mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200628 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | DESCOTTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, M. A C, représenté par Me Descotte, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2018 à hauteur de 122 942 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- que les revenus non commerciaux au titre de l'année 2018 ne doivent pas être considérés comme étant exceptionnels et doivent dès lors bénéficier du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement sur l'ensemble des revenus de l'année 2018 ;
- l'imposition de la fraction exceptionnelle des bénéfices non commerciaux au titre de 2018 va à l'encontre des principes d'égalité devant la loi fiscale et d'égalité devant les charges fiscales en méconnaissant l'article 14 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales et l'article 1er de son protocole additionnel et s'appuie sur la doctrine administrative BOI-IR-PAS-50-10-20-20 du 31 octobre 2018.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête de M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus,
- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C exerce depuis le 15 janvier 2018 une activité de chirurgien orthopédique et traumatologique au sein de la clinique privée Jean le Bon à Dax par contrat d'activité libérale. Auparavant, ce denier percevait des traitements et des bénéfices commerciaux issus de son activité libérale correspondant à 20 % de son activité, au sein du centre hospitalier de la Côte Basque de Bayonne. Par courrier en date du 2 juillet 2021, M. C a sollicité le bénéfice d'un crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement complémentaire sur les revenus déclarés au titre de l'année 2018 en matière de bénéfices non commerciaux considérant qu'ils ne revêtent pas le caractère d'exceptionnel. En l'absence de réponse de la part de l'administration dans le délai de 6 mois, une réponse implicite de rejet est née. Par la requête, M. C demande la décharge de son imposition à l'impôt sur le revenu au titre de 2018 ainsi que de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de la même année.
Sur l'étendue du litige :
2. La présente requête conteste l'intégralité de l'imposition primaire de l'impôt sur le revenu et de la contribution sur les hauts revenus au titre de l'année 2018 correspondant au montant de 122 942 euros de droits.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
3. Aux termes du E du II de l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 : " 1. Le montant net imposable des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux à retenir au numérateur du rapport prévu au B du présent II pour le calcul du crédit d'impôt prévu au A est déterminé, pour chaque membre du foyer fiscal et pour chacune de ces catégories de revenus, dans les conditions prévues à l'article 204 G du code général des impôts, à l'exception du 6° du 2 et du 4 du même article 204 G. / 2. Le montant défini au 1 du présent E, le cas échéant après application des abattements prévus aux articles 44 sexies à 44 septdecies du code général des impôts, est retenu dans la limite du plus faible des deux montants suivants : 1° Le bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E, avant application des éventuels abattements prévus aux mêmes articles 44 sexies à 44 septdecies ; 2° Le plus élevé des bénéfices imposables au titre des années 2015, 2016 ou 2017, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E, avant application des éventuels abattements prévus audits articles 44 sexies à 44 septdecies. () / 3. En cas d'application du 2° du 2 du présent E, le contribuable peut obtenir un crédit d'impôt complémentaire dans les conditions suivantes () 2° Lorsque le bénéfice imposable au titre de l'année 2019, déterminé selon les règles prévues au 1, est inférieur au bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les mêmes règles, mais supérieur au plus élevé des bénéfices imposables au titre des années 2015,2016 ou 2017 retenus en application du 2° du 2, le contribuable bénéficie, lors de la liquidation du solde de l'impôt sur le revenu au titre de 2019, d'un crédit d'impôt complémentaire égal à la différence entre : / a) Le crédit d'impôt calculé en retenant au numérateur du rapport prévu au B du présent II le bénéfice imposable au titre de l'année 2019, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E ; / b) Et le crédit d'impôt déjà obtenu en application du 2 du présent E. / 3° Lorsque le bénéfice imposable au titre de l'année 2019, déterminé selon les règles prévues au 1, est inférieur au bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les mêmes règles, le contribuable peut bénéficier, par voie de réclamation, d'un crédit d'impôt complémentaire égal à la fraction du crédit d'impôt dont il n'a pas pu bénéficier en application du 2 ou du 2° du présent 3, s'il justifie que la hausse de son bénéfice déclaré en 2018 par rapport aux trois années précédentes et à l'année 2019 résulte uniquement d'un surcroît d'activité en 2018. () ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent, éclairées par leurs travaux préparatoires, que pour tenir compte de la possibilité qu'ont les travailleurs indépendants de procéder à des arbitrages sur les recettes et les charges servant à la détermination de leur bénéfice et ainsi maximiser leur bénéfice en 2018, le caractère non exceptionnel du bénéfice de 2018 est apprécié sur une période pluriannuelle. Ainsi, si un contribuable imposé à l'impôt sur le revenu dans la catégories des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles ou des bénéfices non commerciaux réalise, au titre de l'année 2018, un bénéfice supérieur au plus élevé des montants de ses bénéfices de 2015, 2016 ou 2017, le crédit d'impôt de modernisation du recouvrement dont il peut bénéficier est plafonné au niveau du montant le plus élevé de ces trois années, la différence étant réputée constituer un revenu exceptionnel. Si son bénéfice au titre de 2019 est plus élevé que celui de 2018, le bénéfice de 2018 est réputé ne plus être exceptionnel de sorte qu'il est octroyé de plein droit au contribuable un crédit d'impôt complémentaire effaçant l'intégralité de l'impôt qu'il a acquitté au titre de 2018 sur ce bénéfice. Si son bénéfice de 2019 est inférieur à son bénéfice de 2018 mais supérieur au plus élevé des bénéfices réalisés en 2015, 2016 et 2017, il lui est également octroyé de plein droit un crédit d'impôt complémentaire, limité à la différence entre le bénéfice le plus élevé des trois années de référence et le bénéfice réalisé en 2019. Il peut en outre, dans cette dernière hypothèse, présenter une réclamation à l'administration fiscale pour obtenir un complément de crédit d'impôt pour éliminer la totalité de l'impôt sur le revenu au titre de son bénéfice de 2018, sous réserve qu'il établisse que la part du bénéfice de cette année supérieure aux quatre années de référence correspond à un surcroît d'activité.
