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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201475

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201475

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201475
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 3 juillet et le 28 novembre 2022, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.

Il soutient que :

- à la suite de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la société Chai Nous dont il était associé, il a sollicité un entretien avec le vérificateur aux fins de confirmer qu'il n'avait pas été le destinataire de revenus distribués ; or, il n'a pu bénéficier d'aucun rendez-vous ;

- il n'a perçu aucune des sommes inscrites au débit de son compte courant d'associé ouvert dans les écritures de la société Chai Nous ; ces inscriptions résultent d'agissements d'autres associés de la société, contre lesquels il a engagé une procédure judiciaire pour annulation de cessions de parts.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au non-lieu à statuer à concurrence des dégrèvements accordés, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- M. C détenait un compte courant d'associé ouvert à son nom dans les écritures de la société, qui présentait un solde débiteur de 30 168 euros à la clôture de l'exercice 2016 et 42 618 euros à la clôture de l'exercice 2017 ;

- en application du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ces sommes doivent être considérées comme ayant été appréhendées par M. C ;

- M C ne produit aucun élément de nature à démonter qu'il n'aurait pas appréhendé ces sommes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier ;

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Chai Nous, dont M. A C était actionnaire et associé, exploitait une activité de débit de boissons au Haillan. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2016 et 2017, à la suite de laquelle l'administration a constaté que M. C détenait un compte courant d'associés ouvert dans les écritures de cette société. Par une proposition de rectification du 5 septembre 2019, l'administration fiscale a informé M. C qu'il était réputé avoir perçu le revenu distribué correspondant aux sommes comptabilisées au débit de ce compte courant d'associé, et l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017. Les impositions correspondantes, d'un montant global de 14 135 euros, ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2018. Par une décision du 12 mai 2022, l'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable formée par M. C le 14 février 2020. Par sa requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 5 décembre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles M. C a été assujetti au titre des années 2016 et 2017, à concurrence d'une somme de 11 354 euros. Les conclusions de la requête de M. C relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, dans sa version issue de l'article 12 de la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L 12, L 13 et L 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai ".

4. Il résulte de cette disposition que, lorsqu'elle est adressée dans le cadre d'un contrôle sur pièces, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai. Il ne résulte pas de la lettre claire de cette disposition, ni d'ailleurs des travaux parlementaires ayant précédé son adoption, que le contribuable aurait le droit, dans le cadre de ce recours, de s'entretenir avec le supérieur hiérarchique du fonctionnaire ayant signé la proposition de rectification. Toutefois, lorsque la demande de recours hiérarchique ne donne pas lieu à un tel entretien, il incombe au supérieur hiérarchique du vérificateur, afin d'assurer l'effectivité de l'examen de cette demande et donc de la garantie prévue par cette disposition, d'apporter une réponse écrite au contribuable.

5. M. C soutient avoir sollicité par courriel un rendez-vous avec le vérificateur afin de produire les pièces confirmant qu'il n'avait perçu aucun revenu distribué de la part de la SAS Chai Nous à la suite de la notification de la proposition de rectification du 5 septembre 2019, auquel il n'aurait pas été donné suite. Toutefois, il ne résulte pas des termes de la réclamation préalable introduite par M. C le 14 février 2020, dans laquelle celui-ci indique seulement " se tenir à disposition " du vérificateur, qu'un rendez-vous ait été effectivement sollicité. Ainsi, dès lors que M. C n'établit pas avoir adressé un courrier à l'administration fiscale dans lequel il sollicite un rendez-vous avec le supérieur hiérarchique du vérificateur, il n'a pas été privé des garanties de procédure précitées et le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / () ". Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2º du 1 de l'article 109 du CGI. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

7. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a imposé M. C sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts à raison de diverses sommes portées au crédit du compte courant d'associé ouvert dans les écritures de la SAS Chai Nous au nom de l'intéressé, associé de cette société. Pour contester les distributions ainsi imposées entre ses mains, M. C se borne à faire valoir qu'il n'a jamais eu la disposition de ces sommes et qu'il a engagé une procédure judiciaire à l'encontre des deux autres associés de la société pour abus de confiance et falsification de documents comptables. Toutefois, et ainsi que le fait valoir le service en défense, les seuls documents produits par M. C concernent un litige l'opposant aux deux autres associés de la SAS Chai Nous portant sur la cession d'actions de cette société détenues par lui au profit de ces deux autres associés. Par ailleurs, la production, par le requérant, d'un courrier du 15 décembre 2016 par lequel il a demandé au gérant de la société Chai Nous de lui fournir des explications sur le solde débiteur du compte courant d'associé ouvert à son nom dans les écritures de la SAS Chai Nous, ainsi que d'une attestation du 17 janvier 2018 par laquelle l'expert-comptable de la société indique " avoir constaté un certain nombre d'irrégularités " dans la comptabilité de cette société, est insuffisante à démontrer qu'il n'aurait pas été bénéficiaire des revenus réputés distribués à hauteur de la somme retenue par l'administration. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a regardé les sommes inscrites au compte courant ouvert au nom de M. C dans les écritures de la SAS Chai Nous comme des revenus distribués imposables entre ses mains.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions présentées par M. C à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C, à concurrence du dégrèvement prononcé le 5 décembre 2022, en droits et pénalités, par le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques, au titre des années 2016 et 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Crassus, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

L. NEUMAIERLa présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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