vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2003752 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ISRAËL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2020, et un mémoire du 25 novembre 2021, la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et la commune de Morschwiller-le-Bas, représentées par Me Israël, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
à titre principal :
1°) de condamner et enjoindre à la société SIRBAL de réaliser les travaux et de remettre en état les lieux en exécution du contrat du 18 octobre 2004, dans le délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, afin de remédier aux désordres ;
2°) de condamner et enjoindre à la société SIRBAL de céder à la commune de Morschwiller-le-Bas, gratuitement et libre de toute sûreté, les biens visés aux articles 2 et 4 du contrat ;
à titre subsidiaire :
3°) de condamner et enjoindre à la société SIRBAL de céder à la commune de Morschwiller-le-Bas, gratuitement et libre de toute sûreté, les biens visés aux articles 2 et 4 du contrat ;
4°) à titre subsidiaire, de condamner la société SIRBAL à leur verser la somme de 274 083,96 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2012, en réparation des fautes commises dans l'exécution de la convention signée le 18 octobre 2004 ;
en tant que de besoin, dans l'hypothèse où les biens visés aux articles 2 et 4 du contrat en cause seraient grevés d'une sûreté :
5°) de condamner la société SIRBAL à verser aux requérantes le montant couvert par la garantie en cause ;
en toute hypothèse :
6°) de condamner la société SIRBAL à verser à la commune de Morschwiller-le-Bas la somme de 84 000 euros au titre des troubles de jouissance ;
7°) de condamner la société SIRBAL à verser aux requérantes la somme de 10 000 euros, en réparation de leur préjudice moral ;
8°) de condamner la société SIRBAL à leur rembourser la somme de 18 619,48 euros au titre des frais d'expertise judiciaire ;
9°) de mettre à la charge de la société SIRBAL la somme de 3 000 euros au titre des frais de l'instance ;
10°) de condamner la société SIRBAL aux entiers dépens.
Elles soutiennent que :
-la juridiction administrative est compétente, s'agissant d'un litige né de l'exécution d'un contrat administratif ;
-l'autorité de la chose jugée par le tribunal puis par la Cour ne peut être opposée à la présente requête, fondée sur la responsabilité contractuelle ;
-la présente action ne peut se voir opposer aucune prescription ;
-il est démontré que la société SIRBAL n'a pas exécuté ses obligations contractuelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2021, la société SIRBAL, représentée par Me Cloche-Dubois et Me Carenzi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la Communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et de la commune de Morschviller-le-Bas la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions des requérantes ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;
- elles sont irrecevables ;
- leur action est prescrite ;
- aucun des moyens qu'elles soulèvent n'est fondé.
Les parties ont été avisées, par courrier du 30 janvier 2023, que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public tenant à l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions relatives à la cession gratuite des parcelles objet de la convention en litige.
Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées, le 12 février 2023, pour la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et la commune de Morschwiller-le-Bas d'une part, et la société SIRBAL d'autre part. Elles ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu l'ordonnance du 10 décembre 2013 par laquelle le tribunal administratif de Nancy a liquidé et taxé les frais de l'expertise judiciaire.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er mars 2023 :
-le rapport de Mme Merri, première conseillère,
-les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,
-et les observations de Me Chebel, substituant Me Israël, représentant la commune de Morschwiller-le-Bas et la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération, et de Me Carenzi représentant la société Sirbal.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 octobre 2004, la commune de Morschwiller-le-Bas et la communauté d'agglomération Mulhouse Sud Alsace, devenue communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération, ont conclu avec la société Sirbal une convention portant sur la réalisation des équipements nécessaires à la desserte de la zone UE du plan d'occupation des sols, et plus particulièrement, de l'ensemble immobilier à vocation commerciale dont la société Sirbal est propriétaire dans la zone d'aménagement concerté Hofer. Le 2 mars 2010, le juge des référés, a, sur demande des requérantes, désigné un expert aux fins de constater les malfaçons et non-conformités affectant les équipements de desserte objet de la convention. L'expert a rendu son rapport le 16 novembre 2011. Par jugement n°1604920 du 25 avril 2018, le tribunal a rejeté les conclusions indemnitaires des requérantes fondées sur la responsabilité décennale de la société Sirbal. La cour administrative d'appel de Nancy, par un arrêt n°18NC01806 du 28 mai 2019, a confirmé le jugement du tribunal.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Il est constant que, par convention du 18 octobre 2004, la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et la commune de Morschwiller-le-Bas ont confié à la société Sirbal la réalisation, sous sa responsabilité et à ses frais, des aménagements nécessaires à la desserte des parcelles dont cette société est propriétaire, et notamment les voies de circulation, selon le plan annexé à la convention. La convention prévoit que la commune pourra, à l'issue des travaux, obtenir gratuitement la cession de l'emprise des voies de circulation. Dans ces conditions, ces travaux doivent être regardés comme exécutés pour le compte de la collectivité et, par suite, constitutifs de travaux publics.
