lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2300456 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | SELARL EBC AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 février et 14 avril 2023, M. B C, représenté par Me Colliou, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors que la décision du 21 octobre 2020 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a interdit à M. C d'introduire de nouveaux veaux dans son atelier d'engraissement est entachée d'illégalité fautive à plusieurs titres ;
- la décision du 21 octobre 2020 est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle a été prise sur le fondement de l'arrêté du 21 octobre 2020 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a déclaré l'exploitation n° 64382065 de vaches allaitantes infectée de tuberculose alors que l'exploitation n° 64382604 de veaux de boucherie constitue une exploitation distincte tant du point de vue organisationnel qu'administratif qui ne fait donc pas l'objet de la déclaration d'infection ; il ressort des termes de la décision du 21 octobre 2020 que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a entendu appliquer au troupeau de veaux de boucherie les dispositions de l'article 32 de l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins alors que le troupeau de vaches allaitantes et le troupeau de veaux de boucherie constituent deux unités distinctes de production d'animaux dès lors qu'ils sont élevés dans deux exploitations dissemblables et à des fins zootechniques différentes ainsi que le rappelle l'article 2 du même arrêté ;
- cette décision est entachée d'une seconde erreur de droit dès lors qu'elle porte une interdiction qui ne correspond à aucune des mesures que le préfet est en droit de prendre selon l'arrêté du 15 septembre 2003 ; le préfet peut prendre un certain nombre de mesures définies par l'arrêté du 15 septembre 2003 parmi lesquelles ne figure pas l'interdiction de gérer une seconde exploitation qui n'a pas été déclarée infectée à la tuberculose bovine ; quand bien même le préfet était compétent pour prendre un certain nombre de mesures définies par l'arrêté, ces dernières doivent être prises sur proposition du directeur départemental en charge de la protection des populations et après accord du ministre chargé de l'agriculture ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les deux exploitations sont distinctes, les deux troupeaux ne partagent pas les mêmes bâtiments, ni le même matériel et il n'y a jamais aucun contact entre les vaches et les veaux ; il aurait été possible, dans le respect des conditions sanitaires et des dispositions des articles 15 et 16 de l'arrêté du 15 septembre 2003 alors en vigueur, de lui permettre d'introduire un nouveau lot de veaux de boucherie dans son atelier d'engraissement dès le 28 octobre 2020 et a fortiori dès l'abattage total du cheptel de vaches allaitantes en mai 2021 ;
- alors que le cheptel de vaches allaitantes aurait dû être abattu au plus tard le 22 décembre 2020 selon la date fixée par la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 21 octobre 2020 en application de l'article 29 de l'arrêté du 15 septembre 2003, il n'a été abattu dans sa totalité que le 20 mai 2021 soit plus de cinq mois après la date réglementaire ; ce dysfonctionnement dans la procédure sanitaire, et notamment dans l'abattage des animaux infectés, a créé un risque sanitaire important qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; de même, ce dysfonctionnement a significativement retardé la date à laquelle il a été autorisé à réintroduire un nouveau lot de veaux de boucherie dans son atelier d'engraissement et constitue également une faute qui engage la responsabilité de l'Etat ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques dès lors qu'un nouveau lot de deux cents veaux devait être introduit le 28 octobre 2020 et que sans la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 21 octobre 2020, il aurait pu continuer à exploiter son activité de veaux de boucherie, si bien que son préjudice est direct et certain ; son préjudice est également anormal et spécial dès lors que la décision litigieuse lui a imposé une sujétion absolument injustifiée au regard de la procédure sanitaire en matière d'abattage des animaux infectés de tuberculose bovine ;
- la décision du 21 octobre 2020 est à l'origine d'un préjudice financier à hauteur de la somme de 24 318,80 euros correspondant à la perte de revenus d'exploitation causée par le refus d'accueil du nouveau lot de veaux de boucherie devant être introduit le 28 octobre 2020 ;
- elle lui a causé un préjudice moral qui doit être également réparé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
A titre principal, il oppose une fin de non-recevoir de la requête tirée du défaut de respect, par la réclamation indemnitaire préalable présentée le 9 février 2023 par le requérant, du délai de recours contre la décision du 21 octobre 2020.
