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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201749

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201749

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201749
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSCP CASADEBAIG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, la société Bayorane, représentée par Me Casadebaig, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les titres de perception n° ADCE 21 2600062924 et n° ADCE 21 2600062925 émis le 28 septembre 2021 par la direction régionale des finances publiques Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes en vue du recouvrement des sommes indûment versées au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation pour les mois d'octobre et novembre 2020, pour un montant total de 18 273 euros ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 18 273 euros ainsi réclamée ;

3°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques de procéder au versement de l'aide sollicitée au titre des mois d'octobre à décembre 2020, et de février à avril 2021.

Elle soutient que :

- l'administration fiscale devait tenir compte du chiffre d'affaires réalisé par l'ancien exploitant du camping au titre de la période de référence du 1er janvier au 31 octobre 2019 ;

- le mode de calcul retenu par le service conduit à méconnaître le principe d'égalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la société requérante ne peut se prévaloir du chiffre d'affaires réalisé par le précédent propriétaire du fonds de commerce qu'elle exploite pour déterminer son chiffre d'affaires de référence ;

- le service n'a pas méconnu le principe d'égalité dès lors qu'il s'est borné à faire application du décret n° 2020-371 ; en tout état de cause, la société Bayorane ne se trouve pas placée dans la même situation qu'une société créée avant le 1er janvier 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier,

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Bayorane, qui a acquis le 28 novembre 2019 un fonds de commerce en vue de l'exploitation d'un camping à Navarrenx (Pyrénées-Atlantiques), a perçu l'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. A la suite d'un contrôle tendant à vérifier l'éligibilité de cette société à ce dispositif, l'administration fiscale l'a informée, par un courrier du 8 mars 2021, de la récupération des sommes indument perçues au titre des mois d'octobre et novembre 2020, et de l'émission prochaine de titres de perception. Deux titres de perception, d'un montant de 9 334 euros au titre du mois d'octobre 2020 et de 8 939 euros au titre du mois de novembre 2020, ont été émis le 28 septembre 2021. Par sa requête la SAS Bayorane demande au tribunal d'annuler ces titres de perception et de la décharger de l'obligation de payer la somme de 18 273 euros, et d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de procéder au versement de l'aide sollicitée au titre des mois d'octobre à décembre 2020, ainsi que de février à avril 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge de l'obligation de payer :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, ci-après désignées par le mot : entreprises () ". Aux termes de l'article 3-10 du même décret : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret ayant fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 25 septembre 2020 et le 31 octobre 2020 bénéficient, au titre de chaque période mensuelle considérée, d'une aide financière prenant la forme d'une subvention destinée à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de la période d'interdiction d'accueil du public (). / II. - Les entreprises mentionnées au I perçoivent une subvention égale au montant de leur perte de chiffre d'affaires dans la limite de 333 euros par jour d'interdiction d'accueil du public () ". Aux termes de l'article 3-12 de ce décret : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois d'octobre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er octobre 2020 et le 31 octobre 2020 () ". Aux termes de l'article 3-14 du même décret : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de novembre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : 1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 ; / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 () II. - Les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public () perçoivent une subvention égale au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros. / Les entreprises qui exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 2 dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2020 et ayant subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 15 mars 2020 et le 15 mai 2020 par rapport à la même période de l'année précédente ou, si elles le souhaitent, par rapport au chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ramené sur deux mois ou, pour les entreprises créées après le 15 mars 2019, par rapport au chiffre d'affaires réalisé entre la date de création de l'entreprise et le 15 mars 2020 ramené sur deux mois perçoivent une subvention égale à 80 % de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros. Lorsque la perte de chiffre d'affaires est supérieure à 1 500 euros, le montant minimal de la subvention est de 1 500 euros. Lorsque la perte de chiffre d'affaires est inférieure ou égale à 1 500 euros, la subvention est égale à 100 % de la perte de chiffre d'affaires. La condition de perte de chiffre d'affaires mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'est pas applicable aux entreprises créées après le 10 mars 2020 (). III. - La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de novembre 2020 et, d'autre part, / - le chiffre d'affaires durant la même période de l'année précédente ; / - ou, si l'entreprise le souhaite, le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ; / - ou, pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 () ".

3. En premier lieu, pour réclamer le remboursement d'une partie du montant des aides qui ont été versées à la SAS Bayorane au titre des mois d'octobre et novembre 2020, la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques s'est fondée sur les circonstances tirées de ce que la société requérante, qui a acquis le 28 novembre 2019 un fonds de commerce précédemment exploité par la société à responsabilité limitée Camping Beau Rivage, n'avait commencé à exercer son activité que le 5 décembre 2019 et se prévalait d'un chiffre d'affaires de référence correspondant au chiffre d'affaires réalisé par le précédent propriétaire du fonds de commerce exploité. Il résulte toutefois des dispositions précitées des articles 2, 3-1, 3-3, 3-10, et 3-14 du décret du 30 mars 2020 que le chiffre d'affaires de référence dont il doit être tenu compte est le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020. Ainsi, et contrairement à ce que soutient la société requérante, le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé par le précédent exploitant pour l'année 2019 ne pouvait être retenu pour déterminer sa propre perte de chiffre d'affaires des mois d'octobre et novembre 2019, conformément aux dispositions citées au point 2. Il ressort des pièces du dossier que le chiffre d'affaires de référence, tel que calculé par l'administration, à savoir celui réalisé entre le 5 décembre 2019 et le 28 février 2020, s'établit à la somme de 3 259 euros par mois. Dès lors que les pertes effectives du mois d'octobre 2020 s'élevaient à la somme de 780 euros et celles de novembre à la somme de 1 061 euros, soit moins de 50 % du chiffre d'affaires mensuel moyen retenu au titre de la période de référence, la société requérante ne pouvait prétendre à l'indemnisation de la perte de chiffre d'affaires. Par suite, c'est à bon droit que le service lui a octroyé une aide calculée en fonction du nombre de jours de fermeture s'agissant du mois d'octobre, soit 666 euros, et à hauteur de la totalité du chiffre d'affaires réalisé en novembre, soit 1 061 euros.

4. En second lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

5. Ainsi l'administration s'est bornée à faire application des dispositions précitées du décret du 30 mars 2020, qui instaurent, de fait, une différence de traitement justifiée par la différence objective de situation entre une société nouvellement créée et une société déjà existante. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte au principe d'égalité ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la SAS Bayorane dirigées contre les titres de perception litigieux doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 18 273 euros.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 du présent jugement que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au directeur départemental des finances publiques de procéder au versement de l'aide sollicitée au titre des mois d'octobre à décembre 2020 ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.

8. En deuxième lieu, la société Bayorane n'établit pas avoir sollicité une aide financière au titre de la période s'étendant du mois de février au mois d'avril 2021. En l'absence de litige portant sur l'octroi de ces aides, il n'appartient pas aux juridictions administratives d'adresser des injonctions à titre principal à l'administration. Par suite, les conclusions à fin d'injonction du versement de l'aide au titre des mois de février à avril 2021 présentées par la SAS Bayorane doivent être rejetées comme irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Bayorane est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société Bayorane et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Crassus, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

L. NEUMAIER

La présidente,

M. SELLESLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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