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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2002033

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2002033

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2002033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL SCHRECKENBERG & PARNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 mars 2020, le 28 mai 2021,

le 4 février 2022, le 8 mars 2022, le 18 mars 2022 et le 13 mai 2022, la société Séché Eco Industries et la société Allianz IARD, représentées par la SELARL Schreckenberg Parnière et associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner in solidum le syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères (SMICTOM) d'Alsace centrale et la société Endel à verser la somme de 50 000,00 euros à la société Séché Eco Industries et la somme de 380 976,41 euros à la société Allianz en réparation des dommages de travaux publics dont la société Séché Eco Industries a été victime;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le SMICTOM d'Alsace centrale et la société Endel à verser la somme de 430 976,61 euros à la société Séché Eco Industries, à charge pour elle de restituer à la société Allianz la somme de 380 976,61 euros perçue en application du contrat d'assurance ;

3°) en tout état de cause, de rejeter les demandes du SMICTOM d'Alsace centrale, de la société Endel et de la compagnie MMA ;

4°) de condamner la société Endel à garantir les sociétés Séché Eco Industries et Allianz de toutes condamnations qui seraient prononcées à leur encontre au profit du SMICTOM d'Alsace centrale ;

5°) de mettre à la charge in solidum du SMICTOM d'Alsace centrale et de la société Endel la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les juridictions administratives sont compétentes pour connaître de leurs demandes dirigées contre la société Endel sur le fondement des dommages de travaux publics ;

- la requête est recevable en ce qu'elle a été précédée d'une demande préalable

du 20 décembre 2019, rejetée par la société Endel le 17 janvier 2020 et par le SMICTOM d'Alsace centrale le 14 février 2020 ;

- elle est recevable en ce que l'avenant n° 5 au contrat conclu entre la société Séché Eco Industries et le SMICTOM d'Alsace centrale ne comporte aucune renonciation à recours pour l'incident du 27 juillet 2014 ;

- elle est recevable en ce que la société Séché Eco Industries, en tant qu'exploitant de l'établissement public, était usager de l'ouvrage public que constitue le bioréacteur-stabilisateur (BRS) ;

- elle est recevable en tant que la société Allianz est subrogée dans les droits de la société Séché Eco Industries à hauteur des sommes versées à cette dernière en exécution du contrat d'assurance qui les lie ;

- elle est recevable en tant que la société Séché Eco Industries a conservé un intérêt à agir, la franchise contractuelle de 50 000 euros étant restée à sa charge ;

- leur demande indemnitaire n'est pas prescrite dès lors que le dommage dont la réparation est demandée n'est pas constitué par la chute du bouclier d'entrée du BRS mais par le refus opposé par le SMICTOM d'Alsace centrale le 14 février 2020 de prendre en charge les frais avancés pour le compte du SMICTOM suite à la chute du bouclier d'entrée ;

- à tout le moins, le dommage n'a été caractérisé qu'à compter du 23 octobre 2015, date de la signature de l'avenant n° 5 au contrat conclu entre la société Séché Eco Industries et le SMICTOM d'Alsace centrale ;

- la prescription n'a pu commencer à courir qu'au jour du dépôt du rapport de l'expert judiciaire, date à laquelle la société Séché Eco Industries a su qu'elle était titulaire d'un droit à l'égard de la société Endel ;

- la demande préalable du 20 décembre 2019 a interrompu le cours des prescriptions quadriennale comme quinquennale ;

- la société Séché Eco Industries, usager de l'ouvrage public, a subi un préjudice directement causé par le dommage de travaux publics dû à un vice de construction imputable à la société Endel ;

- les requérantes ont subi un préjudice de 430 976,61 euros correspondant aux solutions alternatives que la société Séché Eco Industries a dû mettre en œuvre pour assurer la continuité du service public jusqu'à la réparation du BRS ;

