compte tenu du comportement et de la personnalité du dirigeant de la société Ely ;

- la demande indemnitaire liée à la privation de la possibilité d'utiliser le parking du Trinquet Moderne n'est ni explicitée, ni justifiée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Bayonne est propriétaire d'un ensemble immobilier situé au 60 avenue Dubrocq, dénommé le Trinquet Moderne, comprenant des locaux à usage commercial de bar-restaurant et un trinquet destiné à la pratique de la pelote basque. La commune de Bayonne et la société à responsabilité limitée Ely ont conclu, le 3 octobre 2016, une convention d'occupation du domaine public communal autorisant cette société à utiliser les locaux du Trinquet Moderne, à compter du 25 juin 2016 pour une durée de quatre ans. Par courrier du 8 juillet 2019, la commune de Bayonne a notifié à la société Ely sa volonté de " reprendre la main " sur l'organisation du master des fêtes ayant lieu du 24 au 28 juillet 2019. Par courrier du 25 septembre 2019, la commune de Bayonne a notifié à la société Ely la résiliation de la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016. Par jugement du 21 octobre 2019, le tribunal de commerce de Bayonne a ouvert la procédure de liquidation judiciaire de la société Ely et a désigné la société Guerin et associées en qualité de mandataire liquidateur. Par courrier du 19 novembre 2021, la société Guerin et associées, en qualité de mandataire liquidateur de la société Ely, a présenté à la commune de Bayonne une demande indemnitaire préalable en réparation des préjudices subis par cette société. Cette demande est restée sans réponse. Par la présente requête, la société Guerin et associées, en qualité de mandataire liquidateur de la société Ely demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commune de Bayonne a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable présentée le 19 novembre 2021 et de condamner la commune de Bayonne à la réparation de ses préjudices.

Sur la compétence :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 662-3 du code de commerce : " Sans préjudice des pouvoirs attribués en premier ressort au juge-commissaire, le tribunal saisi d'une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire connaît de tout ce qui concerne la sauvegarde, le redressement et la liquidation judiciaires, l'action en responsabilité pour insuffisance d'actif, la faillite personnelle ou l'interdiction prévue à l'article L. 653-8, à l'exception des actions en responsabilité civile exercées à l'encontre de l'administrateur, du mandataire judiciaire, du commissaire à l'exécution du plan ou du liquidateur qui sont de la compétence du tribunal judiciaire. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2331-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sont portés devant la juridiction administrative les litiges relatifs : 1° Aux autorisations ou contrats comportant occupation du domaine public, quelle que soit leur forme ou leur dénomination, accordées ou conclus par les personnes publiques ou leurs concessionnaires ; () ". Aux termes de l'article L. 2111-1 du même code : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ".

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par une convention d'occupation du domaine public communal conclue le 3 octobre 2016 par la commune de Bayonne et la société Ely, la collectivité a confié à sa bénéficiaire l'exploitation d'un ensemble immobilier dénommé le Trinquet Moderne et cette dernière s'est obligée à utiliser les biens, objets de la convention d'occupation, en vue d'y organiser des activités relatives à la pratique individuelle ou à l'organisation d'événements sportifs relevant de la pelote basque. S'il est constant que par jugement du 21 octobre 2019, le tribunal de commerce de Bayonne a ouvert une procédure de liquidation judiciaire de la société Ely et a désigné la société Guerin et associées comme mandataire-liquidateur, cette ouverture est sans incidence sur la détermination du tribunal compétent pour statuer sur les conclusions de la requête aux fins de condamnation de la commune de Bayonne à verser la somme de 100 000 euros en réparation du préjudice subi par la société Ely du fait des agissements de cette commune qui ont eu pour conséquence son dépôt de bilan. En effet, ces conclusions s'inscrivent dans le cadre de l'exécution de la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016 dont les litiges correspondant relèvent de la compétence du juge administratif. Par suite, il n'y a pas lieu d'accueillir l'exception d'incompétence de la juridiction administrative soulevée sur le fondement de l'article R. 662-3 du code de commerce par la commune de Bayonne.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En matière indemnitaire, les vices propres qui entachent la décision qui a eu pour objet de lier le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige.

