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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202513

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202513

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202513
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCHAMBRE 1

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a statué sur la demande de Mme A, qui sollicitait la décharge de son obligation solidaire de payer des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour 2017, sur le fondement de l'article 1691 bis du code général des impôts. Le tribunal a d'abord constaté un non-lieu partiel, l'administration ayant réduit le montant de la dette solidaire à 10 957 euros. Sur le fond, il a rejeté la requête, estimant que Mme A n'établissait pas l'existence d'une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et sa situation financière et patrimoniale nette de charges à la date de sa demande, condition requise pour obtenir la décharge.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2022 et le 27 février 2024, Mme C A doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation solidaire de payer la somme de globale de 12 973 euros correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles son ex-époux et elle-même ont été assujettis au titre de l'année 2017.

Elle soutient que :

- elle ignorait le montant réel des salaires perçus par son époux ;

- il existe une disproportion marquée dès lors notamment que la SCI Manola au sein de laquelle elle détenait des parts est en cessation de paiement ;

- elle a connu de graves difficultés financières à la suite du départ de son mari ;

- plusieurs propositions de lois et amendements envisagent la suppression de la condition de " disproportion manifeste " prévue à l'article 1691 bis du CGI ;

- la rédaction de cet article applicable en 2008 prévoyait que le conjoint victime d'un comportement irresponsable de l'autre conjoint pouvait bénéficier d'une décharge gracieuse ;

- l'évaluation de son patrimoine est constituée d'un tiers de la nue-propriété de la résidence principale de ses parents, le bien étant non cessible la valeur de ce droit ne peut être prise en compte dans le calcul de ses facultés contributives ;

- la disproportion marquée est caractérisée dès lors qu'il ne lui reste que 101 euros mensuel de restant à vivre alors que l'administration évalue à 723 euros ses facultés contributives mensuelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crassus,

- et les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique.

Par une ordonnance du 1er mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 avril 2024.

Un mémoire présenté par le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a été enregistré le 31 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a saisi, le 12 novembre 2021, l'administration fiscale d'une demande complétée le 8 janvier 2022 tendant à la décharge de son obligation solidaire au paiement des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu mises à la charge de son foyer fiscal au titre de l'année 2017 sur le fondement de l'article 1691 bis du code général des impôts. Par une décision du 26 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques a refusé d'y faire droit au motif qu'il n'existait pas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et la situation financière et patrimoniale de la contribuable à la date de sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision et la décharge de l'imposition.

Sur le non-lieu partiel :

2. Par une décision du 27 mars 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le Ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a rejeté le recours hiérarchique et a précisé que seul le rappel d'impôt sur le revenu et la moitié des cotisations sociales, soit la somme de 10 957 euros est éligible à une demande de décharge de responsabilité solidaire. En effet, Mme A ne peut être poursuivie en paiement solidaire que des cotisations à l'impôt sur le revenu et de la moitié des cotisations sociales. En conséquence, le montant de la dette de solidarité de la requérante s'élève à 10 957 euros. Par suite les conclusions à fin de décharge de la requête sont devenues partiellement sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes de l'article 1691 bis de ce code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Les époux () sont tenus solidairement au paiement : / 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; / 2° De la taxe d'habitation lorsqu'ils vivent sous le même toit. / II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I () lorsque, à la date de la demande : / () / c) Les intéressés ont été autorisés à avoir des résidences séparées ; / d) L'un ou l'autre des époux () a abandonné le domicile conjugal ou la résidence commune. / 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. Elle est alors prononcée selon les modalités suivantes : / a) Pour l'impôt sur le revenu, la décharge est égale à la différence entre le montant de la cotisation d'impôt sur le revenu établie pour la période d'imposition commune et la fraction de cette cotisation correspondant aux revenus personnels du demandeur et à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint (). ".

4. En vertu des articles 382 bis et 382 ter de l'annexe II au code général des impôts, la demande de décharge de responsabilité, appuyée par toutes les justifications nécessaires à l'appréciation de la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur, est adressée au directeur départemental des finances publiques du lieu d'établissement des impositions concernées, lequel se prononce dans un délai de six mois à compter de la date de sa réception. Aux termes de l'article 382 quater de la même annexe : " () Le demandeur ne peut soumettre au juge des pièces justificatives autres que celles qu'il a déjà produites à l'appui de la demande de décharge de responsabilité qu'il a présentée au directeur départemental des finances publiques ou au directeur en charge du service à compétence nationale, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans cette demande ".