- la clause limitative de responsabilité de la société Endel présente dans le marché conclu entre cette dernière et le SMICTOM n'est pas opposable aux requérantes ;

- les conclusions reconventionnelles du SMICTOM d'Alsace centrale ne sont pas fondées dans leur principe comme dans leur montant ;

- la faute contractuelle de la société Endel envers le SMICTOM constitue une faute quasi-délictuelle à l'égard des requérantes et justifie l'appel en garantie contre la société Endel ;

- l'appel en garantie de la compagnie MMA contre les requérantes n'est pas fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 février 2021, le 7 mars 2022,

le 17 mars 2022 et le 12 mai 2022, le syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères (SMICTOM) d'Alsace centrale, représenté par la SELARL Soler-Couteaux et associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum de la société Endel et de la compagnie MMA à le garantir de l'intégralité des condamnations à intervenir ;

3°) à titre reconventionnel et indemnitaire, à la condamnation in solidum de la société Endel, de la société Séché Eco Industries et de la compagnie MMA à verser au SMICTOM la somme de 969 012,00 euros toutes taxes comprises ;

4)° en tout état de cause, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge in solidum de la société Séché Eco Industries et de la société Allianz en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Endel en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge in solidum de la société Séché Eco Industries, de la société Allianz et de la société Endel.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par Allianz, qui n'a pas la qualité pour agir faute d'être subrogée dans les droits de la société Séché Eco Industries ;

- elle est irrecevable dès lors qu'elle est présentée sur le fondement des dommages de travaux publics, alors que le litige doit se régler sur un terrain contractuel ;

- elle est irrecevable dès lors que le préjudice dont l'indemnisation est demandée a fait l'objet d'une transaction ;

- elle est irrecevable dès lors que la société Séché Eco Industries n'a pas la qualité d'usager ;

- la demande principale est prescrite ;

- les prétentions des requérantes ne sont pas fondées dans leur principe et dans leur montant ;

- la société Endel a mal exécuté les travaux et doit le garantir de l'ensemble de ses condamnations sur un fondement contractuel ;

- la compagnie MMA est tenue de le garantir des condamnations prononcées en vertu du contrat d'assurance garantissant les dommages aux biens ;

- l'appel en garantie de la société Endel à son encontre est irrecevable faute pour la société de préciser le fondement de son action ;

- il n'est pas fondé ;

- les prétentions présentées à titre reconventionnel contre la compagnie MMA ne sont pas prescrites et le contrat d'assurance est applicable ;

- les prétentions présentées à titre reconventionnel contre la société Endel sont fondées sur sa responsabilité décennale ou à défaut sur sa responsabilité contractuelle ;

- les prétentions présentées à titre reconventionnel contre la société Séché Eco Industries sont fondées sur sa responsabilité contractuelle ;

- le préjudice du SMICTOM est constitué des travaux de réparation provisoire du bouclier d'entrée du BRS et de la fissure du BRS, des coûts de détournement des ordures ménagères issus de l'avenant n° 5 au contrat entre le SMICTOM et la société Séché Eco Industries, des travaux de réparation définitive du bouclier d'entrée du BRS ;

- ce préjudice se monte à la somme totale de 969 012 euros toutes taxes comprises.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 avril 2021, le 28 juin 2021,

le 25 janvier 2022, le 16 mars 2022 et le 6 avril 2022, la société Endel, représentée par la SCP Preel Hecquet Payet-Godel, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ;

2°) au rejet des demandes du SMICTOM d'Alsace centrale ;

3°) à titre subsidiaire, à la condamnation du SMICTOM d'Alsace centrale à la garantir de l'intégralité des sommes mises à sa charge ;

4°) à la condamnation de la société Séché Eco Industries et de la société Allianz à la garantir d'une partie des sommes mises à sa charge ;

5°) en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des parties succombantes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige ;

- la requête est irrecevable ;

- les demandes des requérantes sont prescrites ;

