jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202634 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | BOUFFARD |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 novembre 2022 et le 30 septembre 2024, sous le n° 2202634, la société par actions simplifiée Mécamont Hydro, représentée par Me Bouffard, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019 ;
2°) d'enjoindre au directeur chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées de restituer les sommes indument payées, assorties des intérêts à taux légal ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'absence de mention de la faculté d'une assistance d'un conseil et l'absence des montants rectifiés en matière de cotisation foncière des entreprises (CFE) prive la société des garanties prévues en matière de vérification de comptabilité dès lors que les cotisations supplémentaires de CFE ont été établies au cours d'un n contrôle ; ainsi la proposition de rectification du 24 septembre 2020 ne mentionne à aucun moment ni la faculté dont dispose la société de se faire assister d'un conseil de son choix ni le montant des droits rectifiés en matière de CFE et ne peut valablement interrompre la prescription, de sorte que la procédure d'imposition est irrégulière ;
- la valeur locative des locaux à usage professionnelles évaluée à tort par l'administration fiscale comme étant à usage d'une activité industrielle et non artisanale ; la méthode d'évaluation est erronée puisque la méthode comptable ne doit s'appliquer aux locaux artisanaux ;
- la société exerce une activité artisanale de réparation de machine et équipements mécaniques, elle exerce plus précisément une activité de maintenance sur des installations industrielles et est spécialisée dans les opérations de réparation et de maintenance des remontées mécaniques ; de plus elle a développé récemment une activité de rénovation d'installations de productions d'hydroélectricité ;
- le code NACE de la société est le n° 3312Z qui correspond à une activité de réparation de machines et équipements mécaniques soit à une activité artisanale figurant sur la liste des activités artisanales fixée par décret ;
- alors que l'administration fiscale soutient que l'emploi de plus de cinquante salariés ne permet pas d'exercer une activité artisanale au regard des critères de la chambre des métiers, l'article 19 de la loi du 5 juillet 1996 précise que les personnes morales qui emploient plus de cinquante salariés, mentionnées au quatrième et cinquième alinéa peuvent demeurer immatriculées au titre de l'année de dépassement ainsi que les deux années suivantes ;
- l'activité de la société repose essentiellement sur des prestations de services et non des opérations de livraisons de biens et contrairement à ce que soutient l'administration elle n'exerce pas une activité de fabrication ;
- plus particulièrement les activités de découpe à jets d'eau ainsi que celles de grenaillage et de sablage correspondent à des prestations de service et sont des activités artisanales ;
- le dépôt de déclarations modèle U n° 6701 par la société ne permet pas de considérer que l'activité exercée revêtait une nature industrielle ;
- la décision du 26 juillet 2017 constitue une prise de position formelle au sens de l'article L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales et s'oppose à l'administration ;
- les installations techniques, matériels et l'outillage enregistrés en comptabilité représentent une fraction peu importante des immobilisations inscrites à l'actif du bilan de la société et ne permet pas de lui reconnaître une nature industrielle ;
- les salariés revêtent une importance quantitative déterminante en représentant en moyenne 45 % des charges d'exploitation et 53% du chiffre d'affaires ;
- le rôle des salariés est prépondérant dans le cadre des activités ce sont des salariés hautement qualifiés alors que les installations techniques, matériels et outillages ne jouent un rôle que secondaire ;
- même si la décision d'acceptation partielle valide l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties de certaines immobilisations, or le banc d'essai, la tour Sculfort, le gros œuvre réseau électrique et les autres réseaux tels que les voieries et réseaux divers sont des immobilisations entrant dans le champs d'application de l'article 1382-11 du code général des impôts et doivent donc être exonérés ; les réseaux de la fibre optique constitue une installation spécifique et doit bénéficier à ce titre de l'exonération ; le montant des honoraires d'architecte pris en compte pour la détermination de la base imposable à la CFE doit être minorée des honoraires se rapportant aux installations non imposables exclues de ma base imposable à la CFE ;
- la société n'a pas procédé à un transfert d'activité sur le site de Lannemezan mais a enrichi et modifié de manière substantielle son activité et son organisation de sorte qu'elle a créé une nouvelle activité et peut à ce titre bénéficier du dispositif relatif à la zone de revitalisation rurale prévu par les dispositions de l'article 1478 II du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le directeur chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet des conclusions de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par la société Mécamont Hydro ne sont pas fondés.
