vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201279 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | DI CHIARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin 2022 et 21 février 2023, la société civile immobilière Sainte-Hélène, représentée par Me Follorou, Me di Chiara et Me Simeoni, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, ainsi que les pénalités correspondantes, d'un montant de 588 430 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais de l'instance sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
Elle soutient que :
- les biens immobiliers construits, intitulés " nouvelles installations ", sont indissociables de l'ensemble immobilier préexistant, qui fait l'objet du bail conclu le 5 mai 2011 avec l'association du centre équestre Sainte-Hélène de sorte que le service vérificateur aurait dû, dans le cadre de l'analyse des contreparties financières résultant de la mise à disposition de ces installations, tenir compte des loyers versés par cette association en application de ce bail ; conformément à l'article 3.7 du bail du 5 mai 2011, les travaux, réalisés en vue d'ériger sur les parcelles louées les nouvelles installations, n'ont eu pour objet que d'améliorer les lieux loués dont la destination de centre équestre est restée identique si bien que l'administration fiscale ne peut ainsi valablement soutenir qu'il s'agissait d'aménagements distincts qui ne pouvaient pas juridiquement être considérés comme mis à disposition dans le cadre du bail du 5 mai 2011 ;
- l'analyse de l'administration fiscale revient à remettre en cause le droit de propriété dont elle jouit sur les parcelles louées, principe protégé par les articles 2 et 17 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, en lui refusant le droit de réaliser de nouveaux aménagements et amélioration sur ces parcelles à défaut de conclusion d'un nouveau bail ou d'un avenant de l'existant, ce que ni la loi, ni la jurisprudence n'imposent pourtant ;
- la circonstance que des équipements aient été ensuite mis à disposition en 2017 d'une autre association, l'association Pays Basque Jumping 64, ne fait aucunement obstacle à ce que les nouvelles installations puissent être considérées comme un seul et même ensemble immobilier avec les installations mentionnées dans le bail dès lors que d'une part, cette mise à disposition n'a été faite qu'à titre ponctuel et que d'autre part, entre 2013 et 2016, les nouvelles installations faisaient encore l'objet de travaux significatifs, de sorte que ces dernières ne pouvaient être exploitées dans des conditions normales par l'association du centre équestre de Sainte-Hélène ou un tiers ;
- l'administration fiscale ne peut valablement refuser l'application de la doctrine administrative BOI-TVA-CHAMP-50-10 n°110 qui définit, au sens de la taxe sur la valeur ajoutée, la notion d'" ensemble immobilier ", lequel est notamment caractérisé lorsque les immeubles concernés sont construits sur le même terrain et destinés à la même activité par le preneur ; l'administration fiscale retient à tort que le paragraphe n°110 de cette doctrine administrative ne s'applique que dans l'hypothèse de la location d'une pluralité d'immeubles ; les nouvelles installations sont érigées sur le même terrain et le même sol que l'ensemble immobilier objet du bail du 5 mai 2011 et doivent par conséquent être considérées comme un ensemble immobilier au sens de la doctrine administrative et de l'article 1er de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis ;
- en considérant sur le fondement des paragraphes n°160 et n°170 de la doctrine administrative BOI-TVA-CHAMP-50-10 que les travaux liés aux nouvelles installations ne pouvaient donner lieu à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante dès lors que le droit à déduction ne s'étend pas aux locaux non donnés en location, l'administration fiscale commet une erreur de droit et une erreur de fait dès lors que les nouvelles installations constituent le prolongement de l'ensemble immobilier dont elles sont indissociables et sont situées sur un seul et même terrain objet du bail du 5 mai 2011 de sorte qu'ils ne peuvent être qualifiés de nouveaux locaux ; un loyer unique avait été prévu pour l'ensemble du terrain pris à bail, incluant les potentielles nouvelles installations ; les travaux réalisés afin d'ériger sur les parcelles louées les nouvelles installations n'ont eu pour objet que d'améliorer les lieux loués dont la destination de centre équestre est restée identique ;
- l'absence de conclusion d'un nouveau bail ou d'un avenant relatif à l'ancien bail est sans effet sur le caractère effectif de la location des nouvelles installations par l'association du centre équestre de Sainte-Hélène dès lors qu'il n'existe aucune obligation légale, réglementaire ou jurisprudentielle pour le bailleur de conclure un avenant écrit lorsqu'il réalise des travaux ou des aménagements sur les parcelles louées et qu'un tel avenant peut être verbal ;
