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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201274

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201274

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201274
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantLEPLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. B F, représenté par Me Leplat, demande au tribunal :

1°) à titre principal de condamner la commune d'Aydius à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices subis ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Aydius de démolir la partie de l'immeuble empiétant sur la parcelle A1059 sous astreinte de 2 500 euros par jour de retard à compter d'un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire de condamner la commune d'Aydius à lui verser la somme de 45 000 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) en tout état de cause de condamner la commune d'Aydius à lui verser la somme de 3 422,48 euros correspondant aux dépens et la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 14 janvier 2024, Mme F, et MM. A et C F, ayants droit de M. F, représentés par Me Leplat, déclarent reprendre l'instance engagée par M. F, décédé le 6 janvier 2023 et présentent les mêmes écritures.

Ils soutiennent que :

- la commune d'Aydius a commis une faute en construisant une auberge empiétant sur sa propriété, étant tiers à l'ouvrage la responsabilité de la commune doit être engagée ;

- il n'a jamais donné son accord pour les travaux et l'empiètement sur sa propriété rend le préjudice anormal et spécial et l'emprise irrégulière sur sa propriété doit être indemnisée ;

- la commune n'a jamais donné suite à une proposition d'échange de parcelle et en tout état de cause la proposition était en sa défaveur ;

- il est fondé à demander une indemnisation à hauteur de 5 000 euros au titre de son préjudice économique et moral du fait de l'empiètement de l'ouvrage sur la parcelle n° A1059 lui appartenant ;

- l'expert évalue la remise en état de la parcelle A1060 à 30 000 euros, alors que ce dernier considère que la remise en état est trop onéreuse, il est fondé à obtenir la réparation de son entier préjudice, sans perte ni profit et estime le coût de l'intervention d'un bureau d'étude à 10 000 euros ;

- l'emprise irrégulière sur sa propriété est suffisante à enjoindre à la commune de détruire l'ouvrage situé sur la parcelle A1059.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 9 septembre 2024, la commune d'Aydius, représentée par Me Depuy, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la condamnation soit limitée au versement de la somme de 168,07 euros et en tout état de cause à ce que soit mise à la charge des requérants les entiers dépens et la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le montant de de la remise en état estimé par l'expert est approximatif, ce dernier ne se référant à aucun devis chiffré ; les travaux de remise en état ne sont pas nécessaires et le coût des travaux réparatoires dépasse le montant de la valeur de la parcelle, procéder à une telle indemnisation reviendrait à un enrichissement sans cause ;

- le requérant n'établit pas que la somme demandée au titre des travaux réparatoires ne dépasse pas la valeur vénale de la parcelle ;

- le requérant a accepté au cours de la réunion de chantier la proposition de modifier la limite séparative afin de tenir compte de l'emprise du bâtiment communal sur sa propriété en contrepartie de l'attribution par la commune d'une parcelle d'une contenance égale, par ailleurs le plan de division a recueilli l'accord les parties ;

- la délibération du conseil municipal du 8 novembre 2019 a approuvé l'échange des parcelles A1061 et A1059 telles que délimitées par le plan de division établi le 5 février 2016 ; ainsi un accord amiable entre les parties est caractérisé ;

- le requérant n'établit pas en quoi l'échange de parcelles est manifestement inéquitable ;

- la démolition de l'ouvrage irait à l'encontre de l'intérêt général dès lors qu'elle interromprait l'exploitation d'une auberge restaurant qui contribue à l'animation de la vie locale de la commune et contribue à la qualité de l'accueil touristique ;

- le requérant ne se manifeste qu'en 2022 alors que l'ouvrage est achevé depuis 2016 ;

- le requérant n'établit pas le préjudice subi pour solliciter à titre subsidiaire une indemnisation de 5 000 euros en cas de non démolition de l'ouvrage ;

- la condamnation ne peut excéder 168,07 euros correspondant à la perte partielle de la valeur vénale correspondant au différentiel de prix observé entre une prairie mécanisable et un parcours non mécanisable sur cette surface, ainsi qu'une perte temporaire de la valeur locative sur la zone de stockage des déblais durant trois années évaluée à 11,82 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Oum, représentant la commune d'Aydius, qui insiste sur le fait que M. F avait connaissance des travaux dès le commencement.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F était le propriétaire de la parcelle cadastrée n° 293, située sur la commune d'Aydius, dans les Pyrénées-Atlantiques. Au cours de l'année 2015, cette commune a fait réaliser des travaux pour la construction d'un bâtiment à usage d'auberge de montagne et restaurant sur la parcelle cadastrée n° 928, jouxtant celles appartenant à M. F. Ces travaux se sont achevés au mois d'avril 2016. Ces parcelles ont fait l'objet d'une division à la suite de l'établissement, le 5 février 2016, d'un nouveau plan parcellaire par un géomètre-expert. Ainsi, la parcelle n° 293 appartenant à M. F a été divisée en deux parcelles n° 1059 et n° 1060, et la parcelle n° 928 sur laquelle ont été réalisés les travaux, quant à elle, a été divisée en deux parcelles n° 1062 et n° 1061. Par un premier courrier du 4 septembre 2017, M. F indique revenir sur les dégâts pour lesquels le maire et lui-même ont discuté et des solutions envisageables pour remettre en état les parcelles. Par un courrier du 8 janvier 2018, M. F sollicite un accord amiable ou une expertise. Puis par courrier du 2 mars 2018, le maire d'Aydius propose différentes options envisageables à M. F. Par ordonnance du 11 septembre 2018, le tribunal administratif a diligenté une expertise, confiée à M. E. Le rapport d'expertise a été déposé le 25 novembre 2020. Par un courrier du 24 février 2022, M. F demande à ce que le maire de la commune d'Aydius l'indemnise des préjudices qu'il estime avoir subis dans les suites des travaux de construction ainsi que de procéder à la démolition de la partie du bâtiment qui empiétait sur la parcelle n° 1059. Par la présente requête, M. F sollicite la condamnation de la commune d'Aydius à l'indemniser des préjudices subis et d'enjoindre à la commune la démolition de la partie du bâtiment. Suite à son décès, son épouse et ses fils ont repris l'instance.

