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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200658

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200658

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200658
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBIROT - RAVAUT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, M. E A, représenté par Me Arheix, demande au juge des référés, au contradictoire du centre hospitalier de Bigorre, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) et de la caisse d'assurance maladie du Finistère :

1°) de désigner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, un expert médical aux fins de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge le 9 juin 2011 au sein des services du Centre hospitalier de Bigorre et d'évaluer les préjudices qui en ont résulté ;

2°) demande que l'expert désigné dépose un pré-rapport soumis au contradictoire des parties avant le dépôt du rapport définitif ;

3°) de réserver les dépens.

Il soutient que :

- il a été admis le 8 juin 2011 aux urgences du Centre hospitalier de Bigorre suite à un syndrome appendiculaire et a été transféré dans le service de chirurgie digestive pour y subir une intervention chirurgicale le 9 juin 2011 réalisée par le docteur H ;

- après des examens post-opératoires, il est autorisé à sortir.

- le 16 juin 2011, d'après le prélèvement d'appendice réalisé lors de l'opération du 9 juin 2011, le docteur C relève des " lésions d'appendicite suppurée aiguë probablement développée sur mucocèle appendiculaire chronique ancien ", avec une absence de " prolifération adénomateuse et d'élément suspect de malignité ".

- le 29 juin 2011 lors de la visite post-opératoire, le docteur H indique avoir pris connaissance de ces analyses et demande la réalisation d'une échographie de surveillance dans 1 mois ;

- le 28 juillet 2011, il réalise un échographie abdomino-pelvienne ;

- le 26 avril 2021, il est reçu en consultation par le docteur B au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest en raison de douleurs abdominales localisées surtout au niveau hypocondre droit ;

- le 25 mai 2021, il est hospitalisé dans le service de chirurgie générale et digestive du CHRU de Brest et il est opéré par le docteur B qui procède à une " cytoéréduction tumorale chimio hyperthermie intrapéritonéale à la mythomicine " ;

- jusqu'au 21 juillet 2021, il reste en réanimation chirurgicale au CHRU de Brest durant lequel plusieurs reprises chirurgicales sont nécessaires au vu de multiples dégradations cliniques et biologiques ;

- du 21 juillet au 6 septembre 2021, il est transféré dans le service de chirurgie viscérale où une " antibiothérapie prolongée " est poursuivie ainsi qu'une " anticoagulation curative " ;

- le 6 août 2021, il est transféré à l'établissement extra hospitalier de soins de suite et de réadaptation (SSR) de Perharidy ;

- il est dès lors fondé à solliciter la mise en œuvre d'une expertise médicale pour évaluer le préjudice subi suite à l'intervention chirurgicale subie le 9 juin 2011 au centre hospitalier de Bigorre et à l'absence d'information sur le caractère potentiellement évolutif de sa maladie qui lui ont fait perdre une chance d'éviter les conséquences actuelles qui doivent être également évaluées.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2022, l'Oniam représenté par Me Ravaut déclare ne pas s'opposer à ce que les opérations d'expertise lui soient rendues opposables mais sollicite qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d'expertise sollicitée, demande de compléter la mission à confier à l'expert qui déposera un pré-rapport, et la réserve des dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le Centre hospitalier de Bigorre, représenté par Me Paulian, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée tout en formulant les protestations et réserves d'usage, demande au juge des référés d'enjoindre au requérant de verser aux débats tous les éléments de son dossier médical entre 2011 et 2021, que l'expertise soit confié à un médecin spécialisé en chirurgie viscérale et de compléter sa mission selon ses dires, que l'expert dépose un pré-rapport et de statuer sur les dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère confirme qu'elle entend intervenir dans l'instance, que le requérant a été prise en charge au titre du risque maladie mais qu'elle ne sera en mesure de chiffrer sa créance définitive qu'après le dépôt du rapport d'expertise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé,

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'utilité de la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ". M. A sollicite une expertise aux fins de déterminer l'étendue de ses préjudices qu'il attribue à un défaut de prise en charge dans les règles de l'art par le centre hospitalier de Bigorre suite à sa chirurgie du 9 juin 2011.

2. La demande d'expertise présentée par M. E A entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile pour déterminer la nature et l'ampleur des préjudices subis dans la perspective d'une action en plein contentieux ultérieure à l'encontre du centre hospitalier, établissement public de santé. Il y a lieu dès lors, de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions des parties tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

5. Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. " et aux termes des dispositions de l'article R.621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R.621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ".

6. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'expertise qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions présentées par les parties relatives aux dépens doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Monsieur G F, expert, procèdera à une expertise contradictoire entre M. E A, le centre hospitalier de Bigorre, la caisse primaire d'assurances maladie du Finistère et l'Oniam.

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- d'examiner M. A, et prendre connaissance de son entier dossier médical et décrire précisément tout son parcours de soins, notamment en le complétant entre 2011 et 2021;

- de décrire l'état de santé de M. A antérieurement à sa prise en charge le 9 juin 2011 par le service des urgences du Centre hospitalier de Bigorre ;

- de décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge le 9 juin 2011 par le centre hospitalier de Bigorre et lors de son intervention chirurgicale au service de chirurgie digestive ;

- d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs ont été commises à l'occasion des actes médicaux dont il a fait l'objet en ces occasions ;

- de faire connaître, en particulier, si le protocole d'hygiène a été respecté ;

- de faire connaître les lésions, affections et séquelles imputables à d'éventuels manquements dans l'établissement du diagnostic de son état ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine des préjudices dont il se plaint ;

- d'indiquer si, à son avis, l'infection dont M. A a été victime a présentée ou non le caractère d'une infection nosocomiale et, dans cette hypothèse, en préciser l'origine, la nature, les conditions de sa survenue et dans lesquelles elle a été contractée puis prise en charge, en indiquant la part qui lui est imputable dans ses préjudices ;

- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour M. A d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. A et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- de se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, de fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

- déterminer la durée et le degré du déficit fonctionnel temporaire DFT (soit la durée de l'incapacité temporaire totale ITT, et celle pendant laquelle sa capacité à mener une activité professionnelle a été réduite ainsi que la proportion dans laquelle elle a été réduite ITP) ;

- décrire l'aptitude à la réalisation des actes quotidiens et essentiels de la vie ;

- de donner tous les éléments utiles d'appréciation sur la nature et l'étendue des préjudices subis par M. A, en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives : durée et taux du déficit fonctionnel temporaire, taux du déficit fonctionnel permanent, souffrances physiques, troubles psychologiques, préjudice esthétique, et tous autres préjudices ;

- de fournir, plus généralement, tous les éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif. S'il l'estime utile, il établira un pré-rapport.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus de conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A, au centre hospitalier de Bigorre, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère et à Monsieur G F, expert.

Fait à Pau, le 13 octobre 202La présidente du tribunal,

Signé,

V. QUEMENER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

Signé, M. D

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