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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2202892

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2202892

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2202892
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantFIDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 décembre 2022, enregistrée le 19 décembre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société par actions simplifiée (SAS) Alliance Logistique Sud-Ouest.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes le 1er décembre 2022, et deux mémoires, enregistrés les 22 septembre 2023 et 1er mars 2024, la société Alliance Logistique Sud-Ouest, représentée par Me Genuyt, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020, ainsi que les pénalités correspondantes, d'un montant total de 63 539 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de sa réclamation contentieuse et de l'avis de recouvrement sont recevables ;

- les services qui lui sont fournis par la société Innov Concept Car correspondent principalement à des services de publicité auxquels l'exclusion du droit à déduction, qui est d'interprétation stricte, ne peut pas s'appliquer ; si la société Innov Concept Car loue des véhicules à des particuliers ou des entreprises pour leurs déplacements, elle propose également à des entreprises de réaliser des campagnes de publicité en floquant les véhicules, dont elle est propriétaire, qu'elle loue à des particuliers à des tarifs plus bas que pour des véhicules non floqués ; elle a conclu un contrat de location d'espaces publicitaires avec cette société concernant la marque " Jetransporte " afin de développer la notoriété de sa marque mais les véhicules ainsi floqués ne sont pas à sa disposition ;

- cette prestation de publicité constitue une prestation autonome et non un avantage en nature au profit de ses salariés ; le transport routier, et plus particulièrement de volaille de cour de ferme, connaît une importante pénurie de main-d'œuvre depuis 2016 de sorte que ces prestations de locations servent à attirer de nouveaux conducteurs et à accroitre la visibilité de la société sur le marché du recrutement ;

- le Groupe Mousset, auquel elle appartient et qui est en plein développement, a développé une marque commune intitulée " Jetransporte ", qui a vocation à montrer l'appartenance de chacune de ces sociétés, et de chaque salarié, à un groupe commun car le Groupe Mousset accorde une importance déterminante à l'aspect social, aux relations avec les salariés et au management ; le Groupe Mousset a mis en place, à l'initiative des salariés, un bus, floqué de la marque " Jetransporte " destiné au recrutement, qui a pour objectif d'aller à la rencontre de jeunes recrues potentielles ; le Groupe Mousset a développé son image et sa marque employeur à travers les voitures particulières, floquées de la marque " Jetransporte ", principalement conduites par les conducteurs car la gestion des véhicules personnels des conducteurs, par le biais d'une société avec laquelle le Groupe Mousset est liée par un contrat, est un facteur très important de fidélisation et de recrutement ;

- la société Innov Concept Car est une réelle société tierce avec ses propres salariés, son propre site d'exploitation, et son propre développement ; dans la réponse aux observations du contribuable, le service soutenait que le tarif de location des " carrosseries extérieures " pratiqué par Innov concept car pour la location à " une autre entreprise, dont aucun salarié de celle-ci ne bénéficie simultanément d'une location de véhicule par ailleurs " est moindre que celui pratiqué à destination des sociétés du groupe Mousset dont les salariés chauffeurs sont locataires des véhicules, alors qu'elle n'a pas connaissance du prix pratiqué par son fournisseur pour la location à une autre entreprise et cela ne saurait lui être imputable.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 septembre 2023 et 7 février 2024, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il oppose une fin de non-recevoir des conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision de rejet de la réclamation contentieuse présentée par la société Alliance Logistique Sud-Ouest tirée de ce qu'une telle décision ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire produit par le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest a été enregistré le 21 mars 2024.

Par ordonnance du 5 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 avril 2024.

Par un courrier du 13 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé, en partie, sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'avis de mise en recouvrement n° 202112Q0001 du 10 décembre 2021 dès lors que cet acte ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition.

Par un mémoire enregistré le 19 juin 2024, la société Alliance Logistique Sud-Ouest a produit des observations en réponse à la communication de ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Genuyt, représentant la société Alliance Logistique Sud-Ouest.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Alliance Logistique Sud-Ouest, dont le siège social est situé dans le département des Landes, exerce une activité de transport routier de volailles. Elle a signé le 1er janvier 2016 avec la société à responsabilité limitée Innov Concept Car un contrat de location. La société Alliance Logistique Sud-Ouest a fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020, à l'issue duquel le service vérificateur a, par une proposition de rectification du 7 juin 2021, remis en cause partiellement la taxe sur la valeur ajoutée déductible grevant les factures de son fournisseur, la société Innov Concept Car, société de location de véhicules, pour la période vérifiée, sur le fondement de l'article 206 IV-2 6°, 7° et 10° de l'annexe II du code général des impôts. Par son courrier du 14 septembre 2021, en réponse aux observations présentées par le contribuable le 27 juillet 2021, le service a maintenu les rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Ces rappels ont été mis en recouvrement par avis du 10 décembre 2021 n° 202112Q0001 d'un montant en droits de 61 237 euros et en pénalités de 2 302 euros soit un montant total de 63 539 euros pour la période vérifiée allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020. La réclamation contentieuse présentée par la société Alliance Logistique Sud-Ouest le 17 juin 2022 a été rejetée par l'administration fiscale le 7 octobre 2022. La société Alliance Logistique Sud-Ouest demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020 d'un montant en droits et pénalités de 63 539 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. (). II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction. ". Aux termes de l'article 206 de l'annexe II du même code dans sa version applicable au litige : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. () IV. - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : () 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, à l'exception de ceux : a. Destinés à être revendus à l'état neuf ; b. Donnés en location ; c. Comportant, outre le siège du conducteur, plus de huit places assises et utilisés par des entreprises pour amener leur personnel sur les lieux du travail ; d. Affectés de façon exclusive à l'enseignement de la conduite ; e. De type tout terrain affectés exclusivement à l'exploitation des remontées mécaniques et des domaines skiables, dans des conditions fixées par décret ; f. Acquis par les entreprises de transports publics de voyageurs et affectés de façon exclusive à la réalisation desdits transports ; 7° Pour les éléments constitutifs, pièces détachées et accessoires des véhicules et engins mentionnés au premier alinéa du 6° ; () 10° Pour les prestations de services de toute nature, notamment la location, afférentes aux biens dont le coefficient d'admission est nul en application des dispositions du 1° au 8°. () ".

