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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202890

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202890

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202890
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantAARPI MCH AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 décembre 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme C B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Marseille le 2 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Comte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2022, par laquelle sa demande de versement de l'aide exceptionnelle montagne a été rejetée ;

2°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée ne mentionne pas son auteur, alors qu'elle aurait dû être prise par le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, ce qui l'entache, par voie de conséquence, d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle consiste en un simple courrier d'information de clôture de dossier ;

- la décision attaquée est illégale par la voie de l'exception d'illégalité dès lors qu'elle trouve son fondement dans des décrets instituant une discrimination à l'égard des personnes placées en arrêt de travail ; les décrets n° 2020-371 du 30 mars 2020 et n° 2021-1295 du 5 octobre 2021 instituant respectivement le fonds de solidarité et l'aide exceptionnelle montagne introduisent une discrimination illégale à l'encontre des personnes placées en congés de maladie, constitutive d'une rupture d'égalité.

Par une lettre, enregistrée le 20 janvier 2023, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a informé le tribunal que le préfet du massif des Pyrénées, à qui la requête a également été communiquée, était seul compétent pour présenter des observations en défense au nom de l'Etat dans cette affaire en application de l'article R. 431-10 du code de justice administrative.

Cette requête a été communiquée au préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 janvier 2024.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par courrier du 28 mai 2024, que la solution du litige était susceptible d'être fondée sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête aux fins d'annulation à défaut de preuve de l'existence d'une décision de rejet d'une demande d'aide exceptionnelle montagne par Mme B.

Par un mémoire enregistré le 31 mai 2024, Mme B a produit des observations en réponse à la communication de ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2021-1295 du 5 octobre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B exerce les fonctions de monitrice de ski en tant que travailleuse indépendante pour l'école de ski français de la station de Saint Lary Soulan située dans le département des Hautes-Pyrénées. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 11 octobre 2022, par laquelle sa demande de versement de l'aide exceptionnelle montagne a été rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 3° Si la demande présente un caractère financier () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 5 octobre 2021 instituant une aide exceptionnelle en faveur des personnes physiques et morales de droit privé encadrant des activités sportives et particulièrement affectées par la fermeture des remontées mécaniques dans le contexte de l'épidémie de covid-19 : " () IV. - La demande d'aide au titre du présent décret est réalisée par voie dématérialisée, au plus tard le 6 mars 2022. () ".

4. En premier lieu, pour justifier de l'existence d'une décision de rejet de sa demande de versement de l'aide exceptionnelle régie par le décret du 5 octobre 2021 susvisé, Mme B se borne à produire un document comportant en en-tête les mentions " République française " et " démarches-simplifiées.fr " et présentant un tableau dont les colonnes indiquent le numéro de dossier, la démarche, à savoir " aide exceptionnelle en faveur des personnes physiques et morales de droit privé encadrant des activités sportives et particulièrement affectées par la fermeture des remontées mécaniques dans le contexte de l'épidémie de covid-19 ", le demandeur, Mme B, le statut " en instruction " et la date de mise à jour le " mardi 11 octobre 2022 11h28 ". Or, la circonstance que sa demande d'aide soit en cours d'instruction à la date du 11 octobre 2022 ne permet pas de la regarder comme ayant été rejetée par l'administration, contrairement à ce que soutient Mme B.

5. Par ailleurs, en réponse au moyen d'ordre public susvisé, Mme B produit un échange de courriels par lequel elle a demandé, le 29 septembre 2022, à connaître l'état d'avancement de son dossier, sans toutefois préciser l'objet de ce dossier. En réponse, le 14 octobre 2022, la chargée de projet " programme ruralité montagne " de l'agence nationale de la cohésion des territoires lui a transmis des courriers " qui [lui] permettront d'accéder au recours ", en précisant qu'" il s'agit de la meilleure option compte-tenu du fait que la procédure d'indemnisation à destination des moniteurs de ski a été clôturée ". Ces courriers ne sont pas versés au dossier. Contrairement à ce que soutient la requérante, le caractère imprécis de ces échanges ne permet pas de considérer qu'une décision expresse de rejet d'une demande d'aide exceptionnelle montagne présentée par Mme B serait intervenue le 11 octobre 2022, ni le 14 octobre suivant. Le courriel de l'administration ne signifie pas qu'un refus a été opposé à sa demande, mais indique qu'elle était hors délai. En outre, cet échange de courriels ne donne aucune indication quant à la date à laquelle la requérante aurait effectivement déposé une demande au sujet de l'aide exceptionnelle montagne. Dès lors, Mme B ne justifie pas de la date de présentation effective de sa demande si bien qu'elle ne peut être regardée comme demandant l'annulation d'une décision implicite de rejet de sa demande qui serait née deux mois après cette date.

6. Dans ces conditions, à défaut de preuve de l'existence d'une décision de rejet d'une demande d'aide exceptionnelle en faveur des personnes physiques et morales de droit privé encadrant des activités sportives et particulièrement affectées par la fermeture des remontées mécaniques dans le contexte de l'épidémie de covid-19, les conclusions de la requête aux fins d'annulation sont irrecevables.

7. En second lieu, lorsque le juge déduit des motifs d'une décision administrative que l'administration se trouvait en situation de compétence liée et écarte l'ensemble des moyens dirigés contre cette décision comme inopérants, il ne relève pas d'office un moyen mais se borne à exercer son office en répondant aux moyens soulevés devant lui. Il n'est, par suite, pas tenu de communiquer, comme moyen d'ordre public, l'existence de cette situation de compétence liée sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

8. En tout état de cause, à supposer qu'une décision expresse ou implicite de rejet d'une demande d'aide exceptionnelle montagne présentée par Mme B serait née, il ressort des termes du courriel du 14 octobre 2022 que la chargée de projet " programme ruralité montagne " de l'agence nationale de la cohésion des territoires s'est bornée à constater que la procédure d'indemnisation a été clôturée, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce, de sorte que la demande de l'intéressée était tardive. Or, en application de l'article 2 du décret du 5 octobre 2021 susvisé, l'administration était tenue de rejeter la demande d'aide exceptionnelle montagne présentée tardivement par Mme B. Cette situation de compétence liée rend inopérants tous les moyens soulevés par la requérante. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance du principe d'illégalité, par la voie de l'exception, sont inopérants.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C B et à la ministre des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques.

Copie pour information en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

Z. CORTHIER

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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