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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200686

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200686

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200686
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantGALLARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 mars 2022, le 19 septembre 2023 et le 25 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Moura, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2021 par laquelle la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn a rejeté sa demande d'indemnisation, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé le 26 novembre 2021 ;

2°) de condamner la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn à l'indemniser à hauteur des sommes qui lui sont dues au titre des trois contrats à durée déterminée qu'elle a exécutés, sommes assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, ainsi que la somme de 11 340 euros en réparation des préjudices moral et financier qu'elle a subis, et les mêmes sommes en réparation du travail dissimulé et de l'allocation pour perte d'emploi ;

3°) d'enjoindre à la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn de lui communiquer les documents de fin de contrat, les justificatifs de l'ensemble des cotisations attachées à sa rémunération et ses bulletins de salaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, en vertu des dispositions de l'article L. 411-2 du code de justice administrative ;

- la décision du 27 septembre 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle a travaillé dans le cadre de deux contrats à durée déterminée de six mois, le dernier arrivant à échéance le 31 décembre 2019, puis elle a continué à travailler durant l'année 2020 en qualité d'enseignant-chercheur ; elle exerçait les fonctions de chargée de recherche, comme en attestent ses publications ; elle a produit l'intégralité des pièces justificatives qui lui avaient été réclamées ; la chambre de commerce et d'industrie n'a jamais subordonné son embauche à la détention d'un titre de séjour lui permettant de travailler sur le territoire français et ne lui en a pas demandé communication ;

- les deux virements de 4 794 euros qu'elle a reçus le 30 mars 2020 et le 28 septembre 2020 ne correspondent pas au paiement de la rémunération qui lui est due au titre de ses deux premiers contrats, dont le montant brut total s'établit à 21 480 euros, majoré d'un treizième mois ; l'école de commerce a déclaré partiellement son activité pour un semestre allant du 1er mars 2020 au 30 septembre 2020 ; elle n'a jamais obtenu communication de ses bulletins de salaire ;

- la chambre de commerce et d'industrie s'est rendue coupable de l'infraction de travail dissimulé prévue à l'article L. 8221-5 du code du travail, qui lui ouvre droit à l'indemnité prévue à l'article L. 8223-1 du même code, égale à six mois de salaire, soit la somme de 11 340 euros, ainsi qu'à la rémunération et aux cotisations légales dues pour le contrat de onze mois ;

- l'employeur public engage sa responsabilité en ne respectant pas une promesse d'embauche ; en outre, le maintien d'un agent dans ses fonctions au terme du contrat initial fait naître un contrat de même durée que celle du contrat initial, et si un agent contractuel n'a pas un droit au renouvellement de son contrat, l'administration doit faire état d'un motif tiré de l'intérêt du service pour ne pas reconduire ledit contrat.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 avril 2023, le 2 octobre 2023 et le 13 novembre 2023, la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn, représentée par Me Gallardo, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, l'exécution des contrats était subordonnée à la fourniture de documents administratifs, notamment d'un titre de séjour permettant à Mme B de travailler en France, qu'elle n'a jamais communiqués ; elle n'a pas non plus justifié d'un rattachement à la sécurité sociale de son pays d'origine, qui aurait permis d'envisager une relation en télétravail ; en 2020, une promesse d'embauche a été signée pour permettre à Mme B d'obtenir un titre de séjour ; les sommes qui lui ont été réglées à l'initiative du directeur de l'École supérieure de commerce ne correspondent pas à un travail ; aucune relation de travail n'a réellement débuté.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions indemnitaires portant sur l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 8223-1 du code du travail, qui relèvent de la compétence du juge judiciaire.

