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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2002810

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2002810

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2002810
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2020, M. B A et Mme E A, représentés par Me Delalande, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2020 par laquelle le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées a rejeté leur demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées à leur verser la somme de 416 175,67 euros en réparation des divers préjudices liés à la dégradation du moulin dont ils sont propriétaires ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, la commune d'Altviller, la commune de Folschviller, la commune de Lachambre, la commune de Macheren et la commune de Valmont à leur verser la somme de 416 175,67 euros ;

4°) à titre encore plus subsidiaire, de condamner l'une au moins de ces collectivités à leur verser la somme de 416 175,67 euros ;

5°) d'assortir les condamnations prononcées des intérêts au taux légal à compter du 12 juin 2013, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts ;

6°) de mettre à la charge solidaire du syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, de la commune de Folschviller, de la commune de Valmont et de la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils peuvent se prévaloir à la fois d'un régime de responsabilité pour faute dans l'exercice, par les personnes publiques mises en cause, des compétences de la gestion et du traitement des eaux pluviales ainsi que de l'assainissement, et d'un régime de responsabilité sans faute fondée sur les dommages permanents de travaux publics causés aux tiers ;

- une partie des désordres qui affectent leur moulin ont pour origine directe, d'une part, l'imperméabilisation des aires urbaines et le recalibrage du Dorfbragen avec la mise en place d'ouvrages de grande capacité de transfert, d'autre part, l'augmentation des débits et volumes des rejets de la station d'épuration appartenant au syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées ;

- l'autre partie des mêmes désordres a également pour origine la dégradation de la qualité des eaux imputable aux rejets de la station d'épuration ;

- la présence d'un barrage construit à l'entrée du bief de leur moulin ne saurait atténuer la responsabilité des personnes publiques responsables ;

- leur préjudice s'élève à la somme totale de 416 175,67 euros.

Par un mémoire, enregistré le 26 février 2021, le préfet de la Moselle a informé le tribunal qu'il n'avait pas d'observations à formuler.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2021, présenté par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, la commune de Lachambre, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité n'est pas engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2021, présenté par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, la commune de Valmont, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité n'est pas engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2021, présenté par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, la commune de Folschviller, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité n'est pas engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2021, présenté par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, la commune de Altviller, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité n'est pas engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2021, présenté par Me Batot, la commune de Macheren, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car prématurée ;

- sa responsabilité n'est pas engagée.

Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 22 avril 2022 et 25 mai 2022, la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des consorts A d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, à ce que l'Etat garantisse les éventuelles condamnations prononcées à son encontre ainsi qu'à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée au Syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, au Syndicat des eaux vives des 3 Nied et à l'Office français de la biodiversité qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

M. et Mme A ont produit un mémoire, le 3 juin 2022, qui n'a pas été communiqué aux autres parties.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- le jugement du Tribunal administratif de Nancy n° 2002119 du 23 juin 2022 réformant l'ordonnance du tribunal administratif de Strasbourg n° 1302584 du 16 juillet 2020.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public,

- et les observations de Me Delalande représentant M. et Mme A et G, représentant les communes de Folschwiller, Valmont, Altviller, Lachambre et la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie.

Une note en délibéré, présentée pour la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, a été enregistrée le 28 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 décembre 1985, M. et Mme A ont acquis un moulin sur la commune de Folschviller en Moselle, dénommé le " Moulin de la Hetsch ", qu'ils ont rénové et transformé en maison d'habitation. En 2005, conformément à un arrêté du préfet de la Moselle du 8 octobre 2003, le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées a mis en service une station d'épuration située à 300 mètres en amont du moulin. Dès sa mise en service, M. et Mme A se sont plaints des désordres engendrés par les rejets de la station d'épuration, notamment le blocage de la roue du moulin par la présence d'algues, des nuisances olfactives et des débits supplémentaires à l'origine de dommages aux installations du bief et du moulin. En 2012, suite à un arrêté du préfet de la Moselle du 20 décembre 2011, la station d'épuration a fait l'objet de travaux afin de changer le point de rejet et d'augmenter sa capacité de traitement. Par une ordonnance du 28 février 2014, le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a désigné un expert qui a rendu son rapport le 31 août 2018, ainsi que deux compléments d'expertise le 9 août 2019 et le 24 février 2020. Par une lettre du 4 février 2020, M. et Mme A ont sollicité du syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées la réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de la mise en service de la station d'épuration. Par un courrier du 3 mars 2020, le syndicat a rejeté cette demande. Par plusieurs courriers du 24 avril 2020, M. et Mme A ont également adressé des réclamations indemnitaires préalables à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, à la commune d'Altviller, à la commune de Folschviller, à la commune de Lachambre, à la commune de Macheren et à la commune de Valmont. Du silence gardé sur ces demandes sont nées des décisions implicites de rejet.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision du 3 mars 2020 par laquelle le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées a rejeté la demande indemnitaire préalable formée par M. et Mme A le 4 février 2020, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande des intéressés. Dès lors, en formulant les conclusions susvisées, les requérants ont donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par conséquent, ils doivent seulement être regardés comme demandant au tribunal de condamner, à titre principal, le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées à réparer les préjudices qu'ils estiment avoir subis.

