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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200690

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200690

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200690
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantARNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 31 mars et 20 octobre 2022, et le 10 février 2023, la société par actions simplifiée JCB Aero, représentée par Me Arnaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de l'imposition supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016, ainsi que les pénalités correspondantes, d'un montant total de 1 314 euros ;

2°) à titre principal, de procéder à la reconstitution de l'intégralité de ses déficits reportables au 31 décembre 2016 de sorte que ces derniers soient amenés au même montant qu'avant contrôle de 3 110 450 euros ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer, sur le fondement des articles L. 203 à L. 205 du livre des procédures fiscales et de l'article 38.2 du code général des impôts, la compensation du redressement opéré en base d'un montant d'1 586 826 euros avec la neutralisation fiscale de la reprise de provision d'1 126 612 euros, afin de fixer le montant des déficits reportables au 31 décembre 2016 à la somme de 2 650 236 euros ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, de procéder à la reconstitution partielle des déficits reportables à hauteur de la somme de 583 460 euros correspondant à la quote-part nécessairement commerciale de la perte constatée et de fixer le montant des déficits reportables au 31 décembre 2016 à la somme de 2 107 084 euros ;

5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucun redressement ne peut être opéré au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 en l'absence de diminution effective du bénéfice imposable au titre de cet exercice ; la perte dont la déductibilité a été remise en cause par l'administration au titre de l'exercice clos en 2016 a déjà été comptabilisée sous la forme de provisions pour dépréciation au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015 par le biais de dotations enregistrées sur les comptes 491 " provisions dépréciation de comptes clients " et 4951 " provisions dépréciation compte groupe " pour un montant respectif de 393 934,99 euros et 1 126 611,91 euros ; cette perte n'a généré aucune diminution d'actif net sur l'exercice clos en 2016 au sens de l'article 38.2 du code général des impôts puisqu'elle a été compensée par une reprise comptable de ces provisions ; la constatation du caractère définitif de la charge provisionnée au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015 par la comptabilisation d'une perte lors de l'exercice suivant clos le 31 décembre 2016 ne saurait être remise en cause alors même que la situation du débiteur était devenue irrémédiablement compromise ;

- l'aide consentie à la société B Aviation Inc ne constitue pas un abandon de créance à caractère financier au sens de l'article 39.13 du code général des impôts qui doit présenter un caractère volontaire mais une annulation de créance à la suite de la constatation du caractère irrécouvrable de la créance ; la perte comptabilisée en provisions pour dépréciation de créances à la clôture de l'exercice au 31 décembre 2015 est fondée sur la constatation pure et simple de la créance irrécouvrable résultant du changement de stratégie de développement aux Etats-Unis de la société Dassault Aviation et du risque en résultant sur la pérennité de la société américaine B Aviation Inc, de constitution récente, et donc sur le recouvrement des créances ; l'irrécouvrabilité probable de cette créance a été constatée par la comptabilisation de provisions pour dépréciation de créances dès l'exercice clos le 31 décembre 2015, ce qui n'a pas été remis en cause par le service qui n'a pas contesté la déductibilité de ces dotations sur l'exercice clos le 31 décembre 2015, ni à l'ouverture de l'exercice suivant en 2016 à savoir du premier exercice non prescrit ; l'intention des parties dans l'acte emportant annulation de la créance était que la société B Aviation Inc ne poursuivrait pas son activité aux Etats-Unis de sorte que la créance détenue sur cette dernière devenait de fait et définitivement non recouvrable et a fait l'objet d'enregistrement comme perte à la clôture de l'exercice au 31 décembre 2016, compensée par la reprise des provisions ; le repreneur, la société Amac Aerospace Switzerland a demandé que la perte des créances rattachées à l'activité américaine soit définitivement constatée, sachant que le changement de politique de développement du groupe Dassault Aviation aux Etats-Unis et la décision d'arrêter l'activité de la société B Aviation Inc étaient devenus irréversibles ;

