jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-1904431 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP MARC LEVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 12 juin 2019, 2 septembre 2019 et 1er décembre 2020, le pôle d'équilibre territorial et rural (PETR) du Piémont des Vosges et la commune de Saint-Nabor, représentés par la SCP Marc Lévys, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Bas-Rhin en date du 12 décembre 2018 portant protection du biotope des anciennes carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de sa signataire ;
- il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de consultation du directeur régional de l'Office national des forêts ;
- il est entaché d'un vice de procédure, la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ayant rendu son avis sans respecter la condition de quorum ;
- il méconnaît les dispositions du II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement dès lors que la note de présentation accompagnant le projet soumis à consultation était insuffisante quant aux biotopes et espèces concernées ainsi qu'aux raisons justifiant de la nécessité de leur protection ;
- il est entaché d'un vice de procédure, en l'absence d'actualisation de l'étude environnementale du 23 novembre 2016 ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de la directive n° 92/43/CEEE du 21 mai 1992 et des articles L. 411-1 et R. 411-15 du code de l'environnement ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 411-15 du code de l'environnement, les conditions n'étant pas réunies ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'appréciation ainsi que de détournement de pouvoir dès lors qu'il a été adopté pour des raisons étrangères à la protection du biotope ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 411-17 du code de l'environnement ;
- il méconnaît le principe de proportionnalité et porte une atteinte excessive au principe de libre administration des collectivités territoriales, au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2020, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en intervention, enregistrés le 1er décembre 2020 et le 17 août 2021, la commune d'Ottrott et la communauté de communes des Portes de Rosheim demandent que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête du PETR du Piémont des Vosges et de la commune de Saint-Nabor.
Elles se réfèrent aux moyens exposés dans la requête.
Par une intervention, enregistrée le 4 octobre 2021, l'association de sauvegarde du massif du Mont Saint-Odile demande que le tribunal rejette la requête n° 1904431.
Elle soutient que l'annulation de l'arrêté attaqué emporterait des conséquences excessives pour l'environnement.
Par une lettre du 16 juin 2022, les parties ont été invitées à présenter des observations, conformément à la décision du Conseil d'État en date du 11 mai 2004 (n° 255886), sur les conséquences qu'emporterait une éventuelle annulation de l'arrêté du préfet du Bas-Rhin en date du 12 décembre 2018, en raison tant des effets que cet acte de protection de biotope a déjà produits et aux situations qui ont pu se constituer depuis son entrée en vigueur ainsi que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets.
Un mémoire en réponse à l'invitation du tribunal à formuler des observations, présenté par la préfète du Bas-Rhin, a été enregistré le 23 juin 2022.
Un mémoire en réponse à l'invitation du tribunal à formuler des observations, présenté pour le PETR du Piémont des Vosges et la commune de Saint-Nabor ainsi que pour la commune d'Ottrott et la communauté de communes des Portes de Rosheim, a été enregistré le 24 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code forestier ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A C,
- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique,
- les observations de M. B, représentant le PETR du Piémont des Vosges,
- les observations de Mme D, représentant la préfète du Bas-Rhin,
- les observations de M. Staub, président de l'association de sauvegarde du massif du Mont Saint-Odile.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la dernière phase d'exploitation des carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor, le préfet du Bas-Rhin a, par un arrêté du 16 avril 2014, accordé au syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) des carrières une dérogation à l'interdiction de détruire des espèces végétales protégées et détruire, altérer ou dégrader des sites de reproduction ou des aires de repos d'espèces animales protégées. Conformément à l'un de ses engagements qui avaient conditionné la délivrance de cette dérogation, le SIVU a, le 8 septembre 2017, déposé un dossier de demande de mise en place d'un arrêté préfectoral de protection de biotope sur les carrières. Par la présente requête, le pôle d'équilibre territorial et rural (PETR) du Piémont des Vosges et la commune de Saint-Nabor demandent l'annulation de l'arrêté du préfet du Bas-Rhin en date du 12 décembre 2018 portant protection de biotope des anciennes carrières ainsi que celle de la décision implicite née du silence gardé par le préfet sur le recours gracieux qu'ils avaient formé.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la préfète du Bas-Rhin :
2. En premier lieu, sa qualité de propriétaire d'une partie des parcelles incluses dans le périmètre de l'arrêté de protection de biotope attaqué confère à la commune de Saint-Nabor intérêt à agir pour en demander l'annulation. La fin de non-recevoir doit être écartée.
