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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202031

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202031

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202031
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 septembre 2022 et le 17 janvier 2023, l'EURL Teranga, représentée par Me Sanchez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice 2016, 2017 et 2018, ainsi que des pénalités et majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 7 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration ne peut se prévaloir d'un acte notarié du 5 février 2017, postérieur au jugement du tribunal de commerce d'Alicante du 21 septembre 2016, rédigé en langue espagnole alors que l'ordonnance de Villers-Cotterêts lui est opposable de sorte que la procédure d'imposition est irrégulière et méconnait els dispositions des articles L. 55 et L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- le protocole du 1er février 2017 acte l'avance de trésorerie consentie par M. A et l'attribution des sommes versées de la société Locadelmar à sa dissolution ;

- M. A était fondé à percevoir les sommes litigieuses avancées à la société Locadelmar ;

- l'administration n'établit pas en quoi il s'agit d'un acte anormal de gestion ;

- l'administration n'établit pas les manquements délibérés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de l'EURL Teranga ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance de Villers-Cotterêts ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus ;

- et les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Teranga exerce l'activité de holding en détenant des participations dans des sociétés françaises ou étrangères. La société Locadelmar concept, filiale de la société Teranga avait pour objet la location immobilière. La société Teranga a fait l'objet d'un examen de comptabilité sur l'ensemble de ses déclarations fiscales au titre de la période allant du 1er juillet 2015 au 30 juin 2018. Par proposition de rectification du 27 septembre 2019, le service a rectifié le résultat fiscal de la société imposable à l'impôt sur les sociétés. A la suite des observations du contribuable par courrier du 30 juin 2020, l'administration a maintenu les rectifications. A l'issue du recours hiérarchique exercé le 19 octobre 2020, les rectifications ont été maintenues. L'interlocuteur départemental a, par courrier du 18 janvier 2021 maintenu la position du service. Par son avis du 5 novembre 2021, la commission des impôts directs et de la taxe sur le chiffre d'affaires confirme la position de l'administration. Les cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre de la période vérifiée ont été mises en recouvrement le 21 janvier 2022. Par décision du 12 août 2022, l'administration rejette la réclamation préalable. Par la requête, la société Teranga demande la décharge des impositions litigieuses.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, la société Teranga soutient que l'acte notarié ne peut lui être opposable dès lors qu'il est rédigé en langue espagnole et que cette circonstance méconnait les articles L. 55 à L. 57 du livre des procédures fiscales.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 111 de l'ordonnance royale du 25 août 1539 sur le fait de la justice, dite ordonnance de Villers-Cotterêts : " Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d'oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures, soient de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestes, contrats, commissions, sentences testaments, et autres quelconques, actes et exploicts de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et non autrement. ". Il résulte de ces dispositions qu'elles ne sont applicables qu'aux actes de procédure juridictionnelle, et non aux documents utilisés par le service dans le cadre d'une vérification de comptabilité. Par suite, l'EURL Teranga ne peut utilement soutenir qu'en se fondant sur un acte notarié rédigé en espagnol, l'administration aurait méconnu les dispositions de cette ordonnance. En outre, le seul fait pour l'administration de ne pas avoir mis à disposition de la société une traduction de ces documents au cours de la procédure d'établissement de l'imposition n'était pas de nature à porter une atteinte irréversible au caractère équitable de la procédure. Il n'est pas plus établi que cette circonstance ait privé la requérante d'une parfaite compréhension de la procédure de rectification.

4. En second lieu, la proposition de rectification mentionne les rectifications en droits et en faits et remplit les conditions fixées par l'article L. 57 du livre des procédures fiscales. Par suite, l'administration n'a pas commis d'irrégularité dans la procédure d'imposition.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

5. S'il appartient à l'administration d'apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour estimer que les avantages octroyés par une entreprise à un tiers constituent un acte anormal de gestion, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que cette entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties. Dans l'hypothèse où l'entreprise s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration d'apporter la preuve que cet avantage est, contrairement à ce que soutient l'entreprise, dépourvu de contrepartie, qu'il a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour l'entreprise ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises (). / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ".

7. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts (CGI), le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

8. L'administration fiscale a constaté, au cours de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la requérante, qu'une somme de 281 747,50 euros avait été portée au crédit du compte courant d'associé de M. A au cours de l'année 2017. Le service a regardé cette somme comme constituant un passif injustifié, qu'elle a réintégré dans son résultat imposable. L'EURL Teranga soutient que ces sommes correspondaient à une dette qu'elle avait contractée auprès de M. A, son gérant qui lui avait consenti une avance afin d'acquérir deux biens immobiliers. Elle fait notamment valoir qu'un jugement du tribunal de commerce d'Alicante confirme l'existence de cette dette.

9. Les sommes inscrites au crédit du compte courant d'un associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

10. Mais il résulte de l'instruction que la société Locadelmar concept, dans laquelle M. A était associé à Mme C avait acquis trois biens immobiliers qu'elle louait. L'acquisition de ces biens a été consentie en partie par l'avance de trésorerie issue de la société Teranga et non de M. A. Le protocole versé au dossier ne revêt pas de caractère probant dès lors qu'il s'agit d'un document dépourvu d'authentification et que seul M. A en est le signataire. Le jugement traduit en langue française du tribunal de commerce d'Alicante versé au dossier, authentifie la transaction fixant l'attribution de deux maisons détenues par la société Locadelmar concept, suite à sa dissolution, à la société Teranga et la troisième destinée à Mme C. Contrairement à ce que soutient la société requérante, l'acte notarié du 5 janvier 2017, a rendu public les termes de la liquidation de la société Locadelmar concept et ne mentionne aucun versement antérieur de la part de M. A. Ainsi, nonobstant la réalité des apports consentis par M. A à la société locadelmar concept, celui-ci échoue à démontrer qu'il détenait des droits sur les biens ainsi cédés. L'administration a considéré à juste titre, que la comptabilisation par l'EURL Teranga d'une somme au crédit de son compte courant d'associé relevait d'un acte anormal de gestion. Par suite, les sommes litigieuses inscrites au compte courant d'associé de M. A doivent être regardées comme ayant été mises sans justification à la disposition de ce dernier et appréhendées par lui, faute de justifier de l'existence d'une contrepartie pour la société Locadelmar concept.

Sur les pénalités :

11. Considérant qu'aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

12. Considérant que pour justifier l'application de la majoration de 40 %, le vérificateur s'est fondé, dans la proposition de rectification, sur l'importance du montant des revenus d'origine indéterminée alors que la somme litigieuse devait parvenir à l'EURL Teranga, dont M. A est seul dirigeant. Dans ces conditions, le gérant ne pouvait ignorer que les sommes désinvesties de l'EURL Teranga préjudiciaient à cette entité en étant le seul maître de l'affaire. Par suite, l'application des pénalités pour manquements délibérés sur les revenus de capitaux mobiliers est justifiée. En s'appuyant sur ces éléments, qui constituent une motivation suffisante en la forme de la majoration, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'absence de bonne foi de la requérante et de son intention délibérée d'éluder l'impôt, et donc du bien-fondé de la majoration pour manquement délibéré.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Teranga n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années vérifiées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Teranga est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Teranga et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

M. Rivière, premier conseiller,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

L. CRASSUS

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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