Par ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;

- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie et des groupements inter-consulaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beneteau,

- les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique,

- et les observations de Me Moura, représentant Mme B, et de Me Gallardo, représentant la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine titulaire d'un doctorat d'économie obtenu à l'université de Paris Dauphine en 2013 et détentrice d'une qualification aux fonctions de maître de conférence délivrée par le ministère de l'enseignement supérieur français, sollicite la condamnation de la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn à lui verser la rémunération qu'elle estime lui être due à raison de son recrutement par l'école supérieure de commerce (ESC) Pau Business School dans le cadre de trois contrats à durée déterminée, en 2019 et 2020, et à indemniser le préjudice moral et financier qu'elle a subi à raison notamment de retards de paiement et de l'exécution d'un travail dissimulé.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. Il résulte de l'instruction que Mme B a formé, le 29 juillet 2021, une réclamation préalable par laquelle elle sollicitait, outre l'indemnisation de son préjudice, la délivrance de documents de fin de contrat. Sa demande a été rejetée par une décision du 27 septembre 2021 du président de la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn, laquelle précisait qu'en application des articles L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration et R. 421-1 du code de justice administrative, l'intéressée pouvait engager une action devant le tribunal administratif de Pau dans un délai de deux mois à compter de la réception de cette correspondance. Il est constant que, par une lettre du 26 novembre 2011, dans le délai de recours contentieux, l'intéressée a formé un recours gracieux, qui a eu pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux. En l'absence de décision expresse sur ce recours gracieux, une décision implicite de rejet est née, faisant courir un nouveau délai de recours contentieux. La requête de Mme B a été enregistrée le 25 mars 2022, avant l'expiration de ce délai. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 septembre 2021 :

4. La décision par laquelle la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn a rejeté la demande indemnitaire préalable formée par Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande, qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, soulevé à l'encontre de la décision du 27 septembre 2021, doit être écarté en tant qu'il est inopérant et les conclusions à fin d'annulation formées par Mme B, qui sont irrecevables, doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'existence de deux contrats de travail conclus en 2019 entre Mme B et l'ESC Pau Business School :

5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 10 décembre 1952 relative à l'établissement obligatoire d'un statut du personnel administratif des chambres d'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers : " La situation du personnel administratif des chambres d'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers de France est déterminée par un statut établi par des commissions paritaires nommées, pour chacune de ces institutions, par le ministre de tutelle ". L'article 1er du statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie et des groupements inter-consulaires dispose que la situation des agents contractuels et vacataires ayant la qualité d'agent de droit public, est régie par les dispositions du titre IV du présent statut. L'article 49-1 du statut du personnel des chambres de commerce et d'industrie, pris en application de la loi du 10 décembre 1952 et tel qu'il est issu de l'arrêté du 25 juillet 1997 dans sa version modifiée applicable au présent litige, définit les cas de recours aux contrats à durée déterminée dans les organismes consulaires. Selon cet article, ces contrats, " qui ne doivent avoir ni pour objet, ni pour effet de pourvoir durablement des emplois liés à l'activité normale et permanente de la Compagnie Consulaire, ne peuvent être conclus que pour l'exercice de fonctions à caractère temporaire ou exceptionnel, à savoir : / () 2 - Accroissement temporaire des activités normales du service. Les contrats conclus à ce titre ont une durée maximale d'un an, renouvelable une seule fois pour une durée au plus égale à celle du contrat initial. / () ".

6. Il résulte de l'instruction que le 25 décembre 2018, le directeur de l'ESC Pau Business School a informé Mme B, par courrier électronique, de ce qu'un contrat de post-doctorat à durée déterminée et à temps plein, en télétravail, devait lui être adressé dans les jours suivants. Ce message précisait que, " pour finaliser [son] dossier d'embauche ", il était nécessaire qu'elle produise un certain nombre de pièces administratives, dont la liste était jointe. Le jour-même, par retour de courrier électronique, Mme B a adressé au directeur l'ensemble des pièces demandées, à savoir les copies de son passeport, de sa carte Vitale, de son extrait d'acte de naissance et de son diplôme de doctorat, ainsi que son relevé d'identité bancaire, sa photographie d'identité et son curriculum-vitae, à l'exception d'un extrait de casier judiciaire qu'elle lui a communiqué en pièce jointe d'un nouveau message, le 27 décembre. Par un courrier électronique du 31 décembre 2018, le directeur de l'ESC Pau Business School a adressé à Mme B un contrat de travail à durée déterminée de six mois, prenant effet à compter du 27 décembre 2018, conclu, aux termes de l'article 1er de ce contrat, " pour faire face à une augmentation temporaire de l'activité résultant de la nécessité d'assurer une production en matière de recherche ". Le même jour, Mme B a signalé une erreur figurant à l'article 10 du contrat, mentionnant sa résidence en Tunisie au lieu du Maroc. Le 17 janvier 2019, Mme B a renvoyé le contrat qu'elle avait signé au directeur, qui lui a ensuite communiqué un exemplaire signé des deux parties le 15 mars 2019.

7. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'un nouveau contrat à durée déterminée, conclu sur le même fondement, daté du 22 mai 2019, a été soumis à Mme B. Aux termes de l'article 1er de ce contrat, il devait prendre fin " automatiquement à l'échéance du terme prévu, le 31 décembre 2019 ", et selon son article 18, ce contrat " [annulait et remplaçait] tout autre écrit ou précédent accord verbal entre les parties ". Mme B a renvoyé ce deuxième contrat, signé par elle, au directeur de l'ESC Pau Business School le 5 juin 2019.

8. Si la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn, qui ne conteste pas l'existence de ces contrats, fait valoir, en défense, qu'ils n'ont jamais été exécutés, faute, pour l'intéressée, de justifier d'un rattachement à la sécurité sociale et de produire un titre de séjour lui permettant de travailler en France, il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme B a transmis au directeur de l'ESC Pau Business School la copie de sa carte Vitale, d'autre part, que la liste des pièces qu'il lui était demandé de produire n'incluait pas de titre de séjour. Quand bien même la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn souligne que la carte Vitale de la requérante était datée du 22 juin 2012, correspondant à une période où elle était étudiante en France, la défenderesse n'établit pas que cette affiliation à la sécurité sociale en France n'était plus valide. Elle ne démontre pas davantage que l'absence de preuve d'une affiliation à la sécurité sociale au Maroc, alors qu'au demeurant rien ne permet d'établir qu'une telle preuve d'affiliation avait été demandée à l'intéressée, était susceptible de faire échec à l'exécution des contrats. Au surplus, et en tout état de cause, le premier comme le second contrat prévoyaient, en leur article 4, qu'ils seraient exécutés en télétravail, au domicile de l'intéressée renseigné à Casablanca, au Maroc, de sorte que la non-production d'un titre de séjour autorisant Mme B à travailler en France n'était pas susceptible non plus d'empêcher l'exécution des contrats. Enfin, si la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn fait valoir que l'intéressée n'a jamais fourni le travail prévu, il résulte de l'instruction qu'elle a publié, au cours de cette période, dans des revues à comité de lecture, des articles dans lesquels elle est présentée comme chercheuse associée à l'ESC Pau Business School.

9. Dans ces conditions, Mme B doit être regardée comme ayant été bénéficiaire de deux contrats de travail à durée déterminée qui se sont succédé sur la période du 27 décembre 2018 au 31 décembre 2019.

En ce qui concerne l'existence d'un contrat de travail au cours de l'année 2020 :

10. Il résulte de l'instruction que, le 20 février 2020, le directeur de l'ESC Pau Business School a proposé à Mme B de conclure " immédiatement un contrat de 11 mois ". Le 18 mars 2020, il lui a confirmé, par un message téléphonique, que son contrat était " en cours ". Il ressort par ailleurs des écritures-mêmes de la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn, et notamment de la décision du 27 septembre 2021 par laquelle elle a rejeté la réclamation indemnitaire de la requérante, qu'elle a reconnu que Mme B avait bénéficié de trois contrats. Si elle fait valoir, comme elle l'avait souligné dans cette décision, que la durée d'exécution de ces contrats n'est que de " quelques semaines ", elle ne conteste utilement ni que la signature d'un contrat était prévue en 2020, ni que Mme B a poursuivi, en 2020, les fonctions de chercheuse associée de l'ESC Pau Business School.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B doit être regardée comme ayant disposé d'un contrat d'une durée de onze mois au titre de l'année 2020.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir qu'elle a bénéficié de trois contrats la liant, durant l'année 2019 et pendant onze mois de l'année 2020, à l'ESC Pau Business School. Par suite, elle est en droit de solliciter le versement de la rémunération qui lui est due à ce titre et la responsabilité de la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn est engagée à raison des préjudices subis par Mme B résultant des retards de paiement des sommes qui lui sont dues.

