Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2400647
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2400647 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | GUYON |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 mars 2024, Mme B... A..., représentée par Me Guyon, demande au tribunal :
1°)
de condamner l’État à lui verser une somme de 69 806 euros, assortie des intérêts à compter de sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et de l’obligation vaccinale qu’elle prévoit ;
2°) d’enjoindre à l’État de lui verser cette somme dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été suspendue de ses fonctions de technicienne de laboratoire en raison de son refus de se conformer à l’obligation vaccinale prévue par la loi du 5 août 2021 ;
- la responsabilité de l’État est engagée en raison de cette obligation vaccinale en ce que :
• elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• elle méconnaît le droit de propriété garanti notamment par l’article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
• sa levée a été tardive en ce qu’elle n’était plus justifiée postérieurement à l’avis rendu par la Haute autorité sanitaire du 23 février 2023 ;
• elle présente un caractère disproportionné ;
• elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en l’absence de données sur la lutte contre la transmissibilité du virus et l’existence d’effets secondaires ;
- la responsabilité sans faute de l’État est engagée au titre de la rupture de l’égalité devant les charges publiques, son préjudice présentant un caractère grave et spécial ;
- elle est fondée à solliciter l’indemnisation des ses préjudices, qui doivent être évalués comme suit :
• 10 552,74 euros au titre du préjudice financier ;
• 4 253,26 euros au titre de la perte de droits à la retraite ;
• 10 000 euros au titre de l’incidence professionnelle ;
• 5 000 euros au titre du préjudice moral ;
• 40 000 euros au titre du trouble dans les conditions d’existence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024, la ministre de la santé et de l’accès aux soins conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les conditions d’engagement de la responsabilité du fait de la loi du 5 août 2021 ne sont pas réunies ;
- à titre subsidiaire, les préjudices dont l’indemnisation est sollicitée et leur lien de causalité avec l’obligation vaccinale ne sont pas établis.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que la requérante n’est pas recevable à rechercher la responsabilité de l’État du fait de l’obligation vaccinale prévue par la loi du 5 août 2021, le contentieux n’étant pas lié au regard de ce fait générateur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et ses protocoles additionnels ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Becirspahic, conseillère,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. Par un contrat à durée déterminée, Mme A... a été recrutée en qualité de technicienne de laboratoire à compter du 1er juillet 2019 par la société Ax Bio Océan, qui gère un laboratoire d’analyses médicales. A ce titre, elle a été astreinte à l’obligation vaccinale contre la covid-19 prévue par la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Par un courrier du 15 septembre 2021, son employeur l’a suspendue de ses fonctions, jusqu’à la présentation d’un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Le 19 décembre 2023, elle a été licenciée pour faute. Par un courrier reçu le 11 mars 2024, Mme A... a demandé à l’État de lui verser la somme totale de 69 806 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison de sa suspension. Ce courrier n’a donné lieu à aucune réponse de la part de l’État. Par sa requête, Mme A... sollicite l’engagement de la responsabilité de l’État en raison des conséquences dommageables de l’obligation vaccinale prévue par la loi du 5 août 2021.
2. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. (…) ».
3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
4. Par son courrier daté du 6 mars 2024, Mme A... a sollicité l’indemnisation des préjudices qu’elle estime avoir subis, en indiquant qu’elle « était technicienne de laboratoire spécialisée en microbiologie au sein de la société AX BIO OCEAN depuis le 1er juillet 2019. Par un courrier remis en mains propres, à l’issue de l’arrêt maladie du 3 septembre 2021 jusqu’au 27 février 2022, la société AX BIO OCEAN a suspendu [Mme A...] sans rémunération et pour une durée indéterminée à compter du 28 février 2022 jusqu’au mois de décembre 2023 (…). Son contrat de travail au sein de la société AX BIO OCEAN a pris fin le 19 décembre 2023. Compte tenu de l’intégralité des préjudices subis du fait de cette situation, Madame B... A... sollicite l’indemnisation des préjudices suivants : (…) ». Il ressort de ces termes que Mme A... entend obtenir réparation des dommages qu’elle impute à sa suspension par son employeur. Alors que la présente action indemnitaire vise à obtenir l’engagement de la responsabilité du fait de la loi du 5 août 2021, et, plus précisément de l’obligation vaccinale qu’elle pose, cette demande indemnitaire, qui vise pour seul fait générateur la suspension de Mme A..., sans aucune référence à cette loi, ne saurait regardée comme ayant lié le contentieux au regard du fait générateur invoqué à l’instance. Par suite, faute de liaison du contentieux, la requête de Mme A... aux fins d’indemnisation des dommages qu’elle impute à l’obligation vaccinale posée par la loi du 5 août 2021 ne peut qu’être rejetée, en toutes ses conclusions, pour irrecevabilité.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Meunier-Garner, présidente,