- pour justifier les redressements en litige, l'administration fiscale aurait dû démontrer que le loyer prévu par le bail du 5 mai 2011 était manifestement en-dessous du prix du marché et donc de nature à disqualifier d'activité économique au sens de la taxe sur la valeur ajoutée, la location de l'ensemble immobilier, en ce compris les nouvelles installations ; elle n'a pas démontré que les recettes tirées du loyer litigieux étaient insignifiantes alors que la perception d'un loyer de 28 000 euros hors taxe par an ne constitue pas un prix modique ; elle n'a pas établi que ces recettes ne présentaient pas un caractère de permanence alors que le bail du 5 mai 2011 était conclu pour une durée de neuf ans reconductible deux fois pour la même durée ; elle n'a pas tenu compte du préjudice économique sévère que l'association du centre équestre Sainte-Hélène avait subi à raison de la durée des travaux pendant environ trois ans et des difficultés, en termes d'exploitation du centre équestre, qu'ils ont engendrées ; le bail du 5 mai 2011, enregistré au pôle enregistrement du service des impôts des entreprises de Bayonne le 10 mai 2011, lui était opposable et stipule que le loyer ne pouvait faire l'objet d'un réajustement qu'en 2013 puis de façon triennale ;
- aucune obligation d'augmenter le loyer stipulé dans le cadre du bail du 5 mai 2011 à la suite des travaux réalisés ne lui incombe sur le fondement de l'article 1195 du code civil et des articles L. 145-37 et L. 145-38 du code de commerce ;
- en considérant, comme constituant une libéralité, l'absence de contrepartie à la mise à disposition, gratuitement selon l'administration fiscale, des nouvelles installations à l'association du centre équestre Sainte-Hélène, celle-ci a commis une erreur de droits dès lors que l'activité de location d'immeubles doit être regardée comme constituant une prestation de services effectuée à titre onéreux et comme présentant un caractère économique car elle lui a assuré la perception de recettes qui ne sont pas insignifiantes et qui présentent un caractère de permanence ;
- l'administration fiscale méconnaît la jurisprudence européenne, selon laquelle la qualité d'assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et donc le droit à déduction ne sont aucunement subordonnés à la réalisation effective et préalable de recettes taxables ; il n'était pas question de conclure, entre 2013 et 2016, un nouveau bail ou un bail rectificatif dès lors que les travaux n'étaient pas finalisés et il avait donc été convenu qu'elles renégocieraient éventuellement les termes du bail une fois seulement que l'association du centre équestre de Sainte-Hélène serait mise en mesure de les utiliser pleinement et aurait également démontré sa capacité à le faire ; dès lors que le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée quant à la charge fiscale de l'entreprise exige que les premières dépenses d'investissement effectuées pour les besoins et en vue d'une entreprise (activités préparatoires) soient considérées comme des activités économiques, l'absence de renégociation du bail critiquée par l'administration fiscale aurait dû être assimilé à une phase préparatoire de l'activité de la société ;
- l'administration fiscale ne démontre pas que les nouvelles installations n'ont pas également été utilisées par l'association du centre équestre de Sainte-Hélène dans le cadre de son activité de gestion de club sportif équestre et renverse, ce faisant, indûment la charge de la preuve à son détriment ;
- l'administration fiscale se prévaut d'un arrêt de la Cour administrative d'appel de Nantes du 9 septembre 2021 qui n'est pas topique dès lors que le bailleur n'était pas en mesure de justifier du paiement effectif des sommes par le preneur, ce qui n'est pas le cas en l'espèce dans la mesure où la réalité du paiement du loyer annuel de 28 000 euros hors taxe n'est pas discutée ;
- dès lors que le loyer appliqué au titre du bail concernait non seulement l'ensemble immobilier mais également les nouvelles installations, indissociables de cet ensemble, l'administration fiscale ne pouvait utilement remettre en cause le caractère économique de son activité, et donc son droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée d'amont, sans en tirer toutes les conséquences s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée par elle, en concluant que l'option portant sur l'ensemble immobilier était inopérante ; les redressements auraient dû être déduits du montant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée sur le fondement de l'article 238 du code général des impôts dès lors qu'elle ne pouvait recevoir la qualification d'assujetti à cette taxe ;
