Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2603119
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2603119 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ORTEGO SAMPEDRO |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2026 et le 28 septembre 2026, M. A... B..., représenté par Me Ortego Sampedro, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision en date du 18 juin 2026 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a décidé de clôturer sa demande de titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées, à titre provisoire, dans l’attente du jugement au fond, de rouvrir sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation ou un récépissé avec autorisation de travail dans le délai d’une semaine à compter de la notification de l’ordonnance à venir ;
3°) à titre subsidiaire d’enjoindre au préfet, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, de débloquer son compte ANEF dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’urgence est présumée dès lors qu’il s’est vu reconnaître le statut de réfugié et devrait donc bénéficier d’un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l’article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est atteint d’un lourd handicap, l’absence de droit au séjour ne lui permet pas de bénéficier des soins, des aides et de la prise en charge dont il a besoin ;
- il existe, en outre, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision dans la mesure où :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d’erreur de fait et d’erreur de droit en retenant que sa demande a été présentée sur un motif erroné étant donné qu’il a présenté sa demande en qualité de réfugié et que cette démarche a été effectuée avec l’aide d’un agent de la préfecture ; dès lors qu’il a déposé un dossier complet, avec les justificatifs de son statut de réfugié, le préfet se devait d’enregistrer sa demande ;
* cette décision est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu’il se trouve dans l’impossibilité d’intégrer le foyer d’accueil médicalisé vers lequel il a été orienté ;
* elle est entachée d’erreur de droit sur le fondement des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’une carte de résident doit lui être délivrée de plein droit en sa qualité de réfugié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2026, la préfète des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
• l’urgence n’est pas établie dès lors que l’intéressé a présenté sa demande plus d’un an après l’expiration de son titre de séjour précédent et sur un fondement erroné ; qu’il n’établit pas l’impossibilité de prise en charge en lien avec cette décision ni le caractère urgent des soins ;
• les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2026.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée sous le n°2603118 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision du 18 juin 2026.
Le président du tribunal a désigné Mme Brouard-Lucas, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 28 septembre 2026 à 14 heures en présence de Mme Strzalkowska, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Brouard-Lucas, juge des référés, laquelle a informé les parties, en application de l’article R. 522-9 du code de justice administrative, de ce que l’ordonnance était susceptible d’être fondée sur le moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-3 et L. 541-1 du code de justice administrative ;
- les observations de Me Ortego Sampedro, représentant M. B..., qui confirme ses écritures et rappelle que la demande en litige a été faite sur le site de l’ANEF par un agent de la préfecture et que parfois le site de l’ANEF ne permet pas de choisir le type de demande qu’on souhaite déposer et qu’il appartient au préfet, s’agissant d’un titre de plein droit, de modifier le motif de la demande en fonction des pièces produites.
La préfète des Hautes-Pyrénées n’était ni présente ni représentée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., né le 4 septembre 2006, de nationalité ukrainienne, s’est vu reconnaître le statut de réfugié le 15 octobre 2019. Il a déposé le 4 mai 2026 une demande de titre de séjour qui a fait l’objet d’une décision de clôture le 18 juin 2026 au motif qu’il devait présenter une demande en tant que réfugié et non en tant que membre de la famille d’un réfugié. M. B... demande au juge des référés de suspendre cette décision.
Sur la demande de suspension :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». L’article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B..., qui a levé le secret médical, présente des troubles du développement dans le cadre d’un syndrome autistique et souffre d’une psychose infantile et que le refus d’instruire sa demande de titre de séjour le place dans une situation de précarité en ne lui permettant pas de bénéficier des aides sociales et d’intégrer le foyer d’accueil médicalisé dans lequel il a été orienté. Alors que contrairement à ce que soutient le préfet, M. B... a déposé des demandes de titre de séjour dès sa majorité, dont aucune n’a pu aboutir, la situation de précarité dans laquelle le place le préfet des Hautes-Pyrénées en s’abstenant de lui délivrer un récépissé au motif allégué d’une erreur sur le motif de sa demande de titre de séjour porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à la situation du requérant. La condition d’urgence est par suite remplie.
