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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200826

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200826

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200826
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantAARPI MCH AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 13 avril 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Marseille le 7 avril 2022, M. A B, représenté par Me Comte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2022, par laquelle sa demande de versement de l'aide exceptionnelle montagne a été rejetée ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser l'aide exceptionnelle montagne ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée ne mentionne pas son auteur, ce qui l'entache, par voie de conséquence, d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle comporte une rédaction stéréotypée ne permettant pas d'en comprendre les motifs, ni les fondements juridiques qui ne sont pas rappelés ;

- les décrets n° 2020-371 du 30 mars 2020 et n° 2021-1295 du 5 octobre 2021 instituant respectivement le fonds de solidarité et l'aide exceptionnelle montagne introduisent une discrimination illégale à l'encontre des personnes placées en congés de maladie, constitutive d'une rupture d'égalité ; le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif aux fonds de solidarité n'a pas permis la prise en compte, dans le calcul de son chiffre d'affaires au titre de l'année 2019, des indemnités perçues pendant son congé de maladie d'un montant de 6 334 euros versées par une assurance privée de sorte que son placement en congé de maladie a eu pour conséquence de réduire drastiquement l'aide perçue au titre du fonds de solidarité alors que le versement de cette aide fonde le rejet de sa demande d'aide exceptionnelle montagne ;

- la décision attaquée est illégale par la voie de l'exception d'illégalité dès lors qu'elle trouve son fondement dans des décrets instituant une discrimination à l'égard des personnes placées en arrêt de travail.

Par une lettre du 4 mai 2022, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a informé le tribunal qu'il appartenait au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques de présenter des observations en défense au nom de l'Etat.

Par une lettre du 5 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a informé le tribunal qu'il ne lui appartenait pas de présenter des observations en défense au nom de l'Etat car la décision contestée avait été prise par le ministère chargé des sports.

Cette requête a été communiquée au préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le décret n° 2021-1295 du 5 octobre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est moniteur de ski diplômé d'Etat et exerce ses fonctions depuis le 1er janvier 1999 en tant que travailleur indépendant à l'école de ski français de la station de Gourette, située dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Sa demande de versement de l'aide exceptionnelle en faveur des personnes physiques et morales de droit privé encadrant des activités sportives et particulièrement affectées par la fermeture des remontées mécaniques dans le contexte de l'épidémie de covid-19 a été rejetée par décision du 6 janvier 2022. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 5 octobre 2021 instituant une aide exceptionnelle en faveur des personnes physiques et morales de droit privé encadrant des activités sportives et particulièrement affectées par la fermeture des remontées mécaniques dans le contexte de l'épidémie de covid-19 : " Il est institué une aide, donnant lieu à un versement unique, au bénéfice des personnes physiques et des personnes morales de droit privé dont l'activité est particulièrement affectée par la fermeture des remontées mécaniques au sens de l'article L. 342-7 du code du tourisme en raison des mesures d'interdiction d'accès au public prévues par l'article 18 du décret du 29 octobre 2020 susvisé, dans sa rédaction en vigueur du 5 décembre 2020 au 18 mai 2021, ci-après désignées par les mots : " personnes encadrant des activités sportives en zones de montagne " et remplissant les conditions suivantes : 1° Elles ont débuté leur activité avant le 1er novembre 2020 ; 2° Elles ne se trouvaient pas en liquidation judiciaire au 1er décembre 2020 ; 3° Elles proposent l'encadrement d'activités sportives en zones de montagne ; 4° Leur activité est liée à l'utilisation des remontées mécaniques, objet d'une restriction d'accueil du public en application des dispositions de l'article 18 du décret du 29 octobre 2020 susvisé, dans sa rédaction en vigueur du 5 décembre 2020 au 18 mai 2021 ; 5° Elles ne sont pas éligibles au fonds de solidarité institué par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée ou n'ont perçu aucune aide à ce titre ; 6° Elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % entre le 5 décembre 2020 et le 18 mai 2021 inclus en raison des mesures d'interdiction d'accès au public prévues par l'article 18 du décret du 29 octobre 2020 susvisé, dans sa rédaction en vigueur du 5 décembre 2020 au 18 mai 2021, par rapport à leur chiffre d'affaires de référence défini au III de l'article 2. / Les personnes morales encadrant des activités sportives en zones de montagne constituées sous forme de syndicat professionnel au sens des dispositions de l'article L. 2131-1 du code du travail sont éligibles au présent dispositif. / La notion de chiffre d'affaires s'entend comme le chiffre d'affaires hors taxes. / Par dérogation à l'article 1er du décret du 6 juin 2001 susvisé, l'obligation de conclure une convention s'applique aux subventions prévues par le présent décret dont le montant mentionné au II de l'article 2 dépasse 1,1 million d'euros. ".

3. D'autre part, lorsque le juge déduit des motifs d'une décision administrative que l'administration se trouvait en situation de compétence liée et écarte l'ensemble des moyens dirigés contre cette décision comme inopérants, il ne relève pas d'office un moyen mais se borne à exercer son office en répondant aux moyens soulevés devant lui. Il n'est, par suite, pas tenu de communiquer, comme moyen d'ordre public, l'existence de cette situation de compétence liée sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter la demande d'aide exceptionnelle montagne présentée par M. B, le ministère des sports s'est fondé sur le motif tiré de ce que la perception d'une aide au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 rendait sa demande inéligible au dispositif d'aide exceptionnelle en faveur des personnes physiques et morales de droit privé encadrant des activités sportives et particulièrement affectées par la fermeture des remontées mécaniques dans le contexte de l'épidémie de covid-19. Le ministère des sports s'est borné à dresser ce constat sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce. Dès lors qu'il est constant que le requérant a effectivement bénéficié d'une aide au titre du fonds de solidarité covid-19, il ne remplissait pas l'une des conditions cumulatives posées par les dispositions précitées du 5° de l'article 1er du décret du 5 octobre 2021 pour pouvoir prétendre au bénéfice de l'aide instituée par ce décret, ce qui n'est pas contesté par M. B. Le ministère des sports était donc tenu, pour ce motif, de rejeter la demande présentée par M. B. Cette situation de compétence liée rend inopérants tous les moyens soulevés par le requérant. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance du principe d'illégalité, par la voie de l'exception, sont inopérants.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne comportant que des moyens inopérants ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à la ministre des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques.

Copie pour information en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

Z. CORTHIER La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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