lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2201376 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | PECASSOU LOGEAIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juin 2022 et le 21 août 2023, M. C B, représenté par Me Lonné, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Habas à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice résultant pour lui de l'empiètement irrégulier d'une canalisation communale sur sa propriété ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Habas la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'assignation devant le tribunal judiciaire interrompt la prescription quadriennale de sorte que la prescription n'est pas opposable ;
- la commune d'Habas a commis une faute en creusant un drain sur la limite de sa propriété sans le consulter et que sa responsabilité doit être engagée ;
- la seule présence sur sa propriété du drain rend le préjudice anormal et spécial et l'emprise irrégulière sur sa propriété doit être indemnisée ;
- la commune ne justifie pas que les travaux d'enfouissement d'un drain sur sa propriété ont été réalisés dans l'intérêt général.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 mars et 23 octobre 2023, la commune d'Habas, représentée par Me Logeais conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la prescription quadriennale s'oppose à l'action de M. B dès lors que les travaux ont été réalisés en 2015 alors que l'action indemnitaire devant le tribunal a été déposée en 2022 ;
- faute pour M. B de proposer une servitude, aucune indemnisation ne peut être consentie ; en outre l'enfouissement du drain est nécessaire à l'écoulement des eaux et ne le gêne pas sur sa propriété et n'empêche pas la construction ;
- la commune n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- le drain n'a entraîné aucune conséquence sur la jouissance de la propriété de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 31 décembre 1968 ;
- le code civil ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Arotcarena représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. La commune d'Habas a fait construire en 2015 un bâtiment destiné à accueillir ses services techniques sur une parcelle voisine de celle appartenant à M. B. Un drain destiné à assainir le terrain communal et à éviter ainsi l'écoulement des eaux sur les terrains voisins, a été réalisé et enterré en limite de propriété en partie sur le terrain de M. B. Par un premier courrier du 18 février 2015, le maire s'est excusé auprès de l'intéressé des désagréments causés par ces travaux et l'a informé du positionnement de ce drain sur sa propriété. M. C B et son frère ont écrit au maire le 21 septembre 2017 sollicitant une " compensation " au regard de cette situation préjudiciable. Mais par courrier du 26 septembre 2017, le maire de Habas a refusé toute indemnisation. Le 12 juillet 2019, M. C B a assigné le maire de la commune devant le tribunal de grande instance de Dax à fin de remise en état du terrain. Par ordonnance du 6 novembre 2020, le juge de la mise en état a décliné la compétence de l'ordre judiciaire et a renvoyé l'intéressé à mieux se pourvoir. Par la présente requête, M. B sollicite la condamnation de la commune d'Habas à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'empiètement de cet ouvrage public sur sa propriété.
Sur l'implantation irrégulière :
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime : " Il est institué au profit des collectivités publiques, des établissements publics ou des concessionnaires de services publics qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisations d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales une servitude leur conférant le droit d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis, excepté les cours et jardins attenant aux habitations () ". L'article R. 152-1 du même code précise que : " Les personnes publiques définies au premier alinéa de l'article L. 152-1 et leurs concessionnaires, à qui les propriétaires intéressés n'ont pas donné les facilités nécessaires à l'établissement, au fonctionnement ou à l'entretien des canalisations souterraines d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales, peuvent obtenir l'établissement de la servitude prévue audit article, dans les conditions déterminées aux articles R. 152-2 à R. 152-15".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article 28 du décret du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière dans sa version en vigueur à la date de la pose de la canalisation en litige : " Sont obligatoirement publiés au bureau des hypothèques de la situation des immeubles : / 1° Tous actes, même assortis d'une condition suspensive, et toutes décisions judiciaires, portant ou constatant entre vifs :/ a) Mutation ou constitution de droits réels immobiliers autres que les privilèges et hypothèques, qui sont conservés suivant les modalités prévues au code civil " et aux termes de l'article 36 du même décret : " Sont également publiés pour l'information des usagers, au bureau des hypothèques de la situation des immeubles, par les soins de l'administration compétente, dans les conditions et limites, et sous réserve des exceptions fixées par décret en Conseil d'Etat : / () ; / 2° Les limitations administratives au droit de propriété, et les dérogations à ces limitations ".
4. La réalisation, par une personne publique, de travaux dans le sol et le sous-sol d'une propriété privée, qui dépossède les propriétaires de la parcelle concernée d'un élément de leur droit de propriété, ne peut être régulièrement réalisée qu'après, soit l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, soit l'institution de servitudes légales, soit l'intervention d'un accord amiable avec les propriétaires de cette parcelle.
5. Il est constant que la commune d'Habas a fait installer, avant le mois de février 2015, dans le sous-sol de la parcelle appartenant à M. B, un drain destiné à capter les eaux souterraines et à les évacuer. Un tel ouvrage, destiné à la protection contre le risque d'inondation existant dans le secteur concerné a le caractère d'un ouvrage public. Une telle opération dépossédant les propriétaires d'un élément de leur droit de propriété, ne pouvait être régulièrement mise à exécution, qu'après soit l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, soit l'institution de servitudes dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 152-1, L. 152-2 et R. 152-1 à R. 152-15 du code rural et de la pêche maritime, soit, enfin, par l'intervention d'un accord amiable avec les propriétaires intéressés.