A titre subsidiaire, il soutient que :
- les deux ateliers de M. C comportent une connexité de lieu, de moyens humains et de matériels qui conduit à déterminer un lien épidémiologique fondant l'édiction de mesures spécifiques de gestion ; la décision du 21 octobre 2020 n'est donc pas entachée d'erreur de droit ;
- la prescription de curage et de gestion des effluents et de nettoyage-désinfection de l'atelier d'engraissement des veaux avant la réintroduction d'un nouveau lot étaient, sur un plan sanitaire, parfaitement nécessaires, adaptées et proportionnées ; la décision du 21 octobre 2020 n'est donc pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la responsabilité du départ du troupeau infecté de tuberculose bovine vers l'abattoir ainsi que le choix de l'opérateur de commercialisation relèvent de l'éleveur et non de l'administration ; si la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques a retenu les prix de vente figurant dans l'offre de la coopérative Euralis, M. C pouvait choisir par la suite d'autres négociants pour les enlèvements de son troupeau ; le fait que l'abattage des animaux se soit achevé le 20 mai 2021 au-delà des délais fixés par l'administration est imputable à M. C dès lors que ce dernier a été, dès le début de la phase de gestion de la situation sanitaire de son troupeau, peu prompt à réaliser les démarches nécessaires pour faire avancer son dossier et était très difficile à joindre par les services ; certaines vaches ayant atteint un stade de gestation supérieur à huit mois ne pouvaient être transportées vers l'abattoir ; le retard pris dans le diagnostic de gestation ainsi que les approximations dans cette évaluation par le vétérinaire de M. C ont conduit à un décalage important du départ de ces animaux dans le cadre de l'abattage total ; après l'abattage total du troupeau infecté le 20 mai 2021, les opérations de nettoyage-désinfection n'ont pu être finalisées que le 15 octobre 2021 pour le bâtiment d'engraissement des veaux de boucherie et l'autorisation de réintroduire de tels veaux n'a pu être prises qu'à compter de la même date malgré les nombreuses tentatives de contact avec M. C dont certaines sont restées sans réponse ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat pour rupture de l'égalité devant les charges publiques ne peut être recherchée sur le fondement d'une mesure d'interdiction ou d'autorisation qui a par nature pour objet d'opérer une discrimination et ne tend pas à l'égalité entre les administrés ;
- la décision concernant l'atelier de veaux de boucherie a été prise dans un but de protection de l'intérêt sanitaire particulier du troupeau de bovin de M. C en considérant le risque de contamination des locaux d'élevage des veaux de boucherie du fait des déficits dans l'application de mesures de biosécurité entre cet atelier et le troupeau de vaches allaitantes reconnu infecté de tuberculose bovine ; elle ne constitue pas une mesure d'intérêt général ;
- concernant le préjudice moral allégué par M. C, sans remettre en cause les difficultés et le ressenti exprimés par cet éleveur, les services de la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques ont été présents pour expliquer à ce dernier et l'accompagner dans le suivi de son dossier ainsi que pour faire avancer son dossier par de multiples contacts et visites dans l'exploitation ; M. C ne s'est pas parfaitement conformé à l'arrêté de déclaration d'infection de son cheptel par la tuberculose bovine, engendrant des longs délais d'exécution des mesures prescrites qui ont notamment conduit à retarder la réintroduction des veaux de boucherie ; la demande d'indemnisation de ses préjudices est non fondée et non légitime.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 30 mars 2001 fixant les modalités de l'estimation des animaux abattus et des denrées et produits détruits sur ordre de l'administration ;
- l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins ;