Mme Aché, première conseillère,
Mme Becirspahic, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
L. BECIRSPAHIC
La présidente,
M-O. MEUNIER-GARNER
L’assesseure la plus ancienne,
M. D...
Le président-rapporteur,
A. MARCHAND
L’assesseure la plus ancienne,
M. D...
La greffière,
M. C...
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Par une requête, enregistrée le 8 mars 2024, Mme B... A..., représentée par Me Guyon, demande au tribunal :
1°)
de condamner l’État à lui verser une somme de 69 806 euros, assortie des intérêts à compter de sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et de l’obligation vaccinale qu’elle prévoit ;
2°) d’enjoindre à l’État de lui verser cette somme dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été suspendue de ses fonctions de technicienne de laboratoire en raison de son refus de se conformer à l’obligation vaccinale prévue par la loi du 5 août 2021 ;
- la responsabilité de l’État est engagée en raison de cette obligation vaccinale en ce que :
• elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• elle méconnaît le droit de propriété garanti notamment par l’article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
• sa levée a été tardive en ce qu’elle n’était plus justifiée postérieurement à l’avis rendu par la Haute autorité sanitaire du 23 février 2023 ;
• elle présente un caractère disproportionné ;
• elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en l’absence de données sur la lutte contre la transmissibilité du virus et l’existence d’effets secondaires ;
- la responsabilité sans faute de l’État est engagée au titre de la rupture de l’égalité devant les charges publiques, son préjudice présentant un caractère grave et spécial ;
- elle est fondée à solliciter l’indemnisation des ses préjudices, qui doivent être évalués comme suit :
• 10 552,74 euros au titre du préjudice financier ;
• 4 253,26 euros au titre de la perte de droits à la retraite ;
• 10 000 euros au titre de l’incidence professionnelle ;
• 5 000 euros au titre du préjudice moral ;
• 40 000 euros au titre du trouble dans les conditions d’existence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024, la ministre de la santé et de l’accès aux soins conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les conditions d’engagement de la responsabilité du fait de la loi du 5 août 2021 ne sont pas réunies ;
- à titre subsidiaire, les préjudices dont l’indemnisation est sollicitée et leur lien de causalité avec l’obligation vaccinale ne sont pas établis.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que la requérante n’est pas recevable à rechercher la responsabilité de l’État du fait de l’obligation vaccinale prévue par la loi du 5 août 2021, le contentieux n’étant pas lié au regard de ce fait générateur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et ses protocoles additionnels ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Becirspahic, conseillère,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. Par un contrat à durée déterminée, Mme A... a été recrutée en qualité de technicienne de laboratoire à compter du 1er juillet 2019 par la société Ax Bio Océan, qui gère un laboratoire d’analyses médicales. A ce titre, elle a été astreinte à l’obligation vaccinale contre la covid-19 prévue par la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Par un courrier du 15 septembre 2021, son employeur l’a suspendue de ses fonctions, jusqu’à la présentation d’un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Le 19 décembre 2023, elle a été licenciée pour faute. Par un courrier reçu le 11 mars 2024, Mme A... a demandé à l’État de lui verser la somme totale de 69 806 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison de sa suspension. Ce courrier n’a donné lieu à aucune réponse de la part de l’État. Par sa requête, Mme A... sollicite l’engagement de la responsabilité de l’État en raison des conséquences dommageables de l’obligation vaccinale prévue par la loi du 5 août 2021.
2. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. (…) ».
3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
4. Par son courrier daté du 6 mars 2024, Mme A... a sollicité l’indemnisation des préjudices qu’elle estime avoir subis, en indiquant qu’elle « était technicienne de laboratoire spécialisée en microbiologie au sein de la société AX BIO OCEAN depuis le 1er juillet 2019. Par un courrier remis en mains propres, à l’issue de l’arrêt maladie du 3 septembre 2021 jusqu’au 27 février 2022, la société AX BIO OCEAN a suspendu [Mme A...] sans rémunération et pour une durée indéterminée à compter du 28 février 2022 jusqu’au mois de décembre 2023 (…). Son contrat de travail au sein de la société AX BIO OCEAN a pris fin le 19 décembre 2023. Compte tenu de l’intégralité des préjudices subis du fait de cette situation, Madame B... A... sollicite l’indemnisation des préjudices suivants : (…) ». Il ressort de ces termes que Mme A... entend obtenir réparation des dommages qu’elle impute à sa suspension par son employeur. Alors que la présente action indemnitaire vise à obtenir l’engagement de la responsabilité du fait de la loi du 5 août 2021, et, plus précisément de l’obligation vaccinale qu’elle pose, cette demande indemnitaire, qui vise pour seul fait générateur la suspension de Mme A..., sans aucune référence à cette loi, ne saurait regardée comme ayant lié le contentieux au regard du fait générateur invoqué à l’instance. Par suite, faute de liaison du contentieux, la requête de Mme A... aux fins d’indemnisation des dommages qu’elle impute à l’obligation vaccinale posée par la loi du 5 août 2021 ne peut qu’être rejetée, en toutes ses conclusions, pour irrecevabilité.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.
Délibéré après l’audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Meunier-Garner, présidente,
Mme Aché, première conseillère,
Mme Becirspahic, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
L. BECIRSPAHIC
La présidente,
M-O. MEUNIER-GARNER
L’assesseure la plus ancienne,
M. D...
Le président-rapporteur,
A. MARCHAND
L’assesseure la plus ancienne,
M. D...
La greffière,
M. C...
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
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