vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201276 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | SELAS TAMBURINI-BONNEFOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2022 et le 28 juin 2023, M. E D, représenté par Me De Ginestet, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Saint-Palais à lui verser une somme de 53 261,88 euros, assortie des intérêts à taux légal, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis dans les suites de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 12 avril 2018 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Palais les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Palais doit être engagée en raison des fautes commises lors de l'intervention qu'il a subie le 12 avril 2018, tendant à la cure chirurgicale d'une hernie inguinale bilatérale par coelioscopie ;
- ces fautes ont conduit à la survenance d'une péritonite par perforation de l'intestin grêle ;
- il est fondé à demander la réparation de ses préjudices, lesquels doivent être indemnisés comme suit :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
- 960 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne temporaire durant 22 jours, à raison d'une heure par jour, puis durant 61 jours à raison de trois heures par semaine, au tarif de 20 euros de l'heure ;
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
- 9 293,13 euros au titre du préjudice financier résultant de son besoin d'assistance, par un tiers, pour les travaux d'entretien de sa propriété, à raison de 3 097,71 euros par an durant trois ans ;
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
- 2008,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, dont :
- 625 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, à raison de 25 euros par jours durant 25 jours ;
- 275 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 50 %, à raison de 25 euros par jour durant 22 jours ;
- 381,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 25 %, à raison de 25 euros par jour durant 61 jours ;
- 727,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 10 %, à raison de 25 euros par jour sur une période de 291 jours ;
- 20 000 euros au titre des souffrances endurées, qui doivent être évaluées à 4 sur une échelle de 7 ;
- 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, qui doit être évalué à 2,5 sur une échelle de 7 ;
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
- 7 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, qu'il convient de fixer au taux de 5 % ;
- 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, qui doit être évalué à 1 sur une échelle de 7 ;
- 3 500 euros au titre du préjudice d'agrément, compte tenu de ce que son état de santé ne lui permet plus de s'adonner au bricolage et au jardinage ;
- 6 000 euros au titre du préjudice sexuel.
Par deux mémoires, enregistrés le 4 juillet 2022 et le 6 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, représentée par Me Barnaba demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de Saint-Palais, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser une somme de 7 741,18 euros au titre de ses débours assortie des intérêts à taux légal, ainsi qu'à lui verser une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, et de mettre à la charge de cet établissement une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Palais être engagée ;
- elle est fondée à solliciter la condamnation du centre hospitalier de Saint-Palais à lui verser les sommes exposées pour le compte de son assuré ;
- contrairement à ce que soutient le centre hospitalier en défense, l'attestation d'imputabilité établie par le médecin-conseil de la caisse est suffisante pour établir que les dépenses qu'elle a exposées sont en lien direct et certain avec les fautes commises par l'établissement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le centre hospitalier de Saint-Palais, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut à titre principal au rejet de la requête en raison de son irrecevabilité, et à titre subsidiaire, à ce que les prétentions du requérant et de la caisse primaire d'assurance maladie soient réduites à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de demande préalable formée par le requérant ;
- il n'entend pas discuter les conclusions du rapport d'expertise quant à sa responsabilité ;
- les prétentions indemnitaires de M. D doivent être réduites à de plus justes proportions ;
- la CPAM de Pau-Pyrénées ne justifie pas, par la seule production d'une attestation d'imputabilité non détaillée, de l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre les dépenses exposées et l'accident médical subi par le requérant ; par suite, ses demandes tendant au remboursement des frais médicaux, pharmaceutiques, de petit appareillage, de transport, ainsi que des frais relatifs à l'hospitalisation du 4 avril 2019 doivent être rejetées ;
- les demandes de M. D tendant au remboursement des sommes exposées en règlement des honoraires de l'expert doivent être rejetées en l'absence de justificatif établissant leur paiement effectif.
Vu :
- le rapport de l'expertise ordonnée en référé, déposé le 27 décembre 2021 ;
- l'ordonnance de la présidente du tribunal du 27 décembre 2021, taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 2 000 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D a subi le 12 avril 2018, au centre hospitalier de Saint-Palais, une intervention chirurgicale réalisée en hospitalisation ambulatoire sous coelioscopie en vue du traitement d'une hernie inguinale bilatérale. Les suites opératoires ont été compliquées par la survenance d'une péritonite par perforation de l'intestin grêle, en raison de laquelle l'intéressé a dû subir, le 13 avril 2018, une nouvelle intervention chirurgicale. M. D a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Aquitaine, qui a rendu, le 15 mai 2019, un avis d'incompétence au motif que le seuil de gravité prévu à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique n'était pas atteint. Par la présente requête, M. D demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Saint-Palais à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de sa prise en charge par cet établissement le 12 avril 2018.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il résulte des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-2 du code de justice administrative, d'une part, et des articles L. 1142-7, R. 1142-13 et R. 1142-19 et suivants du code de la santé publique, d'autre part, que la saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation, dans le cadre de la procédure d'indemnisation amiable ou de la procédure de conciliation, par une personne s'estimant victime d'un dommage imputable à un établissement de santé identifié dans cette demande, laquelle doit donner lieu dès sa réception à une information de l'établissement mis en cause, doit être regardée, au sens et pour l'application du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, comme une demande préalable formée devant l'établissement de santé.