- l'arrêté du 30 juillet 2014 relatif à l'enregistrement des exploitations et des détenteurs ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- et les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, éleveur bovin dans le département des Pyrénées-Atlantiques, dispose d'une exploitation d'élevage de vaches allaitantes et de veaux de boucherie. Par arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 21 octobre 2020, son exploitation d'élevage a été déclarée infectée de tuberculose bovine. Son cheptel de vaches allaitantes a fait l'objet d'un abattage total, par trois opérations successives du 17 février 2021 au 20 mai 2021. Par courrier du 9 février 2023, M. C a présenté une demande indemnitaire préalable, laquelle est restée sans réponse. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 26 de l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins dans sa version en vigueur au 21 octobre 2020 : " Lorsque l'existence de la tuberculose est confirmée par les examens prévus aux articles précédents, le troupeau est placé sous arrêté préfectoral portant déclaration d'infection, qui prescrit l'application des mesures d'assainissement suivantes : () 6° Interdiction de laisser entrer dans les locaux ou les herbages de l'exploitation des animaux de l'espèce bovine ou d'autres espèces sensibles provenant d'autres troupeaux, sauf dérogation accordée par le directeur départemental en charge de la protection des populations ; () 10° Mise en œuvre de mesures de nettoyage de désinfection pouvant être assorties d'une période de vide sanitaire et de la mise en œuvre de conditions de fonctionnement ou d'aménagements destinés à prévenir un risque de recontamination ou de diffusion de la maladie. ". Aux termes de l'article 32 du même arrêté : " I. - De nouveaux bovinés ne peuvent être introduits dans un troupeau ayant été déclaré infecté de tuberculose que lorsque le dernier animal dont l'abattage a été ordonné a été abattu, que les locaux et le matériel à l'usage des animaux ont été désinfectés et qu'une période de vide sanitaire a été appliquée. / Après l'abattage total, les bovinés de renouvellement sont introduits conformément au point I (2°) de l'article 13. / Dans le cas d'une dérogation à l'abattage total prévue à l'article 31, de nouveaux bovinés ne peuvent être introduits qu'après que le troupeau a recouvré sa qualification ou sur dérogation du directeur départemental en charge de la protection des populations dans les conditions définies par instruction du ministre en charge de l'agriculture. Dans ce cas, les tests de dépistage prévus au point I (3°) de l'article 13 doivent être réalisés, sauf en cas de dérogation prévue à l'article 14. II. - Les modalités de nettoyage et de désinfection des locaux et du matériel à l'usage des animaux sont définies par le directeur départemental en charge de la protection des populations en liaison avec le prestataire de services et l'éleveur concernés ; il doit être procédé à un nettoyage approfondi des bâtiments ou lieux d'hébergement des animaux et à leur désinfection au moyen des désinfectants appropriés autorisés. / Conformément à l'article 5 du présent arrêté, il incombe aux propriétaires des animaux ou à leurs représentants de prendre toutes dispositions pour aider à la réalisation des mesures prescrites par le directeur départemental en charge de la protection des populations. / L'attestation de désinfection est délivrée par le prestataire de services à l'éleveur qui transmet l'original au directeur départemental en charge de la protection des populations et en conserve un double dans son registre d'élevage. ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Le préfet, sur proposition du directeur départemental en charge de la protection des populations et après accord du ministre chargé de l'agriculture (sous-direction de la santé et de la protection animales), peut prendre toutes dispositions complémentaires aux mesures définies dans le présent arrêté afin de rendre plus efficiente la protection des élevages et de la santé publique à l'égard de la tuberculose. Il prescrit des mesures renforcées de surveillance notamment vis-à-vis des troupeaux présentant un risque sanitaire particulier à l'égard de la tuberculose soit en raison d'un risque d'exposition accru, soit en raison d'un risque particulier pour la santé publique ou la santé animale. () ".