Une note en délibéré, présentée par la SAS Mécamont Hydro représentée par Me Bouffard a été enregistrée le 20 novembre 2024.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2023 et le 30 septembre 2024, sous le n° 2300879, la société par actions simplifiée Mécamont Hydro, représentée par Me Bouffard, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 ;
2°) d'enjoindre au directeur chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées de restituer les sommes indument payées, assorties des intérêts à taux légal ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les mêmes moyens que dans la requête ci-jointe.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le directeur chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par la société Mécamont Hydro ne sont pas fondés.
III. Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2022, sous le n° 2202635, la société par actions simplifiée Mécamont Hydro, représentée par Me Bouffard demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre de l'année 2017, de la taxe additionnelle et des frais de gestion ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle doit être exonérée de la CVAE dès lors qu'elle doit bénéficier de l'exonération de la CFE.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le directeur chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par la société ne sont pas fondés.
Une note en délibéré présentée par la SAS Mécamont Hydro représentée par Me Bouffard a été enregistrée le 20 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus ;
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Bouffard représentant la SAS Mécamont Hydro qui reprend ses écritures et insiste sur le caractère non industriel de l'établissement, sur la création d'une nouvelle activité de la société et sur les immobilisations dont la valeur locative n'aurait pas dû être prise en compte dans le calcul de la valeur locative servant de base au calcul de la cotisation foncière des entreprises.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Mécamont Hydro exerce, selon ses statuts, une activité de conception, réparation, montage maintenance, achat, location de tous matériels, articles, produits et accessoires et fournitures diverses se rapportant aux domaines du transport par câble des ouvrages hydrauliques et de l'équipement de montagne et des stations de ski, installations de production d'hydroélectricité, installations touristiques, installations industrielles. Elle commercialise également des engins de damage des pistes de ski. L'établissement situé à Arreau a été fermé pour exploiter un ensemble immobilier à Lannemezan. Le siège social a été transféré depuis le 12 janvier 2016 à Lannemezan. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période allant du 1er mai 2015 au 31 mars 2019. Par une lettre du 24 septembre 2020, l'administration fiscale a rectifié les impositions relatives à la cotisation foncière des entreprises au titre de 2017, 2018, 2019 et 2020. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 avril 2022 et le 31 octobre 2020, l'avis primitif de cotisation foncière des entreprises au titre de 2020. Suite à la réclamation contentieuse introduite le 14 juin 2022, des dégrèvements partiels ont été accordés et l'administration fiscale a ramené le montant des impositions restant dues en matière de CFE à la somme de 107 538 euros. Par une proposition de rectifications du 24 septembre 2020, le service a mis à la charge de la société des suppléments de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) au titre de l'année 2017. Ces rectifications ont été maintenues suite aux observations du contribuable, du recours hiérarchique et à la réclamation préalable. Par une première requête, enregistrée sous le n° 2202634, la société Mécamont Hydro demande la décharge de la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017, 2018 et 2019. Par la requête enregistrée sous le n° 2300879, elle demande la décharge de la CFE au titre de 2020 et par la requête enregistrée sous le n° 2202635, elle demande la décharge de la CFE au titre de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre de 2017.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2202634, n° 2202635 et n° 2300879 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
3. Aux termes de l'article L. 54 B du livre des procédures fiscales : " La notification d'une proposition de redressement doit mentionner, sous peine de nullité, que le contribuable a la faculté de se faire assister d'un conseil de son choix pour discuter la proposition de redressement ou pour y répondre ". Aux termes de l'article L. 56 du même livre : " La procédure de redressement contradictoire n'est pas applicable : 1° En matière d'impositions directes perçues au profit des collectivités locales ou d'organismes divers ".
