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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201153

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201153

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201153
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARL NOURY-LABEDE LABEYRIE SAVARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Savary-Goumi, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan à lui verser la somme de 168 075 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er février 2022 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan est tenu de réparer l'ensemble des préjudices subis du fait de la maladie professionnelle imputable au service dont elle a été victime ;

- le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan a commis une faute en ne la protégeant pas du harcèlement moral dont elle a été victime ;

- le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan a également commis une faute en raison du retard pris dans le traitement de sa situation administrative ;

- la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Mont-de-Marsan est également engagée ;

- le lien de causalité entre ces fautes et les préjudices subis est établi ;

- elle est fondée à solliciter la réparation de ses préjudices, lesquels doivent être indemnisés comme suit :

- 35 650 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

- 117 425 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

- 5 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- 10 000 euros au titre de son préjudice affectif et sexuel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan, représenté par Me Grimaud, demande au tribunal de réduire les prétentions de la requérante à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- aucune faute ne saurait lui être imputée en l'espèce ;

- les prétentions de Mme C doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Par un mémoire, enregistré le 17 octobre 2022 et le 29 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Pau-Pyrénées demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Mont-de-Marsan à lui verser une somme de 222,48 euros en remboursement de ses débours, cette somme portant intérêt à taux légal au jour de sa demande, ainsi qu'une somme de 110 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Vu :

- le rapport de l'expertise ordonnée en référé, déposé le 9 décembre 2021 ;

- l'ordonnance de la présidente du tribunal du 14 décembre 2021, taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 2 585,96 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier,

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,

- les observations de Me Savary-Goumi, représentant Mme C, ainsi que celles de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée comme aide-soignante par le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan à compter de l'année 2005. Initialement affectée au site de Nouvielle, elle a été affectée en service d'oncologie à compter du mois de juin 2011, et a été placée en congé de maladie à compter du 16 octobre 2013. Après la réalisation de deux expertises, sa maladie a été reconnue imputable au service. La commission de réforme ayant reconnu son inaptitude définitive à toutes fonctions, Mme C a été admise à la retraite pour invalidité à compter du 1er novembre 2021. Mme C a saisi le juge des référés du présent tribunal afin que soit diligentée une expertise judiciaire. L'expert a déposé son rapport le 9 décembre 2021. Le silence gardé par le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan sur la demande indemnitaire préalable formée par Mme C le 31 janvier 2022 a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan à lui verser la somme de 168 075 euros en réparation de ses préjudices qu'elle estime avoir subis des suites de sa maladie professionnelle.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan :

2. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise que Mme C présente un état de stress post-traumatique depuis la fin de l'année 2013. Il est constant que la maladie dont souffre la requérante a été reconnue comme imputable au service par une décision du 17 janvier 2014 du directeur du centre hospitalier de Mont-de-Marsan. Le caractère professionnel de la maladie présentée par Mme C n'est d'ailleurs pas contesté par l'établissement défendeur. Ainsi, la requérante est fondée à solliciter de son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci, la réparation des préjudices personnels qu'elle estime avoir subis, en lien direct et certain avec cette maladie.

En ce qui concerne les préjudices et la réparation :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que Mme C a subi, en lien direct avec la maladie professionnelle décrite au point n° 3, un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 10 % du 1er février au 1er septembre 2012 et du 1er juillet au 13 octobre 2013, un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 50 % du 16 octobre 2013 au 20 novembre 2017 et un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 30 % du 1er mars 2018 au 21 janvier 2021. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, sur la base de 500 euros par mois, à la somme de 18 100 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan.

S'agissant des souffrances endurées :

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme C ont été évaluées à 3,7 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme C demeure atteinte, depuis la consolidation de son état de santé acquise au 27 janvier 2021, soit à l'âge de 39 ans, d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 35 %, en raison notamment de la persistance d'un état de stress post-traumatique sévère. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 78 000 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan.

S'agissant du préjudice d'affection et du préjudice sexuel :

7. En quatrième et dernier lieu, si Mme C soutient avoir subi un préjudice affectif et sexuel caractérisé en particulier par une séparation puis un divorce, elle n'apporte aucun élément de preuve au soutien de ces allégations et n'établit dès lors pas que ces évènements trouveraient leur origine dans la maladie professionnelle qu'elle a subie. Par suite, la demande présentée par la requérante au titre de ce poste de préjudice doit être rejetée.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Mont-de-Marsan :

8. Mme C invoque la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Mont-de-Marsan du fait de la méconnaissance de son obligation d'établir un document unique de prévention risques professionnels, de la carence fautive que constitue l'inaction de cet établissement face à la situation de harcèlement moral qu'elle a subie et de son inertie dans le traitement de sa situation administrative. Toutefois, elle n'établit pas qu'elle pourrait prétendre, sur le fondement de la responsabilité pour faute, à une indemnisation complémentaire à celle octroyée aux points précédents au titre des préjudices qu'elle invoque.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à solliciter la condamnation du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan à lui verser la somme de 101 100 euros en réparation des préjudices subis du fait de la maladie professionnelle contractée en 2013.

Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées :

En ce qui concerne les débours :

10. La caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Landes, exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par Mme C le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

11. La caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées justifie, par la production d'un relevé définitif de ses débours du 17 octobre 2022, lequel n'est pas contesté, ainsi qu'une attestation d'imputabilité de son médecin-conseil du 24 mai 2024, avoir exposé pour le compte de son assurée une somme de 222,48 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 222,48 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

12. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget.

13. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 euros et 1 191 euros au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ".

14. En application des dispositions précitées, et eu égard au montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement, la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées a droit à une somme de 118 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les intérêts :

15. La réclamation indemnitaire de Mme C a été reçue par le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan le 1er février 2022. Mme C a droit, à compter de cette date, aux intérêts au taux légal sur la somme de 101 100 euros que le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan est condamné à lui verser.

16. Par ailleurs, la CPAM de Pau-Pyrénées a demandé les intérêts à taux légal dans son mémoire enregistré le 17 octobre 2022. Dès lors, elle a droit, à compter de cette date, aux intérêts à taux légal sur la somme de 222,48 euros que le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan est condamné à lui verser.

Sur les frais d'expertise :

17. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4 () / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance ".

18. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise, liquidés et taxés par une ordonnance de la présidente du présent tribunal du 14 décembre 2021 à la somme de 2 885,96 euros toutes taxes comprises, à la charge définitive du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan.

Sur les frais liés au litige :

19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

20. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan est condamné à verser à Mme C une somme de 101 100 euros (cent-un-mille-cent euros). Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 1er février 2022.

Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 222,48 euros (deux-cent vingt-deux euros et quarante-huit centimes) en remboursement de ses débours. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 octobre 2022.

Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées une somme de 118 euros (cent-dix-huit euros) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 885,96 euros (deux-mille-huit-cent quatre-vingt-cinq euros et quatre-vingt-seize centimes) toutes taxes comprises, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan.

Article 5 : Le centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan versera à Mme C la somme de 1 500 euros (mille-cinq-cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente décision sera notifiée à Mme A C et au centre hospitalier intercommunal de Mont-de-Marsan.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Selles, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

L. NEUMAIER

La présidente,

M. SELLES

La présidente,

M. SELLESLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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