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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202790

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202790

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202790
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSELARL BIROT MICHAUD RAVAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2022 et le 17 janvier 2024, M. D H, Mme R C, M. K Q, Mme V Q, Mme G C, épouse L, M. I L, Mme F H, épouse U, Mme S H, épouse M, M. T M, M. E M, Mme W H, épouse P, Mme B P et Mme A P, représentés par Me Raffy, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) une somme globale de 159 267,02 euros en réparation des préjudices que leur ont causés le décès de Mme O H dans les suites de sa prise en charge au centre hospitalier de la Côte Basque au cours du mois de novembre 2011 ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 20 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme H est décédée d'une septicémie liée à une infection nosocomiale par Escherichia Coli ;

- ils sont dès lors fondés à rechercher la mise en cause de l'ONIAM ;

- leurs préjudices doivent être indemnisés comme suit :

En ce qui concerne les préjudices de M. D H :

- 5 320 euros au titre des honoraires de médecin-conseil ;

- 5 737,02 euros au titre des frais d'obsèques ;

- 1 105 euros au titre des frais d'hébergement exposés lors de l'hospitalisation de son épouse ;

- 30 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;

En ce qui concerne les préjudices de Mme F H :

- 1 105 euros au titre des frais d'hébergement exposés lors de l'hospitalisation de sa mère ;

- 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;

En ce qui concerne les préjudices de Mme R C :

- 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;

En ce qui concerne les préjudices de Mme G C :

- 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;

En ce qui concerne les préjudices de Mme S H :

- 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;

En ce qui concerne les préjudices de Mme W H :

- 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;

En ce qui concerne les préjudices de M. K Q, Mme V Q, M. I L, M. T M, M. E M, Mme B P et Mme A P :

- 8 000 euros chacun au titre de leur préjudice d'affection.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Birot, demande au tribunal de réduire les prétentions des requérants à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- en raison de l'état antérieur important de Mme H, il convient de retenir un taux de perte de chance de 10 % ;

- le préjudice financier lié aux frais d'hébergement de Mme H n'est pas établi ;

- les sommes allouées en réparation du préjudice d'affection subi par les membres de la famille de Mme H doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Vu :

- l'ordonnance de la présidente du tribunal du 16 novembre 2020, taxant et liquidant les frais d'expertise à la somme de 2 600 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier,

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Raffy, représentant les consorts H.

Considérant ce qui suit :

1. Mme O H, alors âgée de 84 ans, a été admise le 28 octobre 2011 au sein du service de réanimation du centre hospitalier de la Côte Basque en état de coma, à la suite d'un malaise avec crises convulsives. Le 15 novembre 2011, elle a présenté un pic fébrile, ainsi qu'un état de détresse respiratoire et cardiaque. Malgré la mise en place d'une antibiothérapie à large spectre, Mme H est décédée, dans la soirée, des suites d'une désaturation avec hypotension et d'une bradycardie.

2. La commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de la région Aquitaine, saisie par les ayants-droit Mme H du 7 janvier 2015, a rendu, le 17 février 2016 un avis par lequel elle a rejeté la demande d'indemnisation des intéressés. Par une ordonnance n° 1900930 du 17 juillet 2019, le juge des référés du présent tribunal a désigné le docteur N en tant qu'expert, lequel a déposé son rapport le 12 novembre2020.

3. Par leur requête, les consorts H demandent au tribunal de mettre à la charge de l'ONIAM une somme globale de 159 267,02 euros en réparation des préjudices consécutifs à la prise en charge de Mme O H dans les suites de sa prise en charge au centre hospitalier de la Côte Basque entre le 28 et le 15 novembre 2011.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'engagement de la solidarité nationale :

4. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Selon le premier alinéa de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. ".

5. Pour l'application des dispositions citées ci-dessus, doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

6. Il résulte de l'instruction que Mme O H a été conduite le 28 octobre 2011 au centre hospitalier de la Côte Basque à la suite d'une crise convulsive. Elle présentait à son arrivée un état de coma profond et a été intubée, ventilée et sédatée. Au décours de cet épisode convulsif, Mme H a présenté une infection pulmonaire assimilée à une pneumopathie d'inhalation, justifiant l'administration d'une antibiothérapie à large spectre à compter du 6 novembre 2011. Dans la nuit du 14 au 15 novembre 2011, Mme H a présenté un épisode fébrile associé à une détresse respiratoire et cardiaque. Elle a présenté un épisode d'hypoxie et de bradycardie sévère à 23 h 30, qui ont conduit à son décès une heure plus tard, le 16 novembre 2011 à 00 h 30.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes du rapport de l'expertise diligentée à la demande du tribunal, que Mme H est décédée d'un choc septique consécutif à une infection par Eschecheria Coli, dont la présence dans le sang, les urines, et le liquide de lavage broncho-alvéolaire de la patiente a été révélée par des prélèvements bactériologiques réalisés le 15 novembre 2011. L'expert relève que l'origine, urinaire ou pulmonaire, de la contamination ne peut en l'espèce pas être déterminée avec certitude, dès lors, d'une part, que les pneumopathies constituent les infections nosocomiales les plus fréquemment rencontrées en service de réanimation et que la quantification de germes retrouvés lors de la réalisation du prélèvement broncho-alvéolaire pourrait révéler une infection d'origine pulmonaire, et d'autre part, que la manipulation, le 14 novembre 2011, de la sonde urinaire dont était porteuse Mme H et le seuil de bactériurie établi à la suite de l'analyse de ses urines pourraient expliquer une origine urinaire de l'infection. Il résulte également de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le phénotype bactérien analysé évoque une origine endogène de l'infection, dès lors que les souches hospitalières sont multirésistantes aux traitements antibiotiques. Toutefois, l'appartenance à l'organisme de la patiente du germe Eschecheria Coli à l'origine du choc septique dont elle a été victime est sans incidence sur la qualification d'infection nosocomiale, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce germe endogène aurait été présent ou en incubation avant la prise en charge de Mme H au centre hospitalier de la Côte Basque. A cet égard, l'expert relève qu'en cas d'infection d'origine urinaire, sa survenance aurait été rendue possible par la manipulation de la sonde urinaire réalisée la veille du décès de la patiente, et qu'en cas d'infection d'origine pulmonaire, une colonisation bactérienne aurait été induite par les séquences successives d'intubation et d'extubation dont a fait l'objet Mme H. Ainsi, la circonstance que l'origine de l'infection contractée par Mme H ne puisse être déterminée avec certitude est sans incidence sur le caractère nosocomial de ladite infection. En tout état de cause, et contrairement à ce qu'a retenu, aux termes de son avis du 17 février 2016, la commission de conciliation et d'indemnisation, l'infection contractée par Mme H ne saurait être regardée comme étant imputable à la pneumopathie d'inhalation présentée par l'intéressée dès lors que le caractère multi-sensible du germe Eschecheria Coli aurait permis son traitement par l'antibiothérapie à large spectre qui lui a été administrée au cours de cet épisode. Cette infection doit ainsi être regardée comme étant survenue au cours de la prise en charge de Mme H, comme revêtant, par suite, un caractère nosocomial. Par suite, les requérants sont fondés à solliciter une indemnisation auprès de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, ce que, du reste, ce dernier ne conteste pas.