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par arrêté du 21 octobre 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a porté déclaration d'infection d'une exploitation atteinte de tuberculose bovine, le cheptel bovin de M. C, exploitation n° 64382065, et l'a placé sous la surveillance sanitaire du directeur départemental de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques. L'article 4 de cet arrêté interdit, sauf dérogation accordée par ce directeur, l'introduction dans l'exploitation de bovins ou d'autres animaux d'espèces sensibles provenant d'autres cheptels. L'article 5 de cet arrêté précise qu'à titre dérogatoire, l'introduction de bovins provenant d'autres cheptels peut être autorisée sous réserve que l'assainissement du cheptel infecté suive le protocole par abattage sélectif, que le bovin introduit soit un mâle reproducteur de remplacement et justifie d'un résultat négatif en intradermotuberculination simple et dosage de l'interféron gamma. En outre, les frais inhérents à l'introduction d'animaux sont à la charge de l'exploitant et si des animaux introduits en cours d'assainissement doivent être abattus sur ordre de l'administration, ils ne seront pas indemnisés. Par décision du 21 octobre 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a notifié à M. C l'arrêté portant déclaration d'infection de son exploitation du même jour mentionné ci-dessus et lui a imposé plusieurs mesures dont l'épandage et l'enfouissement sans délai du fumier et du lisier sur des terres labourées ainsi que le nettoyage et la désinfection de ses bâtiments d'élevage comprenant le bâtiment des veaux de boucherie. Cette décision précise également que M. C pourra introduire à nouveau des veaux dans son atelier d'engraissement lorsque les lisiers et fumiers seront épandus et enfouis et lorsque tous les bâtiments seront désinfectés. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte ni de l'arrêté du 21 octobre 2020, ni de la décision du même jour qu'en décidant qu'un nouveau cheptel de veaux de boucherie provenant d'un autre troupeau ne pouvait pas être introduit au sein de l'exploitation de M. C sans réalisation de mesures sanitaires préalables rappelées ci-dessus, le préfet des Pyrénées-Atlantiques ait entendu faire application des dispositions de l'article 32 de l'arrêté du 15 septembre 2023 précité à son troupeau de veaux de boucherie alors que ce dernier n'a pas été déclaré infecté de tuberculose bovine. Cette mesure a été à bon droit prise en application de l'article 26 de l'arrêté du 15 septembre 2003 précité, lequel permet à un arrêté préfectoral portant déclaration d'infection d'un troupeau d'interdire de laisser entrer dans les locaux de l'exploitation des animaux de l'espèce bovine provenant d'autres troupeaux, sauf dérogation. Par ailleurs, il ne résulte pas non plus de l'arrêté du 21 octobre 2020, ni de la décision du même jour que le préfet des Pyrénées-Atlantiques ait adopté des mesures complémentaires à celles prévues par l'arrêté du 15 septembre 2003 au sens de l'article 6 de cet arrêté de sorte que M. C ne peut utilement soutenir que la décision et l'arrêté attaqués auraient dû recueillir l'accord préalable du ministre chargé de l'agriculture en application de l'article 6 de l'arrêté du 15 septembre 2003 précité. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision du 21 octobre 2020 serait entachée de deux erreurs de droit sur le fondement de l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins dans sa version en vigueur au 21 octobre 2020 : " Au sens du présent arrêté, on entend par : - bovin : tout animal de l'espèce Bos taurus ; () - exploitation : tout établissement, toute construction ou, dans le cas d'une exploitation à ciel ouvert, tout lieu situé sur le territoire national, dans lequel des animaux visés au présent arrêté sont détenus, élevés ou entretenus ; - troupeau : chaque unité de production d'animaux de la même espèce, élevés aux mêmes fins zootechniques dans une même exploitation ; - troupeau d'engraissement : toute unité de