En ce qui concerne les sommes dues au titre des contrats exécutés en 2019 et 2020 :

13. Il résulte de l'instruction que les deux contrats signés en 2019 prévoyaient une rémunération forfaitaire brute mensuelle de 1 790 euros, ainsi qu'une indemnité mensuelle brute de 100 euros compensant l'intégralité des frais de télétravail. Aux termes des échanges entre le directeur de l'ESC Pau Business School et la requérante, le contrat prévu en 2020 devait accorder à cette dernière une rémunération nette mensuelle " de l'ordre de 1 600 euros ". Il résulte par ailleurs de l'instruction que Mme B a bénéficié de deux paiements de 4 794,04 euros nets, en mars 2020 et en septembre 2020.

14. Dès lors qu'il résulte des énonciations du présent jugement que Mme B doit être regardée, ainsi qu'il a été dit aux points 9, 11 et 12, comme ayant disposé de trois contrats de travail, en 2019 et 2020, la liant à l'ESC Pau Business School, il y a lieu de condamner la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn à lui verser l'intégralité de la rémunération qui lui est due pour la période du 27 décembre 2018 au 31 décembre 2019, à hauteur de 1 790 euros bruts mensuels, augmentée de l'indemnité mensuelle de 100 euros, ainsi que la rémunération qui lui est due sur onze mois en 2020, à hauteur de 1 600 euros nets mensuels, sous déduction de la somme de 9 588,08 euros nets qui lui a été versée en 2020.

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :

15. Les sommes dues à Mme B au titre de sa rémunération seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 26 novembre 2021, date de réception de sa demande par la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn.

16. La capitalisation des intérêts a également été demandée le 26 novembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

En ce qui concerne les conclusions relatives à l'indemnisation du préjudice moral et financier, à l'allocation pour perte d'emploi et à l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 8223-1 du code du travail :

17. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et financier résultant pour Mme B des conditions dans lesquelles ont été exécutés les contrats la liant à l'ESC Pau Business School, notamment le retard de paiement, en lui allouant à ce titre la somme de 2 000 euros.

18. En deuxième lieu, en se bornant à solliciter le versement de l'allocation pour perte d'emploi, Mme B, qui n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait été privée d'emploi immédiatement après la fin de ses relations contractuelles avec l'ESC Pau Business School, n'établit pas, alors qu'il lui appartient de le faire, la réalité du préjudice qu'elle invoque.

19. En troisième lieu, Mme B demande que la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn soit condamnée à lui verser l'indemnité forfaitaire prévue par l'article L. 8223-1 du code du travail. Il résulte de cette disposition du code du travail que cette indemnité est versée en cas de rupture de la relation de travail dans le cas où l'employeur a eu recours à du travail dissimulé par dissimulation d'activité. Il n'appartient pas à la juridiction administrative de se prononcer sur ces conclusions, qui relèvent de la compétence du juge judiciaire et particulièrement du juge du contrat de travail. Par suite, ces conclusions, qui ne ressortissent pas à la compétence de la juridiction administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. En l'espèce, la partie requérante a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux indemnitaire. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui doit seulement conduire le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à se voir octroyer les sommes réclamées, les mesures d'exécution qu'implique la décision du tribunal peuvent seulement tendre au paiement des sommes en cause. Il suit de là que la demande de Mme B d'enjoindre à la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn de lui communiquer les documents de fin de contrat, les justificatifs de l'ensemble des cotisations attachées à sa rémunération et ses bulletins de salaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn est condamnée à verser à Mme B les sommes qui lui sont dues au titre de la rémunération des contrats qui l'ont liée à l'ESC Pau Business School, selon les modalités de l'article 14 du présent jugement et sous déduction de la somme de 9 588,08 euros nets qui lui a été versée en 2020, avec intérêts au taux légal à compter du 26 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 26 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn est condamnée à verser à Mme B la somme de 2 000 (deux mille) euros en réparation de son préjudice moral et financier.

Article 3 : La chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn versera à Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la chambre de commerce et d'industrie Pau-Béarn.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Foulon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La rapporteure,

A. BENETEAU

La présidente,

F. MADELAIGUE

La greffière,

S. SEGUELA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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