- sa demande de remboursement des frais irrépétibles n'est pas irrecevable à défaut d'être chiffrée, ainsi que le soutient l'administration fiscale, car elle justifie des honoraires de son conseil pour la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient d'une part, que le moyen soulevé par la requérante selon lequel le loyer versé dans le cadre du bail serait suffisant et ne serait pas anormalement bas est inopérant dès lors que ce loyer ne concerne pas les nouvelles installations et d'autre part, que les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Simeoni, représentant la société Sainte-Hélène.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière Sainte-Hélène, dont le gérant est M. D E B qui détient 99,90% de son capital social, le solde de 0,10% restant appartenant à Mme C B, a pour activité la détention et la location de biens immobiliers situés sur les communes de Saint-Jean-de-Luz et d'Ascain. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant d'une part, sur ses revenus fonciers pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 et d'autre part, sur la taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2013 au 30 juin 2016, à l'issue de laquelle le service vérificateur a considéré, par une proposition de rectification du 6 février 2017, qu'à défaut de bail locatif, cette société mettait à disposition gratuitement des biens immobiliers qu'elle avait construits, ce qui constituait une libéralité. Le service vérificateur en a conclu que cette mise à disposition ne pouvait pas être regardée comme une activité économique au sens de l'article 256 A du code général des impôts et a remis en cause la taxe sur la valeur ajoutée déduite correspondante aux travaux de constructions et d'aménagements de ces biens immobiliers. En réponse aux observations présentées par la contribuable le 3 avril 2017, l'administration fiscale a maintenu l'ensemble des rappels par courrier du 11 mai 2017. Par avis du 20 octobre 2017, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires s'est déclarée incompétente pour traiter de ce litige. A la suite d'une réunion tenue le 12 décembre 2017 avec le responsable de la division du contrôle fiscal, des affaires juridiques et du contentieux de la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, l'administration fiscale a, par une proposition de rectification du 19 novembre 2018, admis la déduction d'une partie des rappels de la taxe sur la valeur ajoutée auxquels la société avait été assujettie. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant en droits et en pénalités de 588 430 euros ont été mis en recouvrement le 31 janvier 2019. La réclamation contentieuse de la société Sainte-Hélène du 11 août 2021 a été rejetée par décision du 21 mars 2022, réceptionnée le 13 avril suivant. La société Sainte-Hélène doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, ainsi que les pénalités correspondantes, d'un montant de 588 430 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. D'une part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. ".
3. Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière des dispositions de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, dont elles assurent la transposition. Aux termes de l'article 2 de cette directive : " 1. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les opérations suivantes : /()/ c) les prestations de services, effectuées à titre onéreux sur le territoire d'un État membre par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 9 de la même directive : " 1. Est considéré comme "assujetti" quiconque exerce, d'une façon indépendante et quel qu'en soit le lieu, une activité économique, quels que soient les buts ou les résultats de cette activité. Est considérée comme "activité économique" toute activité de producteur, de commerçant ou de prestataire de services. Est en particulier considérée comme activité économique, l'exploitation d'un bien corporel ou incorporel en vue d'en tirer des recettes ayant un caractère de permanence () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'est considéré comme assujetti quiconque exerce, de façon indépendante, une activité économique, quels que soient les buts et les résultats de cette activité. Une activité est, en règle générale, qualifiée d'économique lorsqu'elle présente un caractère permanent et est effectuée contre une rémunération perçue par l'auteur de l'opération. La possibilité de qualifier une opération d'" opération à titre onéreux " suppose uniquement l'existence d'un lien direct entre la livraison de biens ou la prestation de services et une contrepartie réellement reçue par l'assujetti. Ainsi, le fait qu'une opération économique soit effectuée à un prix supérieur ou inférieur au prix normal du marché est sans pertinence s'agissant de cette qualification. Il en va de même du lien pouvant éventuellement exister entre les parties à l'opération.
5. D'autre part, aux termes de l'article 260 du code général des impôts : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : () 2° Les personnes qui donnent en location des locaux nus pour les besoins de l'activité d'un preneur assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée ou, si le bail est conclu à compter du 1er janvier 1991, pour les besoins de l'activité d'un preneur non assujetti. / L'option ne peut pas être exercée : () b. Si le preneur est non assujetti, sauf lorsque le bail fait mention de l'option par le bailleur. () ". Aux termes de l'article 271 du même code dans sa version applicable au litige : " I.1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / Toutefois, les personnes qui effectuent des opérations occasionnelles soumises à la taxe sur la valeur ajoutée n'exercent le droit à déduction qu'au moment de la livraison. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () ".
