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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2005155

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2005155

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2005155
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantAARPI JASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit du 1er février 2022, le tribunal a ordonné la tenue d'une expertise médicale aux fins, d'une part, de préciser si les différentes prises en charge de M. A au sein du centre hospitalier de Haguenau ont été conformes aux règles de l'art et, d'autre part, de préciser si M. A a été victime d'un accident médical non fautif.

L'expert a rendu son rapport le 3 janvier 2023 et l'a produit aux débats le 4 janvier 2023.

Il a également produit une réponse à une mesure d'instruction diligentée par le tribunal, enregistrée le 6 avril 2023.

Par des mémoires, enregistrés les 6 février et 14 mars 2023, M. B A, représenté par la SELARL Huffschmitt, Werey et Associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à la condamnation du centre hospitalier de Haguenau et, le cas échéant, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 100 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'introduction de sa requête ;

2°) à ce que le tribunal ordonne une nouvelle expertise médicale en tant que de besoin ;

3°) à la mise à la charge des parties perdantes d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le rapport d'expertise a mis en exergue plusieurs manquements imputables au centre hospitalier de Haguenau ;

- la responsabilité sans faute de l'ONIAM peut également être engagée ;

- l'ensemble des préjudices détaillés par l'expertise peuvent être évalués à la somme globale de 100 000 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 28 février 2022 et 19 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, représentée par la SELARL Le Temps des droits, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

- à la condamnation du centre hospitalier de Haguenau à lui verser la somme de 87 190,92 euros au titre des débours exposés, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 novembre 2019 et de la capitalisation des intérêts ;

- à la condamnation du centre hospitalier de Haguenau à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

- à la mise à la charge du centre hospitalier de Haguenau d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le centre hospitalier de Haguenau a commis plusieurs manquements qui justifient le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. A et le paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par des mémoires, enregistrés les 7 mars 2023 et 12 avril 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Saumon, conclut à sa mise hors de cause.

Il fait valoir que les conditions de la réparation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies dès lors que les préjudices subis par M. A sont imputables aux manquements commis par le centre hospitalier de Haguenau.

Par des mémoires, enregistrés les 28 février 2023 et 30 mars 2023, le centre hospitalier de Haguenau, représenté par Me Mai, conclut :

- à l'application d'un taux de perte de chance de 20% ;

- à la réduction à de plus justes montants des demandes indemnitaires de M. A et des demandes de la CPAM du Puy-de-Dôme au titre de ses débours ;

- au rejet ou à la réduction des montants demandés par M. A et par la CPAM du Puy-de-Dôme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Il fait valoir que :

- il convient d'appliquer le taux de perte de chance de 20% retenu par l'expertise, tant pour les préjudices de M. A que pour les débours exposés par la CPAM ;

- l'ensemble des préjudices de M. A peut être évalué à la somme globale de 6 803,16 euros ;

- certains débours invoqués par la CPAM ne sont pas en lien avec les manquements commis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Poinsignon, représentant la CPAM du Puy-de-Dôme et de Me Demarche, représentant le centre hospitalier de Haguenau.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 août 2019, M. A a été admis au service des urgences du centre hospitalier de Haguenau où il a été hospitalisé pour une pancréatite aigüe jusqu'au 21 août 2019. Le 11 octobre 2019, il a de nouveau été admis au service des urgences du centre hospitalier de Haguenau en raison d'une récidive des douleurs. Le 15 octobre 2019, il a subi une opération de cholécystectomie pendant laquelle est survenu un saignement artériel abondant qui a imposé la réalisation d'une laparotomie sous costale gauche pour maîtriser l'hémorragie. Le 11 novembre 2019, M. A a de nouveau été hospitalisé pour une angiocholite sur obstruction spontanée du drain de Kehr. En raison de l'apparition d'un sepsis et d'une altération de l'état général avec fièvre, il a été transféré au service de réanimation des hôpitaux universitaires de Strasbourg, le 17 novembre 2019, où il a subi l'embolisation d'un anévrisme de l'artère hépatique commune. Les suites opératoires ont été marquées par une ponction sur les segments hépatiques ainsi que la pose d'un drain au niveau du foie le 19 novembre 2019, un drainage biliaire du foie gauche le 22 janvier 2020, et une chirurgie réparatrice le 4 mars 2020. M. A a présenté une demande indemnitaire préalable qui a été rejetée par le centre hospitalier de Haguenau le 6 janvier 2020. Par ailleurs, par un avis du 11 juin 2020, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Alsace a rejeté la demande présentée par l'intéressé, estimant que son préjudice ne remplissait pas le critère de gravité nécessaire pour la mise en œuvre d'une réparation au titre de la solidarité nationale. Par un jugement avant dire droit du 1er février 2022, le tribunal a ordonné la tenue d'une expertise médicale aux fins, d'une part, de préciser si les différentes prises en charge de M. A au sein du centre hospitalier de Haguenau avaient été conformes aux règles de l'art et, d'autre part, de préciser si M. A avait été victime d'un accident médical non fautif. L'expert a rendu son rapport le 3 janvier 2023 et l'a produit aux débats le 4 janvier 2023. Par sa requête, M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Haguenau et, le cas échéant, l'ONIAM à réparer ses préjudices.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Haguenau :

