lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2004117 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE FIDUCIAIRE D'ALSACE ET DE LORRAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juillet 2020 et le 26 janvier 2022, la société par actions simplifiée (SAS) ELPEV, représentée par Me Jung, demande au tribunal :
1°)de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle demeure assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 ;
2°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière et n'a pas été menée de manière loyale dès lors que le service a exploité des renseignements liés à une cession d'actions à laquelle elle était étrangère ;
- l'administration n'établit pas l'existence d'un acte anormal de gestion.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2021, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.
L'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public ;
- et les observations de Me Jung, pour la SAS ELPEV.
Une note en délibéré a été produite le 24 octobre 2022 par Me Jung.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS ELPEV, agence de communication spécialisée dans la production publicitaire pour les enseignes à réseau, les grandes surfaces alimentaires et les grandes surfaces spécialisées, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié suivant la procédure contradictoire une proposition de rectification du 17 juillet 2018. La SAS ELPEV demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui en procèdent et qui demeurent à sa charge, au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Il résulte de l'instruction que pour établir le caractère excessif du prix des prestations assurées pour la SAS ELPEV par ses deux sociétés mères, les sociétés à responsabilité limitée (SARL) WINSTON et ATOME, le service a sollicité et obtenu de la SAS ELPEV la communication d'informations relatives aux modalités de détermination du prix des titres de cette société détenus par ses dirigeants, M. A et M. B, à l'occasion de leur cession aux deux SARL le 24 juin 2015. Ainsi, la requérante, qui n'invoque au demeurant la méconnaissance d'aucune règle, n'est pas fondée à soutenir que l'administration a exploité des renseignements relatifs à une cession d'actions à laquelle elle était étrangère. La circonstance que le service se soit fondé sur ces renseignements pour vérifier également la déclaration de revenus de MM. A et B est sans incidence aucune sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard de la SAS ELPEV. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que, pour obtenir ces renseignements, l'administration a exercé son droit de communication alors d'ailleurs qu'elle aurait pu le faire sans irrégularité. Enfin, il ne résulte nullement de l'instruction que l'administration a manqué à son devoir de loyauté. Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition suivie est irrégulière.
Sur le bien-fondé des impositions :
3. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient en règle générale à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal. Toutefois, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que l'entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties.
4. La SAS ELPEV, qui a pour dirigeants MM. A et B, a conclu le 5 février 2013 une convention de prestation de services avec la SARL ATOME, qui a pour gérant M. B, ainsi qu'avec la SARL WINSTON, qui a pour gérant M. A. En vertu de cette convention, chacune de ces deux sociétés, qui détiennent ensemble à 100% la SAS ELPEV, assure pour le compte de cette dernière des prestations en matière commerciale, marketing et communication, ainsi qu'en matière de gestion des systèmes informatisés. La société WINSTON assure en plus des tâches administratives, juridiques, fiscales et financières. Ces prestations sont rémunérées à hauteur de 360 000 euros hors taxes par an pour chacune des sociétés WINSTON et ATOME. Par ailleurs, par un avenant du 3 juin 2013, les modalités de rémunération ont été modifiées, en prévoyant un versement supplémentaire de 3% de la marge brute de la SAS ELPEV au bénéfice de chacune des sociétés ATOME et WINSTON. Ces deux sociétés ont ainsi perçu chacune en 2015 et en 2016 respectivement 653 692 euros et 624 086 euros.
5. Pour considérer que la SAS ELPEV a majoré, de manière à constituer un acte anormal de gestion, le prix des prestations assurées pour son compte par les SARL WINSTON et ATOME, l'administration fait valoir que chacune de ces deux sociétés ne rémunérait que deux personnes, ses dirigeants, M. A et M. B ainsi que leurs épouses, qui sont employées en tant qu'assistantes administratives. L'administration relève que les rémunérations des dirigeants et de manière générale les charges de personnel, d'un montant de 240 000 euros, sont faibles eu égard aux montants des prestations facturées, entre 620 000 et 660 000 euros hors taxes par an par chaque SARL. L'administration fait valoir également que la comparaison des taux de marge observés pour ces deux sociétés, entre 52% et 68 %, avec les taux issus des analyses sectorielles publiées par l'INSEE, entre 22 et 38%, a ainsi fait apparaître des écarts significatifs. Ainsi, la rémunération prise en charge par la SAS ELPEV apparaît disproportionnée au regard des charges supportées par les sociétés holdings. Ce constat est corroboré par l'analyse de la cession, par M. A et M. B, des parts qu'ils détenaient dans la SAS ELPEV, qui a révélé que la valeur des prestations rendues par les sociétés ATOME et WINSTON à la SAS ELPEV correspondait aux montants des salaires versés aux dirigeants salariés, à savoir deux fois 280 000 euros. Enfin, l'administration fait valoir que la rémunération variable prévue par l'avenant à la convention du 5 février 2013 n'est pas justifiée par une modification des conditions d'exploitation chez les prestataires ou la société cliente et que rien ne justifie le doublement du montant de la prestation. Au regard de l'ensemble de ces éléments, en l'absence de facturation détaillée des prestations et compte tenu par ailleurs de la relation d'intérêts existante entre les trois sociétés, l'administration est fondée à considérer que la rémunération par la SAS ELPEV, au titre des exercices 2015 et 2016, des prestations assurées pour son compte par les SARL WINSTON et ATOME à hauteur de 653 692 euros et 624 086 euros, constitue un acte anormal de gestion.
6. Si la SAS ELPEV soutient qu'il convient de tenir compte du contexte économique dans lequel elle intervient, qui se caractérise par une forte concurrence, elle ne remet pas en cause cependant le caractère anormal du prix des prestations facturées par les SARL WINSTON et ATOME. Par ailleurs, contrairement à ce qu'elle soutient, il résulte de l'instruction que le service a considéré qu'elle avait bénéficié, non pas uniquement de prestations de gestion, mais également de prestations commerciales. Ainsi, dans sa lettre du 21 août 2019, l'administration a accepté d'examiner les taux de marge pratiqués pour ce type de prestations. Si la requérante produit un tableau de comparaison de ratios de gestion dans le secteur " Agence de publicité " pour alléguer que ses résultats sont toujours supérieurs à la moyenne du secteur et à ceux de ses concurrents, de sorte que son mode de fonctionnement n'a pas de conséquences défavorables sur ses résultats et n'a pas pour effet d'augmenter le niveau global de ses charges en comparaison avec les entreprises du même secteur, elle ne remet pas utilement en cause le caractère anormal du taux de marge pratiqué par ses deux sociétés holdings. De plus, contrairement à ce qu'elle soutient, c'est sans erreur que le service, dans sa lettre du 21 août 2019 faisant suite au recours hiérarchique, a modifié le montant de la production de la SARL ATOME pour aboutir à un taux de marge de 38% et déterminer les dépenses admises à titre de charges déductibles pour la SAS ELPEV. Enfin, les circonstances alléguées que l'administration n'a constaté aucune évasion fiscale ou qu'il n'y a pas eu d'intention frauduleuse, sont sans incidence sur la qualification, au cas d'espèce, d'un acte anormal de gestion.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS ELPEV n'est pas fondée à obtenir la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui demeurent à sa charge au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Par voie de conséquence, elle ne peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la SAS ELPEV est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS ELPEV et à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Christophe Michel, premier conseiller,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Strasbourg, le
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026