6. Si la commune soutient que M. B avait connaissance de ces travaux, cette circonstance ne saurait suffire à caractériser l'existence d'un accord amiable entre les parties, et il est constant qu'aucune convention écrite n'a été formalisée, ni même une demande de la commune en ce sens, et aucune servitude n'a été publiée au bureau des hypothèques devenu le service chargé de la publicité foncière de la situation des immeubles. Dans ces conditions, la commune d'Habas, ne peut être regardée comme justifiant de l'existence d'un accord amiable pour implanter un drain dans le sous-sol de la parcelle appartenant à M. B, et elle ne se prévaut pas davantage de l'existence d'une servitude légale ou de l'engagement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique. Par suite, l'ouvrage public que constitue le drain litigieux a été irrégulièrement implanté sur la propriété privée de M. B.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :
7. L'avocat de la commune d'Habas auquel cette collectivité a donné mandat pour la représenter en justice et qui, à ce titre, est habilité à opposer pour la défense des intérêts de cette dernière toute fin de non-recevoir et toute exception, doit être regardé comme ayant été également mandaté pour opposer l'exception de prescription aux conclusions de M. B tendant à la condamnation de cette administration à l'indemniser. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par M. B tirée de ce que l'exception de prescription quadriennale n'aurait pas été valablement opposée doit être écartée.
8. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Selon l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ()/ Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".
9. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Pour l'application de ces règles, la créance du propriétaire d'un bien immobilier relative à l'indemnisation des préjudices résultant pour lui de l'occupation irrégulière, sans extinction du droit de propriété de ce bien par une personne publique, présente un caractère continu et évolutif et doit, en conséquence, être rattachée à chacune des années au cours desquelles ces préjudices ont été subis.
10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'espèce, le préjudice résultant pour M. B de l'implantation irrégulière de l'ouvrage public, qui présente un caractère continu et évolutif, doit être rattaché à chaque année depuis 2015, date à laquelle cet ouvrage a été réalisé. Le délai de prescription de la créance relative à chaque année court ainsi à compter du 1er janvier de l'année suivante, à la condition qu'à cette date le préjudice subi au cours de cette année puisse être mesuré.
11. M. B a saisi la commune d'Habas d'une demande indemnitaire en septembre 2017. A cette date la créance détenue au titre de chacune des années 2015, 2016 et 2017 n'était pas prescrite de sorte qu'un nouveau délai a commencé à courir à compter du 1er janvier 2018. En juillet 2019, M. B a assigné le maire d'Habas devant le juge judiciaire aux fins de condamnation de la commune à enlever le drain litigieux et à remettre son terrain en état. Cette action en démolition, qui ne comportait toutefois aucune demande indemnitaire, et qui ne peut par suite être regardée comme un litige en matière de responsabilité, bien que se rattachant, il est vrai, au même fait générateur que l'action, présentée dans le cadre de la présente instance, de nature cette fois exclusivement indemnitaire, ne peut dès lors être regardée comme ayant valablement interrompu le délai de prescription de la créance litigieuse. Il s'ensuit que les créances se rattachant aux années 2015, 2016 et 2017 ont été prescrites au 31 décembre 2021, de sorte qu'à la date d'enregistrement de sa requête, le 23 juin 2022 M. B ne pouvait plus en solliciter l'indemnisation.
12. Par suite, la commune d'Habas est fondée à opposer la prescription quadriennale aux créance détenues par M. B qui ont trouvé naissance avant 2018.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
13. En l'absence d'extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant de l'implantation d'un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée ne saurait donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité d'immobilisation réparant le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle et tenant compte de l'intérêt général qui justifie le maintien de l'ouvrage.
14. M. B sollicite la somme globale de 3 000 euros au titre du préjudice moral et de jouissance résultant de l'occupation irrégulière de sa parcelle. En l'absence de tout élément de nature à établir le préjudice financier lié à la perte de valeur vénale de son bien dont se prévaut M. B, un tel préjudice ne saurait être retenu. Si le requérant soutient que l'implantation de la canalisation litigieuse dans le tréfonds de cette parcelle l'empêche d'effectuer les travaux de de construction qu'il envisageait, toutefois, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence subis par M. B du fait de la présence de cet ouvrage public en lui octroyant à ce titre la somme de 1 500 euros.
15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune d'Habas à verser à M. B la somme de 1 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Habas demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Habas une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune d'Habas est condamnée à verser à M. B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en réparation de son préjudice moral.
Article 2 : La commune d'Habas versera à M. B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Habas sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. C B et à la commune d'Habas.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Quéméner, présidente,
Mme Neumaier, conseillère,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS
La présidente,
V. QUEMENER
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026