6. La décision par laquelle la commune de Bayonne a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par la société Guerin et associées, mandataire liquidateur de la société Ely, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de cette société, laquelle, en formulant des conclusions aux fins d'indemnisation, a entendu donner à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dès lors, la société requérante ne peut utilement demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable par la commune de Bayonne. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation de cette décision, à l'appui desquelles la société requérante ne soulève, au demeurant, aucun moyen, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. D'une part, aux termes du préambule de la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016 : " Les locaux affectés à la pratique de la pelote basque ont fait l'objet d'une redéfinition de leurs principes d'occupation. / Il a été décidé de distinguer les occupations entrant dans le cadre du développement de la pratique institutionnelle, de celles sollicitées au titre de la pratique individuelle ou de l'organisation d'événements d'initiatives privées. () ". L'article 2 de cette convention stipule que : " Le bénéficiaire s'oblige expressément à utiliser les biens, objets de la convention d'occupation, en vue d'y organiser des activités relatives à la pratique individuelle ou à l'organisation d'événements sportifs relevant de la pelote basque. ". Aux termes de l'article 3 de la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016 : " La présente convention est consentie pour une durée de quatre ans commençant à courir à compter du 25 juin 2016. / Tout renouvellement devra faire l'objet d'une reconduction expresse. / La résiliation éventuelle devra être effectuée avec un préavis de six (6) mois, quelle que soit la partie en ayant l'initiative, au moyen d'un courrier recommandé avec accusé de réception. ". L'article 7 de cette convention stipule : " Les locaux sont mis à la disposition du bénéficiaire en dehors des périodes ci-dessous définies : - activités éducatives et scolaires sous coordination de la ville de Bayonne (150 h par an), - événements sportifs sous coordination de la ville de Bayonne (50 h par an), - événements institutionnels organisés par la Fédération française de pelote basque (100 h par an). (). En ce qui concerne les événements organisés par la ville de Bayonne ou par la fédération française de pelote basque, les dates seront transmises au bénéficiaire au plus tard trois mois avant chaque événement. () ".

8. D'autre part, si l'autorité domaniale peut mettre fin avant son terme à un contrat portant autorisation d'occupation du domaine public pour un motif d'intérêt général et en l'absence de toute faute de son cocontractant, ce dernier est toutefois en droit d'obtenir réparation du préjudice résultant de cette résiliation unilatérale dès lors qu'aucune stipulation contractuelle n'y fait obstacle.

9. L'occupant est en droit d'obtenir réparation du préjudice direct et certain résultant de la résiliation de la convention d'occupation domaniale avant son terme, telle que la perte des bénéfices découlant d'une occupation du domaine conforme aux prescriptions de la convention et des dépenses exposées pour l'occupation normale du domaine, qui auraient dû être couvertes au terme de cette occupation.

