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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202493

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202493

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202493
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantNORMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2022 et le 18 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Braun, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de la Côte Basque à lui verser une somme de 48 469,97 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis dans les suites de sa prise en charge par cet établissement, le 27 octobre 2020 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque les entiers dépens, ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'oubli d'une compresse lors de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 20 juin 2019 est constitutif d'une négligence fautive de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de la Côte Basque ;

- la responsabilité du centre hospitalier de la Côte Basque doit également être engagée en raison du retard avec lequel cet oubli a été mis en évidence ; l'absence de réalisation d'une échographie abdominale lors de sa prise en charge au sein du service des urgences de l'établissement le 25 juillet 2019 lui a fait perdre une chance d'éviter une résection iléale qui doit être évaluée à 50 % ;

- elle est fondée à solliciter la réparation de ses préjudices, lesquels doivent être indemnisés comme suit :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

- 635,55 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;

- 2 119,79 euros au titre des frais divers dont :

* 1 755 euros au titre des honoraires exposés en vue de la consultation d'un médecin-conseil ;

* 290,32 euros de frais de déplacement ;

* 42 euros de frais de location d'un téléviseur lors de son hospitalisation ;

* 32,47 euros de frais de copie de son dossier médical ;

- 11 172 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne temporaire, à raison d'une heure par jour pendant 532 jours, au tarif de 21 euros de l'heure ;

- 5 614,38 au titre de la perte de gains professionnels actuels.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :

- 882 euros au titre de l'assistance par tierce personne permanente, à raison d'une heure pendant 42 jours au tarif de 21 euros de l'heure.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

- 2 736,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, dont :

* 400 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total ;

* 337,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % ;

* 343,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel de 20 % ;

* 1 655 euros au titre du déficit fonctionnel partiel de 10 % ;

- 8 000 euros au titre des souffrances endurées, qui doivent être évaluées à 3 sur une échelle de 7 ;

- 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, qui doit être évalué à 2 sur une échelle de 7.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :

- 5 310 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, qu'il convient de fixer au taux de 3 % ;

- 4 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, qui doit être évalué à 2 sur une échelle de 7 ;

- 4 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

- 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 avril 2023 et le 13 juillet 2023, le centre hospitalier de la Côte Basque, représenté par Me Caremoli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de réduire les prétentions de la requérante à de plus juste proportions et de débouter la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées de ses demandes.

Il soutient que :

- il n'entend émettre aucune contestation quant au principe sa responsabilité ;

- les prétentions indemnitaires de Mme C doivent être réduites à de plus justes proportions ;

* en l'absence ou en l'insuffisance de justificatifs, les demandes de Mme C liées au remboursement des frais de location d'un téléviseur, ainsi qu'à l'indemnisation de la perte de ses gains professionnels actuels, de l'incidence professionnelle et du préjudice d'agrément doivent être rejetées ;

* les demandes liées à l'indemnisation de l'assistance par tierce-personne temporaire et permanente, des déficits fonctionnels temporaire et permanent, des souffrances endurées, et du préjudice esthétique temporaire et permanent doivent être ramenées à de plus justes proportions ;

- la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées ne justifie pas, par la seule production d'un relevé détaillé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité, de la réalité des dépenses qu'elle aurait exposées ainsi que de leur lien direct et certain avec les manquements reprochés au centre hospitalier.

Par des mémoires et pièces complémentaires, enregistrés le 24 avril, le 22 mai 2023 et le 1er septembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Pau-Pyrénées demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de la Côte Basque, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser la somme de 21 180,31 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal au jour de sa demande, ainsi qu'à lui verser une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Vu :

- l'ordonnance de la présidente du tribunal du 22 décembre 2021 taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 1 500 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier,

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Moughni, représentant le centre hospitalier de la Côte Basque.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 juin 2019, Mme A C a été admise au centre hospitalier de la Côte Basque à 28 semaines d'aménorrhée, pour une grossesse gémellaire bichoriale biamniotique. Elle a accouché le même jour par voie basse de son premier enfant, et une césarienne en urgence a été pratiquée aux fins de faire naître son deuxième enfant. Mme C a regagné son domicile le 2 juillet 2019. La survenance d'un syndrome fébrile associé à des douleurs abdominales l'a conduite à se présenter, le 25 juillet suivant, au service des urgences de ce même établissement où une " probable lymphangite du sein gauche " a été diagnostiquée. Une échographie abdomino-pelvienne réalisée le 3 octobre 2019 a mis en évidence la présence d'un corps étranger dans la cavité abdominale de la patiente, justifiant la réalisation d'une opération chirurgicale le 17 octobre 2019, au cours de laquelle il a été procédé au retrait d'une compresse oubliée. Le praticien ayant réalisé cette intervention a constaté l'existence d'une perforation du colon justifiant qu'il soit procédé à une résection iléo-caecale. La survenue, dans les suites de cette intervention, d'un abcès pariétal a justifié l'hospitalisation de Mme C du 1er au 3 novembre 2019, ainsi que la mise en place d'une antibiothérapie jusqu'au 28 novembre 2019. Un scanner abdominopelvien réalisé le 21 avril 2021 a mis en évidence une éventration de la ligne blanche traitée par cure chirurgicale avec mise en place d'une plaque rétromusculaire le 6 septembre 2021.