3. Il résulte de l'instruction que M. D a produit à l'appui de sa requête l'avis rendu le 15 mai 2019, en application des dispositions mentionnées au point 2, par la commission de conciliation et d'indemnisation d'Aquitaine, sur la demande par laquelle il identifiait le centre hospitalier de Saint-Palais comme auteur du dommage qu'il invoquait. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 27 juin 2023, M. D a présenté au centre hospitalier de Saint-Palais une demande indemnitaire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur la responsabilité :
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'à la suite de la cure de hernie inguinale réalisée le 12 avril 2018, M. D a été réadmis en urgence au centre hospitalier de Saint-Palais le jour suivant en raison de violentes douleurs abdominales, avant d'être transféré au centre hospitalier de Bayonne où il a subi une intervention chirurgicale au cours de laquelle il a été constaté la présence d'une péritonite par perforation de l'intestin grêle.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'indication opératoire de cure de hernie inguinale bilatérale par chirurgie coelioscopique était conforme aux données acquises de la science. Le compte-rendu établi suite à la reprise chirurgicale du 13 avril 2018 fait état de la présence d'un orifice situé au niveau sus-ombilical à l'origine de la péritonite post-opératoire subie par M. D, lié à la présence d'adhérences très serrées à ce niveau. L'expert relève que les traumatismes avec plaies digestives constituent des complications rares mais connues des interventions chirurgicales par laparoscopie, et que leur apparition est favorisée par les antécédents chirurgicaux des patients, en raison notamment de la présence d'adhérences intra-péritonéales. Ainsi, les antécédents chirurgicaux de M. D, connus du chirurgien ayant réalisé l'intervention, devaient le conduire à pratiquer cette opération avec prudence, et la perforation de l'intestin grêle dont a été victime l'intéressé révèle l'existence d'une maladresse dans la réalisation du geste chirurgical, de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Saint-Palais.
Sur la réparation des préjudices de M. D :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des frais d'entretien :
7. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas des termes du rapport d'expertise, que le préjudice de M. D inclurait des frais d'entretien des espaces verts de sa propriété, ni que ces frais soient en lien direct avec la faute de l'établissement public. Ainsi, il n'est pas fondé à solliciter la condamnation du centre hospitalier de Saint-Palais à lui verser une somme de 9 293,13 euros à ce titre.
S'agissant de l'assistance par tierce-personne :
8. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
9. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il appartient ensuite au juge de déduire du montant de l'indemnité allouée à la victime au titre de l'assistance par tierce personne les prestations ayant pour objet la prise en charge de tels frais. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.
10. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise que le besoin d'assistance par tierce-personne de M. D doit être évalué à une heure par jour au titre de la période du 25 mai 2018 au 15 juin 2018 et à trois heures par semaine au titre des périodes du 16 juin 2018 au 15 juillet 2018 et du 22 mars au 21 avril 2019. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours. Ainsi, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme arrondie de 760 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Palais.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que M. D a subi, en lien direct avec l'accident décrit au point 6, un déficit fonctionnel temporaire total sur les périodes du 13 avril au 4 mai 2018 et du 19 au 21 mai 2019, (soit durant 25 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 25 mai au 15 juin 2018 (soit durant 22 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 16 juin au 15 juillet 2018 et du 22 mars au 21 avril 2019 (soit durant 61 jours) et enfin, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 % du 16 juillet 2018 au 18 mars 2019 et du 22 avril au 10 juin 2019 (soit 296 jours). Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour lui de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 400 euros par mois à taux plein, à la somme de 1 100 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Palais.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
12. L'expert a évalué à 2,5 sur 7 le préjudice esthétique subi par M. D, en raison de la présence d'une cicatrice, des soins infirmiers reçus et du port de pansements jusqu'à cicatrisation. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
13. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. D ont été évaluées à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 7 500 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
14. Il résulte de l'instruction que M. D demeure atteint, depuis la consolidation de son état de santé acquise au 11 juin 2019, soit à l'âge de 65 ans, d'un déficit fonctionnel permanent de 5 %, en raison notamment de la persistance de douleurs abdominales. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé, à la somme de 5 250 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Saint-Palais.
S'agissant du préjudice d'agrément :
15. M. D se prévaut, au titre du préjudice d'agrément qu'il subit, de ce que les séquelles liées à la péritonite post-opératoire dont il a été victime ne lui ont plus permis de s'adonner à des activités de bricolage et de jardinage. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à démontrer que ces activités constitueraient des activités de loisirs régulières excédant l'entretien de son habitation ou de son jardin, alors que ce dernier élément a été pris en considération au titre de l'indemnisation de son déficit fonctionnel permanent. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de condamner le centre hospitalier de Saint-Palais à verser à M. D une indemnité à ce titre.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
16. Il résulte de l'instruction que M. D présente une cicatrice abdominale médiane, et que l'expert a évalué son préjudice esthétique permanent à 1 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 900 euros.
