vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201209 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | NOUAILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er juin 2022, 10 juillet 2023 complétés le 13 février 2024, et 20 et 24 septembre 2024, la caisse de réassurances mutuelles agricoles Groupama d'Oc subrogée dans les droits de son assuré, représentée par Me Jambon, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la société Enedis sur le fondement de la responsabilité pour faute, à lui verser la somme de 18 000 euros en réparation de l'indemnité d'assurance versée à son assuré dont la faucheuse a été endommagée ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la société Enedis sur le fondement de la responsabilité sans faute, à lui verser la même somme en réparation de l'indemnité d'assurance versée à son assuré dont la faucheuse a été endommagée ;
3°) en tout état de cause à ce que soit mis à la charge de la société Enedis la somme de 2 000 euros au titre des frais liés au litige en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête n'est pas tardive ;
- elle est subrogée dans les droits de la société Araji et en ce sens a un intérêt à agir ;
- les dégâts subis par son assuré sont dus au maintien d'un socle d'un ancien poteau électrique que la société Enedis n'a pas enlevé lors de travaux ce qui constitue une faute qui engage sa responsabilité ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute pour défaut d'entretien de l'ouvrage public de la société Enedis sera engagée ;
- le montant de l'indemnité versée à son assuré s'élève à la somme de 18 000 euros, la faucheuse n'étant pas réparable pour des raisons économiques, ce montant a été versé à la société assurée, de sorte qu'elle est fondée à demander cette somme en réparation à la société Enedis.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 août 2022 et le 19 septembre 2024, la société Enedis, représentée par Me Nouaille, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société Enedis à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- la requérante n'établit pas être subrogée en produisant un document justifiant du versement des sommes sollicitées ni le contrat unissant la société et l'assureur ;
- la requérante n'établit ni le lien de causalité entre les dégâts sur la faucheuse et l'ouvrage public, ni que le socle litigieux lui appartient ;
- l'expertise est non contradictoire ainsi en l'absence de la présence de la société Enedis, les conclusions de l'expertise et les pièces de ce rapport ne peuvent être opposables de sorte que le juge ne peut fonder sa solution sur cette expertise ;
- contrairement à ce que soutient la requérante, elle ne reconnaît pas que le bloc de béton qui serait à l'origine des dégâts lui appartienne ;
- il convient de retenir la faute de la victime qui l'exonère de toute responsabilité : la société Araji a été particulièrement imprudente lors des travaux de débroussaillage et n'a pas procédé en amont de travaux de reconnaissance du terrain.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus ;
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Lopes, substituant Me Jambon, représentant la société Groupama d'Oc, qui s'en tient à ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. La société Groupama d'Oc, subrogée dans les droits de son assuré la société Araji demande la condamnation de la société Enedis à lui verser la somme de 18 000 euros correspondant à l'indemnité d'assurance versée à son assuré en raison de dégâts matériels constatés sur une faucheuse causés par un socle de béton appartenant à la société Enedis.
Sur la responsabilité de la société Enedis :
2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
3. Un poteau électrique, implanté par la société Enedis pour la desserte de l'électricité constitue un ouvrage public dont la présence est susceptible d'engager envers les tiers la responsabilité de la société même en l'absence de faute. Il appartient toutefois aux tiers d'apporter la preuve de la réalité des préjudices allégés et du lien entre la présence ou le fonctionnement de l'ouvrage et lesdits préjudices. Ne sont susceptibles d'ouvrir droit à indemnité que les préjudices qui excèdent les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
4. La requérante soutient que les dégâts subis par la faucheuse appartenant à sa cliente proviennent du socle d'un poteau électrique appartenant à la société Enedis. S'il est établi par les pièces versées au dossier que la faucheuse pilotée par un employé de la société Araji a certes subi d'importants dégâts, aucun document versé au dossier ne permet d'établir les circonstances de l'accident. Il résulte de l'instruction notamment du rapport de l'expert désigné par l'assureur, joint à la requête de la société Groupama, qui se borne à reprendre les déclarations de l'employé de la société Araji, que la faucheuse a " cogné le socle d'un poteau EDF caché dans l'herbe ". Or, ces déclarations ne sont corroborées par aucun témoignage direct. En outre, les photographies produites par la société requérante ne permettent pas davantage de déterminer les causes de l'accident ni l'emplacement précis du socle de béton qui aurait entraîné les dommages. Dans ces conditions, la société Groupama d'Oc ne peut être regardée comme rapportant la preuve, qui lui incombe, du lien de causalité entre les dommages subis du fait de son accident soit avec une faute commise par la société Enedis, soit par la présence d'un ouvrage public, la propriété du socle n'étant elle-même pas établie.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, les conclusions à fins indemnitaires présentées par la société Groupama d'Oc subrogée dans les droits de son assuré, la société Araji, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que la société Enedis, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, verse à la société Groupama d'Oc, une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
7. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Groupama d'Oc une somme de 1 500 euros demandée par la société Enedis sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la caisse de réassurances des mutuelles agricoles Groupama d'Oc est rejetée.
Article 2 : La caisse de réassurances des mutuelles agricoles Groupama d'Oc versera à la société Enedis la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la caisse de réassurances des mutuelles agricoles Groupama d'Oc et à la société Enedis.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026