4. Si la procédure de rectification contradictoire prévue aux articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales ne trouve pas à s'appliquer en matière d'impositions locales telle que la cotisation foncière des entreprises, l'administration doit néanmoins respecter le droit du contribuable, dont elle envisage de rehausser les bases assujetties à cette imposition, de pouvoir présenter d'utiles observations avant la mise en recouvrement des suppléments d'impôt.
5. D'une part, l'obligation prévue à l'article 54 B du livre des procédures fiscales, à savoir la mention, par la notification d'une proposition de redressement, de ce que le contribuable a la faculté de se faire assister d'un conseil, n'est pas applicable en cas de rehaussements des bases d'imposition à la cotisation foncière des entreprises. D'autre part, et dès lors que les impositions en litige ne font suite ni à une vérification de comptabilité, ni à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, la société Mécamont Hydro ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales pour soutenir que le courrier du 24 septembre 2020 ne mentionnait pas le montant des droits réhaussés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des garanties offertes au contribuable vérifié ne peut qu'être écarté.
6. Néanmoins, la cotisation foncière des entreprises qui constitue une imposition directe perçue au profit des collectivités locales, entre dans le champ de l'application de l'article L. 56 précité du livre des procédures fiscales. Si ces dispositions ne sauraient dispenser l'administration du respect des obligations qui découlent du principe général des droits de la défense, la mention de la possibilité pour le contribuable de se faire assister d'un conseil de son choix ne sont pas au nombre des obligations découlant du principe général du droit de la défense, de sorte que le moyen tiré de la violation des obligations découlant du principe général des droits de la défense du fait de l'absence de mention de la possibilité de se faire assister d'un avocat sera écarté.
7. Par ailleurs, il est constant que par lettre du 24 septembre 2020, l'administration fiscale a informé la société Mécamont Hydro, à la suite de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, qu'elle envisageait de rehausser les bases d'imposition à la cotisation foncière des entreprises résultant de ses déclarations pour les années 2017 à 2020, en indiquant pour chaque année en litige l'imposition, l'année et le montant des bases qu'elle entendait retenir. Le fait que ce courrier ne mentionnait pas le montant des droits susceptibles d'être mis en recouvrement n'a pas eu d'incidence sur la faculté pour la société requérante de faire valoir utilement ses observations auprès de l'administration. Par suite, la société Mécamont Hydro n'est pas fondée à soutenir que le principe général des droits de la défense aurait été méconnu.
En ce qui concerne le bien-fondé :
S'agissant de la qualification de l'établissement :
8. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. () ". Aux termes de l'article 1467 du même code : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () / La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. / Pour le calcul de l'impôt, la valeur locative des immobilisations industrielles définie à l'article 1499 est diminuée de 30 %. () ". Aux termes de l'article 1494 du même code : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe d'habitation ou d'une taxe annexe établie sur les mêmes bases est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte. ". Aux termes de l'article 1499 du même code dans sa version applicable au litige : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat (). ". Aux termes de l'article 1500 du même code : " I.-A.-Revêtent un caractère industriel les bâtiments et terrains servant à l'exercice d'une activité de fabrication ou de transformation de biens corporels mobiliers qui nécessite d'importants moyens techniques. / Revêtent également un caractère industriel les bâtiments et terrains servant à l'exercice d'activités autres que celles mentionnées au premier alinéa du présent A qui nécessitent d'importants moyens techniques lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre est prépondérant. () ".
9. Revêtent un caractère industriel, au sens de l'article 1499 du code général des impôts précité, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre est prépondérant.
10. En premier lieu, la charge de la preuve est objective en matière d'impôts locaux, il appartient donc au juge administratif d'apprécier si l'établissement exploité par la société Mécamont Hydro présente un caractère industriel au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention de l'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même. En cas de pluralité d'activité il appartient au juge de rechercher le poids respectif des différents facteurs de production dans le processus d'exploitation mis en œuvre dans l'établissement dont la valeur locative devait être calculée.
