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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2003154

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2003154

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2003154
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP HEMZELLEC-DAVIDSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2020, des mémoires des 23 février et

28 avril 2022, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 30 mai 2022 sur le fondement de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, le département de la Moselle, représenté par la SELARL Leonem, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum les sociétés Fayat Bâtiment et Qualiconsult à lui verser la somme de 68 901,14 euros TTC (57 417,62 euros HT), assortie des intérêts de droit à compter du 6 juillet 2018 et de leur capitalisation ;

2°) de condamner in solidum les sociétés Fayat Bâtiment, Qualiconsult et Jean-Pierre Lott Architecte à lui verser la somme de 12 974,76 euros TTC, assortie des intérêts de droit à compter du 6 juillet 2018 et de leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Fayat Bâtiment, Qualiconsult et

Jean-Pierre Lott Architecte le versement de la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le département de la Moselle soutient, dans l'état récapitulé de ses écritures, que :

- tant le rapport d'expertise judiciaire que les rapports d'expertise amiable, et les constats d'huissier en dates des 12 février 2015 et 4 décembre 2018, sont opposables aux défendeurs, dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été méconnu ;

- les désordres constatés ont un caractère décennal, qu'il s'agisse du défaut d'étanchéité de la toiture ou des menuiseries extérieures ;

- les constructeurs sont solidairement responsables de ces désordres, y compris la maîtrise d'œuvre et le contrôleur technique ;

- le montant du préjudice dont il demande réparation est justifié par les pièces qu'il produit et n'excède pas le coût de la remise en état du bâtiment affecté par ces désordres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2020, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 31 mai 2022 sur le fondement de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société Jean-Pierre Lott Architecte, représentée par Me Zine, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) subsidiairement à la condamnation des sociétés Qualiconsult et Fayat Bâtiment à la garantir pour toute condamnation pouvant être prononcée à son encontre ;

3°) encore plus subsidiairement à ce que soit prononcé un partage de responsabilité entre les sociétés Jean-Pierre Lott Architecte dans la limite de 10%, Qualiconsult et Fayat Bâtiment ;

4°) à ce que soit mise à la charge du département de la Moselle la somme

de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2021 et 5 avril 2022, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 13 mai 2022 sur le fondement de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société Fayat Bâtiment, représentée par Me Le Discorde, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que soit mise à la charge du département de la Moselle la somme

de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) subsidiairement à la condamnation in solidum des sociétés Qualiconsult et

Jean-Pierre Lott Architecte à la garantir pour toute condamnation pouvant être prononcée à son encontre ;

4°) à ce que soit mise à la charge in solidum des sociétés Qualiconsult et Jean-Pierre Lott Architectes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 1er juin 2022 sur le fondement de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société Qualiconsult, représentée par la SCP Hemzellec-Davidson, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que soit mise à la charge du département de la Moselle la somme

de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) subsidiairement à la réduction à hauteur de 50% des indemnisations compte tenu de la faute du maître d'ouvrage ;

4°) encore plus subsidiairement à la condamnation in solidum des sociétés Fayat Bâtiment et Jean-Pierre Lott Architecte à la garantir pour toute condamnation pouvant être prononcée à son encontre ;

5°) à ce que soit mise à la charge in solidum des sociétés Fayat Bâtiment et Jean-Pierre Lott Architecte la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) à titre infiniment subsidiaire à ce que soit prononcé un partage de responsabilité entre les sociétés Qualiconsult dans la limite de 10%, Jean-Pierre Lott Architecte et Fayat Bâtiment ;

7°) à ce que soit mise à la charge des sociétés Jean-Pierre Lott Architecte et Fayat Bâtiment la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 31 mars 2022, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience au cours du troisième trimestre 2022 et que l'instruction pourrait être close à partir

du 2 mai 2022 sans information préalable.

Par ordonnance du 3 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée le même jour, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Merri, première conseillère ;

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- et les observations de :

* Me Picoche, représentant le département de la Moselle ;

* Me Papin, représentant la société Fayat Bâtiment ;

* Me Bouillet, représentant la société Qualiconsult.