Sur la personne publique responsable :

3. Aux termes de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales : " I.- La communauté d'agglomération exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences suivantes : / () / 9° Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8 ; / 10° Gestion des eaux pluviales urbaines, au sens de l'article L. 2226-1. (). ". Par ailleurs, l'article L. 2226-1 du même code dispose que : " La gestion des eaux pluviales urbaines correspondant à la collecte, au transport, au stockage et au traitement des eaux pluviales des aires urbaines constitue un service public administratif relevant des communes, dénommé service public de gestion des eaux pluviales urbaines. ". Enfin, aux termes de l'article R. 2226-1 de ce code : " La commune ou l'établissement public compétent chargé du service public de gestion des eaux pluviales urbaines, mentionné à l'article L. 2226-1 : 1° Définit les éléments constitutifs du système de gestion des eaux pluviales urbaines en distinguant les parties formant un réseau unitaire avec le système de collecte des eaux usées et les parties constituées en réseau séparatif. Ces éléments comprennent les installations et ouvrages, y compris les espaces de rétention des eaux, destinés à la collecte, au transport, au stockage et au traitement des eaux pluviales ; / 2° Assure la création, l'exploitation, l'entretien, le renouvellement et l'extension de ces installations et ouvrages ainsi que le contrôle des dispositifs évitant ou limitant le déversement des eaux pluviales dans ces ouvrages publics. / Lorsqu'un élément du système est également affecté à un autre usage, le gestionnaire du service public de gestion des eaux pluviales urbaines recueille l'accord du propriétaire de cet ouvrage avant toute intervention. ".

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 31 août 2018 et de ses compléments d'expertise, que les dommages dont les requérants demandent réparation ont pour origine, d'une part, les conséquences des rejets de la station d'épuration mise en service en 2005 en amont de leur moulin, tant en termes d'eaux boueuses et nauséabondes que d'augmentation du débit d'eau du ruisseau de la mine, et, d'autre part, l'incidence de l'imperméabilisation des sols en amont du moulin et du " recalibrage " du Dorfgraben, dont le ruisseau de la mine est un affluent, avec la construction de plusieurs ouvrages de transfert des eaux pluviales vers le ruisseau.

5. D'une part, s'il résulte de l'instruction que le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, créé en 1996, détenait la compétence d'assainissement des eaux usées, il est toutefois constant que, par un arrêté du 30 décembre 2020, le préfet de la Moselle a prononcé la dissolution de ce syndicat à compter du 1er janvier 2021 et a transféré l'ensemble de ses biens, droits et obligations à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie en application des articles L. 5211-25-1 et L. 5211-26 du code général des collectivités territoriales. Il s'ensuit que la communauté d'agglomération doit être désormais regardée comme maître d'ouvrage de la station d'épuration mise en service en 2005.

6. D'autre part, si les statuts du syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, établis le 12 août 1996, prévoient qu'en " ce qui concerne les réseaux d'eaux pluviales, les communes peuvent confier au syndicat la maîtrise d'ouvrage et leur entretien " et qu'une " convention interviendra alors au cas par cas entre les communes intéressées et le syndicat ", il ressort toutefois de l'arrêté du préfet de la Moselle du 8 octobre 2003, portant autorisation du système d'assainissement, que le syndicat a notamment été autorisé à construire les déversoirs d'orage qui ont participé au " recalibrage " du Dorfgraben. Ainsi, nonobstant l'utilisation du terme " assainissement " dans l'arrêté, le syndicat doit être regardé comme ayant exercé la compétence de gestion des eaux pluviales urbaines au sens des dispositions citées au point 3 du présent jugement. Or, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie a repris les droits et obligations du syndicat à compter du 1er janvier 2021. Elle doit donc être regardée comme étant également maître d'ouvrage des déversoirs d'orages qui évacuent les eaux pluviales vers le Dorfgraben.

