lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2202893 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | JURIS CONSULTANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2022 et le 23 octobre 2023, M. et Mme C A, représentés par Me Lamoureux, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des suppléments d'impôts sur le revenu, de contributions sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux mis à leur charge au titre des années 2014 et 2015 pour un montant de 1 204 188 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge partielle des suppléments d'impôts sur le revenu mis à leur charge à hauteur de 70 370 euros ;
3°) d'enjoindre à l'administration fiscale de procéder au remboursement d'une somme de 271 318 euros ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent :
- à titre principal qu'ils sont résidents fiscaux au Sénégal et non en France ;
- à titre subsidiaire, que l'imposition sur le boni de liquidation reçue d'une société française constitue un revenu exceptionnel au sens de l'article 163-0 A du code général des impôts, et demandent en conséquence l'imposition de ce revenu selon la règle du quotient ;
- que le service a omis d'imputer sur les suppléments d'impositions litigieux les retenues à la source qui leur ont été appliquées.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juin 2023 et le 28 février 2024, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement accordé et pour le surplus, au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention fiscale entre la France et le Sénégal, tendant à éviter les doubles impositions, signée le 29 mars 1974 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rivière ;
- et les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C A ont fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle portant sur les revenus des années 2014 et 2015, au titre desquelles ils n'ont pas déposé de déclaration de revenu global en France, indiquant être fiscalement domiciliés au Sénégal. A l'issue du contrôle, le service a considéré que le foyer fiscal était fiscalement domicilié en France au cours des années vérifiées. Par proposition de rectification n° 3924 du 18 décembre 2017, ils ont été informés de l'intention du service de les imposer en France, à raison, d'une part, du boni dont ils ont bénéficié suite à la liquidation de la société française Jarisen, intervenue en 2014 et, d'autre part, sur le montant des pensions de retraite reçues au titre des deux années vérifiées. Après leurs observations présentées le 21 février 2018, les rectifications ont été confirmées le 25 avril 2018. Les impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution sur les hauts revenus ainsi qu'aux prélèvements sociaux résultant des rectifications opérées ont été mises en recouvrement le 30 avril 2019, pour un montant global de 1 204 188 euros. Les impositions supplémentaires ont donné lieu à une réclamation contentieuse du 20 décembre 2021, sur laquelle l'administration n'a pas statué dans le délai de 6 mois imparti. Par cette requête, M. et Mme A demandent au tribunal la décharge des rectifications litigieuses mises en recouvrement le 30 avril 2019.
Sur l'étendue du litige :
2. Par décision du 2 juin 2023, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a fait droit à la demande d'application du système du quotient formulée à titre subsidiaire par les requérants, et a prononcé en conséquence le dégrèvement, en droits d'une somme de 53 311 euros et en pénalités d'une somme de 17 059 euros au titre des revenus exceptionnels suite au boni de liquidation de la société Jarisen. Les conclusions de la requête de M. et Mme A relatives à cette imposition ainsi qu'aux pénalités correspondantes sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne le principe de l'imposition en France :
3. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
4. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : a- Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; b- Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; c- Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. () ".
5. Aux termes de l'article 2 de la convention fiscale conclue entre la France et le Sénégal le 29 mars 1974 en vue d'éviter les doubles impositions : " 1. Une personne physique est domiciliée, au sens de la présente Convention, au lieu où elle a son " foyer permanent d'habitation ", cette expression désignant le centre des intérêts vitaux, c'est-à-dire le lieu avec lequel les relations personnelles sont les plus étroites. Lorsqu'il n'est pas possible de déterminer le domicile d'après l'alinéa qui précède, la personne physique est réputée posséder son domicile dans celui des Etats contractants où elle séjourne le plus longtemps. En cas de séjour d'égale durée dans les deux Etats, elle est réputée avoir son domicile dans celui dont elle est ressortissante. Si elle n'est ressortissante d'aucun d'eux, les autorités administratives supérieures des Etats trancheront la difficulté d'un commun accord (). ". La notion de foyer d'habitation permanent retenue par ces stipulations doit être définie en fonction d'éléments d'appréciation relatifs à la personne du contribuable et non à son patrimoine. Il y a lieu, en conséquence, d'examiner les relations qu'entretient le contribuable avec la France et le Sénégal du point de vue professionnel, familial, de sa situation administrative et de l'utilisation des résidences dont il dispose dans ces deux pays.
6. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A disposent d'une maison à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) et d'une résidence secondaire à La-Flotte-en-Ré en Charente-Maritime. M. et Mme A sont titulaires d'un contrat de fourniture d'électricité à l'adresse d'Anglet. Les factures font état de consommations régulières, tant en 2014 (10 580 KW) qu'en 2015 (7 342 KW). Des consommations en eau et électricité sont également relevées à l'adresse de La Flotte-en-Ré (4 508 KW en 2014 et 5 459 KW en 2015), les factures correspondantes étant expédiées à l'adresse d'Anglet. La facturation au titre des années 2014 et 2015, établie sur la base de relevés du compteur, fait état d'une consommation d'eau à Anglet de 182 m3 en 2014 et de 289 m3 en 2015. Ils ont souscrit, le 17 juin 2015, un contrat de fourniture de gaz naturel auprès d'Engie. Les factures, établies à l'adresse d'Anglet, font état d'une consommation de 688 m3 du 17 juin 2015 au 8 février 2016. Leurs véhicules sont immatriculés à l'adresse d'Anglet. Ils sont assurés auprès de la Garantie Mutuelle des Fonctionnaires (GMF), par contrats à effet du 9 juillet 2011, établis au nom de Mme A, laquelle est également titulaire d'un contrat de protection juridique à effet du 1er septembre 2005, d'un contrat " accidents famille " à effet du 8 juin 2011 ainsi que d'un contrat habitation, à effet du 1er octobre 2010, la résidence d'Anglet étant assurée en qualité de résidence principale et celle de la Flotte-en-Ré en tant que résidence secondaire. L'ensemble des correspondances émanant de la GMF est expédié à l'adresse d'Anglet. Au surplus, il n'existe aucun ordre de réexpédition temporaire ou définitif vers une autre adresse. Dans ces conditions, la circonstance que M. et Mme A disposent d'un appartement à Dakar et qu'ils y possèdent un bateau ne suffit pas à attester de l'existence d'un foyer d'habitation permanent au sens des stipulations qui précèdent. Dès lors, les requérants doivent être regardés comme ayant eu en France, au cours des années en litige, tant leur foyer au sens des dispositions du a de l'article 4 B 1 du code général des impôts, que le centre de leurs intérêts vitaux au sens des stipulations de la convention fiscale conclue entre la France et le Sénégal le 29 mars 1974.
7. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A étaient, pour les années litigieuses, passibles de l'impôt sur le revenu en France et qu'ils ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.
En ce qui concerne la demande d'imputation de la retenue à la source réglée à raison du boni :
8. Aux termes de l'article 119 bis du code général des impôts : " () 2. Les produits visés aux articles 108 à 117 bis donnent lieu à l'application d'une retenue à la source dont le taux est fixé par l'article 187-1 lorsqu'ils bénéficient à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France ".
9. Il est constant que M. et Mme A ont acquitté en France la somme de 271 318 euros en qualité de non-résidents au titre des boni de liquidation reçus de la société Jarisen, par prélèvement à la source. Dès lors qu'ils doivent être regardés comme ayant leur domicile fiscal en France, cette retenue n'était pas applicable. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à contester le bien-fondé de cette retenue et à en demander la restitution.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont seulement fondés à demander la restitution de la somme de 271 318 euros correspondant à la retenue à la source opérée au titre des boni de liquidation
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, par application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 € au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur des montants de 53 311 euros en principal et 17 059 euros en pénalités au titre des revenus exceptionnels suite au boni de liquidation de la société Jarisen, déchargés en cours d'instance.
Article 2 : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont a été assujettis correspondant à la retenue à la source mise à leur charge d'un montant total de 271 318 euros au titre des boni de liquidation.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : L'État versera à M. et Mme A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C A et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
M. Rivière, premier conseiller,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
E. RIVIERE
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026