vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2200880 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | GALLARDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 avril 2022 et un mémoire enregistré le 22 août 2024, M. C, représenté par Me Hubert, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Bordes à lui verser la somme de 7 198 euros en réparation des travaux réparatoires sur son immeuble à usage d'habitation et la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral et de jouissance ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bordes, la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'action aux fins d'indemnisation n'est pas prescrite dès lors qu'il n'a eu connaissance des dommages causés par les travaux effectués par la commune que par le rapport d'expertise du 19 septembre 2017, de sorte que la demande préalable déposée le 25 décembre 2021 réceptionnée le 30 décembre 2021 interrompt la prescription ;
- les désordres constatés dans son immeuble ont pour origine les travaux publics réalisés par la commune ; la responsabilité de celle-ci doit être engagée ;
- le développement du mérule dans son habitation est la résultante des infiltrations provenant des travaux réalisés par la commune de Bordes ;
- dès que les sociétés intervenantes ont été condamnées à lui verser la somme de 7 198 euros correspondant à 50 % du montant des travaux réparatoires estimés par la seconde expertise, il est fondé à solliciter la condamnation de la commune de Bordes à lui verser la somme de 7 198 euros en réparation des travaux réparatoires ;
- il a subi un préjudice de jouissance de son bien et évalue le préjudice à 3 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, la commune de Bordes, représentée par Me Gallardo, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête au fond ;
3°) en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de M. C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la prescription quadriennale s'oppose à l'action de M. C dès lors que les travaux ont été réalisés en 2003 et l'action indemnitaire en 2022 ;
- le premier rapport d'expertise établit les causes des désordres et impute les responsabilités ;
- l'administration ne peut être condamnée à une indemnisation alors que l'administré a déjà été indemnisé, en l'absence de justificatifs de montant de versements des entreprises condamnées par le juge judiciaire, aucune somme ne peut être demandée à la commune ;
- le requérant ne justifie pas de l'anormalité et de la spécificité des dommages.
Par une ordonnance du 30 juin 2023, la date de clôture de l'instruction a été fixée au 28 août 2023.
Des mémoires présentés par la commune de Bordes, représentée par Me Gallardo ont été enregistrés les 23 et 28 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 31 décembre 1968 ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus,
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lambert représentant la commune de Bordes.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est propriétaire d'un immeuble situé 1 rue de Lourdes à Bordes qui est accolé à un bâtiment abritant les locaux de la Poste. Entre 2002 et 2003, des travaux publics ont été réalisés par la commune, consistant en l'aménagement du parvis d'accès au bureau de poste aux fins d'y réaliser un abribus ainsi qu'une rampe d'accès au bâtiment de La Poste pour les personnes à mobilité réduite. Ces travaux ont été réceptionnés le 12 septembre 2003. En 2011, M. C a fait réaliser d'importants travaux de réhabilitation de son immeuble, lesquels ont été réceptionnés le 22 décembre 2011. En 2013, il constate l'apparition de champignons liés à une humidité importante. Par ordonnance du 18 septembre 2013, le tribunal de grande instance de Pau diligente une expertise judiciaire. Le 15 mai 2015 le rapport d'expertise a été déposé. Le TGI de Pau s'est déclaré incompétent par une ordonnance du 9 novembre 2015. Sans que la commune de Bordes soit partie, une seconde expertise a été diligentée et le rapport a été remis en 2017. Par un courrier en date du 28 décembre 2021, M. C a demandé la réparation des dégâts à la commune de Bordes. Par une décision du 23 février 2022, la commune a rejeté la demande. Par la requête, M. C demande la condamnation de la commune au paiement de la somme totale de 10 198 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale de la créance :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Selon l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ()/ Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".
3. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi.
4. Il résulte de l'instruction d'une part, que par jugement du tribunal judiciaire en date du 9 novembre 2015, M. C a eu connaissance de l'incompétence du juge judiciaire pour connaître du préjudice lié à l'emprise irrégulière sur sa parcelle et d'autre part, que l'expertise diligentée le 18 septembre 2013 par le tribunal de grande instance de Pau a permis d'établir via le rapport déposé le 15 mai 2015 les causes des désordres, et le montant estimé des travaux. Ainsi, M. C avait connaissance depuis l'année 2015 de la réalité et de l'étendue de son préjudice ainsi que de la juridiction compétente pour en connaitre. Par suite, le délai de prescription de la créance potentielle a commencé à courir au 1er janvier 2016. Si le requérant soutient que le tribunal de grande instance de Pau a condamné les sociétés intervenues en 2011 sur son immeuble, il ne l'établit pas de sorte que cette action ne peut être regardée comme étant susceptible d'interrompre valablement le délai de prescription. Dans ces conditions, la procédure devant le juge judiciaire relatif à l'action indemnitaire à l'encontre des entreprises privées n'a pu interrompre, valablement, le délai de prescription de la créance litigieuse.
5. D'une part, M. C sollicite l'indemnisation d'un préjudice financier constitué, lié à la nécessité de faire procéder à des travaux en vue de traiter les mérules. Ce préjudice, qui revêt un caractère instantané, pouvait être mesuré dès le rapport d'expertise du 15 mai 2015. Ainsi, les droits à créances dont se prévaut M. C au titre des travaux réparatoires étaient acquis à cette dernière date. Par suite, la commune de Bordes est fondée à opposer la prescription quadriennale à ces créances détenues par M. C.
6. D'autre part, M. C sollicite l'indemnisation d'un préjudice de jouissance consécutif aux travaux réalisés en 2002 et 2003. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Il s'ensuit que la créance se rattachant aux travaux publics réalisés en 2003 était prescrite au 31 décembre 2019, de sorte qu'à la date d'enregistrement de sa requête, le 25 avril 2022, M. C ne pouvait plus solliciter l'indemnisation au titre des années antérieures au 31 décembre 2019. Toutefois, M. C est fondé à solliciter l'indemnisation relative aux troubles de jouissance à compter de l'année 2020.
7. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'œuvre et l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution de travaux publics à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient au tiers à une opération de travaux publics qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à cette occasion, d'établir outre l'existence du préjudice le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître d'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 15 mai 2015 que l'origine de l'apparition et la prolifération de mérules sur le mur de l'immeuble de M. C ont été causées en partie par les travaux réalisés par la commune de Bordes en 2002 et en 2003. L'apparition du champignon a été causée par des infiltrations d'eau dues à une conception défectueuse de la rampe d'accès installée, laquelle a été réalisée sans aucun ouvrage d'interposition, au contact direct de la façade arrière du bâtiment du requérant et selon des techniques trop anciennes. Par ailleurs, la toiture de l'abribus étant dépourvue de gouttières, l'eau de pluie se déverse directement sur le dallage en pierre du plan d'accès incliné au bureau de poste. Au regard de ces éléments, les dommages affectant l'immeuble de M. C doivent être regardés, contrairement à ce que soutient la commune en défense, comme revêtant un caractère accidentel. Le requérant est donc fondé à rechercher la responsabilité de la commune de Bordes.
9. M. C sollicite la réparation du préjudice de trouble de jouissance qu'il estime avoir subi et qu'il évalue à la somme de 3 000 euros. Toutefois, aucun élément fourni par le requérant ne permet d'établir un préjudice de jouissance quelconque. Par voie de conséquence en l'absence de démonstration de l'existence du préjudice par le requérant, il ne peut être fait droit à sa demande de condamnation de la commune à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice de jouissance.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par M. C, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune de Bordes au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B C et à la commune de Bordes.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026