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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201084

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201084

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARL DA SILVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, M. A C, représenté par Me Da Silva, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti ainsi que des prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été privé d'une garantie prévue à l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales en l'absence d'indication du nom du supérieur hiérarchique ;

- l'administration ne justifie ni les distributions occultes sur le fondement de l'article 111. C du code de général des impôts, ni la libéralité consentie par la société civile immobilière (SCI) Jaime ;

- M. C conteste la méthode utilisée par l'administration pour évaluer la valeur vénale réelle de l'usufruit temporaire des terres agricoles, l'administration aurait dû appliquer la méthode par comparaison ;

- il conteste la méthode appliquée par l'administration concernant la valeur de l'usufruit temporaire et de la nue-propriété des parts de la SCEA de la Vallée dès lors que la moyenne des bénéfices de la société retenue par l'administration est erronée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a acquis en 2015 la nue-propriété de terres agricoles auprès de la SA Safer de Gascogne Haut Languedoc alors que la SCI Jaime, dont ses parents sont associés ont acquis l'usufruit temporaire de ces terres. La SCI Jaime a également acquis 80 % du capital de la SCEA de la Vallée, exploitant ces terres. En 2016, M. C a acquis auprès de la SCI Jaime, la nue-propriété de parts sociales de la SCEA de la Vallée, alors que la SCI Jaime en conservait l'usufruit temporaire. La SCI Jaime a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2015 et 2016, au terme de laquelle elle a conclu à la surestimation des usufruits temporaires acquis par la SCI Jaime et par suite, l'acquisition par M. C, de la nue-propriété de ces biens à des prix minorés. L'administration fiscale a réalisé un contrôle sur pièce de la situation de M. C. Par proposition de rectification du 20 décembre 2018, le service vérificateur a rectifié les cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux de M. C en considérant que l'acquisition de la nue-propriété des terres agricoles par M. C a été minorée et constitue des revenus distribués imposables sur le fondement de l'article 111. C du code général des impôts. Par courrier du 5 avril 2019, l'administration a maintenu les rectifications suite aux observations du contribuable. Par décision du 22 mars 2022, la réclamation de M. C a été rejetée. Par la présente requête, M. C demande la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, mise en recouvrement le 30 avril 2021 à hauteur respectivement de 494 673 euros et 299 247 euros.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts (), les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. (). ". Aux termes de l'article L. 54 C du même livre, issu de la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai. ".

3. D'une part, si le requérant soutient que l'omission sur les pièces de procédures du nom de la personne assurant les fonctions de ce recours hiérarchique constitue une irrégularité de la procédure d'imposition, les dispositions précitées n'obligent pas l'administration à notifier le nom de la personne en charge du recours hiérarchique.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que dès le stade de la réclamation préalable alors même que le délai de recours hiérarchique n'était pas forclos, M. C soutenait qu'il avait été privé d'une garantie en l'absence de notification du nom de la personne en charge du recours hiérarchique. Dans ces conditions, alors qu'il en avait la possibilité, M. C n'a pas demandé à bénéficier de ce recours. Par suite, il ne peut soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 54. C du livre des procédures fiscales doit être écarté.

5. Par ailleurs, M. C ne peut invoquer utilement les commentaires administratifs publiés sous la référence BOI-CF-PGR-30-10 n° 410, 420, 430 et 480, qui en tout état de cause, ont été publiés postérieurement à la proposition de rectification. Ces instructions, relatives à la procédure d'imposition, n'entrent pas dans le champ d'application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. S'agissant de la question afférente à la régularité de la procédure d'imposition, cette publication ne peut être regardée comme comportant une interprétation formelle de la loi fiscale opposable à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

6. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués c) les rémunérations et avantages occultes". Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III à ce code : " 1. Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : / a. Pour les immobilisations acquises à titre onéreux, du coût d'acquisition, c'est-à-dire du prix d'achat minoré des remises, rabais commerciaux et escomptes de règlement obtenus et majoré des coûts directement engagés pour la mise en état d'utilisation du bien et des coûts d'emprunt dans les conditions prévues à l'article 38 undecies. / () ; / b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; / (). ".

7. En cas d'acquisition par des personnes distinctes de l'usufruit temporaire et de la nue-propriété du même bien immobilier, le caractère délibérément majoré du prix payé pour l'acquisition de l'usufruit temporaire par rapport à la valeur vénale de cet usufruit, sans que cet écart de prix ne comporte pour l'usufruitier de contrepartie, révèle, en ce qu'elle conduit à une minoration à due concurrence du prix acquitté par le nu-propriétaire pour acquérir la nue-propriété par rapport à la valeur vénale de celle-ci, l'existence, au profit du nu-propriétaire d'une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts.

8. En l'absence de toute transaction ou de transaction équivalente, l'appréciation de la valeur vénale doit être faite en utilisant les méthodes d'évaluation qui permettent d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et la demande à la date où l'acquisition est intervenue. Dans le cas de l'acquisition d'un bien en démembrement de propriété, constitue une telle méthode d'évaluation celle qui définit des prix de la nue-propriété et de l'usufruit tels qu'ils offrent le même taux de rendement interne de l'investissement pour l'usufruitier et le nu-propriétaire.