3. En second lieu, le PETR du Piémont des Vosges, qui s'est substitué au syndicat mixte du même nom le 1er janvier 2019, a une compétence réglementaire pour élaborer, suivre et réviser le schéma de cohérence territoriale du Piémont des Vosges, lequel inclut entre autres des actions en matière de développement économique, d'aménagement de l'espace et de promotion de la transition écologique. Ainsi, eu égard aux effets juridiques d'un arrêté de protection de biotope, et compte tenu, en l'espèce, des interdictions dont est assorti l'arrêté en litige, le PETR du Piémont des Vosges justifie d'un intérêt à agir pour demander l'annulation de cet arrêté. La fin de non-recevoir doit également être écartée.
Sur la recevabilité des interventions :
4. En premier lieu, la commune d'Ottrott justifie, en sa qualité de propriétaire d'une partie des parcelles concernées par l'arrêté attaqué, d'un intérêt suffisant à son annulation. Par suite, et alors même que la communauté de communes des Portes de Rosheim, qui se borne à indiquer que les communes d'Ottrott et de Saint-Nabor sont au nombre de ses membres, ne justifie pas d'un tel intérêt, l'intervention collective au soutien de la requête est admise en tant qu'elle est présentée par la commune d'Ottrott.
5. En second lieu, compte tenu de son objet qui est, ainsi qu'il ressort de l'article 2 de ses statuts, " la préservation et la valorisation raisonnée et soutenable, dans son intégralité, du patrimoine naturel, () et paysager du massif du mont Sainte Odile et de ses environs ", l'association de sauvegarde du massif du Mont Saint-Odile justifie d'un intérêt suffisant au maintien de l'arrêté attaqué. Par suite, son intervention au soutien des conclusions de la préfète du Bas-Rhin est admise.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : () ; 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces ; () ". Aux termes de l'article R. 411-15 du même code, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Afin de prévenir la disparition d'espèces figurant sur la liste prévue à l'article R. 411-1, le préfet peut fixer, par arrêté, les mesures tendant à favoriser, sur tout ou partie du territoire d'un département (), la conservation des biotopes tels que mares, marécages, marais, haies, bosquets, landes, dunes, pelouses ou toutes autres formations naturelles, peu exploitées par l'homme, dans la mesure où ces biotopes ou formations sont nécessaires à l'alimentation, à la reproduction, au repos ou à la survie de ces espèces ".
En ce qui concerne la légalité externe :
7. En premier lieu, le préfet du Bas-Rhin a, par un arrêté du 18 octobre 2017 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 20 octobre 2017, donné délégation à Mme Nadia Idiri, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de l'État dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
8. En deuxième lieu, les requérants n'invoquent aucune disposition du code de l'environnement qui imposerait qu'une étude environnementale soit jointe au dossier de demande d'adoption d'un arrêté de protection de biotope et prévoirait les conditions dans lesquelles une telle étude devrait être actualisée le cas échéant avant l'intervention de l'arrêté de protection. Dans ces conditions, ils ne sauraient utilement soutenir que l'étude environnementale réalisée le 23 novembre 2016 à la demande du SIVU des carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor aurait dû être actualisée. En tout état de cause, ils se bornent à soutenir que l'inventaire des espèces protégées utilisant le biotope des carrières en novembre 2016 ne correspond pas à l'état du site en décembre 2018, sans établir que le site n'abriterait plus aucune espèce protégée. Par suite, le moyen, qui doit être regardé comme tiré de l'insuffisance du dossier de demande, ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, il ressort du I de l'article R. 411-16 du code de l'environnement que " Lorsque de tels biotopes sont situés sur des terrains relevant du régime forestier, l'avis du directeur régional de l'Office national des forêts est requis ".
10. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles comprises dans le périmètre protégé par l'arrêté attaqué incluent 1,72 hectares de parcelles relevant du régime forestier, en vertu d'un arrêté préfectoral du 21 mars 2012 pris sur le fondement de l'article L. 214-3 du code forestier. Ainsi, et alors même que l'Office national des forêts (ONF) n'exercerait aucune action d'exploitation forestière sur ces parcelles, l'avis du directeur territorial de l'ONF était requis.
11. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
12. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de consultation du directeur territorial de l'ONF aurait privé les personnes concernées par le projet d'une garantie. Par ailleurs, la surface forestière concernée ne représente que 5 % environ de la surface incluse dans le périmètre protégé par l'arrêté de biotope tandis que les espèces protégées qui trouvent dans le biotope des carrières un habitat à préserver ne sont pas des espèces particulièrement forestières. Ainsi, le vice de procédure affectant l'arrêté attaqué n'a pas été de nature à entacher d'illégalité la décision du préfet du Bas-Rhin. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " () / II. () le projet d'une décision mentionnée au I, accompagné d'une note de présentation précisant notamment le contexte et les objectifs de ce projet, est mis à disposition du public par voie électronique et, (), mis en consultation sur support papier dans les préfectures et les sous-préfectures en ce qui concerne les décisions des autorités de l'État, () ". Ces dispositions du II s'appliquent, conformément au I du même article, " aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration ".
14. Il ressort de la note de présentation du projet en litige qu'elle précise le cadre réglementaire applicable à la protection des biotopes, expose le contexte dans lequel l'arrêté relatif aux carrières de Saint-Nabor et Ottrott intervient, à savoir qu'il s'agit d'une mesure compensatoire imposée dans le cadre de la " dérogation espèces protégées " accordée en 2014, et mentionne que le périmètre de 33,91 hectares envisagé a pour objectif la préservation d'habitats favorables à la faune et la flore sur le site et justifie les interdictions énoncées. Était joint à cette note le projet d'arrêté, qui précise que " les anciennes carrières présentent un intérêt environnemental particulier favorisant la présence d'espèces () protégées " et fait la liste de certaines de ces espèces végétales et animales protégées. Le projet d'arrêté visait par ailleurs l'étude environnementale du 23 novembre 2016 dont il ressortait que le site présentait les biotopes nécessaires au bon accomplissement des cycles biologiques successifs des espèces visées par l'arrêté préfectoral du 16 avril 2014 délivré au SIVU des carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor. Ni la note de présentation ni l'arrêté joint ne comportent de précisions quant aux objectifs poursuivis dans le cadre de la protection du biotope des anciennes carrières en vue de prévenir la disparition des espèces qui s'y alimentent, s'y reproduisent, s'y reposent ou y survivent. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette insuffisance de la note aurait privé le public d'une garantie ni qu'elle aurait exercé une incidence sur la décision prise par le préfet à l'issue de la consultation du public, aucun avis n'ayant au demeurant été recueilli au cours de cette consultation. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure au regard du II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement doit être écarté.
15. En cinquième lieu, il ressort de l'article R. 411-16 du code de l'environnement que " I. - Les arrêtés préfectoraux mentionnés à l'article R. 411-15 sont pris après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, ainsi que de la chambre départementale d'agriculture. / () ". Aux termes de l'article R. 133-10 du code des relations entre le public et l'administration : " Le quorum est atteint lorsque la moitié au moins des membres composant la commission sont présents, y compris les membres prenant part aux débats au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, ou ont donné mandat. / () ".
16. D'une part, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, la condition de quorum fixée à l'article R. 133-10 du code des relations entre le public et l'administration s'applique à la composition de la commission concernée et non à chacun de ses collèges. D'autre part, il ressort du compte-rendu de la réunion de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites du 31 octobre 2018 qu'étaient présents neuf membres sur les dix-sept que compte la commission conformément à sa composition fixée à l'article R. 341-17 du code de l'environnement. Les conditions de quorum étaient ainsi réunies, les deux experts invités présents ce jour-là ne comptant pas au nombre des membres de la commission. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
17. En dernier lieu, d'une part, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration, relatif à la motivation des décisions individuelles défavorables, contre l'arrêté attaqué qui est de nature réglementaire. D'autre part, il ne ressort pas des dispositions du code de l'environnement applicables aux arrêtés de protection de biotope qu'elles imposeraient une obligation de motivation. En tout état de cause, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige est inopérant et ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
18. En premier lieu, d'une part, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir, pour contester la légalité de l'arrêté relatif à la protection d'un biotope, de la définition d'un " habitat naturel " au sens de l'article 1er de la directive 92/43/CEE, lequel a, en tout état de cause, été transposé dans le code de l'environnement, notamment aux dispositions du I de l'article L. 411-1 cité au point 6 ci-dessus. D'autre part, la circonstance que le site des carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor a été exploité pendant des décennies et jusqu'en 2002 ne faisait pas obstacle à ce qu'il puisse être qualifié, à la date à laquelle l'arrêté attaqué est intervenu, de formation naturelle peu exploitée par l'homme au sens de l'article R. 411-15 du code de l'environnement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté en litige serait dépourvu de base légale. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'application qui a été faite rationae materiae de l'article R. 411-15 du code de l'environnement doivent être écartés.
19. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet du Bas-Rhin a considéré que le site des anciennes carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor présentait les biotopes nécessaires au bon accomplissement des cycles biologiques successifs des espèces protégées visées par l'arrêté préfectoral du 16 avril 2014, notamment pour deux espèces végétales et, parmi les espèces animales, le sonneur à ventre jaune, la couleuvre à collier, le grand corbeau, le faucon pèlerin, la linotte mélodieuse, le bruant jaune et le bruant proyer. Compte tenu de l'objet d'un arrêté de protection de biotope, qui est de prévenir la disparition d'espèces protégées en protégeant un lieu de vie favorable à leur alimentation, leur reproduction, leur repos ou leur survie, les requérants ne sauraient sérieusement faire grief au préfet de ne pas avoir dressé une liste exhaustive de toutes les espèces présentes sur le site à la date de l'arrêté attaqué. Il ne ressort pas plus des termes de l'article R. 411-15 du code de l'environnement que le préfet aurait dû démontrer l'existence d'une menace particulière sur les espèces concernées, ni que le biotope considéré est nécessaire à la survie de ces mêmes espèces. La circonstance que l'arrêté attaqué intervient à titre de mesure compensatoire de la destruction des espèces protégées présentes sur le site des anciennes carrières pendant les travaux de sécurisation permet d'établir que ce site constitue un milieu nécessaire à l'alimentation, la reproduction ou le repos des espèces animales qui y ont été recensées. Enfin, la circonstance que des milieux favorables aux espèces concernées se trouveraient aux alentours du site, laquelle n'est au demeurant pas établie par les requérants, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, les requérants ne sont fondés à soutenir ni que le site des anciennes carrières ne constituerait pas un biotope nécessaire à certaines espèces protégées ni que, dès lors, en décidant d'en protéger le biotope, le préfet du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 411-15 du code de l'environnement.
20. En troisième lieu, d'une part, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la circonstance que l'arrêté attaqué intervient à titre de mesure compensatoire de la destruction de plusieurs espèces protégées ne saurait être de nature à l'entacher d'illégalité. D'autre part, il ressort de l'article 4 de l'arrêté en litige que l'interdiction du site au public procède du rapport de fin d'exploitation des carrières et que la pose de clôtures pour matérialiser cette interdiction était prescrite par l'arrêté de fin d'exploitation de l'ICPE. Par suite, les moyens présentés comme tirés d'un détournement de pouvoir, d'un détournement de procédure et d'une erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.
21. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 411-17 du code de l'environnement : " Le préfet peut interdire, dans les mêmes conditions, les actions pouvant porter atteinte d'une manière indistincte à l'équilibre biologique des milieux et notamment l'écobuage, le brûlage des chaumes, le brûlage ou le broyage des végétaux sur pied, la destruction des talus et des haies, l'épandage de produits antiparasitaires ".
22. Il ressort de l'article 5 de l'arrêté attaqué, qui fixe le règlement applicable à l'intérieur du périmètre protégé, que les mesures d'interdiction qu'il comporte visent à prévenir les atteintes aux espèces de faune et de flore protégées ainsi qu'à leurs habitats. Elles ne visent pas à prévenir les atteintes à l'équilibre biologique des milieux et n'ont, ainsi, pas été adoptées sur le fondement de l'article R. 411-17 du code de l'environnement. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est ainsi inopérant.
23. En cinquième lieu, il ressort des dispositions citées au point 6 du présent jugement que les arrêtés de protection de biotope visent à mettre en œuvre les interdictions énoncées au I de l'article L. 411-1 du code de l'environnement, notamment celle de détruire, d'altérer ou de dégrader les habitats d'espèces protégées. Les requérants ne sauraient ainsi utilement soutenir que les interdictions énoncées à cet article excèdent par nature ce qui peut être interdit en vue de favoriser la conservation d'un biotope donné. Ils ne sauraient pas plus utilement soutenir que l'arrêté attaqué relève nécessairement, par l'étendue des interdictions qu'il fixe, d'un arrêté de classement en réserve naturelle au sens de l'article L. 332-1 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.