5. En second lieu, aux termes de l’article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ». Aux termes de l’article R. 424-1 de ce code : « Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile (…) ».
6. Compte tenu de ce qui a été énoncé au point 5, alors qu’il n’est pas contesté que la demande de titre de séjour a été déposée sur le site de l’ANEF par un agent de la préfecture, les moyens tirés de l’erreur de fait et de l’erreur de droit à retenir un fondement erroné, de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de cette sur sa situation personnelle et de la méconnaissance des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature, en l’état de l’instruction, à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... est fondé à demander la suspension de l’exécution de la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 18 juin 2026.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
8. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète des Hautes-Pyrénées, à titre provisoire dans l’attente du jugement au fond, procède à la réouverture de la demande de titre de séjour de M. B..., lui délivre un récépissé avec droit à l’exercice d’une activité professionnelle, et la mette à l’instruction. Il y a lieu d’adresser à la préfète une injonction en ce sens et de lui assigner un délai de quinze jours pour y satisfaire.
Sur les conclusions à fin d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. M. B... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante, le versement d’une somme de 1 200 euros à Me Ortego Sampedro sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 18 juin 2026 clôturant la demande de titre de séjour de M. B... est suspendue.
Article 2 : Il est fait injonction à la préfète des Hautes-Pyrénées, à titre provisoire, de procéder à la réouverture de la demande de titre de séjour de M. B..., de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler et de procéder à son instruction, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Sous réserve que le conseil de M. B... renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Ortego Sampedro une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., au ministre de l’intérieur, à la préfète des Hautes-Pyrénées et à Me Ortego Sampedro.
Fait à Pau, le 1er octobre 2026.
La juge des référés, La greffière,
C. BROUARD-LUCAS
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 septembre 2026 et le 28 septembre 2026, M. A... B..., représenté par Me Ortego Sampedro, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision en date du 18 juin 2026 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a décidé de clôturer sa demande de titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées, à titre provisoire, dans l’attente du jugement au fond, de rouvrir sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation ou un récépissé avec autorisation de travail dans le délai d’une semaine à compter de la notification de l’ordonnance à venir ;
3°) à titre subsidiaire d’enjoindre au préfet, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, de débloquer son compte ANEF dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’urgence est présumée dès lors qu’il s’est vu reconnaître le statut de réfugié et devrait donc bénéficier d’un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l’article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est atteint d’un lourd handicap, l’absence de droit au séjour ne lui permet pas de bénéficier des soins, des aides et de la prise en charge dont il a besoin ;
- il existe, en outre, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision dans la mesure où :
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d’erreur de fait et d’erreur de droit en retenant que sa demande a été présentée sur un motif erroné étant donné qu’il a présenté sa demande en qualité de réfugié et que cette démarche a été effectuée avec l’aide d’un agent de la préfecture ; dès lors qu’il a déposé un dossier complet, avec les justificatifs de son statut de réfugié, le préfet se devait d’enregistrer sa demande ;
* cette décision est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu’il se trouve dans l’impossibilité d’intégrer le foyer d’accueil médicalisé vers lequel il a été orienté ;
* elle est entachée d’erreur de droit sur le fondement des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’une carte de résident doit lui être délivrée de plein droit en sa qualité de réfugié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2026, la préfète des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
• l’urgence n’est pas établie dès lors que l’intéressé a présenté sa demande plus d’un an après l’expiration de son titre de séjour précédent et sur un fondement erroné ; qu’il n’établit pas l’impossibilité de prise en charge en lien avec cette décision ni le caractère urgent des soins ;
• les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2026.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée sous le n°2603118 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision du 18 juin 2026.