5. En premier lieu, le requérant soutient que si le bénéfice qu'il a réalisé en 2018 dans la catégorie de bénéfices non commerciaux est supérieur à celui réalisé au cours des trois années précédentes il est également supérieur à celui de l'année 2019 en raison d'une modification de l'exercice de son activité libérale de chirurgien et que les revenus avant 2018 étaient plafonnés conformément à l'article L. 1615-2 du code de la santé publique, et non pour la recherche d'un gain fiscal. Toutefois, il résulte de l'instruction notamment du contrat d'exercice le liant à la clinique Jean Le Bon à Dax ainsi que celui le liant au centre hospitalier de la Côte Basque de Bayonne, que les modalités d'exercice de son activité à compter du 15 janvier 2018, ne sont ni limitées par un pourcentage d'activité libérale en dehors du centre hospitalier, ni plafonnées. Ainsi, bien que les revenus perçus en 2018 soient supérieurs aux revenus perçus chaque année de 2015 à 2017, il ne s'agit ni d'un surcroît d'activité ni de revenus non exceptionnels. Les revenus au titre de 2015 sont les plus élevés des 3 années mentionnées, de sorte que la fraction du bénéfice non commerciaux de l'année 2018 qui n'excède pas le montant des revenus non commerciaux de l'année 2015 constitue un revenu non exceptionnel ouvrant droit au bénéfice du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement au titre des revenus de l'année 2018. Néanmoins, le surplus des bénéfices non commerciaux perçus en 2018 constitue des revenus exceptionnels. Dans ces conditions, M. C n'établit pas que la hausse de son bénéfice déclaré en 2018 par rapport aux trois années précédentes et à l'année 2019 résulte de revenus non exceptionnels.
6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la modification des modalités d'exercice de son activité de chirurgien, due au changement du lieu d'exercice n'entre pas dans le cadre d'une évolution de la politique commerciale ayant pour conséquence un surcroît d'activité.
7. Ainsi, l'administration fiscale a pu, sans méconnaître les dispositions du E du II de l'article 60 de la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016, considérer que la fraction des bénéfices non commerciaux de l'année 2018 qui excède le montant des revenus de même catégorie de l'année 2015 constitue un revenu exceptionnel n'ouvrant pas droit au bénéfice du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement au titre de l'année 2018.
8. En troisième lieu, M. C doit être regardé comme soutenant l'inconventionnalité des articles 14 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales et 1er de son 1er protocole additionnel relatifs au caractère discriminatoire de l'impôt. Il soutient que l'impôt ne doit pas revêtir un caractère confiscatoire ou faire peser sur les contribuables une charge excessive au regard de leurs facultés contributives.
9. Toutefois, le requérant n'établit pas suffisamment dans quelle mesure l'imposition de son revenu exceptionnel perçu en 2018 revêt un caractère confiscatoire. Il n'établit pas plus efficacement que le législateur, au regard de l'objectif poursuivi, aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de ses biens. Et s'il soutient que cette imposition caractérise une rupture d'égalité entre lui et d'autres contribuables placés dans une situation similaire, il ne le démontre pas davantage alors que le calcul du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement et sa méthode d'établissement demeurent identiques quelle que soit la situation du contribuable. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'imposition du revenu exceptionnel de 2018 revêt un caractère confiscatoire ou fait peser sur les contribuables une charge excessive au regard de ses facultés contributives doit être écarté. Par suite, l'administration est fondée à plafonner le crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement à 224 221 euros et a estimé, sans commettre d'erreur de discrimination ou d'atteinte au principe d'égalité entre les contribuables que le surplus de bénéfices non commerciaux au titre de 2018 constituait un revenu exceptionnel.
10. En quatrième et dernier lieu, à supposer que M. C ait entendu invoquer les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le paragraphe 170 de l'instruction BOI-IR-PAS-50-10-20-20 du 31 octobre 2018 ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de ce qui précède.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Sellès, présidente,
- Mme Neumaier, conseillère,
- Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
L. CRASSUS
La présidente,
Signé
M. SELLES
La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026