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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2201833

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2201833

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2201833
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2022, la société par actions simplifiée (SAS) LLT et Cie, représentée par son président, M. B A, demande au tribunal :

1°) de prononcer le dégrèvement de la taxe foncière sur la propriété située 34 avenue François Abadie à Lourdes à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2019 ainsi que les pénalités afférentes ;

2°) de suspendre l'exigibilité de ces créances et l'exécution provisoire dans l'attente du jugement définitif ;

3°) de mettre à la charge de l'administration fiscale les frais irrépétibles en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le local à usage commercial dont elle est propriétaire est vacant depuis 2018 ;

- le local à usage commercial est vacant du fait du refus de permis de construire opposé par la commune de Lourdes, ce n'est donc pas de sa volonté ;

- les délais de contestation des années 2018 et 2019 ont été respectés puisqu'elle a contesté l'imposition aux taxes foncières à l'occasion des recours dirigés à l'encontre des refus de permis de construire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante admet que la contestation de la taxe foncière au titre de l'année 2017 est irrecevable puisqu'elle exerçait toujours une activité dans les locaux ;

- la contestation portant sur les années 2018 et 2019 est forclos, faute de recours préalable dans les délais et doit être considérée comme irrecevable ;

- concernant la contestation de l'imposition au cours des autres instances, l'administration fiscale n'était pas partie de sorte que ce moyen est inopérant ;

- l'avis d'imposition ne peut faire l'objet d'une opposition à poursuites ;

- la requérante n'a pas formulé de réclamation préalable contre la mise en demeure de payer de sorte que les conclusions portées sur la prescription en recouvrement sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme SELLÈS, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme SELLÈS ;

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée LLT et Cie exploitait un aquarium à vocation touristique jusqu'en 2007 sis 34 avenue François Abadie à Lourdes. Par courrier du 12 mai 2022, la société a demandé à l'administration fiscale le dégrèvement de la taxe foncière des années 2017 à 2021. Par courrier du 7 juin 2022, l'administration fiscale a rejeté sa demande pour les années 2017 à 2019 pour tardiveté. Un dégrèvement d'office lui a été accordé pour l'année 2020. Par la présente requête, la société demande au tribunal le dégrèvement de la taxe foncière pour les années 2017 à 2019.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire. ()". Il résulte des dispositions de l'article R.196-2 du livre des procédures fiscales que : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; () ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 199 du même code : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif. () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'administration fiscale doit d'abord être saisie d'une réclamation préalable du contribuable, avant que celui-ci porte le litige devant le tribunal administratif. Cette réclamation préalable doit, pour être recevable, être présentée à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle de la mise en recouvrement. Le non-respect du délai entraîne l'irrecevabilité de la réclamation préalable auprès de l'administration fiscale, et en conséquence, celle du recours auprès du tribunal administratif qui lui fait suite.

4. En l'espèce, par courrier du 12 mai 2022, la SAS LLT et Cie a formé une réclamation préalable afin de contester le bien-fondé de la taxe foncière au titre des années 2017 à 2021. L'administration fiscale a fait droit à sa demande pour les années 2020 et 2021 mais a rejeté sa demande pour les années 2017, 2018 et 2019, par un courrier du 7 juin 2022, pour tardiveté.

5. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. : () ". Aux termes de l'article R. 196-2 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle, de la notification d'un avis de mise en recouvrement ou de l'émission d'un titre de perception ; / () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que les délais prévus par l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales lui soient opposables. En l'espèce, la copie des avis d'imposition produite par la société requérante ne fait pas apparaître la mention des voies et délais de recours et malgré la mesure d'instruction effectuée, aucune autre copie n'a été produite, par l'une ou l'autre partie, faisant apparaître cette mention sur les avis d'imposition relatifs à la taxe foncière au titre des années 2017, 2018 et 2019. Dans ces conditions, le délai prévu à l'article R. 196-2 précité du livre des procédures fiscales n'est pas opposable au contribuable, et la réclamation contentieuse présentée le 12 mai 2022 n'est pas tardive.

Sur les conclusions à fin de décharge :

6. Aux termes du I de l'article 1389 du code général des impôts : " I. Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ". Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté.

7. En l'espèce, la société requérante vous indique elle-même qu'elle a maintenu une activité commerciale a minima, qui s'est interrompue avec le départ de son dernier salarié en 2018, " parti vers d'autres projets, faute de perspective plus concrète ". Les attestations d'URSSAF qu'elle produit attestent, de fait, qu'aucune cotisation n'a été mise à sa charge au titre des années 2019 et 2020. Il résulte de ces éléments qu'au cours de l'année 2017 et jusqu'à la fin de l'année 2018, l'immeuble n'était pas vacant de sorte que la SAS LLT et Cie ne peut prétendre à l'exonération prévue par le I de l'article 1389 du CGI, au titre de ces années. S'agissant de l'année 2019, la société n'a pas réussi à obtenir le permis de construire, qu'elle a sollicité à plusieurs reprises, relatif à un projet de promotion immobilière. La fin de son activité, et donc la vacance de l'immeuble, à compter de la fin de l'année 2018 est bien la conséquence de ce qu'elle n'a pas pu mener à bien ce projet. Dès lors que la société requérante remplissait la triple condition posée par le I de l'article 1389 du CGI, elle peut prétendre au bénéfice de l'exonération que prévoient ces dispositions au titre de l'année 2019.

Sur la suspension de l'exigibilité :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, le tribunal administratif ne peut connaître des demandes de sursis de paiement formulées par les contribuables à l'occasion de leurs réclamations que s'ils en ont expressément formulé la demande dans leur réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel ils estiment avoir droit. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment de sa réclamation préalable formée le 12 mai 2022, qu'elle ait sollicité la remise gracieuse des pénalités ni qu'elle aurait soumis au comptable chargé du recouvrement de l'impôt une demande de sursis de paiement. Par suite, ces conclusions ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS LLT et Cie doit être déchargée de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019, en droits et pénalités.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées par la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui ne sont pas chiffrées.

D É C I D E :

Article 1er : La SAS LLT et Cie est déchargée de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SAS LLT et Cie et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé : M. SELLÈSLa greffière,

Signé : M. DANGENG

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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