7. En tout état de cause, il ressort des dispositions du code général des collectivités territoriales citées au point 3 du présent jugement que la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie exerce, à la date de lecture du présent jugement qui intervient postérieurement à la dissolution du syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, les compétences d'assainissement des eaux usées et de gestion des eaux pluviales urbaines.

8. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie doit être regardée comme la seule personne publique responsable des dommages dont les requérants demandent réparation. Par voie de conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Macheren, les conclusions de la requête doivent être rejetées en tant qu'elles sont dirigées contre le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, la commune d'Altviller, la commune de Folschviller, la commune de Lachambre, la commune de Macheren et la commune de Valmont.

Sur l'opposabilité de l'expertise du 31 août 2018 et des compléments d'expertise à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie :

9. S'il résulte de l'instruction que la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie n'a pas été partie à la procédure d'expertise diligentée par le tribunal de céans, il est toutefois constant que le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées a été représenté au cours de cette procédure. Or il résulte des point 5 et 6 du présent jugement, d'une part, que ce syndicat exerçait la compétence de l'assainissement des eaux usées ainsi que celle de la gestion des eaux pluviales urbaines et, d'autre part, que la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie s'est substituée au syndicat pour la totalité des compétences qu'il détenait, à compter du 1er janvier 2021. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie dans son mémoire en défense, l'expertise doit être regardée comme lui ayant été contradictoire.

Sur la responsabilité de la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie :

10. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers, tant en raison de leur existence que du fait de leur fonctionnement. Il appartient alors au demandeur ayant la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage d'apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'il allègue avoir subis et de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et ces préjudices. Le maître de l'ouvrage ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure, sans pouvoir utilement invoquer le fait du tiers. Les victimes ne sont pas tenues de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'elles subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

11. Il résulte du point précédent que la circonstance que la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie n'aurait commis aucune faute dans l'exercice de ses compétences de gestion des eaux de pluie et d'assainissement est sans incidence sur son éventuelle responsabilité.

En ce qui concerne les volumes et débits à l'origine de l'érosion des berges du moulin :

12. En premier lieu, il résulte de l'expertise du 31 août 2018 et de ses compléments que l'urbanisation croissante des surfaces du bassin versant du Dorfgraben et l'imperméabilisation des surfaces en résultant ont rendu nécessaire la construction d'ouvrages d'évacuation des averses vers le ruisseau pour éviter le débordement du réseau d'assainissement classique, ce que l'expert désigne par le terme " recalibrage du Dorfgraben ". Or, si l'imperméabilisation des sols ne constitue pas, en tant que telle, une opération de travaux publics susceptible d'engager la responsabilité de la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, il en va différemment des opérations de recalibrage du cours d'eau décrites par l'expert, qui accompagnent nécessairement cette imperméabilisation. Or, il ressort de l'expertise que les ouvrages construits sur le Dorfgraben permettent de " fixer le débit déversé à l'aval dans le ruisseau ", que le débit théorique en l'absence d'ouvrages de stockage est d'environ 14 m3/s alors qu'il est désormais de 18,8 m3/s lors d'une pluie trentennale, qu'après le recalibrage du cours d'eau, " la même averse produit des débits sensiblement plus élevés " et que " les débits sont au minimum 3 à 4 fois plus élevés que ceux existants avant le recalibrage ". L'expert souligne que la mise en place d'ouvrages de transfert a nécessairement conduit au déversement dans le ruisseau, en présence d'averses, de débits instantanés plus élevés et plus fréquents. Or l'expertise mentionne que ces déversements plus fréquents et plus importants dégradent les ouvrages composant le moulin et altèrent la stabilité des berges du ruisseau en aval du déversoir. L'expert relève ainsi l'existence de l'érosion du lit et des berges, aggravée par le transport de matériaux minéraux ou organiques arrachés sur le cours du ruisseau, susceptible d'altérer le bon fonctionnement des ouvrages de M. et Mme A : barrage et vanne de retenue, déversoir et vanne de décharge, bief et moulin. L'expert estime que l'accroissement des débits d'averse engendrés par le recalibrage du Dorfgraben est à l'origine de 70% de l'érosion des berges en aval du déversoir et de l'érosion du déversoir lui-même à sa base.