- si l'administration fiscale soutient que la perte de créances pour irrécouvrabilité de 1 586 826 euros n'est pas déductible au motif de son caractère financier, cette perte a été compensée par la comptabilisation d'un produit imposable sous la forme de la reprise des provisions comptabilisées au titre de l'exercice précédent de sorte qu'aucune variation d'actif net n'a été constatée sur l'exercice clos le 31 décembre 2016 ; si la perte de créances n'était pas déductible, il conviendrait de neutraliser la reprise de provision comptabilisée au titre du même exercice et résultant des mêmes écritures comptables et donc elle demande à bénéficier pour l'exercice clos le 31 décembre 2016 de la compensation conformément aux dispositions de l'article L. 80 du livre des procédures fiscales ;

- les aides consenties à la société B Aviation Inc ont un caractère commercial en considération de ses objectifs de développement ainsi que plus largement de ceux du groupe B à la date à laquelle les aides ont été consenties, c'est-à-dire au lancement de l'activité de la société B Aviation Inc ; cette dernière a été créée aux Etats-Unis à la demande de la société Dassault Aviation, son principal client, afin de développer son activité en Amérique du Nord avec son soutien et ses compétences techniques ; dans ce contexte elle a consenti des avances de trésorerie à la société B Aviation Inc d'un montant d'1 037 980 euros pour le compte 451160 et d'un montant de 146 297 euros pour le compte 451170, à la mise à disposition de son personnel, dont le coût a été refacturé au prorata du temps passé, pour un montant de 583 460 euros, à la concession de licences et à la facturation de fournitures pour un montant global de 5 535,75 euros ; l'octroi de ces avances et autres facilités étaient justifiées par son intérêt commercial car elles ont eu pour objectif de fidéliser les relations commerciales avec le groupe Dassault Aviation ; la création de la société B Aviation Inc devait conférer au groupe B et à la société JCB Aero une reconnaissance internationale déterminante au vu du domaine d'activité et des acteurs présents sur ce marché ; l'activité de prestataires et les dépenses engagées par la société B Aviation Inc via le personnel mis à sa disposition, avaient pour objet d'assurer une plus large diffusion des ses produits et d'assurer la commercialisation de prestations de services techniques et de conseils dans le domaine de l'aménagement intérieur d'engins aéronautiques ; ces prestations de services revêtent un caractère commercial dès lors que le chiffre d'affaires de la société B Aviation Inc d'un montant de 208 455 euros en 2017 était presque uniquement procuré par les factures émises à sa destination d'un montant de 186 446 euros, révélant la dépendance commerciale de cette société dont elle était le principal client ; si l'intérêt du groupe ne suffit pas à lui seul à justifier le caractère normal d'une aide, il peut être pris en compte comme preuve dans le faisceau d'indices à retenir alors que l'intérêt du groupe B était de répondre aux attentes du groupe Dassault Aviation ; la mise à disposition de personnel constitue nécessairement une activité économique et commerciale ; cette mise à disposition a fait l'objet de factures soumises à la taxe sur la valeur ajoutée, révélant ainsi une activité économique ; elle ne détenait aucune participation dans la société B Aviation Inc de sorte qu'elle ne pouvait retirer de l'annulation de sa créance aucun profit personnel et que la perte constatée a bien constitué une perte définitive au sens de l'article 38.2 du code général des impôts ;

- à titre subsidiaire, les aides consenties à la société B Aviation Inc ont un caractère commercial au minimum à hauteur des prestations facturées d'un montant de 583 460 euros comptabilisées comme telles en compte client ; si la société B Aviation Inc et elle n'ont pas de lien capitalistique mais sont des sociétés sœurs de sorte que la perte constatée pour irrécouvrabilité de ses créances sur sa société sœur n'est compensée par aucune contrepartie, l'article 39.13 du code général des impôts, tout en posant le principe de non-déductibilité des abandons de créance à caractère financier reconnaît la déductibilité partielle de ces abandons à concurrence de la proportion de la participation détenue par des tiers ;

