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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2001248

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2001248

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2001248
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantAARPI SEGUIN & HANRIAT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 février 2020 et 14 septembre 2021, la SNC Les Bleuets, représentée par Me Lagra, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement la commune de Terville et la société SEES à lui verser la somme de 3 618 euros en réparation de la baisse du chiffre d'affaires qu'elle a subie en lien avec les travaux effectués rue de Verdun à Terville au cours de la période d'avril à juillet 2018 ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Terville et de la société SEES une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travaux réalisés du 9 avril 2018 au 6 juillet 2018 ont rendu l'accès à son commerce excessivement difficile et ont ainsi engendré une perte importante de sa marge brute entre les premier et deuxième trimestres 2018 ;

- son préjudice doit être évalué à hauteur de 3 618 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 octobre 2020 et 29 janvier 2021, la société SEES, représentée par Me Hanriat, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à ce que le tribunal enjoigne à la commune de Terville et à la société Enedis de verser aux débats le marché de travaux conclu avec la société Enedis ainsi que le procès-verbal de réception des travaux, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de la SNC Les Bleuets d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire de la commune de Terville et de la société Enedis à garantir intégralement les éventuelles condamnations prononcées à son encontre ainsi qu'à la mise à la charge de la commune de Terville et de la société Enedis d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa responsabilité n'est pas engagée ;

- à défaut, il appartient à la commune de Terville et à la société Enedis de la garantir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2020, la commune de Terville, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête de la SNC les Bleuets et au rejet des conclusions formées à son encontre par la société SEES.

Elle fait valoir que sa responsabilité n'est pas engagée dès lors qu'elle n'est pas maître d'ouvrage des travaux en litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er avril 2021 et le 30 septembre 2021, la société Enedis, représentée par la SELAS Trecourt, conclut au rejet de la requête, à la mise à la charge de la SNC Les Bleuets d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que la SNC Les Bleuets soit condamnée aux dépens.

Elle fait valoir que sa responsabilité n'est pas engagée.

Par ordonnance du 15 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hanriat, représentant la société SEES.

Considérant ce qui suit :

1. La société Enedis a réalisé d'avril à juillet 2018 des travaux de renouvellement de lignes à haute tension situées rue de Verdun à Terville, entre la limite " Terville / Thionville " et le carrefour " Verdun / Séliguet ". Elle a sous-traité l'exécution de ces travaux à la société SEES. Par des lettres du 13 janvier 2020, la SNC Les Bleuets, exerçant une activité de tabac-papeterie, a sollicité de la société SEES et de la commune de Terville l'indemnisation du préjudice économique qu'elle estime avoir subi en raison de ces travaux. Du silence gardé par la commune de Terville est née une décision implicite de rejet. Par sa requête, la SNC les Bleuets demande au tribunal de condamner solidairement la commune de Terville et la société SEES à réparer son préjudice commercial.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'œuvre et l'entrepreneur chargés des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution de travaux publics, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient à la victime qui entend obtenir réparation des dommages qu'elle estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle elle a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter, sans contrepartie, les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.

3. Par ailleurs, si, en principe, les modifications apportées à la circulation générale et résultant soit de changements effectués dans l'assiette, la direction ou l'aménagement des voies publiques, soit de la création de voies nouvelles, ne sont pas de nature à ouvrir droit à indemnité, il en va autrement dans le cas où ces modifications ont pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les travaux de renouvellement du réseau électrique haute tension situé sur la rue de Verdun à Terville ont été réalisés pour le compte de la société Enedis, concessionnaire du service public de distribution électrique, par la société SEES, en qualité d'entrepreneur. Ainsi, eu égard aux considérations mentionnées aux points précédents, la SNC Les Bleuets pouvait seulement rechercher la responsabilité sans faute de la société Enedis et de la société SEES à raison des dommages en lien avec les travaux invoqués, en l'absence d'insolvabilité de ces sociétés. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de la société requérante, en tant qu'elles sont dirigées contre la commune de Terville, en qualité de concédante du service public de distribution électrique, ne peuvent qu'être rejetées comme mal dirigées.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier de la lettre adressée par la société Enedis aux riverains de la route de Verdun le 18 mai 2018, que les travaux ont consisté à remplacer les câbles haute tension enterrés sous la voirie en creusant une tranchée par tronçons successifs de 250 mètres avant de procéder au remblaiement et à la réfection de la chaussée au fur et à mesure. Il en résulte que le tabac-papeterie exploité par la société requérante est nécessairement resté accessible aux piétons, dans des conditions habituelles, lorsque la tranchée était ouverte à un autre endroit du terrain d'assiette des travaux. Par ailleurs, il ressort du même courrier du 18 mai 2018, et n'est d'ailleurs pas contesté par la société requérante, que les commerces de la rue de Verdun sont restés accessibles aux piétons pendant toute la durée des travaux, y compris lorsque la tranchée se situait devant l'établissement de la société requérante. En outre, si la SNC Les Bleuets fait valoir que son enseigne " a été occultée pendant toute la durée des travaux " et qu'il existait des " nuisances sonores et des poussières provoquées par les engins de chantier ", ces déclarations, qui ne sont au demeurant corroborées par aucune pièce, ne sont pas suffisantes pour établir une difficulté particulière d'accès à son établissement. Enfin, s'il résulte de l'instruction que l'arrêté du 27 mars 2017 a interdit le stationnement au droit du commerce exploité par la société requérante pendant la durée des travaux, il n'est ni établi ni même soutenu que les automobilistes ne pouvaient pas stationner en dehors de la zone des travaux et à une distance raisonnable permettant d'accéder à l'établissement à pied. Il s'ensuit que les travaux de renouvellement du réseau électrique de la rue de Verdun à Terville, s'ils ont pu avoir une influence sur la circulation et le stationnement à proximité du commerce exploité par la SNC Les Bleuets n'ont en revanche pas été de nature à interdire, ni même à rendre excessivement difficile l'accès des clients à son fonds de commerce. Dès lors, ces travaux n'ont pas excédé les inconvénients que sont normalement tenus de supporter sans indemnité les riverains de la voie publique et ne peuvent engager la responsabilité de la société SEES en qualité d'entrepreneur.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner à la commune de Terville ou à la société Enedis de communiquer les pièces réclamées par la société SEES, que les conclusions indemnitaires dirigées contre la société SEES doivent être rejetées. Dès lors que société SEES ne fait l'objet d'aucune condamnation, son appel en garantie formé à l'encontre de la commune de Terville et de la société Enedis est dépourvu d'objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Terville, de la société SEES et de la société Enedis, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SNC Les Bleuets la somme que les sociétés SEES et Enedis réclament au titre des mêmes dispositions.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :

10. En l'absence de dépens dans la présente instance, les conclusions présentées par la société Enedis au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SNC Les Bleuets est rejetée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'appel en garantie formé par la société SEES contre la société Enedis et la commune de Terville.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Les Bleuets, à la commune de Terville, à la SAS S.E.E.S et à la société Enedis.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. A

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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