Le président du tribunal a désigné Mme Brouard-Lucas, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 28 septembre 2026 à 14 heures en présence de Mme Strzalkowska, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Brouard-Lucas, juge des référés, laquelle a informé les parties, en application de l’article R. 522-9 du code de justice administrative, de ce que l’ordonnance était susceptible d’être fondée sur le moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-3 et L. 541-1 du code de justice administrative ;
- les observations de Me Ortego Sampedro, représentant M. B..., qui confirme ses écritures et rappelle que la demande en litige a été faite sur le site de l’ANEF par un agent de la préfecture et que parfois le site de l’ANEF ne permet pas de choisir le type de demande qu’on souhaite déposer et qu’il appartient au préfet, s’agissant d’un titre de plein droit, de modifier le motif de la demande en fonction des pièces produites.
La préfète des Hautes-Pyrénées n’était ni présente ni représentée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., né le 4 septembre 2006, de nationalité ukrainienne, s’est vu reconnaître le statut de réfugié le 15 octobre 2019. Il a déposé le 4 mai 2026 une demande de titre de séjour qui a fait l’objet d’une décision de clôture le 18 juin 2026 au motif qu’il devait présenter une demande en tant que réfugié et non en tant que membre de la famille d’un réfugié. M. B... demande au juge des référés de suspendre cette décision.
Sur la demande de suspension :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». L’article R. 522-1 du même code dispose, en son premier alinéa : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B..., qui a levé le secret médical, présente des troubles du développement dans le cadre d’un syndrome autistique et souffre d’une psychose infantile et que le refus d’instruire sa demande de titre de séjour le place dans une situation de précarité en ne lui permettant pas de bénéficier des aides sociales et d’intégrer le foyer d’accueil médicalisé dans lequel il a été orienté. Alors que contrairement à ce que soutient le préfet, M. B... a déposé des demandes de titre de séjour dès sa majorité, dont aucune n’a pu aboutir, la situation de précarité dans laquelle le place le préfet des Hautes-Pyrénées en s’abstenant de lui délivrer un récépissé au motif allégué d’une erreur sur le motif de sa demande de titre de séjour porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à la situation du requérant. La condition d’urgence est par suite remplie.
5. En second lieu, aux termes de l’article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ». Aux termes de l’article R. 424-1 de ce code : « Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile (…) ».
6. Compte tenu de ce qui a été énoncé au point 5, alors qu’il n’est pas contesté que la demande de titre de séjour a été déposée sur le site de l’ANEF par un agent de la préfecture, les moyens tirés de l’erreur de fait et de l’erreur de droit à retenir un fondement erroné, de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de cette sur sa situation personnelle et de la méconnaissance des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature, en l’état de l’instruction, à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... est fondé à demander la suspension de l’exécution de la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 18 juin 2026.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
8. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète des Hautes-Pyrénées, à titre provisoire dans l’attente du jugement au fond, procède à la réouverture de la demande de titre de séjour de M. B..., lui délivre un récépissé avec droit à l’exercice d’une activité professionnelle, et la mette à l’instruction. Il y a lieu d’adresser à la préfète une injonction en ce sens et de lui assigner un délai de quinze jours pour y satisfaire.
Sur les conclusions à fin d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. M. B... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante, le versement d’une somme de 1 200 euros à Me Ortego Sampedro sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 18 juin 2026 clôturant la demande de titre de séjour de M. B... est suspendue.
Article 2 : Il est fait injonction à la préfète des Hautes-Pyrénées, à titre provisoire, de procéder à la réouverture de la demande de titre de séjour de M. B..., de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler et de procéder à son instruction, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Sous réserve que le conseil de M. B... renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Ortego Sampedro une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., au ministre de l’intérieur, à la préfète des Hautes-Pyrénées et à Me Ortego Sampedro.
Fait à Pau, le 1er octobre 2026.
La juge des référés, La greffière,
C. BROUARD-LUCAS
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
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