3. Pour apprécier si un véhicule ou un engin a été conçu pour le transport des personnes ou pour un usage mixte au sens de ces dispositions, il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné.

4. Il n'est pas contesté qu'en application des dispositions des 6°, 7° et 10° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts précitées, aucune taxe sur la valeur ajoutée ne peut être déduite pour les véhicules, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, de même que pour les éléments constitutifs, pièces détachées et accessoires de ces véhicules, ainsi que pour les prestations de services de toute nature, notamment la location, correspondantes à ces biens dont le coefficient d'admission est nul. En revanche, la société Alliance Logistique Sud-Ouest soutient que le contrat conclu le 1er janvier 2016 avec la société à responsabilité limitée Innov Concept Car constitue un contrat de location d'espaces publicitaires et ne porte pas sur des prestations de location de véhicules de transport de personnes. Or, il résulte des stipulations de ce contrat, intitulé " contrat de location d'espaces publicitaires ", que le loueur, la société Innov Concept Car, société de location de véhicules, s'est engagée à louer au locataire, la société Alliance Logistique Sud-Ouest, des " espaces publicitaires " qui " sont constitués de la carrosserie extérieure des véhicules d'une flotte automobile dont le loueur est propriétaire " et qu'elle s'oblige à louer à des personnes physiques permettant au locataire de réaliser une campagne publicitaire de longue durée afin de développer la notoriété de la marque " Jetransporte.com ". Ce contrat porte donc sur la location de la carrosserie extérieure de véhicules. En outre, le prix total du loyer fixé par ce contrat pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 s'élève à un montant mensuel de 6 280,75 euros hors taxe, soit 169,75 euros par véhicule, révisable annuellement en fonction de l'évolution de l'indice " entretien et réparation de véhicules ". Il n'est pas contesté que ce contrat porte sur trente-sept véhicules automobiles qui sont loués à des personnes physiques, salariés de la société Alliance Logistique Sud-Ouest à des prix préférentiels. La circonstance que la société Alliance Logistique Sud-Ouest souhaite, par ce contrat conclu avec la société Innov Concept Car, promouvoir le recrutement de nouveaux conducteurs en leur offrant la location de longue durée de véhicules personnels à des prix attractifs, ainsi que le soutient la société requérante, ne saurait permettre de regarder la prestation de location en litige comme une prestation de publicité se situant en dehors du champ d'application des 6°, 7° et 10° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts dès lors que le contrat du 1er janvier 2016 a pour objet la location de carrosseries extérieures de véhicules de particulier et qu'il n'est pas contesté que la société Alliance Logistique Sud-Ouest a apposé elle-même des adhésifs publicitaires afin de floquer ces véhicules. Dans ces conditions, le contrat conclu entre la société Alliance Logistique Sud-Ouest et la société Innov Concept Car doit être regardé comme portant sur la location d'un élément constitutif d'un véhicule conçu pour transporter des personnes au sens des 6°, 7° et 10° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts de sorte que la taxe sur la valeur ajoutée grevant les factures de la société Innov Concept Car de location des carrosseries extérieures à des fins publicitaires ne peut être admise en déduction. Dès lors, la société Alliance Logistique Sud-Ouest n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale ne pouvait pas procéder au rappel de la taxe sur la valeur ajoutée déduite en totalité par la société Alliance Logistique Sud-Ouest lors du paiement de ces factures pour la période vérifiée du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020 d'un montant en droits et pénalités de 63 539 euros.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la société Alliance Logistique Sud-Ouest a été assujettie pour la période vérifiée du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020 d'un montant en droits et pénalités de 63 539 euros ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Alliance Logistique Sud-Ouest demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Alliance Logistique Sud-Ouest est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Alliance Logistique Sud-Ouest, et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Corthier, conseillère,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La rapporteure,

Z. CORTHIER

La présidente,

M. SELLES

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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