Une note en délibéré, présentée pour le département de la Moselle, a été enregistrée le 30 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. En 2007 le département de la Moselle a décidé de la reconstruction du collège

" Joseph Cressot " à Sarralbe. Il a confié la maîtrise d'œuvre à un groupement constitué de la société Jean-Pierre Lott Architecte, mandataire du groupement, et de la société Saunier et Associés en tant que BET. La mission de contrôle technique a été confiée à la société Qualiconsult par acte d'engagement du 16 juillet 2007. Par acte d'engagement du 5 août 2010,

le marché global de travaux a été attribué à la société Cari. La réception des travaux a été prononcée le 10 juin 2013, à effet du 31 mai 2013, avec des réserves qui ont été levées

le 19 décembre 2013. Le département de la Moselle recherche la responsabilité décennale de la société Fayat Bâtiment, entretemps venue aux droits de la société Cari, de la société Qualiconsult et de la société Jean-Pierre Lott Architecte à raison d'infiltrations apparues à l'intérieur du bâtiment en 2015.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Le préjudice dont le département de la Moselle demande la réparation correspond au coût des travaux de reprise du dispositif d'étanchéité en toiture terrasse et des menuiseries extérieures au droit du mur rideau en façade du bâtiment principal du collège, selon lui à l'origine des infiltrations.

3. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Si le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'ouvrage qu'ils ont réalisé correspond notamment aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection, il ne saurait inclure le coût de travaux qui ne sont pas nécessaires pour remédier à ces désordres.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire du 4 novembre 2017 dont se prévaut le département, que sur la toiture terrasse, l'isolant d'étanchéité au droit des acrotères est ponctuellement décollé. Mais, d'une part, il ressort de ce même rapport que l'expert exclut catégoriquement que ce phénomène soit à l'origine des infiltrations constatées par la suite au cours des opérations d'expertise, et indique que ces infiltrations ont " une toute autre origine que celle invoquée, à savoir des problèmes de condensation, de façade, de réseau ". D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que ce décollement ponctuel de l'isolant d'étanchéité au droit des acrotères soit, par lui-même, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination. Dès lors, les travaux de reprise de cet isolant ne constituent pas des travaux nécessaires pour remédier à un désordre de nature décennale. Par suite, le département n'est pas fondé à en demander réparation au titre de la garantie décennale des constructeurs.

5. En second lieu, les expertises amiables et les constats d'huissier sur lesquels se fonde le département pour réclamer l'indemnisation des travaux de reprise des menuiseries extérieures permettent d'établir l'existence d'infiltrations en de nombreux endroits au sein du bâtiment. En revanche, alors qu'ils ont été établis de manière non contradictoire et sont contestés par les défendeurs, et qu'au demeurant, la plupart des zones affectées ne sont pas situées au droit ou à proximité immédiate des menuiseries extérieures, ils ne suffisent pas à établir que ces dernières seraient à l'origine de ces infiltrations. Dès lors, les travaux de reprise des menuiseries extérieures ne constituent pas des travaux nécessaires pour remédier au désordre que constituent ces infiltrations. Par suite, le département n'est pas fondé à en demander réparation au titre de la garantie décennale des constructeurs.

6. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité, les conclusions indemnitaires du département de la Moselle ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les appels en garantie :

7. Dès lors que le présent jugement ne prononce aucune condamnation à l'encontre des sociétés Fayat Bâtiment, Jean-Pierre Lott Architecte et Qualiconsult, les conclusions présentées par celles-ci à fin d'appel en garantie doivent être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Fayat Bâtiment, Qualiconsult et Jean-Pierre Lott Architecte, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département de la Moselle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du département de la Moselle les sommes que les sociétés Fayat Bâtiment, Jean-Pierre Lott Architecte et Qualiconsult sollicitent sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1 : La requête du département de la Moselle est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au département de la Moselle, à la société Fayat Bâtiment, à la société Jean-Pierre Lott Architecte et à la société Qualiconsult.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère,

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2022.

La rapporteure,

D. MERRI

Le président,

P. REES

La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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