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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201035

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201035

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201035
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARLU KARINE LHOMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 mai 2022, le 16 mai 2023, le 13 septembre 2023, le 26 octobre 2023, Mme C J, née A, représentée par Me Bourdalle, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Pau et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser une somme de 731 296,40 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis dans les suites de l'intervention chirurgicale réalisée au sein de cet établissement le 25 octobre 2016 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Pau les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Pau doit être engagée en raison de fautes commises lors de l'hystérectomie qu'elle a subie le 25 octobre 2016, ainsi qu'un défaut d'information sur les conséquences de cette intervention.

- elle est fondée à demander la réparation de ses préjudices, lesquels doivent être indemnisés comme suit :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

- 1 300 euros au titre des frais divers ;

- 4 200 euros au titre des honoraires d'avocat exposés ;

- 3 334,90 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :

- 199 044 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs ;

- 300 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, dès lors qu'elle a été licenciée pour inaptitude et qu'elle se trouve aujourd'hui dans l'impossibilité de retrouver un emploi.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

- 1 017,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, dont :

- 450 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, à raison de 25 euros par jours durant 18 jours ;

- 37,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 50 %, à raison de 25 euros par jour durant 3 jours ;

- 130 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 40 %, à raison de 25 euros par jour durant 13 jours ;

- 75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 5 %, sur une période de 13 jours ;

- 10 000 euros au titre des souffrances endurées, lesquelles doivent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 7.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :

- 40 000 euros au titre du préjudice d'impréparation ;

- 7 900 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, qu'il convient de fixer au taux de 5 % ;

- 10 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 100 000 euros au titre du préjudice d'agrément, compte tenu de l'abandon des activités sportives qu'elle exerçait antérieurement et de la perte de toute vie sociale ;

- 50 000 euros au titre du préjudice sexuel.

Par des mémoires, enregistrés le 5 juillet 2022, le 31 mars 2023 et le 25 septembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Pau-Pyrénées demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Pau, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser une somme de 18 261,09 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts à taux légal au jour de sa demande, ainsi qu'à lui verser une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par des mémoires en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le 19 septembre 2023, et le 10 novembre 2023, le centre hospitalier de Pau, représenté par Me Lhomy, conclut à titre principal au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, à ce que les prétentions de la requérante et de la caisse primaire d'assurance maladie soient réduites à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- aucun manquement fautif n'a été commis dans la réalisation de l'intervention dès lors qu'aucune contre-indication n'a été formulée quant à l'utilisation des pinces de thermo-fusion dans la réalisation d'hystérectomies par voie basse ;

- aucun retard de diagnostic ne saurait lui être imputé, dès lors que la requérante était suivie en premier lieu par un urologue et que le praticien hospitalier ayant réalisé l'intervention a rapidement diligenté les examens nécessaires à la mise en évidence des complications dont elle a été victime ;

- à titre subsidiaire, les prétentions indemnitaires de Mme J, née A, doivent être réduites à de plus justes proportions, en faisant application d'un taux de perte de chance de 10 % ;

- la requérante ne démontre pas que la perte de gains professionnels actuels et futurs alléguée est en lien direct avec la complication opératoire dont elle a été victime, dès lors notamment que la chirurgie initiale impliquait nécessairement qu'elle soit placée en congé maladie ; les éléments produits ne permettant pas de déterminer avec précision le montant des pertes alléguées ; il n'est pas établi que Mme J, née A, ait quitté son emploi ni qu'elle se trouve aujourd'hui dans l'impossibilité d'exercer toute activité professionnelle ; il n'est pas établi que le taux d'incapacité retenu par la Maison départementale des personnes handicapées soit en lien direct et certain avec la complication post-opératoire dont elle a été victime ; les avis d'imposition produits par la requérante sont incomplets ;

- la signataire des écritures présentées pour la CPAM de Pau-Pyrénées ne justifie pas d'une habilitation pour représenter la caisse ; les frais médicaux dont le remboursement est sollicité au titre de la période du 11 novembre 2016 au 19 avril 2017 ne sont pas justifiés ; il n'est pas établi que le versement d'indemnités journalières soit en lien direct et certain avec la complication post-opératoire présentée par Mme J, née A.

Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2023.

Un mémoire, présenté par la CPAM de Pau-Pyrénées, a été enregistré le 24 novembre 2023.

Un mémoire, présenté pour Mme J, née A, a été enregistré le 7 décembre 2023.

