lundi 4 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202310 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | G&H AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2022, les sociétés à responsabilité limitée Lux Auto et société internationale de distribution de pièces automobiles (SIDPA), représentées par Me Garcia, doivent être regardées comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le service a refusé de faire droit à leur demande de sursis de paiement et d'ordonner la restitution des fonds au séquestre ;
2°) de prononcer la décharge partielle à hauteur de 48 411 euros des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elles ont été assujetties au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des pénalités et majorations correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision de rejet du sursis de paiement n'est pas conforme et demandent à ce titre la restitution des fonds au séquestre du prix du fonds de commerce dans l'attente d'une décision ;
- elles comptabilisent systématiquement une dépréciation sur stock égale à 20 % du stock de plus de cinq ans et la rectification de ces provisions n'est pas suffisamment motivée dès lors que l'administration n'explique pas la méthode de calcul de la dépréciation ;
- la société Auto Lux est fondée à comptabiliser la provision pour dépréciation de la créance détenue auprès de la SARL SIDPA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête des sociétés Lux Auto et SIDPA ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus ;
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Garcia qui insiste sur la déductibilité de la dépréciation pour stock ainsi que celle pour dépréciation de créance dès lors que l'entité envers qui la société détient une créance est définitivement fermée.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée Lux Auto, a pour objet la vente d'accessoires automobiles, elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2018, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des rectifications en matière d'impôts sur les sociétés résultant notamment de la réintégration à son bénéfice imposable pour l'exercice 2015 et 2016 d'une provision pour dépréciation de stock. Par courriers du 5 avril 2019 et du 30 septembre 2019, les observations du contribuable ont été rejetées en totalité. A la suite du recours hiérarchique du 6 juin 2019, les rectifications ont été maintenues en totalité. L'avis de la commission départementale des impôts a confirmé les rectifications mise à part la déduction de la provision pour dépréciation de créances diverses comptabilisées au titre de 2016. L'administration a suivi l'avis de la commission. A la suite de l'interlocution départementale, l'amende pour défaut de présentation des fichiers des écritures comptables a été abandonnée par courrier du 24 février 2021. Par réclamation préalable en date du 1er juin 2022, la société a contesté les impositions supplémentaires, laquelle a été rejetée par l'administration le 10 août 2022, le pli ayant été distribué le 18 août 2022. La société Lux Auto demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 et 2016.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Comme le soutient l'administration en défense, les rectifications contestées concernent seulement la société Lux Auto. Par suite, seules les conclusions de la société Lux Auto sont recevables. La société SIDPA n'a aucun intérêt à agir dans la présente. La circonstance que ces deux sociétés aient le même gérant ne suffit pas à considérer que les conclusions à fin de décharge de la société SIDPA sont recevables.
Sur la charge de la preuve :
3. Les impositions supplémentaires en litige ayant été établies selon la procédure de redressement contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, la preuve du bien-fondé de ces impositions incombe à l'administration. Toutefois, il incombe à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de ses prétentions et les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. S'agissant d'une rectification portant sur une écriture comptable de dépréciation, il appartient au contribuable de justifier non seulement du montant de la dépréciation, mais de la correction de son inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de sa déductibilité.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne la provision pour dépréciation de stocks :
4. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable aux sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables () ". Aux termes du 3 de l'article 38, également applicable aux sociétés en vertu de l'article 209 précité : " () les stocks sont évalués au prix de revient ou au cours du jour de la clôture de l'exercice, si ce cours est inférieur au prix de revient () ". En vertu de l'article 38 decies de l'annexe III au code général des impôts : " Si le cours du jour à la date de l'inventaire des marchandises, matières premières, matières et fournitures consommables, produits intermédiaires, produits finis et emballages commerciaux perdus en stock au jour de l'inventaire est inférieur au coût de revient défini à l'article 38 nonies, l'entreprise doit constituer, à due concurrence, des provisions pour dépréciation ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsqu'une entreprise constate que tout ou partie des matières ou produits qu'elle possède en stock a, à la date de clôture de l'exercice, une valeur probable de réalisation inférieure au prix de revient, elle est en droit de constituer, à concurrence de l'écart constaté, une provision pour dépréciation. Si pareille provision peut être évaluée par des méthodes statistiques, c'est à la condition que son évaluation soit faite de manière précise et suffisamment détaillée selon les catégories des produits en stock.