- les prétentions des requérantes ne sont pas fondées dans leur principe et dans leur montant ;

- le SMICTOM est responsable de l'incident et a à ce titre engagé sa responsabilité contractuelle vis-à-vis de la société Endel, et il doit ainsi la garantir d'une éventuelle condamnation ;

- la société Séché Eco Industries est en partie responsable de l'incident et doit garder à sa charge une partie des sommes qu'elle réclame ;

- les conclusions reconventionnelles du SMICTOM ne sont pas fondées dans leur principe et dans leur montant ;

- le marché conclu entre le SMICTOM et la société Endel contenait une clause limitative de responsabilité au profit de cette dernière ;

- la société Séché Eco Industries a participé à la décision de remettre en route le BRS de sorte qu'elle et son assureur doivent garantir la société Endel de ses condamnations.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 février 2022, le 27 avril 2022 et

le 6 juin 2022, la compagnie MMA, représentée par la SELARL Centaure avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet des demandes du SMICTOM d'Alsace centrale ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Séché Eco Industries, de la société Allianz et de la société Endel à la garantir des condamnations qui seraient prononcées à son encontre ;

3°) en tout état de cause, à ce que la somme de 8 000 euros soit mise à la charge des parties succombantes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'action du SMICTOM d'Alsace centrale à son encontre est prescrite ;

- les demandes du SMICTOM ne sont pas fondées dans leur principe et dans leur montant.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de ce que :

1. Dans l'hypothèse où les conclusions des sociétés Séché Eco Industries et Allianz d'une part, et celles du SMICTOM d'Alsace centrale, d'autre part, seraient rejetées, il n'y aurait pas lieu de statuer sur les appels en garantie formés par les parties.

2. Dans l'hypothèse où les conclusions principales des sociétés Séché Eco Industries et Allianz seraient déclarées irrecevables, seraient également irrecevables, par voie de conséquence, les conclusions reconventionnelles formées par le SMICTOM.

3. Dans l'hypothèse où les conclusions principales des sociétés Séché Eco Industries et Allianz seraient déclarées recevables, seraient irrecevables les conclusions reconventionnelles formées par le SMICTOM contre la société Endel et contre les MMA en tant qu'elles portent sur un litige distinct de celui soulevé par les conclusions principales (conclusions reconventionnelles dirigées contre des parties autres que le requérant, tendant à la réparation de dommages distincts en exécution de contrats distincts).

L'instruction a été close le 17 juin 2022, par une ordonnance du même jour, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour la société Endel a été enregistré le 16 juin 2022, et il n'a pas été communiqué.

Le 13 juillet 2022, la société Endel a été invitée à produire des pièces en vue de compléter l'instruction, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative. Une réponse a été enregistrée et communiquée le même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'arrêt du 22 juin 2022, par lequel la cour d'appel de Colmar a déclaré irrecevables comme prescrites les demandes formées par la société Séché Eco Industries et par la société Allianz.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- et les observations de :

' Me Kappler, représentant la société Séché Eco Indutries et la société Allianz,

' Me Schultz, représentant le SMICTOM d'Alsace centrale,

' Me Bruillard, représentant la société Endel,

' Me Rannou, représentant la compagnie MMA.

Considérant ce qui suit :

1. La société Séché Eco Industries (SEI) est titulaire d'un marché d'exploitation de l'usine de compostage de Scherwiller conclu avec le syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères (SMICTOM) d'Alsace centrale le 17 août 2012. La société Endel a effectué des travaux sur le bioréacteur-stabilisateur (BRS) de l'usine de compostage et notamment son bouclier d'entrée, pour le compte du SMICTOM d'Alsace centrale qui les a réceptionnés sans réserve le 17 juillet 2014. Le 27 juillet 2014, un incident est survenu, consistant dans la chute du bouclier d'entrée du BRS. La société SEI n'a pu utiliser à nouveau le BRS, après réparation, qu'à compter du 29 septembre 2014 et a dû, dans l'intervalle, mettre en place des solutions alternatives pour le traitement des déchets. Par ordonnance du 18 février 2015, le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, saisi par le SMICTOM d'Alsace centrale, a ordonné une expertise.