Vu :

- le rapport de l'expertise, ordonnée en référé, déposé le 30 juillet 2020 ;

- l'ordonnance de la présidente du tribunal du 30 juillet 2020, taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 1 500 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C J, née A, a subi le 25 octobre 2016 une hystérectomie par voie basse au centre hospitalier de Pau. Les suites opératoires ont été compliquées par la survenance d'une fistule urétéro-vaginale droite, en raison de laquelle l'intéressée a dû subir, le 14 mars 2017, une réimplantation urétéro-vésicale. La réclamation préalable introduite le 15 avril 2022 par Mme J, née A, a été rejetée par un courrier du directeur du centre hospitalier de Pau du 28 avril suivant. Par sa requête, Mme J, née A, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Pau à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de sa prise en charge par cet établissement le 25 octobre 2016.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne les fautes commises dans la prise en charge de Mme J, née A :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

S'agissant de la réalisation du geste chirurgical :

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme J, née A, a subi, au centre hospitalier de Pau, une hystérectomie par voie basse réalisée le 25 octobre 2016. A la suite de cette intervention chirurgicale, l'existence d'une fistule urétéro-vaginale droite a été révélée par une exploration réalisée sous anesthésie générale le 23 février 2017. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la pince à thermo-fusion utilisée au cours de l'intervention d'hystérectomie pratiquée le 25 octobre 2016, laquelle est destinée à obtenir la coagulation des tissus, est susceptible de créer des lésions au niveau des organes de voisinage. L'expert relève que l'utilisation de cette pince n'est pas recommandée dans la pratique des hystérectomies par voie basse, et que la fistule urétéro-vaginale présentée par la requérante constitue, du fait de l'utilisation d'un matériel non adéquat, un acte médical fautif. Il qualifie, par ailleurs, le geste chirurgical de maladroit.

4. Le centre hospitalier de Pau contredit en défense les conclusions de l'expert en soutenant qu'aucun manquement fautif ne peut lui être reproché dans la prise en charge de Mme J, née A. Il s'appuie à cet égard sur une note critique établie le 21 décembre 2022 par le docteur I, praticien exerçant au sein du service de gynécologique obstétrique au centre hospitalier universitaire de Bordeaux, qui indique que le document, sur lequel s'est basé l'expert désigné par le tribunal pour affirmer que l'usage de la pince de thermo-fusion utilisée lors de l'intervention du 25 octobre 2016 n'était pas recommandé, constituait un document établi par le fabriquant de ce matériel remis à des congressistes et n'a pas fait l'objet d'une publication scientifique. Ce praticien indique que ni l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, ni la Haute Autorité de Santé n'ont émis de mise en garde quant à l'utilisation de ce matériel, et que la communication dont il est question ne mentionne pas de risque quant à la pratique des hystérectomies par voie basse. Toutefois, cette note critique, basée sur le seul examen, par le docteur I, du rapport d'expertise établi par le docteur K, expert désigné par le tribunal, et le dossier médical de la patiente, n'a pas été établi au contradictoire de Mme J, née A. Il résulte en outre de l'instruction que des dires avaient été établis par le docteur D, pour le compte de l'établissement, en réponse aux dires de l'expert, de sorte que le centre hospitalier de Pau a eu la possibilité de discuter des éléments du débat médical au cours de la réalisation de l'expertise ordonnée par le tribunal. Ainsi, les dires produits par le centre hospitalier après le dépôt du rapport d'expertise ne suffisent pas, en l'espèce, à écarter le caractère fautif de l'utilisation de la pince à thermo-fusion utilisée, alors qu'au surplus, l'expert désigné par le tribunal a retenu l'existence d'une maladresse dans la réalisation du geste chirurgical.

5. Par suite, il y a lieu de retenir, conformément aux conclusions de l'expert désigné par le tribunal, l'existence d'une erreur technique liée, à l'utilisation d'un matériel inadéquat ainsi que d'une maladresse dans la réalisation du geste chirurgical commises, au cours de l'intervention 16 octobre 2016, de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Pau.

