jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202710 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VIBOUREL ANNE-CAROLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 décembres 2022 et 5 juin 2023, M. B C, représenté par Me Vibourel, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative à lui verser, à titre provisionnel, la somme de 16 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la créance dont il se prévaut n'est pas sérieusement contestable ;
- la décision par laquelle le préfet a refusé de lui octroyer le bénéfice du regroupement familial est illégal :
*il satisfait aux conditions fixées par les dispositions combinées des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
*elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- par une décision du 23 janvier 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées a accueilli favorablement sa demande de regroupement familial ;
- il justifie que lui soit versé la pension dès lors que la décision a produit des effets pendant plus de seize mois ; elle lui a causé un préjudice moral personnel, direct et certain.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- sa demande est en cours d'instruction auprès de la préfecture des Hautes-Pyrénées ;
- l'Etat ne peut être considéré comme fautif dès lors que les demandes d'instruction ont pris du retard en raison de la crise sanitaire ;
- la qualité de l'office français de l'immigration et de l'intérieur en qualité d'établissement public administratif ne peut être regardé comme décisionnaire et défendeur.
Par un courrier du 16 mars 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées a été mis en demeure de produire des observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité iranienne, réside régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour mention " salarié " valable jusqu'au 18 juillet 2026. Il s'est marié en Iran le 23 décembre 2020 avec une compatriote Mme A. Il a déposé le 5 mars 2022 une demande de regroupement familial en faveur de son épouse, et a été informé par un courrier du 23 mars 2022 que sa demande avait été enregistrée. M. C a sollicité, par une requête enregistrée le 30 novembre 2022 sous le n° 2202688, l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur cette demande. Par une décision du 23 janvier 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées a pris une décision explicite favorable à sa demande. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser à titre provisionnel la somme de 16 000 euros au titre des préjudices subis.
Sur la demande de provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même enl'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
4. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 434-26 de ce code : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
6. Il résulte de l'instruction que la demande de regroupement familial présentée par M. C a été enregistrée par la direction de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse, le 5 mars 2021. Dans ces conditions, et en vertu des termes mêmes des dispositions précitées de l'article R. 434-26, une décision implicite de rejet de la demande de regroupement familial de M. C est nécessairement née six mois après l'enregistrement de sa demande, soit le 5 septembre 2021. La circonstance invoquée en défense par l'OFII, qu'il ait poursuivi après cette date l'instruction de la demande présentée par le requérant n'est pas de nature à faire obstacle à l'existence et à l'exécution de cette décision implicite. Par ailleurs, les décisions portant refus de regroupement familial sont au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Si M. C a sollicité la communication des motifs du rejet implicite ainsi opposé à sa demande, par un courrier reçu en préfecture le 28 septembre 2020, en l'absence de communication de ces motifs dans le mois suivant cette demande, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse est entaché d'illégalité. Par ailleurs, le préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'a pas produit à l'instance, a fait explicitement droit par une décision du 23 janvier 2023 à la demande de regroupement familial présentée par M. C et ne conteste pas qu'il remplissait effectivement les conditions posées par les dispositions combinées des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité entachant la décision implicite de rejet de la demande de regroupement familial de M. C constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard.
En ce qui concerne les préjudices :
8. La faute résultant de l'illégalité de la décision implicite de refus de regroupement familial n'est de nature à ouvrir à réparation que des préjudices qui sont la conséquence directe de cette décision illégale et qui sont établis.
9. Le rejet d'une demande de regroupement familial a pour conséquence directe l'impossibilité pour les personnes qu'il vise de venir vivre en France auprès du demandeur. Par suite, le préjudice moral créé par cette situation et dont se prévaut M. C à l'encontre de l'Etat, présente dans son principe un caractère non sérieusement contestable.
10. Il résulte de l'instruction qu'il s'est écoulé un délai de vingt-deux mois entre le 5 mars 2021, date à laquelle la demande de M. C a été enregistré et à laquelle il n'est pas contesté par le préfet qu'il remplissait l'entièreté des conditions pour bénéficier du regroupement familial, et le 23 janvier 2023, date à laquelle Mme A a été admise au bénéfice du regroupement familial. Par ailleurs, si le requérant soutient que son épouse est particulièrement exposée aux violences dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément au soutient de cette allégation. Dans ces conditions, compte tenu de l'impossibilité pour son épouse de rejoindre le requérant, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral en allouant à M. C la somme provisionnelle de 1 000 euros.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. C la somme provisionnelle de 1 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Etat versera à M. C la somme provisionnelle de 1 000 (mille) euros au titre de son préjudice moral.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 800 (huit-cents) euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Pau, le 25 juillet 2024.
Le juge des référés,
V. QUEMENER
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026