Le rapport d'expertise a été remis le 15 février 2019.

2. Par courriers réceptionnés le 20 décembre 2019, les requérantes ont demandé au SMICTOM d'Alsace centrale et à la société Endel de les indemniser du préjudice subi du fait du surcoût induit par la mise en place de solutions alternatives pour le traitement des déchets le temps que le bouclier d'entrée du BRS soit réparé. La société Endel a opposé un refus à cette demande par courrier du 17 janvier 2020, et le SMICTOM d'Alsace centrale par courrier du 14 février 2020. Les requérantes ont enfin adressé un mémoire de réclamation au SMICTOM d'Alsace centrale, réceptionné le 19 mars 2020, auquel aucune suite n'a été donnée.

3. La société SEI et son assureur la société Allianz demandent au tribunal de condamner le SMICTOM d'Alsace centrale et la société Endel, sur le fondement des dommages de travaux publics, à les indemniser du préjudice qu'aurait subi la société SEI, en tant qu'usager de l'ouvrage public que constitue le BRS, du fait du surcoût du traitement des déchets entre le 27 juillet 2014 et le 29 septembre 2014. Elles évaluent leur préjudice à un montant de 430 976,61 euros, dont 380 976,61 euros ont été versés par la société Allianz à la société SEI.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

4. La société Endel conteste la compétence de la juridiction administrative pour connaître des demandes dirigées à son encontre par les requérantes.

5. Les travaux réalisés par la société Endel sur le site de l'usine de compostage de Scherwiller, pour le compte d'une personne publique et dans un but d'intérêt général, ont le caractère de travaux publics et le présent litige est relatif aux dommages occasionnés par ces derniers. Par conséquent, il n'appartient qu'à la juridiction administrative de connaître de ce litige.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la société SEI et par la société Allianz :

En ce qui concerne la recevabilité :

6. La société SEI est liée au SMICTOM d'Alsace centrale par un contrat ayant pour objet l'exploitation du service public de traitement des déchets. C'est dans le cadre de l'exécution de ce contrat que la société SEI a subi les préjudices dont les requérantes demandent réparation. Dès lors, les requérantes ne peuvent pas exercer contre le SMICTOM d'Alsace centrale d'autre action que celle procédant de ce contrat. Il s'ensuit que leurs conclusions présentées sur le fondement de la responsabilité extracontractuelle, au titre des dommages de travaux publics, en tant qu'elles sont dirigées contre le SMICTOM d'Alsace centrale, sont irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la société Endel :

7. La société Endel soutient que l'action indemnitaire des requérantes serait prescrite en application des règles de prescription fixées par le code civil.

8. D'une part, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. " Il résulte de ces dispositions que la prescription qu'elles instituent court à compter de la manifestation du dommage, c'est-à-dire de la date à laquelle la victime a une connaissance suffisamment certaine de l'étendue du dommage.

9. Au cas présent, il est constant que le bouclier d'entrée du BRS a chuté le 27 juillet 2014 et que la société SEI n'a pu exploiter à nouveau le BRS qu'à compter du 29 septembre 2014. A cette date, elle a eu connaissance de manière suffisamment précise de l'étendue des dommages dont elle demande réparation, c'est-à-dire de la durée pendant laquelle elle a dû mettre en place des solutions alternatives et du coût de ces dernières. Si les requérantes soutiennent que le dommage ne se serait manifesté qu'à compter du refus, par le SMICTOM d'Alsace centrale, de les indemniser pour le surcoût lié au traitement des déchets le temps que le bouclier d'entrée du BRS soit réparé, il résulte toutefois des dispositions précitées que c'est la survenance du dommage lui-même et non la naissance d'un désaccord sur son indemnisation, qui marque le point de départ de la prescription. Ce point de départ doit donc être fixé au 29 septembre 2014.