13. En deuxième lieu, il résulte de l'expertise que l'augmentation des volumes déversés par la station d'épuration située en amont de la propriété des requérants depuis sa mise en fonctionnement ainsi que l'augmentation des débits des rejets de cette station ont de concert participé à l'érosion du cours d'eau. S'agissant des débits, l'expert retient une augmentation générale et progressive entre janvier 2008 et octobre 2013 de l'ordre de 66%, avec des dépassements ponctuels de la valeur de référence de 6120 m3 par jour. S'agissant du volume annuel déversé par la station, l'expertise l'estime, sur la base de 20 000 habitants et d'une consommation moyenne de 200 litres par jour par habitant, à hauteur de 1 460 000 m3 par an. L'expert relève cependant que : " si les volumes déversés sont du même ordre, le débit des rejets de la station est sensiblement moins fluctuant et beaucoup plus faible que le débit du ruisseau de la mine en période de fortes précipitations. Les effets des rejets de la station sur l'érosion sont estimés beaucoup moins importants que ceux résultant des gros débits instantanés des averses. ". Il estime dès lors que la part de l'augmentation des débits et volumes des rejets de la station d'épuration dans les phénomènes d'érosion peut être estimée à 15%.

14. En troisième lieu, il ressort de l'expertise que le barrage du moulin, destiné à réguler le déversement des eaux dans le bief, ainsi que sa vanne de retenue ont eu pour effet, lorsque la vanne était partiellement ou complètement fermée, d'élever la ligne d'eau dans le bief, de diminuer les vitesses en amont du barrage et d'augmenter les vitesses d'écoulement dans la vanne de décharge. L'expert estime ainsi qu'en élevant la ligne d'eau et en augmentant la vitesse des eaux dans la vanne de décharge, le barrage a favorisé l'érosion en aval du déversoir et de sa vanne, dont il est responsable à hauteur de 15%. Au regard de ces constatations, le barrage situé à l'entrée du bief doit être regardé comme étant une vulnérabilité inhérente au moulin qui n'était à l'origine d'aucun désordre avant le recalibrage du Dorfgraben et la construction de la station d'épuration mais qui, combinée avec ces deux éléments, contribue à l'érosion dommageable. Or, dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'atténuer la responsabilité de la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie en raison de l'incidence du barrage du moulin de M. et Mme A.

15. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie est responsable de la totalité des dommages engendrés par l'augmentation des volumes et débits d'eau du ruisseau du Dorfbragen et du ruisseau de la mine.

En ce qui concerne la qualité des eaux :

16. Il résulte de l'expertise du 31 août 2018 que si les analyses de la qualité des eaux du ruisseau de la mine ne mettent pas en évidence de dégradation importante des rejets en aval de la station d'épuration, plusieurs problèmes liés à la qualité des rejets dans l'eau du ruisseau ont toutefois été observés jusqu'au début de l'année 2013. L'expert relève à cet égard qu'en l'absence de mécanismes de dilution en période de basses eaux du ruisseau et en l'absence de dégradation de certaines substances compte tenu de la faible distance entre le point de rejet et le bief, des déversements d'eaux polluées et boueuses ainsi des phénomènes d'eutrophisation ont pu avoir lieu. Il estime que ces dysfonctionnements ont cessé avec la mise aux normes des installations industrielles et la mise en route du traitement des boues, de l'amélioration des installations et des procédés de traitement de la station à partir du début de l'année 2013. Il relève enfin que les désordres relatifs aux nuisances olfactives et au développement d'algues qui ont entravé la roue du moulin de M. et Mme A doivent être entièrement imputés aux dysfonctionnements de la station d'épuration. Si, comme le fait valoir la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, l'expert relève dans son complément d'expertise du 24 février 2020 que les requérants auraient pu éviter le développement des conditions favorables au phénomène d'eutrophisation en procédant à " un entretien approprié des ouvrages hydrauliques et du bief afin de maintenir autant que possible une circulation d'eau ", cette circonstance ne constitue toutefois pas une faute à l'origine du dommage allégué, mais seulement une action qui aurait pu en retarder la survenance ou en limiter provisoirement l'étendue. Elle n'est donc pas de nature à exonérer la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie de sa responsabilité. En tout état de cause, l'expert mentionne également qu'en " période de faible débit et en présence de conditions climatiques défavorables, les phénomènes d'eutrophisation auraient pu malgré tout se produire en présence de dysfonctionnement de la station d'épuration () dont l'existence est difficilement contestable () jusqu'en 2013. ". Il en résulte que la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie est également responsable de la totalité de ces dommages.

