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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2200928

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2200928

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2200928
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL KARINE LHOMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2022, Mme E D, représentée par Me Brethou, demande au juge des référés:

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative une expertise médicale portant sur les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier de Dax Côte d'Argent à compter du 28 octobre 2019 et les préjudices qui en ont résulté ;

2°) de dire que les frais d'expertise seront pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le 28 octobre 2019, elle a subi une opération chirurgicale de nymphoplastie de réduction au sein du service gynécologie-obstétrique au centre Hospitalier de Dax Côte d'Argent, prise en charge par l'assurance maladie.

- après cicatrisation, il apparait que l'intervention a seulement été partielle et incomplète ; elle n'a pas été correctement réalisée.

- cette situation entraine des préjudices intimes, physiques et psychologiques ;

- l'expertise est utile pour déterminer s'il y a eu faute de la part du praticien qui a opéré et pour déterminer la nature et l'ampleur de ses préjudices.

Par un mémoire, enregistré le 5 mai 2022, la caisse primaire d'assurances maladie des Landes déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée tout en formulant les protestations et réserves d'usage et ne pas être en mesure de chiffrer le montant de ses débours avant que l'expert éventuellement désigné ait rendu son rapport.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 8 juin 2022, le centre hospitalier de Dax, représenté par Me Lhomy, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée tout en formulant les protestations et réserves d'usage, demande au juge des référés de fixer la mission de l'expert suivant ses écritures, que l'expert devra déposer un pré-rapport, que la Caisse primaire d'assurances maladie devra produire l'état de ses débours avant la première réunion de l'expert et que les dépens soient mis à la charge de la requérante qui ne bénéficie que d'une aide juridictionnelle partielle.

Par une décision du 15 mars 2022 Mme D a été admise au bénéfice l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55%.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative

Les parties en la cause ont régulièrement été destinataires de la procédure.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () " .

2. La mesure d'expertise sollicitée, qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative, présente un caractère utile dans la perspective d'un recours de plein contentieux ultérieur et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, de désigner un expert et de fixer sa mission comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier de Dax tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées

Sur les frais d'expertise et les dépens :

4. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

5. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les demandes des parties tendant à ce que les dépens soient réservés ou mis à la charge d'une partie sont sans objet et doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre Mme E D, le centre hospitalier de Dax et la caisse primaire d'assurances maladie des Landes.

Article 2 : Monsieur A C (aberrebi@orange.fr) est désigné comme expert avec pour chefs de mission :

- d'examiner Mme E D et de prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- décrire l'état de santé de Mme D antérieurement à sa prise en charge le 28 octobre 2021 dans les services du centre hospitalier de Dax ;

- de décrire les conditions de sa prise en charge en indiquant si les actes médicaux et de soins administrés à la patiente étaient appropriés à son état et ont été exécutés conformément aux règles de l'art et aux données de la science à l'époque où ils ont été réalisés et si elle a reçu toute l'information nécessaire pour recueillir son consentement éclairé ;

- de faire connaître, en particulier, si le protocole d'hygiène a été respecté ;

- de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales et de soins ont été commises lors du diagnostic et du traitement de Mme D ou lors d'éventuelles interventions postérieures ;

- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine des préjudices allégués par la requérante ;

- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour Mme D d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;

- déterminer si l'aggravation de la pathologie de Mme D pourrait résulter d'une autre cause et dans quelles proportions ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de Mme D et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par Mme D en distinguant la part imputable aux lésions initiales, de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;

- déterminer s'il y eu atteinte temporaire ou permanente à une ou plusieurs fonctions physiologiques et si cette situation est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration, éventuellement les solutions médicales possibles à y apporter et à quelle échéance ;

- déterminer la durée et le degré du déficit fonctionnel temporaire DFT (soit la durée de l'incapacité temporaire totale ITT, et celle pendant laquelle sa capacité à mener une activité professionnelle a été réduite ainsi que la proportion dans laquelle elle a été réduite ITP) ;

- décrire les souffrances physiques, psychiques ou morales endurées du fait des blessures subies, dans la mesure où elles n'entrainent pas de déficit fonctionnel proprement dit, les évaluer selon l'échelle habituelle de sept degrés ;

- décrire l'aptitude à la réalisation des actes quotidiens et essentiels de la vie ;

- de se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, de fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

- de donner tous les éléments utiles d'appréciation sur la nature et l'étendue des préjudices subis par Mme D, en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives : durée et taux du déficit fonctionnel temporaire, taux du déficit fonctionnel permanent, souffrances physiques, troubles psychologiques, préjudice esthétique, et tous autres préjudices ;

- de dire si des frais de santé sont restés à la charge de la requérante ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif. S'il l'estime utile, il établira un pré-rapport.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le Président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D, au centre hospitalier de Dax, à la caisse primaire d'assurances maladie des Landes et à Monsieur A C, expert.

Fait à Pau, le 17 novembre 202Le juge des référés,

Signé,

V. QUEMENER

La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

Le greffier,

Signé, M. BN° 2002616004

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