S'agissant du préjudice sexuel :
17. Il résulte de l'instruction que M. D souffre de troubles de l'érection d'origine psychogène depuis la complication chirurgicale dont il a été victime. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
18. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Saint-Palais doit être condamné à verser à M. D une somme de 18 010 euros.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées :
En ce qui concerne les débours :
19. A l'appui de sa demande de remboursement, la CPAM de Pau-Pyrénées produit le décompte de ses débours définitifs arrêté au 28 avril 2023 (p. 136 PDF) ainsi qu'une attestation d'imputabilité de son médecin conseil du 30 juin 2022, par lesquels elle justifie avoir exposé, des suites de l'accident médical subi par M. D, des dépenses d'un montant total de 7 741,18 euros, dont 3 364,69 euros de frais hospitaliers au titre des périodes du 13 avril au 4 mai 2018, du 19 au 21 mars 2019 et de la journée du 4 avril 2019, 2 951,81 euros de frais médicaux au titre de la période du 7 au 12 mai 2019, 809,86 euros de frais pharmaceutiques au titre de la période du 4 mai 2018 au 7 mai 2019, 64,71 euros de frais d'appareillage le 7 mars 2019, et 672,11 euros de frais de transport au titre de la période du 2 juin 2018 au 12 mai 2019, dont il convient de déduire 72 euros de franchises.
20. Toutefois, seuls les frais résultant directement des conséquences de la prise en charge fautive de M. D peuvent être regardés comme étant en lien direct avec les manquements commis par le centre hospitalier de Saint-Palais. En l'espèce, et ainsi que le soutient le centre hospitalier de Saint-Palais en défense, la casse primaire d'assurance maladie ne démontre pas que les débours dont elle fait état, s'agissant des frais exposés au titre des frais d'hospitalisation du 4 avril 2019, des frais médicaux, des frais pharmaceutiques, des frais d'appareillage, et des frais de transport, seraient exclusivement en lien avec l'accident médical subi par M. D. La caisse justifie, en revanche, avoir exposé des frais d'hospitalisation d'un montant total de 2 950,60 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Saint-Palais à verser à la CPAM de Pau-Pyrénées une somme globale de 2 878,60 euros.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
21. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ".
22. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ". Lorsque, par application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale précité, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions.
23. Eu égard au montant de 2 878,60 euros dont le remboursement est obtenu par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Palais le paiement d'une indemnité forfaitaire de gestion de 959,53 euros.
Sur les intérêts :
24. Il résulte des articles L. 1142-7, R. 1142-13 à R. 1142-18 et R. 1142-19 à R. 1142-23 du code de la santé publique que la saisine des commissions de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, dans le cadre de la procédure d'indemnisation amiable ou de la procédure de conciliation, par une personne s'estimant victime d'un dommage imputable à un établissement de santé identifié dans cette demande, laquelle doit donner lieu dès sa réception à une information de l'établissement mis en cause, doit être regardée, au sens et pour l'application du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, comme une demande préalable formée devant l'établissement de santé.
25. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, la saisine de la CCI de Nouvelle-Aquitaine par M. D le 26 avril 2019, doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme une demande préalable formée devant le centre hospitalier de Saint-Palais. Par suite, le requérant a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 18 480 euros à compter de cette date.
26. La CPAM de Pau-Pyrénées a demandé les intérêts à taux légal dans son mémoire enregistré le 4 juillet 2022. Dès lors, elle a droit, à compter de cette, aux intérêts à taux légal sur la somme de 959,53 euros.
Sur les dépens :
27. Les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative posent le principe que les dépens, tels que les frais d'expertise, sont mis à la charge de la partie perdante. Il y a dès lors lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Saint-Palais les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, taxés et liquidés à la somme de 2 000 euros.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
29. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Palais une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la CPAM de Pau-Pyrénées.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Saint-Palais est condamné à verser à M. D la somme de 18 010 (dix-huit mille dix) euros, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 26 avril 2019.
Article 2 : Le centre hospitalier de Saint-Palais est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 2 878,60 euros (deux mille huit cent soixante-dix-huit euros et soixante centimes) en remboursement de ses débours, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 4 juillet 2022.
Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Palais est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées une somme 959,53 euros (neuf cent cinquante-neuf euros et cinquante-trois centimes) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les frais d'expertise, d'un montant de 2 000 (deux mille) euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Saint-Palais.
Article 5 : Le centre hospitalier de Saint-Palais versera à M. D la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros, et à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées une somme de 1 000 (mille) euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 7 : La présente décision sera notifiée à M. E D, à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, et au centre hospitalier de Saint-Palais.
Copie en sera adressée au professeur C A, expert.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
La rapporteure,
L. NEUMAIER
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026