6. En premier lieu, il est constant que la société civile immobilière Sainte-Hélène est propriétaire du domaine Sainte-Hélène, situé sur le territoire des communes d'Ascain et de Saint-Jean-de-Luz. Il résulte de l'instruction que par contrat signé le 5 mai 2011, la société civile immobilière Sainte-Hélène, bailleur, a donné à bail à l'association du centre équestre Sainte-Hélène, présidée par M. E B, preneur, un ensemble immobilier, pour une durée de neuf ans à compter du 1er juin 2011, renouvelable deux fois pour la même durée, pour un loyer annuel de 28 000 euros hors taxe, avec option d'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée. Ces biens et locaux, situés sur les parcelles section n° AB 177 et n° AB 187 de la commune d'Ascain comprennent un bâtiment abritant les écuries de chevaux incluant notamment vingt-et-un boxes, un local de douche, un bureau et des locaux sanitaires, une écurie de vingt boxes comptant un local de sellerie et une douche pour les chevaux, un bâtiment de stockage de fourrage, un manège couvert, une carrière de 70 mètres par 35 mètres et un rond de longe. De 2014 à 2015, la société Sainte-Hélène a fait réaliser des travaux de construction sur son domaine pour un montant de plus de 10 millions d'euros toutes taxes comprises, consistant en la construction d'un stade équestre de trois mille places, de plates-formes en enrobé pouvant accueillir trois cents boxes démontables, d'un paddock de 70 mètres par 35 mètres, de vingt-cinq boxes en dur et d'un club-house avec terrasse de plus de 200 mètres carrés. Elle a également fait procéder à des aménagements du stade équestre afin d'organiser des concours hippiques d'envergure nationale et internationale. Les constructions ont été réalisées sur les parcelles prises à bail par l'association du centre équestre Sainte-Hélène. La société Sainte-Hélène a déduit la taxe sur la valeur ajoutée sur ces travaux et a obtenu le remboursement de crédits de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 115 882 euros au titre du second semestre 2014, de 400 000 euros au titre du second semestre 2015 et de 200 000 euros au titre du premier semestre 2016. Ces nouvelles installations, ainsi que la société requérante les désigne, ont été mises à disposition de l'association du centre équestre Sainte-Hélène. Il n'est pas contesté que cette mise à disposition en 2014 et 2015 n'a pas fait l'objet d'une modification du bail du 5 mai 2011 existant par avenant, ni de la conclusion d'un nouveau bail portant sur ces nouvelles installations. Si la société Sainte-Hélène soutient qu'un bail peut être conclu verbalement, elle ne rapporte pas la preuve de l'existence d'un tel accord. De même, la société requérante n'établit pas qu'il était prévu, dès sa signature, de soumettre ces nouvelles installations au champ d'application du bail du 5 mai 2011. Le bail du 5 mai 2011 ne concernant pas ces nouvelles installations qui sont postérieures à sa conclusion et dont il ne mentionne pas la possibilité de rattachement à l'avenir en cas de construction, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le loyer de 28 000 euros hors taxe versé par l'association du centre équestre Sainte-Hélène est également réglé en contrepartie de la mise à disposition de ces nouvelles installations. Enfin, la circonstance, non établie au demeurant, que ces équipements étaient en cours de construction de 2014 à 2015 et ne pouvaient être utilisés par l'association du centre équestre Sainte-Hélène est sans incidence sur la reconnaissance de l'activité économique correspondante dès lors que la société a déduit la taxe sur la valeur ajoutée associée à ces travaux au titre du second semestre de ces deux premières années et du premier semestre de l'année 2016. Dans ces conditions, la mise à disposition gratuite de ces nouvelles installations pendant la période vérifiée s'assimile de ce fait à une libéralité. Il suit de là que la société Sainte-Hélène n'est pas fondée à soutenir que la mise à disposition des nouvelles installations en 2014 et 2015 à l'association du centre équestre Sainte-Hélène constituerait une activité économique, au sens de l'article 256 A du code général des impôts, consistant à exploiter un bien immobilier en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la société requérante n'avait pas la qualité d'assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et a remis en cause les déductions de taxe sur la valeur ajoutée effectuées.
