jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201221 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE CORNO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin 2022 et 24 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Gabriel, représentée par Me Le Corno, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions des 17 mai et 24 juin 2021 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé l'octroi, au titre des mois d'avril et mai 2021, d'une aide financière du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, ensemble la décision du 22 avril 2021 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté son recours gracieux ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 25 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces dernières décisions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été créée en 2010 et exploitait une brasserie ; suite à la cession du fonds de commerce, elle a été mise en sommeil à compter du 10 mars 2018 et n'a exercé aucune activité jusqu'au 24 juillet 2020, date à laquelle elle a débuté l'exploitation d'un nouveau fonds de commerce de restauration traditionnelle ;
- en raison de l'épidémie de covid-19, elle a été contrainte de fermer son établissement après seulement trois mois d'exploitation ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- en refusant d'assimiler la reprise d'activité de la société à une création d'entreprise, le service a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation ; dans les circonstances de l'espèce, elle doit être regardée comme une entreprise ayant été créée entre le 1er mars et le 30 septembre 2020, puisqu'elle a cessé toute activité et n'a généré aucun chiffre d'affaires avant sa reprise de son activité le 24 juillet 2020 ;
- au regard de ces éléments, son chiffre d'affaires de référence doit être apprécié au regard du chiffre d'affaires réalisé entre le 24 juillet et le 31 octobre 2020, et non du chiffre d'affaires réalisé au cours de l'année 2019 ; elle pouvait dès lors prétendre à une aide d'un montant de 10 000 euros par mois ;
- à titre subsidiaire, ces décisions doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des articles 3-19, 3-22 et 3-24 du décret du 30 mars 2020, en ce qu'ils instituent une différence de traitement injustifiée au préjudice des entreprises reprenant leur activité et méconnaissent ainsi le principe d'égalité de traitement entre opérateurs économiques ;
- à titre encore subsidiaire, si l'administration fiscale devait prendre pour référence le chiffre d'affaires réalisé sur l'année 2019, elle est fondée à solliciter, a minima, une aide de 504, 42 euros, correspondant au chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé en 2019 ;
- elle est fondée à solliciter l'octroi d'une somme de 25 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de ces décisions, dont :
- 20 000 euros au titre du préjudice financier, dès lors qu'elle a dû assumer la charge de frais fixes, tels que le loyer ou les charges de copropriété, sans bénéficier des aides du fonds de solidarité ;
- 5 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence et du préjudice moral subis ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 septembre 2022 et le 4 février 2023, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Gabriel ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Missonnier, substituant Me Le Corno, représentant la SARL Gabriel.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Gabriel exploite depuis le 22 février 2020 une activité de restauration située à Bayonne. Ses demandes d'aide financière pour les mois d'avril et mai 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises fragilisées par le covid-19 ont été rejetées par deux décisions du directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques en date des 17 mai et 24 juin 2021. Par sa requête, la SARL Gabriel demande au tribunal d'annuler ces dernières décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des termes des décisions attaquées que l'administration fiscale a fondé son refus sur le motif tiré de ce que le chiffre d'affaires mensuel de référence pour l'année 2019 indiqué lors de la demande d'aide ne correspondait pas aux données en sa possession dans le cadre des déclarations fiscales de la société. Cette motivation doit être regardée comme suffisante, en droit comme en fait. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit par conséquent être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles 3-26 et 3-27 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié, respectivement applicables pour les demandes d'aide formulées au titre des mois d'avril et mai 2021, que les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public au cours du mois considéré peuvent bénéficier sous certaines conditions d'une aide, dans la limite de 10 000 euros, qui est fonction de leur perte de chiffre d'affaires au cours du mois considéré apprécié par rapport à leur chiffre d'affaires de référence défini comme le chiffre d'affaires réalisé durant le même mois en 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 si cette option est plus favorable à l'entreprise ou " pour les entreprises créées entre le 1er mars 2020 et le 30 septembre 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé entre le 1er juillet 2020, ou à défaut la date de création de l'entreprise, et le 31 octobre 2020 ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la SARL Gabriel a été créée par déclaration au centre de formalité des entreprises le 22 février 2010, avec pour activité déclarée la restauration. Elle a dans un premier temps exercé une activité de restauration traditionnelle exploitée sous la dénomination " La Brasserie du Forum " à Bayonne, jusqu'à la cession de son fonds de commerce le 10 mars 2018. La société n'a ensuite plus déclaré d'activité jusqu'au rachat d'un nouveau fonds de commerce qui lui a permis de débuter une nouvelle activité de restauration à Bayonne à compter du 24 juillet 2020.