S'agissant de la perte de chance :

8. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

9. Il résulte de l'instruction que Mme H était atteinte d'une myélodysplasie susceptible de mettre en jeu son pronostic vital à moyen terme. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que son état de santé aurait connu une évolution favorable en l'absence d'infection nosocomiale. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de la chance perdue en la fixant à 75 % des différents chefs de préjudices ayant résulté du décès de Mme H.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de M. D H, époux de Mme O H :

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. H a consulté des médecins-conseil en vue de l'indemnisation des préjudices des ayants-droit de Mme H, et avoir à ce titre, exposé des frais d'un montant de 5 320 euros. Dès lors que ces frais résultent intégralement du dommage subi par Mme H, il n'y a pas lieu de faire application du taux de perte de chance retenu au point 9.

11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. H a exposé des frais d'obsèques pour son épouse décédée d'un montant total de 5 737,02 euros. Par suite, et compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 9, il sera fait une exacte appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme totale de 4 302,76 euros.

12. En troisième lieu, M. H ne justifie pas, par la seule production d'une attestation rédigée par ses soins, avoir exposé les frais d'hébergement dont il sollicite le remboursement.

13. En quatrième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. D H, époux de la victime décédée avec laquelle il a vécu plus de quarante-huit années, en l'évaluant à la somme de 25 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 9, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 18 750 euros en réparation de ce préjudice.

En ce qui concerne les préjudices de Mme F H, Mme R C, Mme G C, Mme S H et Mme W H :

14. En premier lieu, Mme F H ne justifie pas, par la seule production d'une attestation rédigée par ses soins, avoir exposé les frais d'hébergement dont elle sollicite le remboursement.

15. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par chacune des filles de Mme O H, alors âgées de 46 à 64 ans, du fait du décès de leur mère, à la somme de 5 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 9, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 3 750 euros en réparation de ce préjudice à verser à Mmes F H, R C, G C, S H et W H.

En ce qui concerne les préjudices de M. K Q, Mme V Q, M. I L, M. T M, M. E M, Mme B P et Mme A P :

16. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par chacun des petits-enfants de Mme H, alors âgés de 11 à 41 ans, du fait du décès de leur grand-mère, à la somme de 3 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 9, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 2 250 euros en réparation de ce préjudice à verser à M. K Q, Mme V Q, M. I L, M. T M, M. E M, Mme B P et Mme A P.

17. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 28 372,76 euros au bénéfice de M. D H, une somme de 3 750 euros au bénéfice de chacune des filles de Mme H, ainsi qu'une somme de 2 250 euros au bénéfice de chacun de ses petits-enfants.

Sur les dépens :

18. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

19. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'ONIAM les frais et honoraires de l'expertise ordonnée par le tribunal, taxés et liquidés à la somme de 2 600 euros toutes taxes comprises par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Pau du 16 novembre 2020.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

21. Il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'ONIAM versera à M. D H une somme de 28 372,76 euros (vingt-huit-mille trois-cent-soixante-douze euros et soixante-seize centimes).

Article 2 : L'ONIAM versera à Mme F H, Mme R C, Mme G C, Mme S H et Mme W H une somme de 3 750 euros (trois-mille sept-cent-cinquante euros) chacune.

Article 3 : L'ONIAM versera à M. K Q, Mme V Q, M. I L, M. T M, M. E M, Mme B P et Mme A P une somme de 2 250 euros (deux-mille-deux-cent-cinquante euros) chacun.

Article 4 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de 2 600 euros (deux-mille six cents euros) toutes taxes comprises sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.

Article 5 : L'ONIAM versera à M. D H, Mme F H, Mme R C, Mme G C, Mme S H et Mme W H, M. K Q, Mme V Q, M. I L, M. T M, M. E M, Mme B P et Mme A P une somme globale de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 7 : La présente décision sera notifiée à M. D H, représentant unique des consorts H, en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, ainsi qu'à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Copie pour information en sera adressée à M. X N, expert.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

L. NEUMAIERLa présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. DANGENG

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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