10. En premier lieu, la société requérante soutient que la convention en litige prévoyait la possibilité pour la société Ely d'organiser le master des fêtes et qu'en décidant, aux termes du courrier du 8 juillet 2019, de " reprendre la main sur cet événement ", la commune de Bayonne aurait ainsi vidé la convention de tout intérêt, ayant pour conséquence de procéder à sa résiliation unilatérale. Or, il ressort des stipulations de la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016, citées notamment au point 7, que si son préambule rappelle que le gérant de la société Ely a " notamment indiqué vouloir poursuivre l'événement emblématique du Trinquet, à savoir le Master des Fêtes pour 2016 ", la convention ne peut être regardée comme confiant à cette société l'organisation du master des fêtes, ni comme ayant comme objet principal l'organisation de cet événement. Dans ces conditions, s'il est constant que la société Ely a bien organisé le master des fêtes en 2016, 2017 et 2018, la décision de la commune de Bayonne du 8 juillet 2019 de ne plus confier à cette société l'organisation de cet événement en 2019 n'a pas pour effet de vider la convention de son objet dès lors que son article 2 réserve à la société Ely, dans le cadre de la redéfinition des principes d'occupation du Trinquet Moderne, selon les termes du préambule, l'organisation de manière générale des activités relatives à la pratique individuelle ou à l'organisation d'événements sportifs relevant de la pelote basque. Dès lors, la décision du 8 juillet 2019 de la commune de Bayonne ne peut être regardée comme une décision de résiliation unilatérale de la convention du 3 octobre 2016. Ainsi que le fait valoir la commune défenderesse, la convention du 3 octobre 2016 a été résiliée par décision du 25 septembre 2019, sans que cette décision ne soit contestée dans le cadre du présent litige. Par ailleurs, la société requérante ne peut pas utilement se prévaloir des stipulations de l'article 7 de la convention prévoyant que les dates des événements organisés par la commune de Bayonne sont transmises au bénéficiaire de la convention au plus tard trois mois avant chaque événement dès lors que ces stipulations sont sans incidence sur son droit à indemnisation à la suite de la décision du 8 juillet 2019 de la commune de Bayonne de " reprendre la main " sur l'organisation du master des fêtes de l'année 2019.

11. En deuxième lieu, il résulte du point 10 que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune de Bayonne aurait commis une faute en modifiant unilatéralement la convention d'occupation du domaine public communal du 3 octobre 2016, ce qui équivaudrait à une résiliation, sans respecter le délai de préavis de six mois prévu par l'article 3 de la convention dès lors que la décision du 8 juillet 2019 de la commune de Bayonne ne constitue pas une décision de résiliation unilatérale de la convention du 3 octobre 2016.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er de la convention : " () Le propriétaire autorise le bénéficiaire à utiliser les parkings. ".

13. Si la société requérante soutient que la décision du 8 juillet 2019 de la commune de Bayonne est à l'origine d'un préjudice d'occupation du parking du Trinquet Moderne par la société Ely pendant le master des fêtes 2019, elle n'assortit ses prétentions indemnitaires d'aucun élément permettent de les regarder comme établies.

14. En quatrième lieu, la société requérante soutient que les agissements de la commune de Bayonne ont entraîné le dépôt de bilan de la société Ely qui ne pouvait plus être exploitée normalement dès lors qu'une source importante de revenus, celle du master des fêtes des années 2019 et 2020, lui avait été retirée. Cependant, elle ne produit pas de pièce justificative à l'appui de sa demande. La seule production de deux documents précisant le montant des recettes des masters des fêtes des années 2017 et 2018, lesquels ne sont pas signés et ne comportent aucune indication de leur provenance, est insuffisante à étayer un quelconque calcul du bénéfice retiré par la société Ely de l'organisation de ces événements. Au demeurant, elle n'est pas fondée à soutenir que la convention en litige aurait été reconduite pour l'organisation du master des fêtes de l'année 2020 dès lors qu'il résulte des stipulations de l'article 3 de la convention en litige qu'une reconduction ne peut pas être tacite.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'indemnisation des préjudices de la société Ely ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bayonne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Guerin et associées, mandataire liquidateur de la société Ely, demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Guerin et associées, mandataire liquidateur de la société Ely, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune défenderesse et non compris dans les dépens.

17. Par ailleurs, à défaut de dépens engagés en l'espèce, les conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne pourront également qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société d'exercice libéral par actions simplifiée Guerin et associées, mandataire liquidateur de la société Ely est rejetée.

Article 2 : La société Guerin et associées, mandataire liquidateur de la société Ely, versera à la commune de Bayonne la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions des parties seront rejetées pour le surplus.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à la société d'exercice libéral par actions simplifiée (SELAS) Guerin et associées, mandataire liquidateur de la société Ely et à la commune de Bayonne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

Z. CORTHIER

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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