En ce qui concerne les terres agricoles :

9. D'une part, la valeur vénale des titres d'une société non admise à la négociation sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession est intervenue. L'évaluation des titres d'une telle société doit être effectuée, par priorité, par référence au prix d'autres transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires. En l'absence de telles transactions, celle-ci peut légalement se fonder sur la combinaison de plusieurs méthodes alternatives.

10. D'autre part, en cas de démembrement de droits sociaux, l'usufruitier, conformément à l'article 582 du code civil qui lui accorde la jouissance de toute espèce de fruits, n'a droit qu'aux dividendes distribués.

11. En l'espèce, et en l'absence de transactions intervenues dans des conditions similaires, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration en déterminant la valeur attendue de la nue-propriété des terres agricoles, alors que M. C avait acquis l'usufruit s'est fondée sur l'évaluation annuelle de fermage avec un taux de revalorisation annuelle de 1,8 % et un taux de rendement de 1 %. Dans ces conditions, la méthode d'évaluation de la valeur de cession des terres agricoles, telle qu'elle a été retenue par l'administration en siégeant au comité départemental du Gers à l'occasion de la vente par la SA Safer, était régulière et a permis d'établir un chiffre d'affaires aussi voisin que possible de celui qui aurait entrainé le jeu normal de l'offre et de la demande à la date de la cession.

12. En outre, les dispositions de l'article 669. II du code général des impôts ne sont applicables qu'aux droits d'enregistrements. Dès lors le taux forfaitaire de l'usufruit correspondant à 69 % du prix de cession en pleine propriété n'est pas opposable en l'espèce, contrairement à l'évaluation proposée par la SA Safer. Par suite, en l'absence de contrepartie, l'administration fiscale a correctement considéré que l'écart correspondant à 591 275 euros entre la valeur économique de la nue-propriété estimée par elle et le prix de cession de celle-ci constitue un avantage occulte du même montant au profit de M. C.

En ce qui concerne les parts de la SCEA de la Vallée :

13. En l'absence d'éléments de termes de comparaison pertinents, l'administration a remis en cause la méthode appliquée par le requérant à savoir celle prévue par l'article 669. II du code général des impôts. En l'absence de termes de comparaisons pertinents, l'administration fiscale a appliqué la méthode dite de " discounted cash-flox " (DCF). Cette méthode consiste à limiter les fruits à actualiser aux seuls flux effectivement décaissés en trésorerie par l'entreprise au profit des associés pendant la durée de l'usufruit, soit les flux correspondant notamment aux intérêts et annuités des emprunts en cours ou de ceux finançant des projets, à l'amortissement des investissements, au paiement des impôts et taxes, aux assurances et aux frais de gestion. Elle ne prend en compte, pour calculer les flux de trésorerie que doit générer la détention de l'usufruit des titres, que le montant du bénéfice distribuable dans la limite de la trésorerie effectivement disponible.

14. Ainsi, l'administration a pu valablement retenir cette méthode. La comparaison de valeurs obtenues aux prix stipulés dans les actes notariés a démontré que la valeur de l'usufruit acquis par la SCI Jaime s'agissant des terres agricoles a été majorée, la valeur de la nue-propriété de ces terres et de ces titres acquis par M. C se trouvant d'autant minorés.

15. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant et en l'absence de circonstances particulières connues en 2016 portant sur les conditions d'exploitation des terres qui justifieraient une diminution importante de la main d'œuvre, l'évolution des rémunérations de l'exploitant de la SCEA de la Vallée ne peut être valablement prise en compte.

16. D'autre part, dès lors que le retraitement des loyers de fermages justifiés est légèrement inférieur au bénéfice net moyen de la SCEA de la Vallée au titre des années de 2012 à 2016, il n'y pas lieu d'opérer les retraitements sur les bénéfices demandés par le requérant qui aurait pour conséquence défavorable envers le requérant. Par suite, la méthode d'évaluation retenue par l'administration s'agissant de la valorisation de l'usufruit et de la nue-propriété des parts de la SCEA de la Vallée est régulière est peut-être retenue.

17. Il résulte de ce qui précède que l'administration établit que la valeur de l'usufruit fixée par les parties a été significativement majorée par rapport à sa valeur réelle.

En ce qui concerne la volonté d'octroyer ou de recevoir un avantage occulte :

18. M. C conteste le caractère volontairement consenti des libéralités dont il aurait bénéficié de la part de la SCI Jaime, représentant, selon l'administration, un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts. Or, en l'absence de contrepartie aux avantages que la SCI Jaime a accordé à M. C, et eu égard à la communauté d'intérêts existants entre l'un et l'autre, l'administration établit que ces avantages s'apparentent à des libéralités volontairement consenties et reçues représentant des avantages occultes constitutifs de distributions de bénéfices au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts, imposables entre les mains de M. C dans la catégorie de capitaux mobiliers.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la requête de M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

20. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Neumaier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.

La rapporteure,

L. CRASSUS

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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