vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202095 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | MAYERAU CASAMAYOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 septembre 2022 et le 28 avril 2023, la société à responsabilité limitée Camping des Deux Jumeaux, représentée par Me Mayereau-Casamayou, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice 2018 soit montant de 62 586 euros en droits, ainsi que des pénalités et majorations correspondant à la somme de 28 664 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la quotité de la propriété et des droits sur le fonds de commerce détenue par Mme C n'a fait l'objet d'aucune donation aux termes dudit acte ;
- les droits de Mme C sur le fonds de commerce restent inchangés suite à son divorce, elle ne détient que la moitié de la pleine propriété et l'usufruit sur l'autre moitié de sorte qu'elle ne pouvait vendre que ce dont elle était propriétaire à savoir la moitié de la pleine propriété du fonds de commerce ;
- aucun accord entre l'usufruitier et le nu-propriétaire concernant la vente de la moitié du fonds de commerce en plein propriété sur lequel chacun exerce des droits ne peut être démontré, ainsi Mme C n'a pu vendre que la partie sur laquelle elle détenait la propriété ;
- bien que l'acte de cession prévoit une cession de la pleine propriété du fonds, il y a lieu de considérer que Mme C a cédé la moitié du fonds de commerce ;
- l'administration a réévalué le fonds de commerce à la somme de 188 165 euros en utilisant la moyenne des trois méthodes de calcul à savoir l'évaluation par comparaison, la méthode par le chiffre d'affaires et la méthode par l'excédent brut d'exploitation ;
- il convient de retenir que méthode d'évaluation par comparaison et l'évaluation du bien est approximative à la somme de 90 000 euros ;
- l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article 38 quinquies de l'annexe III au code général des impôts ;
- l'application de la pénalité pour manquements délibérés n'est pas justifié.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 et 24 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête de la société Camping des Deux Jumeaux ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus ;
- et les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée Camping des Deux Jumeaux créée le 1er juin 2017 par Mme C et son fils M. A, exploite un fonds de commerce de camping à Hendaye. La société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos le 31 mars 2018, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des rectifications en matière d'impôts sur les sociétés, assorties des pénalités. Les rectifications ont été maintenues par la réponse aux contribuables du 11 février 2021. Les impositions ont été mises en recouvrement. La société a contesté les impositions. En l'absence de réponse de la part de l'administration, la société Camping des Deux Jumeaux demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de 2018.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Par décision du 24 mars 2023, l'administration fiscale a procédé, postérieurement à l'introduction de la requête, au dégrèvement des sommes 16 586 euros. Par suite, les conclusions de la requête de la SARL Camping des Deux Jumeaux sont donc, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne la propriété du fonds de commerce :
3. En premier lieu, alors que la société Camping des Deux Jumeaux soutient que l'administration fiscale a considéré à tort que le fonds de commerce litigieux a été cédé en 2017 en pleine propriété, l'administration a admis, en cours d'instance que l'acte de cession du fonds de commerce du 13 juillet 2017 concerne la moitié indivise de la nue-propriété et en a tiré les conséquences.
En ce qui concerne la valorisation du fonds de commerce :
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 38.2 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ()/ 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. / Elles ne sont pas non plus applicables aux omissions ou erreurs qui résultent de dotations aux amortissements excessives au regard des usages mentionnés au 2° du 1 de l'article 39 déduites sur des exercices prescrits ou de la déduction au cours d'exercices prescrits de charges qui auraient dû venir en augmentation de l'actif immobilisé. / Les corrections des omissions ou erreurs mentionnées aux deuxième et troisième alinéas restent sans influence sur le résultat imposable lorsqu'elles affectent l'actif du bilan. Toutefois, elles ne sont prises en compte ni pour le calcul des amortissements ou des provisions, ni pour la détermination du résultat de cession ". En vertu des dispositions du 4 bis de cet article, une erreur ou omission affectant l'évaluation d'un élément quelconque de l'actif ou du passif du bilan d'un des exercices non prescrits peut, si elle a été commise au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier des exercices non prescrits, être corrigée de manière symétrique dans les bilans de clôture et d'ouverture des exercices non prescrits, y compris dans le bilan d'ouverture du premier d'entre eux.". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : / a. Pour les immobilisations acquises à titre onéreux, du coût d'acquisition () ; / b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; / c. Pour les immobilisations apportées à l'entreprise par des tiers, de la valeur d'apport () ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque le prix de l'acquisition d'une immobilisation a été volontairement minoré par les parties pour dissimuler une libéralité faite par le vendeur à l'acquéreur, l'administration est fondée à corriger la valeur d'origine de l'immobilisation, comptabilisée par l'entreprise acquéreuse pour son prix d'acquisition, pour y substituer sa valeur vénale, augmentant ainsi son actif net.