2. Par une ordonnance n° 2100055 du 31 août 2021, la présidente du tribunal, juge des référés du présent tribunal, a désigné le docteur E en tant qu'expert, lequel a déposé son rapport le 22 décembre 2021. Le silence gardé par le centre hospitalier de la Côte Basque sur la demande indemnitaire préalable formée par Mme C le 23 août 2022 a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de la Côte Basque à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis dans les suites de l'intervention chirurgicale du 20 juin 2019.

Sur la responsabilité :

3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'une compresse a été oubliée dans la cavité abdominale de Mme C lors de la césarienne en urgence qu'elle a subie le 20 juin 2019. Il résulte des termes du rapport d'expertise que les compresses doivent, lors d'interventions chirurgicales, faire l'objet d'un comptage, en application de bonnes pratiques établies par la Haute Autorité de Santé en 2011. Il relève qu'alors que ces recommandations imposent de procéder, lors de la réalisation d'une césarienne, au comptage des compresses avant l'incision et après la fermeture du péritoine, aucun document n'a en l'espèce permis de vérifier la traçabilité du décompte des compresses. Ainsi, la carence du personnel médical du centre hospitalier à procéder à ce contrôle constitue une faute dans l'organisation du service de nature à engager la responsabilité de l'établissement.

5. Il résulte en outre de l'instruction que Mme C s'est rendue aux urgences du centre hospitalier de la Côte Basque le 25 juillet 2019, en raison de douleurs abdominales. L'expert relève que le tableau clinique alors présenté par Mme C, associant des douleurs abdominales, des frissons, et la palpation d'un nodule para-ombilical, aurait dû conduire à la réalisation d'examens complémentaires, et notamment d'une échographie abdominale, qui auraient permis de mettre en évidence la présence d'un corps étranger dans l'abdomen de la patiente, alors que la lymphangite mammaire évoquée à tort constitue un diagnostic d'élimination, qui ne peut être posé qu'après avoir exclu d'autres causes potentielles des symptômes constatés. Cette erreur de diagnostic, à l'origine d'un retard de prise de la perforation du côlon dont a été victime Mme C, constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de la Côte Basque.

Sur la perte de chance :

6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. Il résulte de l'instruction que l'erreur de diagnostic décrite au point 5, a été, ainsi qu'il a été dit, à l'origine d'un retard de prise en charge de la perforation du colon dont a été victime Mme C, alors qu'une prise en charge chirurgicale dès 15 juillet 2019 aurait permis, pour 50 %, d'éviter l'intervention de résection iléale et caecale subie par la requérante le 17 octobre 2019. Il résulte toutefois de l'instruction que les dommages subis par Mme C trouvent leur origine directe et certaine non dans cette dernière faute, qui a certes contribué à leur réalisation, mais dans l'oubli de compresse décrit au point 4. Dès lors, le préjudice devant être réparé est constitué par les entiers dommages en résultant.

Sur la réparation des préjudices de Mme C :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

8. Il résulte de l'instruction, et de la notification définitive des débours de la CPAM de Pau-Pyrénées qu'est demeurée à la charge de Mme C une somme de 215,42 euros correspondant à des franchises médicales. Il n'est par ailleurs pas contesté que Mme C a exposé des frais de pharmacie pour un montant total de 420,13 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 635,55 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque.

S'agissant des frais divers :

9. Mme C sollicite l'octroi d'une somme de 290,32 euros au titre des frais de déplacement exposés pour se rendre aux opérations d'expertise. Sur la base de 0,631 euro le kilomètre, correspondant au barème fiscal moyen pour la période considérée applicable au véhicule utilisé, d'une puissance de 6 cheveux fiscaux, et d'une distance totale parcourue de 420 kilomètres, Mme C est fondée à solliciter le versement d'une indemnité de 265,02 euros. Il n'est pas ailleurs par contesté que Mme C a exposé des frais de péage d'un montant de 25,30 euros.

10. Il n'est pas davantage contesté que Mme C a exposé des frais de reproduction de son dossier médical à hauteur de 32,47 euros.

