vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401760 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CHAMBRE 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, le maire de la commune de Tarnos demande au tribunal de déclarer Mme A B démissionnaire d'office de ses fonctions de conseillère municipale de la commune de Tarnos.
Il soutient que :
- Mme B n'a pas exercé sa fonction d'assesseur pour les élections européennes, le 9 juin 2024, elle a prévenu de son absence mais ne l'a pas justifiée ;
- elle n'a pas exercé sa fonction d'assesseur pour le premier tour des élections législatives le 30 juin 2024, alors que ses obligations lui ont été rappelées par un mail le 11 juin 2024 et n'a pas prévenu de son absence ni justifiée celle-ci ;
- elle n'a pas exercé sa fonction d'assesseur pour le second tour des élections législatives le 7 juillet 2024 et n'a pas prévenu de son absence ni justifiée celle-ci ;
- ces trois manquements s'ajoutent à une liste de cinq autres scrutins pour lesquels Mme B a refusé d'assumer ses obligations d'élus ;
- depuis son élection le 15 mars 2020, Mme B a négligé une large majorité des scrutins organisés malgré le fait que des rappels sur les obligations qui incombent à sa fonction d'élue municipale ont été opérés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, Mme B conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- elle n'a pas abandonné ses fonctions ;
- il s'agit d'une situation de règlement de compte ;
- elle n'a pas refusé d'exercer sa fonction d'assesseur en bureau de vote mais n'a pas pu le faire pour des raisons familiales et de santé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sellès, présidente-rapporteure,
- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,
- les observations de Mme B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que la requête et développe, en outre, que cette procédure est le fruit d'une volonté d'éviction politique, que beaucoup de conseillers municipaux ne sont pas présents à chaque scrutin en raison du nombre suffisant d'assesseurs dans les bureaux de votes de Tarnos et que cela ne pose jamais de difficultés ; elle n'a pas obtenu du maire de précisions relatives à la composition des bureaux de vote aux dernières élections européennes et législatives. Elle indique que les relations avec le maire et ses adjoints sont houleuses et que la démission d'office prononcée par le tribunal administratif de Pau à l'égard d'un conseiller municipal d'une ville voisine un mois auparavant aurait inspiré le maire pour parvenir à ses fins. Elle avait prévenu qu'elle ne pouvait venir pour des raisons de santé et personnelle, et fournit le certificat médical qui l'atteste.
Une note en délibéré, produite par Mme B, a été enregistrée le 17 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de la commune de Tarnos demande au tribunal de déclarer Mme B démissionnaire d'office de ses fonctions de conseillère municipale de la commune de Tarnos au motif qu'elle n'a pas exercé sa fonction d'assesseur pour les élections départementales et régionales de 2021, pour les élections présidentielles et législatives de 2022 et pour les élections européennes et législatives de 2024, bien que des rappels de ses obligations, en tant qu'élue municipale, aient été effectués à plusieurs reprises.
2. Aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an ". Aux termes de l'article R. 2121-5 du même code : " Dans les cas prévus à l'article L. 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif. / Faute d'avoir statué dans le délai fixé à l'alinéa précédent, le tribunal administratif est dessaisi. Le greffier en chef en informe le maire en lui faisant connaître qu'il a un délai d'un mois, à peine de déchéance, pour saisir la cour administrative d'appel. / Lorsque le tribunal administratif prononce la démission d'un conseiller municipal, le greffier en chef en informe l'intéressé en lui faisant connaître qu'il a un délai d'un mois pour se pourvoir devant la cour administrative d'appel. / La contestation est instruite et jugée sans frais par la cour administrative d'appel dans le délai de trois mois ".
3. Aux termes de l'article R. 42 du code électoral : " Chaque bureau de vote est composé d'un président, d'au moins deux assesseurs et d'un secrétaire choisi par eux parmi les électeurs de la commune. () Deux membres du bureau au moins doivent être présents pendant tout le cours des opérations électorales () ". L'article R. 44 du même code dispose que : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - chaque candidat, binôme de candidats ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. / Le jour du scrutin, si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l'ordre de priorité suivant : l'électeur le plus jeune, puis l'électeur le plus âgé. / () ".
4. Il résulte des dispositions précitées du code électoral que la fonction d'assesseur de bureau de vote, qui peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal, compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Un conseiller municipal ne peut se soustraire à l'obligation de remplir cette fonction que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable.