5. En l'absence de toute autre précision dans le décret précité, le directeur général des finances publiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en considérant que l'entreprise exploitée par la société requérante avait été créée en février 2010 et non après le 1er mars 2020 et que, par suite, le chiffre d'affaires de référence à prendre en compte pour le calcul de l'aide était celui de l'année 2019, et non comme le soutient la requérante le chiffre d'affaires moyen réalisé entre le 1er juillet 2020 et le 31 octobre 2020. Il résulte toutefois de l'instruction que la SARL Gabriel avait, ainsi que l'admet l'administration fiscale en défense, déclaré un chiffre d'affaires d'un montant de 6 053 euros au titre de l'année 2019. Elle a donc réalisé un chiffre d'affaires mensuel moyen de 541,91 euros au cours de cette dernière année.
6. Dès lors que l'activité qu'elle exploite a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public au cours du mois d'avril 2021, et qu'elle n'a, par suite, réalisé aucun chiffre d'affaires sur la période considérée, elle doit être regardée comme ayant subi une perte de chiffre d'affaires sur la période comprise entre le 1er janvier et le 31 mars 2021 par rapport à son chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé au cours de l'année 2019. Par suite, la SARL Gabriel est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 mai 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé l'octroi, au titre du mois d'avril 2021, d'une aide financière du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de covid-19.
7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la SARL Gabriel a déclaré avoir réalisé un chiffre d'affaires de 8 077 euros au titre du mois mai 2021. Par suite, elle ne peut être regardé comme ayant subi, au cours de ce mois, une perte de chiffres d'affaires par rapport au chiffre d'affaires de référence, constitué par le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé au cours de l'année 2019, lequel s'élève, ainsi qu'il a été dit, à la somme de 541,91 euros.
8. En troisième lieu, dès lors que les sociétés ayant repris leur activité à compter du 1er mars 2020 se trouvent dans une situation objectivement distincte de celles qui ont été créées à partir du 1er mars 2020, l'application à chacune de ces deux catégories de sociétés de règles différentes en ce qui concerne le calcul de leurs chiffres d'affaires n'entraîne aucune discrimination injustifiée ni, par suite, aucune rupture dans l'égalité de traitement des opérateurs économiques. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que la SARL Gabriel est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du la décision du 17 mai 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques lui a refusé l'octroi, au titre du mois d'avril 2021, d'une aide financière du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de covid-19.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Toute illégalité affectant une décision administrative est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant la décision. Le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué ne peut notamment être retenu dans le cas où la décision administrative est seulement entachée d'une irrégularité formelle ou procédurale et que le juge considère, au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties devant lui, que la décision aurait pu être légalement prise par l'autorité administrative, au vu des éléments dont elle disposait à la date à laquelle la décision est intervenue.
11. Si la SARL Gabriel soutient avoir subi, du fait de l'illégalité fautive des décisions des 17 mai et 24 juin 2021, un préjudice financier et un préjudice moral, elle ne produit aucun élément de nature à justifier de leur existence. Ses conclusions indemnitaires ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Gabriel dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 mai 2021 du directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à la SARL Gabriel une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié la SARL Gabriel et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Selles, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. NEUMAIER
La présidente,
Signé
M. SELLESLa greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026