6. Par ailleurs en troisième lieu, la preuve d'une telle libéralité doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, d'une part, d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien apporté et, d'autre part, d'une intention, pour l'apporteur d'octroyer, et, pour la société bénéficiaire de recevoir une libéralité du fait des conditions de l'apport. Cette intention est présumée lorsque les parties sont en relation d'intérêts.
7. Il résulte de l'instruction qu'au moment de la cession, Mme C était associée de la SARL Camping des Deux Jumeaux dont elle détenait 60 % des parts, les 40 % étant détenus par son fils, M. A. Compte tenu de la détention du capital et de la gérance de cette société par deux membres d'une même famille, l'existence d'une relation d'intérêts est établie et l'intention libérale doit être regardée comme présumée.
8. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'évaluation d'un tel fonds doit être effectuée, par priorité, par référence au prix d'autres transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur des fonds de commerce similaires. En l'absence de telles transactions, celle-ci peut légalement se fonder sur la combinaison de plusieurs méthodes alternatives. Bien que la société apporte un nouvel élément de comparaison, l'administration ne pouvait s'appuyer sur une cession d'un fonds de commerce n'ayant pas les mêmes caractéristiques.
9. Ainsi, les méthodes de calcul appliquées par l'administration fiscale qui consiste à employer la méthode d'évaluation par comparaison en rapportant le montant du prix de cession et le chiffre d'affaires hors taxes réalisé lors des derniers exercices d'exploitation du fonds cédés, cumulé à la méthode par comparaison du chiffre d'affaires et à la méthode comparative par l'excédent brut d'exploitation de sociétés similaires permettent de considérer que la base des moyennes de ces méthodes évalue le fonds de commerce à la somme de 245 874 euros. Par suite, l'administration fiscale a correctement rectifié la minoration de l'évaluation du fonds de commerce et a considéré à juste titre que l'évaluation qui en avait été faite par la société constituait une libéralité.
10. En cinquième et dernier lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, la valeur du fonds de commerce n'a pas été correctement évaluée dès lors que Mme C doit être regardée comme n'étant propriétaire que de la moitié de l'usufruit de ce bien. Toutefois une telle circonstance n'est pas établie par les pièces du dossier, et notamment pas par l'acte de cession du 13 juillet 2017.
Sur les pénalités :
11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
12. Pour justifier l'application de la majoration de 40 %, le vérificateur s'est fondé, dans la proposition de rectification, sur le caractère délibéré de la minoration du fonds de commerce alors que Mme C a cédé le fonds à la société Camping des Deux Jumeaux dans laquelle elle est associée avec son fils, M. A. Dans ces conditions, la société ne pouvait ignorer que le montant comptabilisé du fonds de commerce était minoré. Par suite, l'application des pénalités pour manquements délibérés sur l'impôt sur les sociétés au titre de 2018 est justifiée. En s'appuyant sur ces éléments, qui constituent une motivation suffisante en la forme de la majoration, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'absence de bonne foi de la requérante et de son intention délibérée d'éluder l'impôt, et donc du bien-fondé de la majoration pour manquement délibéré.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Camping des Deux Jumeaux n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge à concurrence du dégrèvement d'une somme de 16 586 euros de cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés prononcé par le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques au titre de l'année 2018.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société à responsabilité limitée Camping des Deux Jumeaux et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026