- à titre subsidiaire, si l'administration fiscale entend maintenir sa position en considérant que les deux écritures de 2016 de reprise de provision et de perte ne sont pas liées et en maintenant la non-déductibilité de la perte constatée en 2016 au motif qu'il s'agit d'un abandon de créances, il lui appartient, dès lors qu'elle n'a jamais contesté la probabilité du risque provisionné en 2015 et par voie de conséquence la déductibilité de la charge provisionnée, de faire droit à sa demande de neutralisation fiscale de la reprise de provision à concurrence du montant de cette reprise d'un montant d'1 126 612 euros à titre de compensation sur le fondement des articles L. 203 à L. 205 du livre des procédures fiscales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 23 août 2022 et 9 mars 2023, le directeur chargé de la direction de contrôle fiscal de Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Le Goas, substituant Me Arnaud, représentant la société JCB Aero.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée JCB Aero, dont le siège social est situé dans le département du Gers, a pour activité la fabrication de mobiliers et l'aménagement de cabines d'avions. La société JCB Aero a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle le service vérificateur a, par une proposition de rectification du 19 juin 2019, envisagé des rectifications au titre de l'impôt sur les sociétés de l'année 2016 en conséquence d'un rehaussement en base de 1 586 826 euros et d'une rectification du résultat fiscal d'1 007 412 euros ramenés à 3 716 euros après imputation des déficits reportables. En réponse aux observations du contribuable présentées le 6 août 2019, l'administration a, par courrier du 4 novembre 2019, maintenu la totalité des rappels et rectifications. Par un avis du 28 mai 2021, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a confirmé les chefs de rehaussement retenus par l'administration fiscale. La cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2016 a été mise en recouvrement le 30 juillet 2021 pour un montant en droits de 1 235 euros et en pénalités de 79 euros, soit un montant total de 1 314 euros. La réclamation contentieuse présentée par la société le 1er octobre 2021 a été rejetée par décision de l'administration fiscale du 8 février 2022. Par la présente requête, la société JCB Aero demande au tribunal de prononcer la décharge de l'imposition supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016, ainsi que les pénalités correspondantes, d'un montant total de 1 314 euros et de procéder à la reconstitution de l'intégralité de ses déficits reportables au 31 décembre 2016.

Sur les conclusions aux fins de décharge et aux fins de rectification du résultat de l'exercice clos en 2016 :

2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". Aux termes de l'article 39 du même code dans sa version applicable au litige : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () 13. Sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt les aides de toute nature consenties à une autre entreprise, à l'exception des aides à caractère commercial. / Le premier alinéa ne s'applique pas aux aides consenties en application d'un accord constaté ou homologué dans les conditions prévues à l'article L. 611-8 du code de commerce ni aux aides consenties aux entreprises pour lesquelles une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire est ouverte. / Les aides mentionnées au deuxième alinéa qui ne revêtent pas un caractère commercial sont déductibles à hauteur de la situation nette négative de l'entreprise qui en bénéficie et, pour le montant excédant cette situation nette négative, à proportion des participations détenues par d'autres personnes que l'entreprise qui consent les aides. ". Aux termes de l'article 209 du même code dans sa version applicable au litige : " I. () Sous réserve de l'option prévue à l'article 220 quinquies, en cas de déficit subi pendant un exercice, ce déficit est considéré comme une charge de l'exercice suivant et déduit du bénéfice réalisé pendant ledit exercice dans la limite d'un montant de 1 000 000 € majoré de 50 % du montant correspondant au bénéfice imposable dudit exercice excédant ce premier montant. Si ce bénéfice n'est pas suffisant pour que la déduction puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté dans les mêmes conditions sur les exercices suivants. Il en est de même de la fraction de déficit non admise en déduction en application de la première phrase du présent alinéa. / La limite de 1 000 000 € mentionnée au troisième alinéa est majorée du montant des abandons de créances consentis à une société en application d'un accord constaté ou homologué dans les conditions prévues à l'article L. 611-8 du code de commerce ou dans le cadre d'une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire ouverte à son nom. () ".

3. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

4. En l'espèce, il est constant que jusqu'au 15 juin 2016, le capital de la société JCB Aero était réparti entre la société par actions simplifié B Financial Group, à hauteur de 94,04 % et M. D B, son gérant, à hauteur de 5,96 %. M. et Mme B détenaient 100 % de la société B Financial Group. Cette dernière société possédait 100 % des actions de la société B Aviation Inc, située aux Etats-Unis, créée en mars 2014. Par déclarations de cession de droits sociaux enregistrées le 1er juillet 2016, M. et Mme B ont cédé à la société Amac Aerospace Switzerland, établie en Suisse, à compter du 15 juin 2016 respectivement d'une part, l'intégralité des parts qu'ils détenaient au sein de la société B Financial Group, laquelle possède toujours 94,04 % des parts de la société JCB Aero, et d'autre part, les 5,96 % de parts que M. et Mme B détenaient dans le capital de la société JCB Aero. M. B a également, à titre personnel, acquis le capital de la société américaine B Financial Group. Par une convention intitulée " Cancelation of debt " signée le 26 avril 2016 entre la société B Aviation Inc et la société JCB Aero, cette dernière a consenti un abandon de créance à la première à hauteur d'un montant de 1 586 826,32 euros, comptabilisé à la même date au débit du compte 678800 " charges exceptionnelles ", comprenant la somme d'1 037 980 euros d'avance de trésorerie inscrite au compte 451160 " B Aviation Inc USA ", la somme de 146 297 euros d'avance de trésorerie inscrite au compte 451170 " B Aviation Inc PMT PR A ", et la somme de 402 549 euros correspondant à la contraction entre d'une part, les créances détenues sur la société B Aviation Inc, d'un montant total de 588 995,86 euros, composées des salaires du personnel déplacé pour la somme de 583 460,11 euros et de la vente de fournitures pour la somme de 5 535,75 euros et d'autre part, les dettes envers cette société d'un montant de 186 446,38 euros.

5. En premier lieu, il n'est pas contesté que la société JCB Aero a comptabilisé en dotation aux provisions, au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015, les créances détenues sur la société B Aviation Inc au motif d'un risque probable d'irrécouvrabilité puis les a reprises en charge exceptionnelle au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 et a procédé corrélativement à un abandon de créances au profit de la société B Aviation Inc. D'une part, la société JCB Aero ne peut pas utilement se prévaloir de la conclusion le 26 avril 2016 d'un accord d'annulation de créance et non d'abandon de créances dès lors que les stipulations de l'article 2 de cet accord, en actant le renoncement de la société JCB Aero à recouvrer sa créance d'1 586 826,32 euros qu'elle possède sur la société B Aviation Inc, a le même effet qu'un abandon de créances. D'autre part, la réintégration de la charge exceptionnelle et la reprise de la provision au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 ne peuvent être regardées comme constituant une double imposition dès lors que la reprise de la provision a été précédée d'une dotation en 2015 et par conséquence d'une déduction du résultat imposable. Enfin, la circonstance que la reprise en charge exceptionnelle constitue une charge déductible au niveau comptable est sans incidence sur la reconnaissance de son caractère fiscalement déductible fondée sur la nature financière ou commerciale de l'aide consentie au sens du 13 de l'article 39 du code général des impôts précité.

6. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, la charge exceptionnelle d'un montant d'1 586 826,32 euros comptabilisée au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 par la société JCB Aero concernent des avances en compte courant, les salaires du personnel mis à disposition et la vente de fourniture. Si la société JCB Aero se prévaut de l'importance stratégique de la société B Aviation Inc pour le développement du groupe B aux Etats-Unis et de ses relations avec le groupe Dassault Aviation, et met en avant la jeunesse de cette société créée en mars 2014 ayant nécessité un soutien financier, il est constant que le montant total d'1 586 826,32 euros concernent deux années de relations professionnelles qui ont cessé à la suite de cet abandon de créances, sans pour autant que la société JCB Aero n'établisse que la société B Aviation Inc a ensuite été dissoute. Dans la perspective du rachat, par la société Amac Aerospace Switzerland, de la société JCB Aero, à l'exclusion de la société B Aviation Inc, la société JCB Aero a souhaité apurer sa comptabilité des avances et crédits clients comptabilisés par la société B Aviation Inc de sorte que l'abandon de créances en litige a été consenti le 26 avril 2016 préalablement à la cession de droits sociaux à la société Amac Aerospace Switzerland par accord du 1er juillet 2016. Il n'est pas contesté que cet abandon de créances a été opéré sans contrepartie pour la société JCB Aero. Si les créances que détenaient la société JCB Aero se sont inscrites, jusqu'en 2015, dans une politique de développement commercial de la société B Aviation Inc et si les aides ainsi consenties peuvent être qualifiées de commerciales à la date à laquelle elles ont été consenties et déduites du résultat fiscal de l'exercice 2015, la société JCB Aero a renoncé à les recouvrir pour des raisons financières en 2016, afin d'apurer ses comptes dans la perspective de son rachat par la société Amac Aerospace Switzerland. Dans ces conditions, cette charge, constituée par l'abandon de créances au titre de l'exercice clos en 2016, consentie à la société B Aviation Inc ne peut être regardée, au moment de sa comptabilisation, comme étant de nature commerciale et consentie dans l'intérêt de la société JCB Aero alors qu'elle procédait seulement de la volonté de la société JCB Aero de mettre un terme à ses relations avec la société B Aviation Inc en soldant leurs créances en cours, dans le cadre de son propre rachat et n'est donc pas déductible. Dès lors, la société JCB Aero n'est pas fondée à soutenir que l'abandon de créances d'un montant d'1 586 826,32 euros comptabilisée le 26 avril 2016 au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 ne revêtirait pas un caractère financier au moment de sa comptabilisation et pourrait relever de la catégorie des charges déductibles au sens du 13 de l'article 39 du code général des impôts.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 80 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut effectuer toutes les compensations entre l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, la contribution prévue à l'article 234 nonies code général des impôts, la taxe d'apprentissage, la taxe sur les salaires, la cotisation perçue au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction, établis au titre d'une même année. / Des compensations peuvent être pratiquées dans les mêmes conditions en ce qui concerne les droits d'enregistrement, la taxe de publicité foncière exigible sur les actes qui donnent lieu à la formalité fusionnée en application de l'article 647 du code général des impôts et les droits de timbre, perçus au profit de l'Etat. / Les compensations de droits sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable qui a fait l'objet d'une rectification lorsqu'il démontre qu'une taxation excessive a été établie à son détriment ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition. ". Aux termes de l'article 203 du même livre : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande. ". Aux termes de l'article 204 du même livre : " La compensation peut aussi être effectuée ou demandée entre les impôts suivants, lorsque la réclamation porte sur l'un d'eux : 1° A condition qu'ils soient établis au titre d'une même année, entre l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, la contribution prévue à l'article 234 nonies du code général des impôts, la taxe sur les salaires, la taxe d'apprentissage, la cotisation perçue au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction. 2° Entre les droits d'enregistrement, la taxe de publicité foncière exigible sur les actes qui donnent lieu à la formalité fusionnée en application de l'article 647 du code général des impôts et les droits de timbre, perçus au profit de l'Etat. ". Aux termes de l'article L. 205 du même livre : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition. ".

8. Il est constant que la société JCB Aero a procédé à la comptabilisation d'une dotation aux provisions d'un montant d'1 126 612 euros à la clôture le 31 décembre 2015 de son exercice, fondée sur le risque d'irrécouvrabilité de sa créance sur la société B Aviation Inc, qui n'a pas été contestée par l'administration fiscale lors de la vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Cependant, il résulte du point 5 que la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'une double imposition ouvrant droit à la compensation prévue par les dispositions précitées du livre des procédures fiscales dès lors que la comptabilisation de cette provision en 2015 puis sa reprise en charge exceptionnelle en 2016 constituent des opérations distinctes et que la rectification en litige ne fait pas apparaitre de double imposition.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ".

10. La société requérante ne peut utilement se prévaloir de l'absence de variation d'actif net au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 dès lors que cette dernière est sans incidence sur le droit de reprise de l'administration fiscale, qui au cas d'espèce pouvait s'exercer jusqu'au 31 décembre 2019 concernant la rectification de la charge exceptionnelle comptabilisée lors de l'exercice clos le 31 décembre 2016.

11. En dernier lieu, d'une part, à supposer que la société requérante ait entendu, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-BIC-PROV-50 relative au sort et à la surveillance des provisions, l'opération litigieuse, qui porte sur un abandon de créances, n'entre pas dans les prévisions de cette doctrine.

12. D'autre part, la société requérante n'est pas davantage fondée à se prévaloir, à supposer qu'elle ait entendu le faire, de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-BASE-50-10 relative notamment au régime fiscal des abandons de créances et des subventions entre entreprises dès lors que cette instruction ne peut être regardée comme comportant une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont la présente décision fait application.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de décharge et par voie de conséquence aux fins de rectification du résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2016 de la société requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société JCB Aero demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société JCB Aero est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée JCB Aero et à la direction de contrôle fiscal de Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

Z. CORTHIER

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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