En ce qui concerne l'existence de manquements :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. (). ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise du 3 janvier 2023, que le centre hospitalier de Haguenau a commis plusieurs manquements au cours de la période du 11 au 29 octobre 2019 pendant laquelle M. A a été hospitalisé pour une cholécystite. D'abord, M. A qui présentait, dès son admission le 11 octobre 2019, des signes cliniques révélant une infection de la vésicule biliaire qui s'est ensuite progressivement aggravée jusqu'au 15 octobre 2019, n'a pas bénéficié immédiatement d'une antibiothérapie. Par ailleurs, l'intervention chirurgicale de cholécystectomie subie par M. A a été réalisée 96 heures après son admission dans l'établissement alors que les règles de l'art imposaient, dans les circonstances de l'espèce, une intervention dans les 72 heures. En outre, la réalisation préalable d'un drainage percutané de la vésicule biliaire du patient, qui n'a pas été discutée par le personnel médical, aurait permis de traiter l'infection dont il souffrait et de procéder à la cholécystectomie dans de meilleures conditions, en dehors de l'épisode infectieux. Enfin une cholangiographie, opacification radiologique des voies biliaires, aurait dû être réalisée pendant la cholécystectomie du 15 octobre 2019. L'ensemble de ces manquements, qui ne sont au demeurant pas contestés par le centre hospitalier de Haguenau, constituent des fautes susceptibles d'engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le lien de causalité :

4. Il résulte de l'instruction que l'absence de mise en œuvre d'une antibiothérapie, la réalisation tardive de la cholécystectomie et l'absence de discussion quant à la réalisation d'un drainage percutané de la vésicule biliaire préopératoire ont, de concert, fait perdre une chance à M. A d'éviter la survenue d'une double plaie biliaire et artérielle lors de l'intervention chirurgicale du 15 octobre 2019. Il s'ensuit que le lien de causalité entre les manquements susmentionnés, imputables au centre hospitalier de Haguenau, et la complication opératoire survenue lors de la cholécystectomie est établi.

5. En revanche, il résulte de l'instruction que si la réalisation d'une imagerie par cholangiographie pendant l'intervention chirurgicale du 15 octobre 2019 aurait permis d'identifier plus clairement la complication opératoire, elle n'aurait toutefois pas eu pour effet d'en prévenir la survenue. L'expertise relève à cet égard que cette absence d'examen peropératoire n'a pas eu de conséquences spécifiques. Ainsi, dans ces circonstances, le lien de causalité entre ce manquement et les préjudices dont M. A demande réparation n'est pas établi.

En ce qui concerne le taux de perte de chance imputable au centre hospitalier de Haguenau :

6. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise du 3 janvier 2023, que les manquements énoncés au point 4 du présent jugement ont fait perdre à M. A une chance d'éviter la survenue d'une double plaie biliaire et artérielle lors de la cholécystectomie du 15 octobre 2019, responsable de ses préjudices. L'expert estime que cette perte de chance peut être fixée à 20%. Si M. A fait valoir que la multiplicité des manquements devrait conduire à retenir un taux supérieur, l'expertise précise que le requérant présentait plusieurs facteurs de difficulté opératoire importants, liés à ses antécédents de pancréatite, à son obésité et à son situs inversus, lesquels rendaient le risque de complication plus probable que pour la moyenne des patients. Par ailleurs, si le requérant souligne que la complication survenue au cours de l'intervention du 15 octobre 2019 n'est rencontrée, selon l'expert, que dans 0,5% des cholécystectomies, cette circonstance est néanmoins sans incidence sur la détermination de la chance qu'il a perdue, en l'espèce, d'échapper à la complication en raison des fautes commises par le centre hospitalier de Haguenau. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de retenir un taux de perte de chance de 20%.

Sur les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale :

7. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise susmentionnée, que la double plaie biliaire et artérielle survenue lors de la cholécystectomie du 15 octobre 2019 constitue un accident médical non fautif au sens des dispositions précitées. En outre, il résulte du rapport de l'expertise du 3 janvier 2023 que le requérant a présenté un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à 50%, entre le 11 octobre 2019 et le 28 avril 2020. Il y a toutefois lieu de déduire les 4 jours précédant l'opération du 15 octobre 2019 ainsi que le jour de cette intervention pour prendre en compte la seule période allant du 16 octobre 2019 au 28 avril 2020 comme étant directement imputable à l'accident médical non fautif. Cette période reste néanmoins supérieure à six mois consécutif au sens de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. Enfin, il résulte de la réponse de l'expert à la mesure d'instruction sollicitée par le tribunal que le risque de survenance de la double plaie biliaire et artérielle pouvait être évaluée à 1,4 %, compte tenu des facteurs de complication opératoire présentés par M. A, et présentait dès lors une probabilité faible. Ainsi, eu égard à cette probabilité faible, et sans qu'il soit besoin d'examiner si l'acte médical a entraîné chez M. A des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles il était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement, le dommage subi par l'intéressé remplit les conditions nécessaires à la mise en œuvre la réparation au titre de la solidarité nationale.