Sur les scrutins antérieurs à 2024 :
5. En vertu des dispositions précitées, le maire de la commune de Tarnos est forclos pour demander la démission d'office de Mme B en raison de son absence lors des élections législatives des 12 et 19 juin 2022, du second tour de l'élection présidentielle du 24 avril 2022 ainsi que lors des élections départementales et régionales des 20 et 27 juin 2021. Au surplus, il ne produit à l'instance aucune pièce permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen tiré de la persistance de Mme B à ne pas respecter ses obligations de conseillère municipale au sens des dispositions du second alinéa de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales précité.
Sur les scrutins de 2024 :
En ce qui concerne les élections législatives de 2024 :
6. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait déclaré, de façon expresse ou publique, son refus de remplir les fonctions qui lui sont dévolues par les lois en sa qualité de conseillère municipale, relatives à la tenue des bureaux de vote pour le scrutin des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024. En revanche, elle soutient, sans être contredite, avoir informé préalablement le maire de son absence pour cause médicale, argument confirmé par la production d'un certificat médical. Ainsi, la requérante doit être regardée comme ayant présenté une excuse valable, au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, et le maire de la commune de Tarnos n'est pas fondé à demander que soit prononcée sa démission d'office de ses fonctions de conseillère municipale pour son absence lors des deux tours du scrutin législatif.
En ce qui concerne les élections européennes de 2024 :
7. Mme B indique, sans être contredite, qu'elle a averti la collectivité de son absence du 9 juin 2024, notamment par un mail adressé le 8 juin 2024. En effet, elle a été contrainte, à la dernière minute, compte tenu des modifications dans l'organisation d'une manifestation culturelle, de participer à l'encadrement des enfants mineurs plus nombreux que prévus à l'occasion de leur participation à ladite manifestation culturelle. Si ce fait ne saurait constituer intrinsèquement une excuse valable au sens du premier alinéa de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, Mme B se prévaut en défense de l'existence de manœuvres du maire, venant après d'autres mises à l'écart, notamment dans la tenue des bureaux de vote, et des remises en causes répétées de son statut de conseillère municipale d'opposition, en vue de provoquer une situation lui permettant d'engager à son encontre une procédure de démission d'office.
8. Il est constant qu'à l'appui de sa demande de déclarer Mme B démissionnaire d'office, le maire de la commune de Tarnos ne soutient à aucun moment avoir rencontré une quelconque difficulté dans la composition des bureaux de vote du scrutin relatif aux élections européennes du 9 juin dernier. Il n'a d'ailleurs fourni à l'instance aucune pièce relative à cette difficulté, tandis que Mme B soutient, sans être contredite, qu'elle n'a pas pu obtenir de la mairie de précisions sur la composition des bureaux de vote aux opérations électorales précitées, de nature à établir cette difficulté. Enfin, la lettre circulaire du maire de Tarnos en date du 11 juin 2024, rappelant aux conseillers municipaux leurs obligations, est relative au scrutin législatif, pour lequel Mme B a fourni une excuse valable pour son absence, et non au scrutin des élections européennes. Par ailleurs, le contexte politique très tendu au sein du conseil municipal de la commune de Tarnos, décrit par Mme B, dans son mémoire en défense, sans être aucunement démenti par la commune, semble attester d'un usage des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales constitutif, dans les circonstances de l'espèce, d'une manœuvre qui permet de regarder Mme B comme justifiant d'une excuse valable au sens des dispositions de L. 2121- 5 du code général des collectivités territoriales.
9. En l'absence de tout autre indication, et au regard des circonstances très particulières de l'espèce, il résulte de ce qui précède que le maire de la commune de Tarnos n'est pas fondé à demander que soit prononcée la démission d'office de Mme B de ses fonctions de conseillère municipale sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales et il y a lieu de rejeter sa demande.
D É C I D E :
Article 1er : La requête du maire de la commune de Tarnos est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée au maire de la commune de Tarnos, à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète des Landes.
Délibéré après l'audience du 17 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Perdu, présidente,
Mme Foulon, conseillère.
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
M. SELLÈS
L'assesseure,
S. PERDU
La greffière,
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
N°2401760
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026