11. En deuxième lieu, s'il résulte de l'instruction que les activités de réparation et de maintenance sont exercées en partie sur site, c'est-à-dire en dehors des locaux évalués, la réparation et la maintenance en atelier des équipements, soit dans les locaux évalués, représentent la part principale de l'utilisation de ces locaux. Ainsi, la circonstance alléguée par la requérante selon laquelle l'activité de conception et de fabrication de biens demeurerait anecdotique au regard de l'ensemble des activités qu'elle exerce est inopérante, puisque seule doit être prise en compte l'activité exercée au sein des seuls locaux évalués.
12. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les installations dédiées à l'activité de réparation et de maintenance exercée par la société Mécamont Hydro représentent une part majoritaire des immobilisations dont la valeur locative doit être calculée. Par ailleurs, la société requérante ne conteste pas que les matériels utilisés au sein de l'établissement qu'elle exploite sont dédiés à la conception et à la fabrication d'équipements divers, et se borne à contester l'utilisation du matériel pour la fabrication mais sans apporter aucun élément contraire.
13. En troisième lieu, la circonstance que la société Mécamont Hydro ne réalise pas, ainsi qu'elle le soutient, des produits en série, et qu'elle soit immatriculée à la chambre des métiers et de l'artisanat sont sans incidence sur la qualification donnée à son établissement.
14. Par conséquent, la société Mécamont Hydro n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'exerce pas une activité industrielle par nature mais une activité artisanale.
S'agissant des moyens techniques utilisés pour l'exercice de son activité :
15. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté que, pour les besoins de son activité, la société Mécamont Hydro dispose dans son établissement situé à Lannemezan d'un ensemble immobilier situé sur un terrain bâti d'une superficie totale de 53 494 km², composé notamment d'un bâtiment comprenant un atelier d'une surface de 5 000 m² et d'un bâtiment de recherche et développement d'une surface de 25 000 m². Il n'est pas davantage contesté qu'elle dispose pour l'exercice de ses activités d'un banc d'essai industriel automatisé occupant une surface de 2 500 m². Elle dispose également de camions-grue, d'une cabine de grenaillage, d'une cabine de peinture, de ponts de levage de 3 à 10 tonnes, de treuils et fraiseuses, presses plieuses, ainsi de tables de découpe à jets d'eau et à plasma. Il est en outre constant que l'ensemble des installations techniques, matériels et outillages industriels s'élève à la somme de 2 739 093,04 euros, inscrite au compte " outillage industriel " au 30 avril 2018, dont alors que les autres immobilisations ne représentent que 890 836,31 euros. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la société Mécamont Hydro doit être regardée comme ayant mis en œuvre, au cours des années d'imposition en litige, d'importants moyens techniques, dans son établissement, pour l'exercice des activités qui y sont exercées.
16. En second lieu, la circonstance que l'intervention humaine soit nécessaire pour actionner les engins est sans incidence sur la qualification du caractère industriel d'un établissement intervention dès lors que le rôle prépondérant des installations techniques est établi. En outre, si la société requérante fait valoir que les prestations de réparation et de maintenance qu'elle réalise sont essentiellement le fait de manipulations humaines, il résulte toutefois de ce qui a été dit qu'il n'est pas établi que ces prestations de service soient réalisées dans les locaux qu'elle occupe à Lannemezan. Enfin, si la société Mécamont Hydro fait valoir que ses charges de personnel représenteraient entre 38 et 48 % de ses charges totales d'exploitation, alors que les installations techniques n'en représenteraient qu'entre 16,5 et 25 %, ces allégations ne sont étayées par aucune pièce du dossier, la requérante se contentant de produire, dans le corps de sa requête, de simples tableaux établis par ses soins. En tout état de cause, une telle circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à remettre en cause la qualification d'établissement industriel retenue par le service eu égard au rôle des moyens techniques employés.
17. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation du caractère industriel de l'activité de la société Mécamont Hydro et n'a commis aucune erreur pour définir les bases de cotisation foncière des entreprises ainsi que la valeur locative de l'établissement de la société selon les modalités visées par les dispositions précitées.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
18. Alors que la société Mécamont Hydro soutient que l'administration fiscale a admis par un courrier du 26 juillet 2017 qu'elle n'exerçait pas d'activité de fabrication, dès lors que les impositions contestées ne procèdent pas du rehaussement d'une imposition antérieure, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales que, elle aurait admis qu'elle exerçait comme activité principale une activité de prestations de service de réparation. En tout état de cause, le courrier du 26 juillet 2017 faisait suite à une demande de la requérante relative à l'application, à son entreprise, au régime fiscal d'exonération de la CFE et de la CVAE. Or, les impositions contestées ont été établies à la suite de la vérification de comptabilité dont la société Mécamont Hydro a fait l'objet à compter de l'année 2019 et font suite aux constats sur place opérés par l'administration à cette occasion. Dans ces conditions, en considérant antérieurement que la société requérante exerçait à titre principal une activité de prestations de service, l'administration n'a pas pris formellement position sur l'application, au regard de la loi fiscale, d'une situation de fait dont elle ne connaissait pas, alors, tous les éléments. Par suite, la société Mécamont Hydro ne peut utilement se prévaloir de la garantie instituée par l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
19. Enfin, à supposer qu'elle ait entendu soulever un tel moyen, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des paragraphes n° 40 et 50 de la doctrine administrative référencée BOI-IF-TFB-20-10-50-10 précisant que les activités artisanales sont en principe exonérées de CFE, qui ne comportent aucune interprétation différente de la loi fiscale.
Sur les conclusions à fins de réduction de la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 :
S'agissant des immobilisations qui n'entreraient pas dans le champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties :
20. D'une part, l'article 1380 du code général des impôts dispose : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Selon l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication () ". Selon l'article 1382 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés à l'article 1381 1° et 2° ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation ". Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au même code : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ".
21. Pour apprécier, en application de l'article 1495 du code général des impôts et de l'article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l'article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381.
22. D'autre part, l'article 1467 du code général des impôts disposait, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période ".
23. En premier lieu, alors que la société requérante soutient que le ban d'essai et le tour " Sculfort " constituent des équipements spécifiquement adaptés aux activités de la société et y participent, elle ne le justifie pas et, au demeurant n'apporte dans ses écritures aucune précision quant à l'utilisation de ces équipements. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que ces biens bénéficient de l'exonérations prévue par le fondement du 11° de l'article 1382 du code général des impôts.
24. En deuxième lieu, l'administration fiscale fait valoir, sans être contredite, que les honoraires d'architecte, le gros œuvre réseau électrique et réseaux divers, n'ont pas été retenus pour la base imposable à la cotisation foncière des entreprises pour les années en litige, en raison de l'inscription de ces immobilisations à l'actif du bilan. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.
25. En troisième lieu, aux termes de l'article 1478 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due pour l'année entière par le redevable qui exerce l'activité le 1er janvier. / Toutefois le contribuable qui cesse toute activité dans un établissement n'est pas redevable de la cotisation foncière des entreprises pour les mois restant à courir, sauf en cas de cession de l'activité exercée dans l'établissement ou en cas de transfert d'activité. () II. - En cas de création d'un établissement autre que ceux mentionnés au III, la cotisation foncière des entreprises n'est pas due pour l'année de la création. / Pour les deux années suivant celle de la création, la base d'imposition est calculée d'après les biens passibles de taxe foncière dont le redevable a disposé au 31 décembre de la première année d'activité. / En cas de création d'établissement, la base du nouvel exploitant est réduite de moitié pour la première année d'imposition ". Ainsi, le mécanisme de décharge ou de réduction de cotisation foncière des entreprises prévu par cet article n'est pas applicable en cas de simple transfert d'activité d'un site à un autre, mais seulement en cas de création d'un nouvel établissement.