10. D'autre part, l'article 2241 du code civil dispose que : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. Il en est de même lorsqu'elle est portée devant une juridiction incompétente ou lorsque l'acte de saisine de la juridiction est annulé par l'effet d'un vice de procédure. " Alors même que l'article 2244 du code civil dans sa rédaction antérieure à la loi du 17 juin 2008 réservait un effet interruptif aux actes " signifiés à celui qu'on veut empêcher de prescrire ", termes qui n'ont pas été repris par le législateur au nouvel article 2241 de ce code, il ne résulte ni des dispositions de la loi

du 17 juin 2008 ni de ses travaux préparatoires que la réforme des règles de prescription résultant de cette loi aurait eu pour effet d'étendre le bénéfice de l'interruption du délai de prescription à d'autres personnes que le demandeur à l'action. Il en résulte qu'une citation en justice, au fond ou en référé, n'interrompt la prescription qu'à la double condition d'émaner de celui qui a la qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et de viser celui-là même qui en bénéficierait.

11. Il ne résulte pas de l'instruction que la société SEI ou la société Allianz, qui notamment ne sont pas à l'origine de la saisine du juge des référés aux fins de voir ordonner une expertise, aient formé de demande en justice interruptive de prescription.

12. Par conséquent, le délai de prescription des créances dont se prévalent les requérantes a expiré le 28 septembre 2019. Les requérantes n'ont adressé à la société Endel une demande d'indemnisation que le 20 décembre 2019, puis n'ont saisi la justice d'une demande contre la société Endel que le 17 février 2020, de sorte que leurs demandes indemnitaires contre la société Endel sont prescrites.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir qui leur sont opposées, que les conclusions à fin d'indemnisation formées par la société SEI et par la société Allianz doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles et indemnitaires présentées par le SMICTOM d'Alsace centrale :

14. En premier lieu, les conclusions indemnitaires de la requête étant, pour le motif indiqué au point 6, irrecevables en tant qu'elles sont dirigées contre le SMICTOM d'Alsace centrale, les conclusions reconventionnelles présentées par ce dernier contre la société SEI sont, par voie de conséquence, également irrecevables.

15. En second lieu, les conclusions indemnitaires du SMICTOM d'Alsace centrale, en ce qu'elles sont dirigées contre la société Endel et contre la compagnie MMA, ont pour objet l'indemnisation de dommages autres que ceux invoqués par les requérantes dans leur demande principale, elles sont dirigées contre des parties autres que les requérantes, et fondées sur des contrats distincts de celui qui lie la société SEI au SMICTOM. Par conséquent, les conclusions indemnitaires du SMICTOM contre la société Endel et contre la compagnie MMA sont irrecevables comme soulevant un litige distinct du litige principal.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions reconventionnelles et indemnitaires du SMICTOM d'Alsace centrale doivent être rejetées.

Sur les frais et dépens de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge du SMICTOM d'Alsace centrale et de la société Endel, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, les sommes demandées par la société SEI et par la société Allianz au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le SMICTOM d'Alsace centrale et par la société Endel sur le même fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SMICTOM la somme de 1 200 euros à verser à la compagnie MMA sur ce fondement.

18. Il est statué sur les dépens de l'instance par le jugement nos 2004118, 2006535, rendu ce même jour par le tribunal administratif de Strasbourg, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les dépens.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le SMICTOM d'Alsace centrale versera à la compagnie MMA une somme

de 1 200 (mille-deux-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Séché Eco Industries, à la société Allianz IARD, au syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères d'Alsace centrale, à la société Endel et à la compagnie MMA.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 1er février 2023.

La rapporteure,

S. A

Le président,

P. REES La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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