Sur l'appel en garantie de l'Etat formé par la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie :

17. En premier lieu, la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie soutient que le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, dont elle vient aux droits, s'est plié aux exigences légales et réglementaires s'agissant de la qualité des eaux rejetées par la station d'épuration et que l'Etat doit donc la garantir des condamnations prononcées à son encontre. Il résulte toutefois du point 16 du présent jugement que la mauvaise qualité des rejets incombe aux dysfonctionnements de la station d'épuration jusqu'en 2013. Or ces dysfonctionnements doivent être regardés comme étant imputables au seul syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées. Ils ne sauraient donc engager la responsabilité de l'Etat.

18. En deuxième lieu, la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie soutient que l'augmentation du débit des eaux résulte nécessairement de l'exploitation de la station d'épuration, telle qu'autorisée par le préfet de la Moselle en vertu de son arrêté du 20 décembre 2011. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à rendre l'Etat responsable des dommages subis par les requérants dès lors qu'il n'est pas établi, ni même n'est soutenu, que le préfet de la Moselle aurait autorisé un ouvrage dont le débit de traitement méconnaîtrait les obligations légales et réglementaires applicables en la matière.

19. En troisième lieu, si la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie fait valoir qu'il appartenait au préfet de contrôler le respect des prescriptions du droit d'eau dont bénéficient les consorts A, il ne résulte pas de l'instruction que l'utilisation de ce droit d'eau serait responsable en tout ou partie des dommages dont la réparation est sollicitée.

20. Il résulte des points précédents que l'appel en garantie formé par la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie doit être rejeté.

Sur les préjudices indemnisables :

21. Dans les circonstances de l'espèce, le caractère grave et spécial du préjudice subi par les époux A, qui n'est au demeurant pas contesté par la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, doit être regardé comme étant établi s'agissant des dommages directement liés aux volumes et débits des eaux, qui présentent un caractère permanent.

22. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les phénomènes d'érosion impliquent nécessairement la reprise du déversoir ainsi que la consolidation de la berge en aval du moulin. Si les requérants se prévalent d'un devis de la société SADE du 19 mai 2016 dont il ressort que la consolidation de la berge couterait 61 246,80 euros et que la réparation du déversoir couterait 4 824 euros, ce document n'est toutefois pas de nature à établir le caractère certain de ces frais. Il y a donc seulement lieu de condamner la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie à rembourser à M. et Mme A, sur production de justificatifs, les frais correspondant aux opérations listées dans le devis du 19 mai 2016, une fois celles-ci effectuées.

23. En deuxième lieu, les requérants demandent l'indemnisation des frais nécessaires à la reconstruction de la roue de leur moulin ainsi qu'à la restauration des aménagements nécessaires à la production d'électricité. S'il ressort du complément d'expertise du 24 février 2020 que la roue du moulin n'a jamais produit d'électricité, il n'en demeure pas moins que le déversement par la station d'épuration d'eaux boueuses et chargées en matière organiques non traitées a endommagé le système de production d'électricité du moulin et que, dès lors, son remplacement incombe à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie. Néanmoins, le caractère certain des frais ainsi engendrés n'est pas établi par la production d'un devis du 8 décembre 2017 à hauteur de 88 909,46 euros et correspondant à la remise en route du moulin. Il y a donc seulement lieu de condamner la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie à rembourser à M. et Mme A, sur production de justificatifs, les frais correspondant aux opérations listées dans le devis du 8 décembre 2017, une fois celles-ci effectuées.

24. En troisième lieu, les requérants sollicitent le remboursement des frais de remplacement des batteries de stockage d'électricité qui seraient devenues obsolètes en l'absence de production d'électricité par la roue du moulin. Toutefois, ils ne démontrent pas que le changement de ces batteries, dont la durée de vie est en tout état de cause limitée, devrait intervenir prématurément en raison à l'absence de production d'électricité par la roue du moulin. Il en résulte que, faute pour M. et Mme A d'établir un lien de causalité direct et certain avec la qualité des rejets de la station d'épuration, la demande indemnitaire susmentionnée doit être rejetée.