production d'animaux destinés uniquement à la boucherie et élevés dans une même exploitation ; () ". Aux termes de l'article 15 du même arrêté : " Par dérogation accordée par le directeur départemental en charge de la protection des populations du département où est implantée l'exploitation de destination, sur demande de l'éleveur, les contrôles tuberculiniques individuels prévus à l'article 13 du présent arrêté peuvent ne pas être appliqués aux bovins exclusivement destinés à être introduits et entretenus dans les troupeaux bovins d'engraissement. Ces troupeaux continuent à bénéficier de la qualification " officiellement indemne de tuberculose bovine ". ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " I. - Afin d'obtenir la dérogation visée à l'article 15 du présent arrêté, le détenteur d'un troupeau bovin d'engraissement doit s'engager à : 1° Séparer strictement la structure et la conduite du troupeau bovin d'engraissement de toutes autres unités de production d'espèces sensibles à la tuberculose bovine ; 2° Faire réaliser par le vétérinaire sanitaire de l'exploitation désigné conformément à l'article 3 du présent arrêté une visite initiale de conformité du troupeau bovin d'engraissement permettant à ce vétérinaire d'évaluer la conformité de l'élevage au point 1° ci-dessus ; 3° N'introduire dans le troupeau bovin d'engraissement que des bovins issus de troupeaux officiellement indemnes de tuberculose bovine et en informer systématiquement le vétérinaire sanitaire de l'exploitation. II. - Afin de maintenir la dérogation visée à l'article 15 du présent arrêté, le détenteur d'un troupeau bovin d'engraissement à statut dérogatoire s'engage à : 1° Respecter les conditions fixées aux 1° et 3° du I ci-dessus ; 2° Faire réaliser par le vétérinaire sanitaire de l'exploitation des visites annuelles d'évaluation sanitaire du troupeau bovin d'engraissement permettant à ce vétérinaire de vérifier le respect de ces conditions. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 212-15 du code rural et de la pêche maritime : " Les établissements de l'élevage établissent et tiennent à jour un fichier des animaux qu'ils identifient. () ". Aux termes de l'article R. 212-16 du même code : " Les établissements de l'élevage assurent, dans des conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, l'immatriculation des cheptels ou ensembles de cheptels auxquels appartiennent les animaux qu'ils identifient ; ils établissent et tiennent à jour un répertoire des cheptels immatriculés. ". L'annexe de l'arrêté du 30 juillet 2014 relatif à l'enregistrement des exploitations et des détenteurs, pris en application de l'article R. 212-16 du code rural et de la pêche maritime précité, dispose que la demande d'enregistrement d'une exploitation et/ou d'un détenteur est effectuée auprès des établissements de l'élevage (EdE) par le détenteur des animaux, que le numéro d'exploitation est attribué à un lieu géographique de détention d'animaux et non à un détenteur ou à un cheptel ou troupeau et que quand plusieurs lieux de détention principaux sont gérés par un même détenteur, si les lieux de détention les plus éloignés sont distants de moins de 5 km, ils font obligatoirement partie de la même exploitation.
6. Il est constant que M. C élève deux troupeaux, un cheptel de vaches allaitantes, numéro Ede 64382065 et un cheptel de veaux de boucherie, numéro Ede 64382604, au sein d'une seule exploitation immatriculée au registre du commerce et des sociétés. Il n'est pas contesté que l'arrêté et la décision du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 21 octobre 2020 ne portent que déclaration d'infection du cheptel de vaches allaitantes, numéro Ede 64382065. D'une part, il résulte des dispositions citées au point 5 que le numéro " établissements de l'élevage " (EdE) correspond à un lieu géographique de détention d'animaux de sorte que la circonstance que les deux cheptels de M. C disposent de numéros EdE différents ne permet pas de les regarder comme deux exploitations juridiquement distinctes.