11. Mme C justifie, par ailleurs, par la facture qu'elle produit, avoir exposé des frais de location d'un téléviseur lors de ses hospitalisations pour un montant total de 42 euros.

12. Il résulte enfin de l'instruction que Mme C a consulté un médecin conseil en vue de l'indemnisation de ses préjudices, et avoir, à ce titre, exposés des frais d'un montant de 1 755 euros.

13. Il résulte de ce qui précède qu'il sera fait une exacte appréciation des frais divers dont la requérante est fondée à obtenir l'indemnisation en les évaluant à la somme de 2 119,79 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque.

S'agissant de l'assistance par tierce-personne temporaire :

14. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

15. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il appartient ensuite au juge de déduire du montant de l'indemnité allouée à la victime au titre de l'assistance par tierce personne les prestations ayant pour objet la prise en charge de tels frais. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.

16. La prestation de compensation du handicap a notamment pour objet de couvrir les frais d'assistance par tierce personne et elle ne donne pas lieu à remboursement en cas de retour à meilleure fortune du bénéficiaire. Le montant de cette prestation doit être déduit des frais d'assistance à tierce personne à la condition que la victime ait perçu cette prestation ou la perçoit à la date du jugement, la circonstance que la personne puisse la solliciter à l'avenir étant sans incidence sur le montant de l'indemnité ainsi déterminée. En revanche, devront être déduites de la rente annuelle des frais futurs d'assistance par tierce personne, les sommes qui seraient versées après la date du jugement par le département au titre de la prestation de compensation du handicap.

17. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le besoin d'assistance par tierce-personne de Mme C doit être évalué, avant la consolidation de son état de santé à une heure par jour au titre de la période du 17 octobre 2019 au 28 février 2021 et du 15 septembre 2021 au 6 octobre 2021, soit durant 76 jours au titre de l'année 2019, 366 jours au titre de l'année 2020, et 91 jours au titre de l'année 2021. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours. En application de ce dernier principe, les périodes susmentionnées doivent être ramenées respectivement à 85,79 jours, 413,13 jours, et 102,72 jours en ce qui concerne les années 2019, 2020 et 2021. En se fondant sur le montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales dues par l'employeur, lequel s'élevait respectivement à la somme de 14 euros, de 14,67 euros, et de 14,79 euros au titre des années 2019, 2020 et 2021, l'indemnisation des besoins d'assistance par tierce-personne de Mme C s'élève à la somme de de 8 780 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque.

S'agissant des pertes de gains professionnels actuels :

18. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime a été effectivement privée du fait du dommage qu'elle a subi.

19. Mme C a été placée en congé maternité jusqu'au 20 février 2020. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé des débours produit la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, que la requérante a été placée en congé maladie du 21 février au 30 juin 2020, puis du 5 septembre au 6 octobre 2021. Jusqu'à la date de consolidation de son état de santé, fixée au 6 octobre 2021, Mme C, dont le revenu mensuel moyen était de 2 233,33 euros, aurait dû percevoir des revenus, au titre de ces périodes, d'un montant de 11 747,31 euros. Cette perte de revenus a été partiellement compensée par le versement d'indemnités journalières effectivement perçues pour un montant de 6 793,60 euros. Dans ces conditions, la perte de gains professionnels actuels subie par Mme C doit être évaluée à la somme de 4 953,71 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque.

S'agissant de l'assistance par tierce personne permanente :

20. Compte tenu des principes rappelés aux points 14 à 17 du présent jugement, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque, à raison de l'assistance par tierce-personne apportée à Mme C par ses parents à raison d'une heure par jour entre le 7 octobre et le 17 novembre 2021, soit durant 42 jours et en faisant application d'un taux horaire de 14,67 euros, une somme de 700 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

21. Il ne résulte pas de l'instruction que la qualité de travailleur handicapé, reconnue à Mme C par une décision du 21 décembre 2021 ou l'exercice actuel de ses fonctions dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique soient en lien direct et certain avec les fautes commises par le centre hospitalier de la Côte Basque, décrites aux points 4 et 5 du présent jugement, au regard notamment du taux de déficit fonctionnel permanent de 3 % dont elle reste aujourd'hui atteinte. Par suite, cette demande doit être écartée.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

22. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise susmentionné, que Mme C a subi, en lien direct avec les fautes décrites aux points 4 et 5 du présent jugement, un déficit fonctionnel temporaire total sur la journée du 25 octobre 2019 et sur les périodes du 17 au 23 octobre 2019, du 1er au 3 novembre 2019 et du 5 au 9 septembre 2021 (soit durant 16 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % sur la journée du 24 octobre 2019 et sur les périodes du 26 au 31 octobre 2019 et du 4 au 23 novembre 2019 (soit durant 27 jours), un déficit fonctionnel temporaire partiel de 20 % sur les périodes du 24 octobre au 23 décembre 2019 et du 12 septembre 2020 au 5 janvier 2021 (soit durant 177 jours) et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 % du 24 décembre 2019 au 23 janvier 2020 (soit durant un mois). Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour elle de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 400 euros par mois à taux plein, à la somme de 935 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque.