24. En dernier lieu, en revanche, il ressort de la liste des interdictions énoncées à l'article 5 de l'arrêté attaqué qu'elles visent toute construction ou aménagement ainsi que toute activité sur le site des anciennes carrières, à l'exception seulement de quelques interventions en lien avec l'entretien et la restauration du site, la réalisation d'études scientifiques et des motifs de sécurité publique. Ainsi que les requérants le soutiennent, ces interdictions sont énoncées de manière générale et quasiment absolue. La préfète du Bas-Rhin, qui se borne à indiquer en défense que la présence des espèces protégées impose d'exclure toute intervention humaine dans le périmètre de l'arrêté, ne justifie pas que ces mesures sont adaptées aux nécessités que la protection du biotope concerné impose. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si ces interdictions portent une atteinte excessive à la libre administration des collectivités territoriales, au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre, les requérants sont fondés à soutenir qu'il n'est pas établi que les interdictions énoncées à l'article 5 de l'arrêté sont strictement nécessaires à la préservation du biotope des anciennes carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor.
25. Il résulte de tout ce qui précède que le PETR du Piémont des Vosges et la commune de Saint-Nabor sont uniquement fondées à demander l'annulation de l'article 5 de l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin en date du 12 décembre 2018.
Sur les conséquences à tirer de l'illégalité de l'article 5 de l'arrêté :
26. L'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n'être jamais intervenu. Toutefois, s'il apparaît que cet effet rétroactif de l'annulation est de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets, il appartient au juge administratif - après avoir recueilli sur ce point les observations des parties et examiné l'ensemble des moyens, d'ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la légalité de l'acte en cause - de prendre en considération, d'une part, les conséquences de la rétroactivité de l'annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence et, d'autre part, les inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation. Il lui revient d'apprécier, en rapprochant ces éléments, s'ils peuvent justifier qu'il soit dérogé à titre exceptionnel au principe de l'effet rétroactif des annulations contentieuses et, dans l'affirmative, de prévoir dans sa décision d'annulation que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de celle-ci contre les actes pris sur le fondement de l'acte en cause, tout ou partie des effets de cet acte antérieurs à son annulation devront être regardés comme définitifs ou même, le cas échéant, que l'annulation ne prendra effet qu'à une date ultérieure qu'il détermine.
27. D'une part, compte tenu de ce que le présent jugement ne remet pas en cause le principe de l'intervention d'un arrêté de protection du biotope des anciennes carrières d'Ottrott et de Saint-Nabor, l'annulation avec effet rétroactif de l'article 5 de cet arrêté, qui porte uniquement règlement au sein du périmètre de protection, emporterait des conséquences immédiates excessives sur la conservation dudit biotope. D'autre part, une annulation à effet différé de cet article 5 ne présente pas, en l'état de l'instruction, d'inconvénient immédiat ou à court terme ni pour les parties au litige ni pour la préservation d'autres intérêts susceptibles d'être pris en compte. Il convient ainsi de laisser à la préfète du Bas-Rhin le temps nécessaire pour procéder au réexamen de la liste des interdictions fixées par l'arrêté en litige et définir celles qui sont nécessaires à la préservation du biotope des anciennes carrières. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de ne prononcer l'annulation de l'article 5 de l'arrêté du 12 décembre 2018 qu'à compter du 31 décembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés par le PETR du Piémont des Vosges et de la commune de Saint-Nabor et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : L'intervention de la communauté de communes des Portes de Rosheim n'est pas admise.
Article 2 : Les interventions de la commune d'Ottrott, d'une part, et de l'association de sauvegarde du massif du Mont Saint-Odile, d'autre part, sont admises.
Article 3 : L'article 5 de l'arrêté du préfet du Bas-Rhin en date du 12 décembre 2018 est annulé à compter du 31 décembre 2022.
Article 4 : L'Etat versera au PETR du Piémont des Vosges et à la commune de Saint-Nabor la somme globale de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié au pôle d'équilibre territorial et rural (PETR) du Piémont des Vosges, à la commune de Saint-Nabor, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la commune d'Ottrott, à la communauté de communes des Portes de Rosheim et à l'association de sauvegarde du massif du Mont Saint-Odile. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
Mme Brodier, première conseillère,
Mme Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 juillet 2022.
La rapporteure,
H. C
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026