7. D'autre part, si M. C soutient que le préfet aurait dû autoriser l'introduction d'un nouveau lot de veaux de boucherie dans son atelier d'engraissement dont la mise en place était prévue pour le 28 octobre 2020, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait demandé à bénéficier du dispositif dérogatoire pour un détenteur d'un troupeau bovin d'engraissement, prévu par l'article 5 de l'arrêté du 21 octobre 2020 et l'article 16 de l'arrêté du 15 septembre 2003 alors en vigueur, ni qu'il aurait initié les formalités prévues par les articles 15 et 16 du même arrêté organisant la mise en œuvre de ce dispositif dérogatoire. En outre, en produisant des captures écran géoportail de ses deux bâtiments d'exploitation, indiquant qu'ils sont séparés d'une distance allant de 32,23 mètres à 74,17 mètres, et de deux prairies de pâturage en partie mitoyennes d'une superficie de 5 870 m2 et 71 700 m2, ainsi que des photographies extérieures et intérieures de ces bâtiments, sans présence des animaux, M. C n'établit pas que les deux troupeaux de vaches allaitantes et de veaux de boucherie ne partageraient pas les mêmes bâtiments, ni le même matériel et qu'il n'y aurait jamais aucun contact entre les vaches et les veaux. En outre, il résulte de l'enquête épidémiologique de tuberculose bovine, réalisée par la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques le 20 octobre 2020, qu'aucun dispositif de nettoyage et de désinfection des bottes et des petits matériels n'était prévu à l'entrée de l'exploitation et des bâtiments d'élevage. Enfin, il était proposé, en conclusion de cette enquête épidémiologique, que la production de veaux de boucherie puisse reprendre dès la désinfection des bâtiments faite, soit en décembre 2020 - janvier 2021 après l'abattage total. Il résulte du point 3 que le préfet des Pyrénées-Atlantiques était fondé à adopter une telle mesure. Or, il n'est pas contesté qu'une telle désinfection n'a été réalisée qu'en octobre 2021. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en soumettant l'introduction d'un troupeau de veaux de boucherie à la réalisation de mesures sanitaires préalables de lutte contre la tuberculose dont le troupeau de vaches allaitantes était atteinte, le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait fait une inexacte application des articles 15 et 16 de l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins.
8. En troisième lieu, d'une part, aux termes de L. 221-2 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version applicable au litige : " Des arrêtés conjoints du ministre chargé de l'agriculture et du ministre chargé de l'économie et des finances fixent les conditions d'indemnisation des propriétaires dont les animaux ont été abattus sur l'ordre de l'administration, ainsi que les conditions de la participation financière éventuelle de l'Etat aux autres frais obligatoirement entraînés par l'élimination des animaux. () ".
9. L'application des dispositions de l'article L. 221-2 du code rural et de la pêche maritime et de l'arrêté du 30 mars 2001 susvisé ne fait pas obstacle à ce que le propriétaire du troupeau, s'il s'y estime fondé, demande à être indemnisé par l'Etat, selon les règles de droit commun de la responsabilité, en cas de retard anormal de la part de l'administration dans la mise en œuvre de la mesure d'abattage. Dans ces conditions, le régime d'indemnisation permet d'assurer une appréciation et une réparation globales du préjudice.
10. D'autre part, aux termes de l'article 26 de l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins dans sa version en vigueur au 21 octobre 2020 : " Lorsque l'existence de la tuberculose est confirmée par les examens prévus aux articles précédents, le troupeau est placé sous arrêté préfectoral portant déclaration d'infection, qui prescrit l'application des mesures d'assainissement suivantes : 1° Visite, recensement et contrôle de l'identification des bovinés et des animaux d'autres espèces sensibles présents dans l'exploitation ; 2° Isolement et séquestration de tous les animaux du troupeau reconnu infecté jusqu'à leur abattage ; 3° Mise en œuvre d'investigations cliniques, allergiques, analytiques et épidémiologiques à l'égard des animaux détenus sur l'exploitation dans les conditions définies par instruction du ministre chargé de l'agriculture ; 4° Isolement et séquestration des animaux d'autres espèces sensibles à la tuberculose reconnus tuberculeux ; 5° Marquage ou repérage et abattage de tous les animaux du troupeau de bovinés reconnu infecté et, sur décision du directeur départemental en charge de la protection des populations, abattage des autres animaux d'espèces sensibles reconnus infectés détenus dans l'exploitation ; () ". Aux termes de l'article 29 du même arrêté : " Sauf dans les cas prévus à l'article 31, l'assainissement par abattage total d'un troupeau de bovinés déclaré infecté de tuberculose est obligatoire sur l'ensemble du territoire national. / L'abattage des bovinés prévu à l'article 26 est pratiqué dans le délai fixé par le directeur départemental en charge de la protection des populations ; ce délai est limité à trente jours pour les bovinés infectés. / Le directeur départemental en charge de la protection des populations peut choisir l'abattoir de destination des bovinés du troupeau reconnu infecté. Il en est de même pour les abattages diagnostiques réalisés en vue de la mise en évidence de l'infection. ". Aux termes de l'article 30 du même arrêté : " Après abattage total du troupeau et achèvement des opérations de désinfection prévues à l'article 32 ci-après, l'arrêté portant déclaration d'infection est rapporté. Le troupeau de renouvellement retrouve la qualification "officiellement indemne" après réalisation des tests prévus au I de l'article 13. ".