7. En deuxième lieu, la société Sainte-Hélène ne peut utilement soutenir qu'il appartenait à l'administration fiscale de démontrer que le loyer de 28 000 euros hors taxe était anormalement bas pour fonder sa décision de refus d'assujettir à la taxe sur la valeur ajoutée les travaux en cause dès lors qu'il résulte du point 6 que ce loyer ne peut être regardé comme versé en contrepartie de la mise à disposition des nouvelles installations.
8. En troisième lieu, si la société Sainte-Hélène soutient que la position de l'administration fiscale méconnaîtrait la jurisprudence européenne, selon laquelle la qualité d'assujetti, et donc le droit à déduction, ne sont aucunement subordonnés à la réalisation effective et préalable de recettes taxables, elle n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 6, avoir eu l'intention, au cours de la période vérifiée, de mettre en location ces nouvelles constructions auprès de l'association du centre équestre Sainte-Hélène et ainsi d'exercer une activité économique au sens des dispositions précitées de l'article 256 A du code général des impôts, sans que fasse obstacle à cette qualification la circonstance que la société requérante ne serait pas parvenue à tirer de revenus de cette activité. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 de la déclaration du 26 août 1789 des droits de l'homme et du citoyen : " Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. ". Aux termes de l'article 7 de la même déclaration : " Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance. ".
10. La société Sainte-Hélène ne peut utilement soutenir que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige porteraient atteinte à son droit de propriété constitutionnellement garanti dès lors que l'absence d'assujettissement des travaux réalisés à la taxe sur la valeur ajoutée à défaut d'activité économique associée est sans incidence sur sa qualité de propriétaire des nouvelles constructions.
11. En cinquième lieu, le paragraphe n°110 de la doctrine administrative BOI-TVA-CHAMP-50-10 précise que " Les personnes qui donnent en location plusieurs immeubles ou ensembles d'immeubles doivent exercer une option distincte pour chaque immeuble ou ensemble d'immeubles (CGI, ann. II, art. 193, al. 2). / Dans les immeubles ou ensembles d'immeubles comprenant à la fois des locaux nus donnés en location ouvrant droit à l'option en application du 2° de l'article 260 du CGI et d'autres locaux, l'option ne s'étend pas à ces derniers mais elle s'applique globalement à l'ensemble des locaux de la première catégorie. / Par ensemble immobilier, il faut entendre non seulement un groupe de bâtiments ayant fait l'objet d'un même plan de masse, d'un permis de construire unique, ou d'un même programme de construction, réalisé sur un terrain appartenant à une même personne, mais également deux ou plusieurs immeubles construits sur un même terrain et destinés à l'exercice d'une seule et même activité par le preneur. ".
12. La société requérante ne peut utilement se prévaloir du paragraphe n°110 du BOI-TVA-CHAMP-50-10 précité, relatif à la portée du droit d'option, dès lors que les nouvelles installations et l'ensemble immobilier préexistant ne peuvent être regardés comme " deux ou plusieurs immeubles construits sur un même terrain et destinés à l'exercice d'une seule et même activité par le preneur " à la date d'exercice du droit d'option ou à la suite de changement de circonstance de fait, à défaut de bail conclu par la société Sainte-Hélène concernant ces nouvelles installations.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 283 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, sous réserve des cas visés aux articles 275 à 277 A où le versement de la taxe peut être suspendu. () "
14. La société Sainte-Hélène ne peut soutenir que par voie de conséquence du rejet du caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé la construction et l'aménagement de ses nouvelles installations, les loyers versés par l'association du centre équestre Sainte-Hélène ne peuvent être assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée collectée dès lors qu'il n'est pas contesté que ces loyers, au sujet desquels la société requérante a exercé son droit d'option, sont assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée alors que les travaux de construction en litige ne relèvent pas, dans les circonstances de l'espèce, du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée pour les années 2014 et 2015 car, ainsi qu'il a été dit au point 6, il n'existe pas de lien entre les loyers tirés des bâtiments et terrains préexistants et les nouveaux terrains et aménagements.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la société Sainte-Hélène n'est pas fondée à soutenir que les travaux qu'elle a effectués au cours des années 2014 et 2015 seraient assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée et qu'en conséquence, l'administration aurait remis en cause à tort le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ces travaux. Par suite, les conclusions de la requête aux fins de décharge ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Sainte-Hélène demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
17. Par ailleurs, à défaut de dépens engagés en l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne pourront également qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société civile immobilière Sainte-Hélène est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société civile immobilière Sainte-Hélène et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
La rapporteure,
Z. CORTHIER
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026