25. En quatrième lieu, M. et Mme A soutiennent qu'en raison de l'inondation régulière du moulin depuis la mise en fonctionnement de la station d'épuration, ils ont dû restaurer l'entrée du bâtiment avec des cailloutis pour une somme totale de 800 euros. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que les inondations dont ils se prévalent ont un lien direct et certain avec soit l'augmentation des débits et des volumes d'eaux dans la rivière de la mine, soit avec l'altération de la qualité de l'eau engendrée par les déversements de la station d'épuration. Il s'ensuit que la demande indemnitaire formée à ce titre doit être rejetée.

26. En cinquième lieu, les requérants soutiennent qu'en l'absence de production d'électricité par leur moulin, ils ont été contraints de recourir à un groupe électrogène. Ils se bornent cependant à solliciter le versement d'une somme globale de 8 450 euros, déterminée sur la base de 500 litres de gazole par an pendant treize ans et d'un prix de 1,30 euros le litre, sans produire d'éléments de nature à établir la réalité des dépenses qu'ils invoquent. Il s'ensuit que cette demande ne peut qu'être rejetée.

27. En sixième lieu, M. et Mme A font valoir que l'entretien régulier du Moulin a entraîné des frais de déplacement depuis leur habitation principale à Eppelborn en Allemagne, à raison de deux fois par semaine. Ils sollicitent le remboursement de leurs frais kilométriques à hauteur de 4 056 euros. Toutefois ils n'assortissent leur demande d'aucune pièce justificative, ni même d'aucune précision sur l'objet des déplacements dont ils se prévalent. Dès lors, ils n'établissent pas le lien entre les frais afférents à ces déplacements et les causes des désordres retenus par l'expertise.

28. En septième lieu, les requérants font valoir que le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées a utilisé une parcelle qui leur appartient, cadastrée section 13 n° 186 et d'une superficie de 2 000 mètres carrés. Ils précisent que cette parcelle est recouverte d'un remblai depuis la construction de la station d'épuration et sollicitent ainsi une indemnisation pour la spoliation dont ils s'estiment victimes. Toutefois, M. et Mme A n'établissent ni être les propriétaires de la parcelle susmentionnée, ni que le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées aurait été responsable d'une emprise irrégulière sur cette parcelle, ni même que cette emprise éventuelle perdurerait depuis la reprise des biens du syndicat par la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie. Il s'ensuit que cette demande doit être rejetée.

29. En huitième lieu, M. et Mme A se prévalent d'un préjudice lié à l'absence de jouissance du moulin en tant qu'habitation principale depuis 2006. Contrairement à ce que fait valoir la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, la seule circonstance que le moulin n'ait jamais produit sa propre électricité n'est pas de nature à dénier la réalité de ce préjudice dès lors que les dysfonctionnements de la station d'épuration ont, en tout état de cause, rendu la production d'électricité impossible. En revanche, les requérants ne sauraient obtenir la réparation dudit préjudice en se basant sur le prix moyen des loyers annuels sur le territoire de la commune de Folschviller dès lors, d'une part, qu'il ressort de leurs propres écritures qu'ils ne comptaient pas louer le moulin mais en faire leur habitation principale et, d'autre part, à supposer même qu'ils aient eu pour projet de louer leur bien, que le caractère certain des pertes de revenus en résultant ne saurait être tenu pour établi. Il y a donc seulement lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire une juste appréciation du préjudice de jouissance subi par les requérants en leur octroyant la somme de 10 000 euros.

30. En neuvième lieu, la force motrice produite par l'écoulement d'eaux courantes ne peut faire l'objet que d'un droit d'usage et en aucun cas d'un droit de propriété. Il en résulte qu'un droit fondé en titre ne se perd que lorsque la force motrice du cours d'eau n'est plus susceptible d'être utilisée par son détenteur, du fait de la ruine ou du changement d'affectation des ouvrages essentiels destinés à utiliser la pente et le volume de ce cours d'eau. Ni la circonstance que ces ouvrages n'aient pas été utilisés en tant que tels au cours d'une longue période de temps, ni le délabrement du bâtiment auquel le droit d'eau fondé en titre est attaché, ne sont de nature, à eux seuls, à remettre en cause la pérennité de ce droit. L'état de ruine, qui conduit en revanche à la perte du droit, est établi lorsque les éléments essentiels de l'ouvrage permettant l'utilisation de la force motrice du cours d'eau ont disparu ou qu'il n'en reste que de simples vestiges, de sorte qu'elle ne peut plus être utilisée sans leur reconstruction complète.