26. Lorsque la fermeture d'un établissement s'accompagne de l'ouverture, par le même contribuable, d'un nouvel établissement dans une commune différente, il y a lieu de distinguer selon qu'il s'agit de la poursuite de la même activité professionnelle dans des locaux différents, le cas échéant avec des moyens différents, ou de la fermeture définitive de l'établissement dans le cadre d'une cessation d'activité sans cession. Dans ce second cas, alors même que le contribuable poursuit une activité professionnelle de même nature, l'opération ne peut être regardée comme un transfert d'activité au sens des dispositions précitées de l'article 1478 du code général des impôts lorsque des modifications substantielles interviennent dans l'organisation et les moyens de l'exploitation ou lorsque la clientèle à laquelle celle-ci s'adresse est entièrement nouvelle.
27. Il résulte de l'instruction que la société Mécamont Hydro a cessé d'exploiter son établissement d'Arreau en 2016, afin d'exercer son activité à Lannemezan à compter de la même année. Elle a continué à exercer, dans ces nouveaux locaux, une activité de même nature, et il ne résulte pas de l'instruction que les moyens employés pour ce faire aient été substantiellement modifiés. En effet, si la société Mécamont Hydro fait valoir que les locaux qu'elle exploite désormais à Lannemezan sont dix fois plus grands que ceux situées à Arreau, et que son organisation a été substantiellement modifiée en raison notamment du développement de nouvelles activités, elle ne produit aucune pièce de nature à corroborer ces allégations. Par ailleurs, si elle soutient qu'elle a procédé au renouvellement du matériel utilisé, ce qui a eu pour effet de modifier ses moyens d'exploitation, la seule pièce produite, consistant en un extrait de tableau élaboré par ses soins, comprenant une liste de divers matériels et intitulé " mises au rebus suite installations Lannemezan " doit être regardée en l'espèce comme dépourvue de valeur probante en l'absence de tout autre document permettant de tenir ces informations pour établies. En outre, si la société soutient que son effectif a augmenté de 41,67 %, les listes de personnel qu'elle produit, réalisées également par ses soins et non datées, ne permettent pas de corroborer ces allégations. Compte tenu de ces éléments, il ne résulte pas de l'instruction que des modifications substantielles sont intervenues dans l'organisation et les moyens de l'exploitation de la société Mécamont Hydro concernant son activité, ou qu'elle se serait adressée à une clientèle nouvelle. Dans ces conditions, la fermeture de l'établissement d'Arreau, suivie de la reprise de l'activité de transport au sein de l'établissement situé à Lannemezan, doit être regardée comme un transfert d'activité au sens de l'article 1478 du code général des impôts, de sorte que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle peut prétendre au bénéfice de la réduction de la cotisation foncière des entreprises prévue par ces dispositions.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la cotisation foncière des entreprises mise à la charge de la société Mécamont Hydro au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020 et par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre de 2017 :
29. Aux termes de l'article 1586 nonies du code général des impôts, dans sa version applicable : " VI. Le bénéfice des exonérations de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises prévues aux I à III et de l'abattement prévu au IV est perdu lorsque les conditions de l'exonération ou de l'abattement correspondant de cotisation foncière des entreprises ne sont plus réunies. () Le bénéfice de l'exonération ou de l'abattement de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises est, le cas échéant, subordonné au respect du même règlement communautaire que celui appliqué pour l'exonération ou l'abattement de cotisation foncière des entreprises dont l'établissement bénéficie ".
30. Ainsi, dès lors que la société Mécamont Hydro ne bénéficie d'aucune exonération relative à la cotisation foncière des entreprises, elle ne peut, par voie de conséquence bénéficier d'aucune exonération au titre de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n° 2202634, n° 2202635 et n° 2300879 présentées par la société Mécamont Hydro sont rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2202634, n° 2202635 et n° 2300879 sont rejetées.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Mécamont Hydro et au directeur chargé de la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
L. CRASSUS La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
N°s 2202634, 2300879, 2202635
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026