S'agissant du retard de diagnostic :

6. Il résulte également de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le diagnostic de fistule urétéro-vaginale aurait dû être posé dès le 16 novembre 2016, à l'occasion d'une consultation au sein du centre hospitalier de Pau, et au cours de laquelle il avait été constaté l'existence de fuites urinaires et de rétention. L'expert indique cependant que ce retard de diagnostic n'a pas emporté de conséquences dans le traitement de la fistule présentée par Mme J, née A, dès lors qu'une telle complication ne pouvait être traitée que dans un délai de deux à trois mois après la réalisation d'une hystérectomie. Dans ces conditions, Mme J, née A, n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Pau aurait, du fait de ce retard de diagnostic, commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le défaut d'information :

7. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. ". L'information doit porter sur les risques connus qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

8. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

9. Il ne résulte pas de l'instruction que le centre hospitalier de Pau aurait informé Mme J des risques encourus du fait de l'intervention chirurgicale du 16 octobre 2016, et en particulier, du risque de survenance d'une fistule urétéro-vaginale, l'expert mentionnant par ailleurs que si une fiche concernant l'hystérectomie par voie basse avait été versée au dossier au cours de la réalisation des opérations d'expertise, cette fiche n'a été signée ni par le praticien ayant réalisé l'intervention, ni par Mme J, née A. Dans ces conditions, la responsabilité du centre hospitalier de Pau doit être engagée du fait de ce manquement à l'obligation d'information

Sur l'évaluation de la perte de chance :

10. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

11. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes du rapport de l'expertise, ordonnée en référé, que l'accident médical fautif décrit au point 3 est en relation directe, certaine et exclusive avec les complications présentées par Mme J, née A. Dans ces conditions, la réalisation des dommages subis par Mme J, née A, doit être regardée comme étant entièrement imputable au centre hospitalier de Pau.

Sur la réparation des préjudices de Mme J, née A :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais divers :

12. Il résulte de l'instruction que Mme J a consulté un médecin-conseil en vue de l'indemnisation de ses préjudices. Au vu des justificatifs produits, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 1 300 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Pau.

S'agissant des frais de procédure :

13. Les frais de justice, s'ils ont été exposés en conséquence directe d'une faute de l'administration, sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice en résultant. Toutefois, lorsque l'intéressé a fait valoir devant le juge une demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le préjudice est intégralement réparé par la décision que prend le juge sur ce fondement.

14. Il résulte de l'instruction que les frais d'avocats engagés par Mme J, née A, en 2020 dans le cadre de l'instance en référé tendant à obtenir la désignation d'un expert afin de déterminer la part de responsabilité du centre hospitalier de Pau dans les dommages qu'elle a subis ont été pris en compte par le juge des référés dans l'ordonnance qu'il a rendue. Par suite, il y a lieu d'écarter la demande d'indemnisation présentée par Mme J, née A, à ce titre.

S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :

15. Il résulte de l'instruction, que Mme J, née A, a été placée, suite à l'intervention chirurgicale subie le 25 octobre 2016, en arrêt de travail jusqu'au 20 décembre 2017, date de consolidation de son état de santé. Le salaire net mensuel moyen perçu par la requérante avant la survenance de l'accident médical décrit au point 3 peut être évalué à la somme de 923,36 euros, compte tenu des bulletins de paie versés au dossier. Il résulte de l'instruction que Mme J, née A, a perçu son salaire habituel jusqu'au mois de septembre 2016, puis des sommes de 597,98 euros en octobre, 111,10 euros en novembre, et 336,05 euros en décembre. La perte de revenus subie par la requérante au cours de cette période peut ainsi être évaluée à la somme de 1 724,95 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme J, née A, a perçu des indemnités journalières d'un montant de 1 415,03 euros versées par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées. Il suit de là que la perte de gains professionnels de Mme J, née A, au titre de l'année 2016 s'élève à la somme de 309,92 euros.

16. Mme J, née A, ne produit toutefois aucun élément de nature à établir le montant de l'ensemble des revenus qu'elle aurait perçus au cours de la période s'étendant du 1er janvier au 20 décembre 2017

S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :

17. Mme J, née A, ne produit aucun élément de nature à établir le montant des revenus qu'elle aurait perçu au cours de l'année 2018. Il résulte en outre de l'instruction que Mme J, née A, a perçu, au titre de l'année 2019, des revenus d'un montant 11 142 euros, supérieurs au salaire net annuel perçu par l'intéressée, lequel peut être évalué, compte tenu de ce qui a été dit au point 15, à la somme de 11 080,32 euros. Par suite, elle n'établit pas avoir subi une perte de revenus au cours de ces années.

18. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme J, née A, a perçu, au titre de l'année 2020, des revenus annuels d'un montant global de 10 268,80 euros, dont 8 419 euros de pensions d'invalidité et 1 849,80 euros versés au titre de l'allocation adulte handicapé. Par suite, la perte de salaire supportée par la requérante doit être évaluée, compte tenu de son salaire annuel de référence de 11 080,32 euros, à la somme de 811,52 euros. Mme J née A, a également perçu, au titre de l'année 2021, 8 980 euros de pensions d'invalidité et 1 860,28 euros versés au titre de l'allocation adulte handicapée. La perte de revenus supportée par la requérante au titre de l'année 2021 doit donc être évaluée à la somme de 240,04 euros. Il résulte enfin de l'instruction que Mme J, née A, a perçu, au titre de l'année 2022, 8 801 euros de pensions d'invalidité et 1 860,28 euros versés au titre de l'allocation adulte handicapé. Sa perte de revenus au titre de l'année 2022 doit donc être évaluée à la somme de 418,84 euros. Les pertes de gains professionnels futurs subies par Mme A doivent dès lors être évalués à la somme globale de 1 470,40 euros.

19. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme J, née A, lui a fait perdre son emploi d'assistante dentaire. Compte tenu de son âge de départ en retraite et des revenus perçus par l'intéressée en 2016, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant pour elle de la perte de revenus subie entre le mois de janvier 2020 et la date de son départ en retraite en l'évaluant à la somme de 7 900 euros.

20. Compte tenu de ces éléments, il sera fait une juste appréciation de la perte de gains professionnels futurs subis par Mme J, née A, en l'évaluant à la somme de 9 370,40 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

21. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes du rapport d'expertise susmentionné, que l'état de santé de Mme J, née A, âgée de 46 ans à la date de l'accident médical dont elle a été victime, ne lui permet pas de reprendre l'activité d'assistante dentaire qu'elle exerçait auparavant, et que la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. Il ne résulte pas de l'instruction qu'elle pourrait exercer une activité comparable à celle qu'il a dû quitter en raison de son handicap. Au regard de ces éléments, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 10 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

22. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que Mme J, née A, a subi, en lien direct avec l'accident décrit au point 3, un déficit fonctionnel temporaire total sur les périodes du 24 au 29 octobre 2016, du 3 au 4 novembre 2016, le 9 janvier 2017, du 22 au 23 février 2017 et du 14 au 20 mars 2017 (soit durant 18 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 30 octobre au 1er novembre 2016 (soit durant 3 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 40 % du 20 mars au 5 avril 2017 (soit durant 16 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 20 % du 5 novembre 2016 au 8 janvier 2017 (soit durant 65 jours), un déficit fonctionnel partiel de 10 % du 6 au 18 avril 2017 (soit durant 13 jours) et enfin, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 5 % du 24 février au 13 mars 2017 (soit durant 17 jours). Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour elle de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 400 euros par mois à taux plein, à la somme de 550 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Pau.

S'agissant des souffrances endurées :

23. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme J, née A, ont été évaluées à 3,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 5 500 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

24. Il résulte de l'instruction que Mme J, née A, demeure atteinte, depuis la consolidation de son état de santé acquise au 20 décembre 2017, soit à l'âge de 46 ans, d'un déficit fonctionnel permanent de 5 %. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé, à la somme de 5 700 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Pau.

S'agissant du préjudice d'agrément :

25. Si le rapport d'expertise fait état, sans autre précision, de difficultés à pratiquer des activités sportives, Mme J, née A, ne justifie pas de la pratique régulière, antérieurement à l'accident médical fautif, d'une activité sportive ou de loisir à laquelle elle aurait dû renoncer. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment d'un certificat établi par une psychologue clinicienne, que l'accident médical subi par Mme J, née A, a été à l'origine d'une altération importante de sa vie sociale. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 500 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

26. Il résulte de l'instruction que Mme J, née A, présente une cicatrice abdominale médiane, et que l'expert a évalué son préjudice esthétique permanent à 0,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 500 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

27. Le préjudice sexuel correspond à l'ensemble des troubles de nature sexuelle, et recouvre le préjudice morphologique résultant de l'atteinte à l'organe sexuel, le préjudice lié à l'acte sexuel ainsi que celui lié à la difficulté de procréer. Il résulte de l'instruction que Mme J, née A, a subi un préjudice sexuel, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

S'agissant du préjudice d'impréparation :

28. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

29. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral d'impréparation subi par Mme J, née A, qui n'a pu anticiper la survenue des complications subies dans les suites de l'intervention chirurgicale du 25 octobre 2016, en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Pau doit être condamné à verser à Mme J, née A, une somme de 37 230,32 euros.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions présentées par la CPAM de Pau-Pyrénées :

31. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de la sécurité sociale : " () Le directeur général ou le directeur représente l'organisme en justice et dans tous les actes de la vie civile. Il peut donner mandat à cet effet à certains agents de son organisme ou à un agent d'un autre organisme de sécurité sociale (). ". Aux termes de l'article L. 211-2-2 du même code : " Le directeur représente la caisse en justice et dans tous les actes de la vie civile. ". Enfin, l'article R. 211-1-2 de ce code précise que le directeur d'une caisse primaire d'assurance maladie " peut déléguer une partie de ses pouvoirs à certains agents de l'organisme et leur donner mandat en vue d'assurer la représentation de celui-ci en justice et dans les actes de la vie civile. () ".

32. Il résulte des dispositions précitées du code de la sécurité sociale que, pour être recevable, toute demande d'une caisse primaire d'assurance maladie doit être signée par son directeur ou par un agent ayant reçu délégation de ce dernier.

33. Les mémoires produits pour la CPAM de Pau-Pyrénées ont été signés par Mme B G, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet en date du 1er avril 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le centre hospitalier de Pau doit être écartée.

En ce qui concerne les débours :

34. A l'appui de sa demande de remboursement, la CPAM de Pau-Pyrénées produit le décompte de ses débours définitifs arrêté au 5 juillet 2022, par lesquels elle justifie avoir exposé, des suites de l'accident médical subi par Mme J, née A, des dépenses d'un montant total de 18 261,09 euros, dont 3 457,59 euros de frais hospitaliers au titre de la journée du 14 novembre 2016, et des périodes du 9 au 10 janvier 2017 et du 14 au 20 mars 2017, du 19 au 21 mars 2019 et de la journée du 4 avril 2019, 1 607,53 euros de frais médicaux au titre de la période du 11 novembre au 19 avril 2017, 367 euros de frais pharmaceutiques au titre de la période du 31 décembre 2016 au 12 avril 2017, 349,71 euros de frais d'appareillage au titre de la période du 13 décembre 2016 au 20 mars 2017, 481,19 euros de frais de transport au titre de la période du 20 mars 2017, et 2 108,07 euros d'indemnités journalières au titre des périodes du 25 novembre 2016 au 2 janvier 2017, et du 20 février au 20 avril 2017, dont il convient de déduire 20 euros de franchises.

35. La CPAM de Pau-Pyrénées produit à l'appui de sa demande une attestation d'imputabilité de son médecin conseil du 6 mars 2023, qui n'est pas valablement contredite par le centre hospitalier de Pau en défense, dès lors qu'il n'apporte aucun élément de nature à la remettre en cause. Par suite, la CPAM de Pau-Pyrénées est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 18 261,09 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

36. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ".

37. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ". Lorsque, par application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale précité, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions.

38. Eu égard au montant de 18 261,09 euros dont le remboursement est obtenu par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Pau le paiement d'une indemnité forfaitaire de gestion de 1 191 euros.

Sur les intérêts :

39. La CPAM de Pau-Pyrénées a demandé les intérêts au taux légal dans son mémoire enregistré le 5 juillet 2022. Dès lors, elle a droit, à compter de cette date, aux intérêts au taux légal sur la somme de 18 261,09 euros dont elle a obtenu le remboursement.

Sur les dépens :

40. Les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative posent le principe que les dépens, tels que les frais d'expertise, sont mis à la charge de la partie perdante. Il y a dès lors lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Pau les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

41. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

42. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge du centre hospitalier de Pau une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme J, née A, dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Pau est condamné à verser à Mme J, née A, la somme de de 37 230,32 euros (trente-sept mille deux-cent-trente euros et trente-deux centimes).

Article 2 : Le centre hospitalier de Pau est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 18 261,09 euros (dix-huit-mille-deux-cent-soixante-et-un euros et neuf centimes) en remboursement de ses débours, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 5 juillet 2022.

Article 3 : Le centre hospitalier de Pau est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées une somme 1 191 euros (mille-cent-quatre-vingt-onze euros) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais d'expertise, d'un montant de 1 500 euros (mille-cinq-cents euros), sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Pau.

Article 5 : Le centre hospitalier de Pau versera à Mme J, née A, la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente décision sera notifiée à Mme C E, Ducos née A, à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, et au centre hospitalier de Pau.

Copie pour information en sera adressée au Dr H K, expert.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

L. NEUMAIER La présidente,

M. SELLÈS

La greffière,

M. FLa République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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