31. En l'espèce il résulte de l'instruction que le moulin des requérants est titulaire d'un droit d'eau, accordé par un arrêté du préfet de la Moselle du 17 juillet 1861 pour le maintien de l'activité utilisant la force hydraulique. Toutefois et d'une part, il résulte de l'instruction que le moulin des époux A, s'il a été réaménagé en maison d'habitation, a encore pour objet d'utiliser la force motrice du ruisseau afin de produire de l'électricité. Ainsi l'ouvrage n'a pas changé d'affectation. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que les désordres affectant le bâtiment et les travaux requis pour le remettre en état seraient d'une ampleur telle qu'ils devraient faire considérer le moulin comme se trouvant en état de ruine. Il en résulte que, nonobstant l'inutilisation du moulin depuis plusieurs années et son état de délabrement, le droit d'eau qui lui est attaché ne s'est pas perdu. Les demandes indemnitaires formées à ce titre par les requérants doivent être rejetées.

32. En dixième lieu, M. et Mme A sollicitent l'indemnisation des nuisances olfactives engendrées par les rejets de la station d'épuration ainsi que de l'impossibilité d'utiliser les puits du moulin dont l'eau a été rendu impropre à la consommation par ces mêmes rejets. Si le lien entre les nuisances olfactives et les rejets de la station d'épuration entre 2005 et 2013 est établi par le rapport d'expertise, il n'en va pas de même s'agissant de la pollution des puits de la propriété. L'expert relève à cet égard que les eaux des deux puits de la propriété des requérants ont été prélevées et que les analyses de sédiments n'ont pas révélé de pollutions significatives pouvant rendre compte d'activités passées ou actuelles liées à des rejets urbains ou industriels. Il en conclut que ces puits sont non conformes pour la production d'eau d'alimentation humaine, indépendamment des rejets de la station d'épuration. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des seules nuisances olfactives en condamnant la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie à verser aux requérants la somme de 3 000 euros.

33. En onzième lieu, les requérants sollicitent l'indemnisation du préjudice moral résultant, d'une part, de l'impossibilité de réaliser leur " projet de fin de vie, à savoir déménager d'Allemagne pour venir s'installer dans leur moulin " et, d'autre part, des désagréments inhérents à la gestion des désordres affectant leur bien. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de leur préjudice en condamnant la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie à leur verser la somme de 2 000 euros.

34. En douzième lieu, si les requérants sollicitent le remboursement d'une somme globale de 3 983,68 euros, il résulte de l'instruction que cette somme correspond aux analyses sédimentaires de l'eau des deux puits appartenant aux intéressés, effectuées par le laboratoire Aspect. Or il résulte du point 32 du présent jugement que le caractère impropre à la consommation de ces eaux ne présente aucun lien avec les désordres imputables à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie. Il s'ensuit que ce poste de préjudice ne peut qu'être écarté.

35. En treizième lieu, les requérants sollicitent le remboursement d'une somme globale de 4 278,05 euros qui correspondrait à des analyses supplémentaires effectuées par la société " Institut Fresenius " et qui se seraient avérées nécessaires pour mettre en exergue les traces, sur leur propriété, des boues provenant de la station d'épuration. Les requérants produisent notamment trois factures datés des 27 mai 2016, 30 octobre 2017 et 29 novembre 2019 d'un montant total de 3 647,35 euros. Ce montant correspond à différentes opérations d'analyse effectuées sur le terrain appartenant aux requérants qui doivent dès lors se voir indemniser des sommes ainsi exposées. M. et Mme A produisent également deux factures en date du 30 janvier 2017 et du 23 mai 2017 d'un montant total de 630,70 euros correspondant à des frais de déplacement et de conseil dont ni la consistance ni l'utilité ne sont établies. Par conséquent, il y a seulement lieu de condamner la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie à verser aux requérants une somme de 3 647,35 euros en réparation de ce chef de préjudice.