11. Il est constant qu'au mois d'août 2020, le vétérinaire de M. C a suspecté trois bovins de son cheptel de vaches allaitantes d'être infectés par la tuberculose bovine, lesquels ont été abattus le 17 septembre 2020 à l'abattoir de Castres et ont fait l'objet d'une confirmation de contamination en octobre 2020. Dès lors, par arrêté du 21 octobre 2020 et décision du même jour, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a détaillé l'ensemble des mesures à prendre par M. C, en sa qualité d'éleveur d'un troupeau reconnu infecté de tuberculose bovine, en lui rappelant qu'il lui appartenait de mener à bien les démarches afin que les animaux soient abattus dans le délai de deux mois, soit avant le 22 décembre 2020, et que les opérations de nettoyage et de désinfection soient menées dans les trois mois suivant la fin du protocole d'abattage. Il résulte de l'enquête épidémiologique de tuberculose bovine, réalisée par la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques le 20 octobre 2020, que le représentant de cette direction conclut que la production de veaux de boucherie peut reprendre dès la désinfection des bâtiments faite, soit en décembre 2020 - janvier 2021 après l'abattage total. Or, il est constant que l'abattage de la totalité du cheptel de vaches allaitantes de M. C a été organisé en trois opérations à compter du 17 février 2021 et que la dernière opération d'abattage a eu lieu le 20 mai 2021, au lieu du 22 décembre 2020. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a autorisé que par décision du 15 octobre 2021, M. C à réintroduire des bovins dans le bâtiment de son atelier de veaux de boucherie.
12. Cependant, d'une part, il résulte de l'instruction que la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques s'est montrée diligente dans le suivi de la situation de l'éleveur de sorte qu'elle ne peut être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. En effet, par un courriel du 23 novembre 2020, la personne en charge du suivi du dossier de M. C au sein de la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques a fait part à l'intéressé de ses difficultés à le joindre au téléphone, et lui a rappelé que, par courriel du 4 novembre 2020, elle l'avait informé que l'expertise pouvait être réalisée dès la semaine 46 mais qu'il était nécessaire au préalable qu'un bilan de gestation soit réalisé par le vétérinaire sanitaire de M. C. Le 4 décembre 2020, les deux experts désignés par M. C ont estimé la valeur de son cheptel de vaches allaitantes à la somme de 64 060 euros. Par une décision du 22 décembre 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a notifié à M. C l'indemnisation de l'abattage total de son cheptel de vaches allaitantes à hauteur de ce montant. Par courrier du 20 janvier 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a informé M. C avoir retenu l'offre de la société Euralis, négociant en valeur bouchère. La circonstance que le préfet des Pyrénées-Atlantiques ait choisi la société Euralis pour déterminer le prix de vente des bovins du cheptel de M. C ne peut pas engager sa responsabilité pour faute dès lors qu'il appartient à l'éleveur d'organiser les opérations d'abattage avec l'abattoir. Ce choix de la société Euralis par le préfet n'a qu'une portée sur le prix de vente retenu et ne contraint pas l'éleveur qui peut choisir tout négociant pour procéder à l'abattage de son troupeau. Or, il n'est pas contesté que la totalité du cheptel de vaches allaitantes de M. C a été abattue en trois opérations en raison d'un manque de places à l'abattoir. En outre, il est constant que certaines vaches étaient à un stade de gestation ne permettant pas de les transporter sans porter atteinte à leur bien-être de sorte que l'abattage ne pouvait intervenir qu'après le vêlage.