S'agissant des souffrances endurées :

23. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme C ont été évaluées à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

24. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi par Mme C, évalué à 2 sur une échelle de 7 par l'expert désigné par le tribunal, en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

25. Il résulte de l'instruction que Mme C demeure atteinte, depuis la consolidation de son état de santé acquise au 6 octobre 2021, soit à l'âge de 37 ans, d'un déficit fonctionnel permanent de 3 %. Compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 510 euros qui sera mise à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

26. L'expert désigné par le tribunal a évalué le préjudice esthétique permanent subi par Mme C à 2 sur une échelle de 7, en raison notamment de la présence de cicatrices situées au niveau de la région abdominale de l'intéressée. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

27. Si Mme C sollicite l'octroi d'une somme de 4 000 euros en réparation de son préjudice d'agrément tiré de l'impossibilité de pratiquer la marche à pied et de participer à une manifestation sportive organisée annuellement par la ville de Bayonne, les seules pièces produites, consistant en une photographie reproduite dans le corps de la requête et une attestation rédigée par l'une de ses amies indiquant qu'elles ont participé à la manifestation susmentionnée au cours de l'année 2018, sont insuffisantes à établir qu'elle pratiquait régulièrement cette activité sportive, alors au demeurant que l'expert ne retient pas l'existence d'un tel poste de préjudice. Par suite, cette demande doit être écartée.

28. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de la Côte Basque doit être condamné à verser à Mme C une somme de 28 634,05 euros.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie :

En ce qui concerne les débours :

29. A l'appui de sa demande de remboursement, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Pau-Pyrénées produit le décompte de ses débours définitifs arrêté au 24 avril 2023 ainsi qu'une attestation d'imputabilité de son médecin conseil du 27 avril 2023, par lesquels elle justifie avoir exposé, des suites de l'intervention chirurgicale subie par Mme C le 27 octobre 2020, des dépenses d'un montant total de 21 180,31 euros, dont 7 631,28 euros de frais hospitaliers, 4861,90 euros de frais médicaux, 1 110,86 euros de frais pharmaceutiques, et 6 793,60 euros d'indemnités journalières, dont il convient de déduire une somme de 215,42 euros de franchise. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque la somme globale de 21 180,31 euros à verser à la CPAM de Pau-Pyrénées au titre de ses débours.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

30. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ".

31. Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 15 décembre 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ". Lorsque, par application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale précité, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions.

32. Eu égard au montant de 21 180,31 euros dont le remboursement est obtenu par la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque le paiement d'une indemnité forfaitaire de gestion de 1 191 euros au profit de cette caisse.

Sur les intérêts :

33. La CPAM de Pau-Pyrénées a demandé les intérêts au taux légal dans son mémoire enregistré au greffe du tribunal le 24 avril 2023. Dès lors, cette caisse a droit, à compter de cette date, aux intérêts au taux légal sur la somme de 21 180,31 euros dont elle a obtenu le remboursement.

Sur les dépens :

34. Les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative posent le principe que les dépens, tels que les frais d'expertise, sont mis à la charge de la partie perdante. Il y a dès lors lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier Pau les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

35. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

36. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge du centre hospitalier de la Côte Basque une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C dans le cadre de la présente instance

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de la Côte Basque est condamné à verser à Mme C la somme de 28 634,05 euros (vingt-huit-mille six-cent-trente-quatre euros et cinq centimes).

Article 2 : Le centre hospitalier de la Côte Basque est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 21 180,31 euros (vingt-et-un mille cent-quatre-vingt euros et trente-et-un centimes) en remboursement de ses débours, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 24 avril 2023.

Article 3 : Le centre hospitalier de la Côte Basque est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées une somme de 1 191 euros (mille cent quatre-vingt-onze euros) au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais d'expertise, d'un montant de 1 500 euros (mille cinq-cents euros) sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de la Côte Basque.

Article 5 : Le centre hospitalier de la Côte Basque versera à Mme C la somme de 1 500 (mille cinq-cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées et au centre hospitalier de la Côte Basque.

Copie pour information en sera adressée au Dr D E, expert.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

L. NEUMAIER La présidente,

M. SELLÈS

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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