36. En quatorzième lieu, si les requérants sollicitent une somme de 21 000 euros au titre d'une avance sur les frais d'expertise judiciaire, ces frais ne constituent pas un préjudice mais des dépens dont la charge incombe déjà à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative

37. En quinzième lieu, il ressort des factures du 16 avril 2015, du 1er décembre 2015, du 6 mai 2016 et du 31 janvier 2017 produites à l'instance que les requérants ont acquittés une somme totale de 4 607,43 euros pour l'assistance d'expert-conseils lors des opérations de l'expertise diligentée par le Tribunal. Il résulte ainsi de l'instruction que M. C a assisté M. et Mme A lors de la réunion d'expertise du 15 avril 2015, puis que M. D les a assistés lors des réunions du 6 avril 2016, du 4 mai 2016 et du 17 janvier 2017. Ces frais ayant été utiles à la résolution du litige, les requérants sont fondés à en demander le remboursement à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie.

38. En seizième lieu, si les requérants sollicitent une somme de 6 270,20 euros correspondant aux honoraires d'avocat réglés à Me Meyer, il est constant que ces frais ont exposés dans le cadre de la procédure de référé expertise. Dès lors, ces dépenses ne constituent pas un préjudice propre à la présente instance mais des frais de justice qui ne pouvaient qu'être indemnisés en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de l'instance de référé expertise.

39. En dix-septième lieu, les requérants exposent avoir engagé la somme de 694,16 euros auprès de Me Brehm, avocate allemande, afin d'éviter " toute incompréhension entre droit allemand et droit français ". Toutefois cette dépense est dépourvue de caractère utile et ne saurait, dès lors, être indemnisée.

40. En dix-huitième et dernier lieu, si les requérants se prévalent d'une somme de 4 400 euros réglée à Me Delalande qui les représente dans la présente instance, cette dépense ne constitue pas un préjudice mais des frais de justice qui doivent être alloués en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

41. Il résulte de tout ce qui précède qu'en dehors des préjudices mentionnés aux point 22 et 23 du présent jugement, l'ensemble des préjudices indemnisables de M. et Mme A s'élève à la somme totale de 23 254,78 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

42. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / " Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. / " Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l'intérêt moratoire. ".

43. D'une part, en application de ces dispositions, M. et Mme A ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point 41, et ce à compter du 11 février 2020, date de la réception de leur demande indemnitaire préalable par le syndicat intercommunal d'assainissement des trois vallées, auquel s'est substitué la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie depuis le 1er janvier 2021.

44. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée lors de l'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 11 février 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens de l'instance :

45. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. (). ".

46. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme globale de 47 383,55 euros par une ordonnance du 16 juillet 2020 de la juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, à la charge définitive de la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

47. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

48. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie une somme de 5 000 euros à verser aux requérants au titre de ces dispositions.

49. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par les autres parties en application des mêmes dispositions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie est condamnée à verser la somme globale de 23 254,78 euros (vingt-trois mille deux cent cinquante-quatre euros et soixante-dix-huit centimes) à M. et Mme A.

Article 2 : La somme mentionnée à l'article 1 portera intérêt au taux légal à compter du 11 février 2020. Les intérêts échus à la date du 11 février 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : La communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie est condamnée à rembourser à M. et Mme A, sur production de justificatifs, les frais correspondant aux opérations listées dans le devis du 19 mai 2016, une fois celles-ci effectuées.

Article 4 : La communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie est condamnée à rembourser à M. et Mme A, sur production de justificatifs, les frais correspondant aux opérations listées dans le devis du 8 décembre 2017, une fois celles-ci effectuées.

Article 5 : Les frais d'expertises, taxés et liquidés à la somme globale de 47 383,55 euros (quarante-sept mille trois cent quatre-vingt-trois euros et cinquante-cinq centimes) par une ordonnance du 16 juillet 2020 de la juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, sont mis à la charge de la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie.

Article 6 : La communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie versera à M. et Mme A une somme de 5 000 (cinq mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la communauté d'agglomération Saint-Avold Synergie, à la commune de Folschviller, à la commune de Valmont, à la commune d'Altviller, à la commune de Macheren, à la commune de Lachambre, au ministre chargé de la transition écologique et à l'Office français de la biodiversité. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Messe, présidente,

Mme Milbach, première conseillère,

M. Duez-Gündel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

C. F

La présidente,

M.-L. MESSE

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre chargé de la transition écologique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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