5. Les dispositions précitées du II de l'article 1691 bis du code général des impôts ouvrent un droit à décharge de la solidarité au bénéfice des contribuables qui remplissent les conditions qu'elles énoncent. La décision de l'administration à laquelle est présentée la demande de décharge est prise après une appréciation de la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur, rapportée à sa dette fiscale, quelles que soient les impositions qui la compose.

6. Il résulte par ailleurs de ces dispositions que le juge, qui exerce son contrôle sur l'appréciation ainsi portée par l'administration sur la situation du contribuable, doit se placer, s'agissant de cette situation, non pas à la date à laquelle il statue, mais à la date à laquelle le contribuable a présenté sa demande de décharge à l'administration et au regard des faits et des pièces justificatives qui ont été invoqués dans cette demande et soumis à cette dernière.

7. En l'absence de dispositions réglementaires précisant l'application du critère fixé au 2 du II de cet article, il appartient aux juges du fond, saisis d'un recours concernant une demande de décharge de l'obligation solidaire de paiement de l'impôt sur le revenu, d'apprécier souverainement l'existence, à la date de la demande, d'une disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale des conjoints, anciens conjoints ou partenaires, et la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur.

8. Pour rejeter la demande de décharge de responsabilité solidaire formée par Mme A pour le paiement des cotisations sur le revenu auxquelles le foyer fiscal, composé de son ex-époux et d'elle-même, a été assujetti au titre de l'année 2017, l'administration fiscale a pris en compte d'une part, la valeur du patrimoine de Mme A constitué notamment par un tiers de la nue-propriété d'un bien immobilier situé à Biarritz et la moitié des parts sociales de la SCI Manola dont elle est associée co-gérante et, d'autre part, des capacités financières de la requérante.

9. Ainsi, si Mme A soutient que la valeur du bien immobilier ne peut être prise en compte dans les calculs de ses facultés contributives dès lors qu'il est occupé par ses parents et qu'ils en possèdent l'usufruit, elle ne se prévaut toutefois d'aucune disposition ni d'aucun principe qui ferait obstacle, sur le terrain de la loi fiscale, à ce que ces droits réels immobiliers, dont l'évaluation à 240 000 euros n'est pas contestée, soient retenus au titre du patrimoine immobilier. En outre, si Mme A soutient également que les sommes issues de la SCI Manola ne pouvaient être comptabilisées dans les calculs de ses facultés contributives dès lors que le bien détenu par la SCI a été vendu le 31 mai 2022, cette circonstance est postérieure à la date de la demande de la décharge en responsabilité solidaire. Enfin, si Mme A soutient avoir rencontré de graves difficultés financières à la suite du départ de son ex-époux et que son reste à vivre calculé par l'administration fiscale est erroné, elle ne verse aucun document ou élément relatif à sa situation financière alors qu'elle est la seule à pouvoir les produire pour permettre au juge d'apprécier l'existence d'une disproportion entre sa situation financière et patrimoniale et sa dette fiscale. Au demeurant, l'administration fiscale a tenu compte de l'absence de versement de la pension alimentaire de l'ex-époux de Mme A, de sorte qu'elle ne peut utilement soutenir que la disproportion est établie en partie due à l'absence d'un tel versement.

10. En outre, Mme A ne saurait utilement se prévaloir de la rédaction de l'article 1691 bis du code général des impôts en vigueur entre 2008 et 2016, dès lors que ces dispositions n'étaient plus applicables à la date de sa demande ni d'amendements parlementaires déposés postérieurement à cette date.

11. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il existait, à la date de sa demande en décharge de l'obligation solidaire de paiement de l'impôt, une disproportion marquée entre la situation financière et patrimoniale nette de Mme A et la dette fiscale dont elle demeurait redevable doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme A doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C A et au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

M. Rivière, premier conseiller,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La rapporteure,

L. CRASSUS

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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