jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2003212 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge unique (3) |
| Avocat requérant | SELARL ZAMOUR ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mai 2020, la société civile immobilière (SCI) des Demoiselles, représentée par Me Zamour, demande au tribunal :
1°)de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2019 à raison de locaux situés au 10 rue de l'industrie à Wittelsheim ;
2°)de condamner l'État aux dépens ;
3°)de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-c'est à tort que l'administration lui a refusé le bénéfice de l'exonération prévue à l'article 1389 du code général des impôts ;
-l'imposition en litige, qui a un caractère confiscatoire, méconnaît l'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
-elle méconnaît l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la fixation de la valeur locative selon la méthode comparative méconnaît l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
-les locaux en litige sont vacants depuis le 30 novembre 2015 en raison de leur état de délabrement ;
-l'administration aurait dû tenir compte de cet état de délabrement, qui constitue un changement des caractéristiques physiques au sens du I de l'article 1517 du code général des impôts ;
-l'administration a méconnu sa doctrine référencée BOI-IF-TFB-20-20-10-10-20140722 et BOI-IF-TFB-20-20-10-20-20141223.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, la directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre les cotisations de taxe foncière au titre des années 2016 et 2017 sont tardives au sens de l'article R*196-2 du livre des procédures fiscales ;
- les autres moyens soulevés par la SCI des Demoiselles ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. B A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1.La SCI des Demoiselles conteste les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017, 2018 et 2019 à raison de locaux situés au 10 rue de l'industrie à Wittelsheim (Haut-Rhin).
Sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin :
2.Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ".
3.Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté par la société requérante, que les cotisations de taxe foncière qui lui ont assignées au titre des années 2016 et 2017 ont été mises en recouvrement au cours des années au titre desquelles elles ont été établies. La réclamation de la SCI des Demoiselles a été reçue par l'administration le 23 décembre 2019, soit après l'expiration du délai prévu par les dispositions précitées de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la réclamation de la société requérante, en tant qu'elle portait sur les années 2016 et 2017 doit, dès lors, être accueillie.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
4.En premier lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes du I de l'article 1389 de ce code : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".
5.Il est constant que les locaux en litige, qui ont été acquis par la SCI des Demoiselles en 2002, ont été donnés en location, à usage de bureaux et d'entrepôt, jusqu'en 2012 à la société ESTM avant d'être mis à la disposition de la société Loisirs Park, dans le cadre d'une convention d'occupation précaire d'une durée de trois ans. Il s'ensuit qu'à la date où les locaux en litige sont devenus vacants, le 30 novembre 2015, ils n'avaient jamais été utilisés par la SCI des Demoiselles pour son exploitation. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé à la société requérante, pour ce motif, le bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions précitées de l'article 1389 du code général des impôts.
6.En deuxième lieu, aux termes de l'article 1498 du code général des impôts, dans sa rédaction issue du premier alinéa du II de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, en vigueur depuis le 1er janvier 2017 : " I - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégorie, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. II - A - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. B - [] 2. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés []. Les tarifs par mètre carré peuvent être [] minorés de 0,7, 0,8, 0,85 ou 0,9, par application d'un coefficient de localisation destiné à tenir compte de la situation particulière de la parcelle d'assise de la propriété au sein du secteur d'évaluation ". Aux termes du 1 du I de l'article 1517 du même code : " Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement ".
7.Si la SCI des Demoiselles soutient que le changement des caractéristiques physiques de l'immeuble, dont elle est propriétaire, conduit à une diminution de sa valeur locative, ce changement ne peut être apprécié que dans le cadre de la méthode d'évaluation des valeurs locatives définie par les dispositions précitées, applicables depuis le 1er janvier 2017, un changement des caractéristiques physiques de l'immeuble pouvant conduire, le cas échéant, à une modification du sous-groupe et de la catégorie dans lesquels il est classé. Si la société requérante invoque l'état de délabrement de l'immeuble, elle n'apporte pas d'éléments précis ou probant permettant d'apprécier l'importance du changement des caractéristiques physiques et les conséquences à en tirer quant à l'évaluation de sa valeur locative en se bornant à produire trois photographies, au demeurant de mauvaise qualité, qui n'établissent par elles-mêmes ni ce qu'elles représentent ni la date à laquelle elles ont été prises, et un devis pour des opérations de désamiantage.
8.En troisième lieu, il n'appartient pas au juge administratif, en dehors du cas prévu par les dispositions de la loi organique n° 2009-1523 du 10 décembre 2009 prise pour l'application de l'article 61-1 de la Constitution, d'apprécier la constitutionnalité de dispositions législatives. Par suite, les moyens tirés par la société requérante de la méconnaissance du droit de propriété, protégé par l'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, et du principe d'égalité devant l'impôt garanti par l'article 13 de cette déclaration, ne peuvent pas être utilement invoqués.
9.En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ".
10.La SCI des Demoiselles soutient que l'assujettissement à la taxe foncière sur les propriétés bâties d'un immeuble dont l'exploitation est devenue impossible serait contraire aux stipulations de l'article 1er du protocole précité. Toutefois, le droit au respect des biens posé par ledit protocole ne porte pas atteinte au droit de chaque État de mettre en œuvre les lois qu'il juge nécessaires. L'exclusion du bénéfice d'une exonération fiscale ne saurait être regardée comme portant par elle-même atteinte au respect des biens au sens de l'article 1er de ce protocole. Il y a lieu, en conséquence, d'écarter ce moyen.
11.En dernier lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ". Lorsque le contribuable invoque, sur le fondement de ces dispositions, l'interprétation d'un texte fiscal que l'administration a fait connaître par des instructions ou circulaires publiées, aucune imposition, même primitive, qui serait contraire à cette interprétation, ne peut être établie. Toutefois, le refus de dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties en cas de vacance dont tout contribuable peut demander à bénéficier en application du I de l'article 1389 du code général des impôts ne constitue pas un rehaussement des impositions mises à sa charge. Par suite, la société requérante ne peut utilement invoquer, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les doctrines référencées BOI-IF-TFB-20-20-10-10-20140722 et BOI-IF-TFB-20-20-10-20-20141223.
12.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SCI des Demoiselles n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige. Par voie de conséquence, elle ne peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de la SCI des Demoiselles est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI des Demoiselles et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
Le magistrat désigné,
C. ALa greffière,
O. WAGNER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026