3. La convention en litige portant sur la réalisation de travaux publics, la juridiction administrative est compétente pour connaître des litiges relatifs à son exécution. Dès lors, l'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée par la société Sirbal ne peut qu'être écartée.
Sur la prescription :
4. En premier lieu, les règles de la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968 susvisée ne sont applicables qu'aux créances détenues sur une collectivité territoriale ou un établissement public dotés d'un comptable public, et non aux créances détenues sur une personne privée. Par suite, les requérantes ne peuvent pas utilement invoquer les dispositions de cette loi dans le cadre du présent litige, relatif à la créance dont elles se prévalent sur la société Sirbal, personne privée.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. " Aux termes de l'article 2239 de ce code : " La prescription est également suspendue lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d'instruction présentée avant tout procès. / Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée. " Aux termes de son article 2241 : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. / Il en est de même lorsqu'elle est portée devant une juridiction incompétente ou lorsque l'acte de saisine de la juridiction est annulé par l'effet d'un vice de procédure. ". Et aux termes de l'article 2243 du même code : " L'interruption est non avenue si le demandeur se désiste de sa demande ou laisse périmer l'instance, ou si sa demande est définitivement rejetée. "
6. Les requérantes reprochent à la société Sirbal d'avoir manqué à ses obligations contractuelles en ne réalisant pas des travaux conformes aux prévisions de la convention. Le point de départ du délai de cinq ans prévu par les dispositions précitées de l'article 2224 du code civil doit donc être fixé à la date à laquelle les requérantes ont en connaissance de ces manquements. En l'absence de tout autre élément au dossier permettant de déterminer autrement, les requérantes doivent être regardées comme ayant nécessairement eu connaissance des manquements contractuels qu'elles reprochent à la société Sirbal au plus tard lorsqu'elles ont préparé leur requête en vue de saisir le juge des référés pour obtenir la désignation d'un expert. Le délai de prescription a donc commencé à courir au plus tard juste avant la saisine du juge des référés, et il a été interrompu par cette saisine, enregistrée le 17 février 2010. L'ordonnance du 2 mars 2010 par laquelle le juge des référés a désigné l'expert a mis fin à cette interruption, mais le nouveau délai de prescription de cinq ans a été suspendu, en application de l'article 2239 du code civil, jusqu'à la date de dépôt du rapport de l'expert, le 16 novembre 2011. Le délai de prescription qui a recommencé à courir à compter de cette date a, une nouvelle fois, été interrompu le 3 septembre 2016 par le recours au fond présenté par les requérantes à l'encontre de la société Sirbal.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que, sur l'appel des requérantes à la suite du rejet de ce recours par le tribunal, leur demande a été définitivement rejetée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 28 mai 2019. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article 2243 du code civil, l'interruption du délai de prescription résultant de la précédente action des requérantes est non avenue et le délai de prescription de cinq ans a expiré le 16 novembre 2016. Il en résulte que l'exception de prescription soulevée par la société Sirbal doit être accueillie.
8. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, les conclusions indemnitaires de la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et de la commune de Morschwiller-le-Bas doivent être rejetées.
Sur les dépens :
9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et de la commune de Morschwiller-le-Bas relatives aux dépens de l'instance doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Sirbal, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et la commune de Morschwiller-le-Bas demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et de la commune de Morschwiller-le-Bas, ensemble, la somme de 1 500 euros à verser à la société Sirbal.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et de la commune de Morschwiller-le-Bas est rejetée.
Article 2 : La communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération et la commune de Morschwiller-le-Bas verseront, ensemble, la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) à la société SIRBAL au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération Mulhouse Alsace Agglomération, à la commune de Morschwiller-le-Bas et à la société SIRBAL. Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
La rapporteure,
D. MERRI
Le président,
P. REES
La greffière,
V. IMMELE
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026