Sur l'emprise irrégulière :

2. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

3. M. F soutient être propriétaire des parcelles sur lesquelles il estime qu'une emprise irrégulière est intervenue, d'une part sur la parcelle n° 1059 en raison de l'implantation d'une partie du restaurant et, d'autre part, en raison d'un important déplacement de terre de remblai sur la parcelle n° 1060. Il résulte de l'instruction que la parcelle cadastrée n° 293 appartenant initialement à M. F a fait l'objet d'un plan de division le 5 février 2016 divisant ainsi la parcelle en deux lots, le n° 1059 et le n° 1060. De la même façon, la parcelle n° 928 appartenant à la commune et sur laquelle ont été réalisés les travaux, a été divisée en deux parcelles, la n° 1062 et la n° 1061. Outre le plan cadastral qui mentionne un échange entre les propriétaires des parcelles n° 1061 et n° 1059, l'acceptation par M. F de modifier les limites séparatives en contrepartie d'une parcelle de contenance au moins égale effectuée lors de la réunion de chantier du 29 janvier 2015 ainsi que le procès-verbal de délimitation, signé par le maire de la commune et par M. F afin de formaliser l'échange matérialisé dans le plan de division permettent de considérer, que l'échange entre les deux parcelles est parfait. Par conséquent il y a lieu de considérer que la parcelle n° 1059 a été transférée à la commune d'Aydius et la parcelle n° 1061 à M. F. Par suite la commune d'Aydius étant propriétaire de la parcelle n° 1059, les conclusions des consorts F tendant à la démolition de la portion d'ouvrage située sur la parcelle n° 1059 ne peuvent qu'être rejetées dès lors que l'ouvrage ne peut être regardé comme étant irrégulièrement implanté.

4. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise que d'importants dégâts ont été causés sur la parcelle n° 1060 dont M. F est propriétaire dès lors que les travaux de construction de l'auberge-restaurant ont provoqué le retrait d'une couche de terre d'une épaisseur de 60 centimètres sur une superficie totale de 500 m². Selon l'expert, les déplacements de terre ont affecté de façon substantielle la topographie du terrain. Dans ces conditions, de tels déplacements de terre sont de nature à déposséder les propriétaires concernés d'un élément de leur droit de propriété et sont constitutifs d'une emprise. En l'absence de procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, ou de l'institution d'une servitude ou d'un accord amiable avec les propriétaires de cette parcelle, l'emprise irrégulière est caractérisée en ce qui concerne les travaux réalisés sur la parcelle cadastrée n° 1060 et les requérants sont fondés à demander la réparation des préjudices qu'ils leur ont causés.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. En l'absence d'extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant des travaux effectués sur une propriété privée par une collectivité publique ne saurait donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité moindre d'immobilisation réparant le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle.

6. D'une part, comme il a été dit au point précédent, les demandes présentées par les requérants tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'implantation de l'ouvrage sur la parcelle n° 1059 ne peuvent qu'être rejetées.

7. D'autre part, les requérants sollicitent une somme de 40 000 euros au titre des travaux de remise en état de leur parcelle. Il résulte cependant des termes du rapport d'expertise que la faisabilité technique de tels travaux est compromise, en l'absence de possibilité d'accéder au site pour y procéder, et en raison du risque technique que de tels travaux pourraient faire peser sur la construction située en aval de la parcelle.

8. Lorsque des travaux de réfection ne sont pas possibles ou excèdent la valeur vénale, le demandeur sera indemnisé de son préjudice résultant de la dépréciation de l'immeuble, qui sera limité à la valeur vénale de ce dernier.

9. En l'espèce, l'expert a estimé que les dégâts subis sur la parcelle n° 1061 ont entraîné une perte de surface fourragère, la perte de son caractère mécanisable, et le retrait d'une couche de terre arable, et a évalué la perte de valeur vénale de la parcelle à la somme de 125 euros. Par suite la commune d'Aydius est condamnée à verser aux requérants la somme de 125 euros.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

10. En l'espèce, l'implantation qui n'est pas irrégulière dès lors que la parcelle appartient à la commune d'Aydius ne peut donner lieu à injonction. Par suite les conclusions tendant à la démolition ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

11. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge définitive de la commune d'Aydius les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. E, liquidés et taxés à la somme de 4 106,98 euros par ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Pau.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Aydius demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Aydius la somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune d'Aydius est condamnée à verser aux consorts F la somme de 125 (cent vingt-cinq) euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 4 106,98 (quatre mille cent six et quatre-vingt-dix-huit) euros sont mis à la charge définitive de la commune d'Aydius.

Article 3 : La commune versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros aux consorts F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme G F, M. C F, M. A F, et à la commune d'Aydius.

Copie en sera adressée à M. E, expert.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

M. Rivière, premier conseiller,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La rapporteure,

L. CRASSUS

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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