13. D'autre part, si M. C est fondé à soutenir qu'il n'était pas en mesure de procéder au nettoyage et à la désinfection de ses bâtiments en raison du retard dans l'abattage total de son troupeau dont la dernière opération a eu lieu le 20 mai 2021, il ne justifie néanmoins pas son retard à appliquer ces mesures sanitaires à compter de cette date. En effet, il résulte de l'instruction que le devis de la société Farago Sud-Ouest du 28 janvier 2021, prestataire de nettoyage et désinfection, concernait également la désinfection du bâtiment d'engraissement des veaux. Par un courrier du 23 juin 2021, M. C était informé par son interlocuteur de la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques de la nécessité qu'un agent de cette direction contrôle le travail de curage effectué par l'intéressé avant d'autoriser le décapage de ses bâtiments par une entreprise spécialisée puis qu'un nouveau contrôle soit effectué avant d'autoriser la désinfection par une entreprise spécialisée. Ce courrier précisait également que des messages étaient laissés depuis le 21 juin 2021 sur son téléphone portable sans réponse de la part de M. C afin d'organiser ces contrôles. Par courrier du 19 août 2021, M. C a été mis en demeure d'organiser le nettoyage et la désinfection des bâtiments de l'atelier des vaches allaitantes, de l'atelier des veaux à l'engraissement et des matériels de son exploitation dans un délai de quinze jours suivant la réception de ce courrier. Lors de leur visite de contrôle de l'exploitation de M. C du 10 septembre 2021, les agents de la direction départementale de la protection des populations des Pyrénées-Atlantiques ont constaté que malgré le travail réalisé par l'intéressé, certains compléments de nettoyage nécessitaient d'être réalisés afin de pouvoir autoriser la désinfection des bâtiments. Le décapage et la désinfection des bâtiments et du matériel en contact avec les bovins par une entreprise spécialisée ayant été réalisée les 13 et 15 octobre 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a autorisé, par décision du 15 octobre 2021, M. C à réintroduire des bovins dans le bâtiment de son atelier de veaux de boucherie. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que les délais d'abattage de son cheptel de vaches allaitantes infectées puis de nettoyage et de désinfection de son exploitation ayant retardé l'autorisation d'introduction de veaux de boucherie délivrée qu'à compter du 15 octobre 2021 seraient de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat.
14. Enfin, M. C n'établit pas que la circonstance que son troupeau de vaches allaitantes n'ait été abattu dans sa totalité qu'en trois opérations et au plus tard le 20 mai 2021 aurait créé un risque sanitaire important qui constituerait une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
15. En quatrième et dernier lieu, il n'est pas contesté que le dernier lot de veaux de boucherie a quitté l'atelier d'engraissement de l'exploitation de M. C le 18 septembre 2020 et qu'un nouveau lot devait être introduit le 28 octobre 2020. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a autorisé M. C à réintroduire des veaux de boucherie que par décision du 15 octobre 2021. Cependant, il résulte des points 11 à 14 que M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision lui aurait causé un préjudice anormal et spécial au motif qu'elle lui aurait imposé une sujétion absolument injustifiée compte tenu de la procédure sanitaire en matière d'abattage des animaux infectés de tuberculose bovine. Par suite, M. C n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité pour faute ou sans faute de l'Etat ne peut être engagée. Par suite, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions de la requête aux fins d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Crassus, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La rapporteure,
Z. CORTHIER
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026