5. La société Lux Auto a comptabilisé, une provision pour dépréciation de stocks à hauteur respective de 32 064 euros au titre de 2015, 61 321 euros au titre de 2016 et 69 738 euros au titre de 2017. L'administration fiscale a réintégré au bénéfice imposable de la société au titre de l'exercice clos en 2015 la somme de 32 064 euros, au titre de 2016 la somme de 29 257 euros et au titre de 2017 la somme de 8 417 euros au motif que la provision pour dépréciation de stock n'était pas justifiée et globalisée. Il résulte de l'instruction que la provision a été calculée en appliquant un pourcentage de dépréciation à un taux forfaitaire, sans que ce soit contesté, entre 25,30 ou 40 % sur le stock de plus de cinq ans, sans tenir compte ni des caractéristiques propres à chaque article faisant l'objet d'une dépréciation, ni eu égard à cette spécificité de leur degré inégal d'obsolescence pour une durée de séjour identique en stock. En outre, si la société Lux Auto soutient que ces taux ont été fixés en fonction de l'estimation de la perte de valeur de ces pièces à la revente compte tenu de leur vétusté et de l'âge moyen des véhicules encore en circulation auxquels ces pièces seraient destinées, elle ne produit toutefois aucun document de nature à justifier de ces allégations. Ainsi, ces deux seuls facteurs, sans distinction selon le type, la nature, et l'état des pièces détachées et les modèles plus ou moins courants auxquels elles se rattachent et leurs perspectives de développement, ne peuvent être regardés comme procédant d'une évaluation faite de manière précise et suffisamment détaillée des catégories de produits en stock. Par ailleurs, la société n'établit pas, en se bornant à soutenir qu'elle est une petite entreprise qui ne dispose que de moyens informatiques limités, qu'elle ne pourrait pas analyser de manière fiable la dépréciation des pièces détachées automobiles. Dans ces conditions, l'administration fiscale n'a pas commis d'erreur en réintégrant dans le bénéfice net imposable les provisions pour dépréciation de stock au titre des années 2015 à 2017.
En ce qui concerne la provision pour dépréciation de la créance détenue auprès de la SARL SIDPA :
6. La provision qu'une entreprise constitue en vue de faire face au risque de non-recouvrement d'une créance ne peut être admise en déduction des bénéfices imposables dès lors que la créance n'est justifiée ni dans son principe, ni dans sa quotité et ne peut, en conséquence, être regardée comme un élément d'actif dont la disparition entraînerait une perte que des créances inexistantes ou incertaines dans leur existence ou leur montant ne peuvent faire légalement l'objet de provisions ni, à plus forte raison, de pertes.
7. En outre, s'agissant des provisions pour dépréciation de créances, les créances faisant l'objet de telles provisions doivent être inscrites à l'actif et résulter d'une gestion commerciale normale. Les évènements en cours à la clôture de l'exercice doivent rendre probable la perte envisagée. Enfin, le risque de non-recouvrement des créances doit être nettement précisé. Il appartient alors à l'entreprise de préciser les créances faisant l'objet d'une telle provision et, pour chacune d'elles, par exercice, les éléments qui lui confèrent un caractère douteux. Toutefois, le seul défaut de paiement à l'échéance n'autorise pas la constitution d'une telle provision.
8. Par ailleurs, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, à la société Lux Auto de justifier tant du montant des provisions qu'elle entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.
9. Il résulte de l'instruction que la société a comptabilisé le 31 mars 2014 une provision pour dépréciation égale à 60 % du solde de la créance de 111 713 euros, que la SARL Lux Auto détenait auprès de la SARL SIDPA. Toutefois, cette créance n'est justifiée par aucun document écrit ou informatisé. La société n'apporte pas plus d'élément concernant le non-recouvrement de la créance. Si la société fait valoir qu'elle a été victime d'un piratage informatique ayant causé la perte de l'ensemble de ces données comptables, cette seule circonstance est insuffisante à expliquer son impossibilité de produire des pièces de nature à justifier le bien-fondé de la constitution de la provision litigieuse. Dès lors la provision n'est pas justifiée dans son principe ni dans son montant. C'est sans commettre d'erreur que l'administration a rectifié la provision pour dépréciation de créance douteuse que la société détenait sur la société SIDPA.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de décharge ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande de sursis de paiement et la demande tendant à la restitution des sommes placées au séquestre :
En ce qui concerne le sursis de paiement :
11. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ".
12. Il résulte de l'instruction que la société Lux Auto a présenté une réclamation d'assiette assortie d'une demande de sursis légal de paiement reçue le 1er juin 2022 par la direction départementale des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques. Cette demande est ainsi postérieure au séquestre contesté signifié le 5 août 2021. En tout état de cause, la requérante bénéficie de plein droit du sursis de paiement à compter de la date de sa demande. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que ce sursis lui soit accordé sont sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
En ce qui concerne la restitution des sommes placées au séquestre :
13. Si la société requérante demande d'ordonner, pour assurer le paiement des impositions en litige, la saisie des sommes apportées en garantie du sursis de paiement et placées sous séquestre, de telles conclusions, relative au recouvrement de l'impôt, ne sauraient en tout état de cause, ressortir au présent litige, relatif à l'assiette de l'impôt. Par suite, cette demande ne pourra qu'être rejetée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Lux Auto doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Lux Auto et de la société SIDPA est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société à responsabilité limitée Lux Auto, à la société à responsabilité limitée société internationale de distribution de pièces automobiles et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026