Sur le partage de responsabilité :

10. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique citées au point 7 font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation par l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise par une personne mentionnée au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. Par suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale si ses conséquences remplissent les conditions posées au II de l'article L. 1142-1 et présentent notamment le caractère de gravité requis, l'indemnité due par l'ONIAM étant seulement réduite du montant de l'indemnité mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.

11. Il résulte de ce qui précède que les fautes commises par le centre hospitalier de Haguenau ont fait perdre à M. A une chance d'éviter la survenue d'une double plaie biliaire et artérielle lors de la cholécystectomie du 15 octobre 2019 qui peut être fixée à 20%. Ainsi, eu égard au principe mentionné au point précédent, les préjudices subis par M. A doivent être indemnisés par le centre hospitalier de Haguenau à hauteur de 20% et par l'ONIAM à hauteur de 80%.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices temporaires :

12. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire total, directement imputable à l'accident médical non fautif, entre le 16 et le 29 octobre 2019, entre le 11 et le 26 novembre 2019, entre le 19 et le 21 décembre 2019, entre le 15 et le 24 janvier 2020, entre le 3 et le 18 mars 2020 et le 28 avril 2020, soit pendant une durée de 60 jours dont il sera fait une juste appréciation, sur la base d'une indemnisation de 20 euros par jour, en l'évaluant à la somme de 1 200 euros.

13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% du 30 octobre au 10 novembre 2019, puis du 27 novembre au 18 décembre 2019, puis du 22 décembre 2019 au 14 janvier 2020, puis du 25 janvier au 2 mars 2020 et du 19 mars au 27 avril 2020, soit pendant un total de 136 jours. Il résulte également de l'instruction que le requérant a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25% du 29 avril au 28 mai 2020, soit pendant un total de 30 jours. Il résulte enfin de l'instruction que l'intéressé a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10% du 29 mai au 4 novembre 2020, soit pendant un total de 160 jours. Dans les circonstances de l'espèce, sur la base d'une indemnisation de 20 euros par jour en cas de déficit fonctionnel total, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à M. A la somme globale de 1 830 euros.

14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. A, qui prennent en compte les longs séjours d'hospitalisation, le passage en réanimation, le drainage prolongé et les soins médicaux associés, peuvent être évaluées à 5/7. Dans les circonstances de l'espèce, il en sera fait une juste appréciation en lui allouant à ce titre la somme de 15 000 euros.

15. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a subi un préjudice esthétique temporaire que l'expert évalue à 5/7 et qui résulte de la longue période de drainage biliaire transpariétale de l'abdomen du 30 octobre 2019 au 27 avril 2020. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant au requérant la somme de 3 000 euros.

16. En cinquième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

17. Il résulte de l'instruction que le requérant a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne pendant 1,5 heures par jour pendant toute la période au cours de laquelle il a souffert d'un déficit fonctionnel partiel de 50%, soit 44 jours en 2019 et 92 jours en 2020. Il a également eu besoin de cette assistance pendant 1 heure par jour, cinq jours par semaine, équivalant à 0,7 heures par jour, pendant toute la période au cours de laquelle il a souffert d'un déficit fonctionnel partiel de 25%, soit 30 jours en 2020. Le préjudice indemnisable doit en l'espèce être déterminé sur la base d'un montant horaire de 14 euros en 2019 et de 14,21 euros en 2020, pour une assistance non spécialisée et au vu du montant du salaire minimum de croissance alors existant, ainsi que d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés. Il sera fait une exacte évaluation de ce poste de préjudice en allouant à M. A une somme de 3 593,31 euros à ce titre.

En ce qui concerne les préjudices permanents :

18. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A souffre d'un déficit fonctionnel permanent que l'expertise a évalué à 7% et qui résulte des troubles communs aux différentes atteintes de l'appareil digestif nécessitant un suivi médical régulier, un traitement intermittent et des précautions diététiques. Dès lors, eu égard à l'âge de 61 ans du requérant lors de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant à ce titre la somme de 7 000 euros.

19. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise susmentionné, que M. A n'avait pas d'activité professionnelle au moment de la prise en charge médicale de sa pathologie au centre hospitalier de Haguenau, qu'il était en situation d'invalidité en raison d'une dépression dont il souffrait et que ses troubles psychiatriques ainsi que sa perte de libido actuels sont en lien avec cet état antérieur. Le requérant, qui n'apporte aucune précision sur les préjudices professionnels, d'agrément et sexuel qu'il aurait subis, ne contredit utilement aucun des éléments susmentionnés et n'établit donc pas l'existence de tels préjudices. Il n'y a dès lors pas lieu de lui allouer une somme à ce titre.

20. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A souffre d'un préjudice esthétique permanent que l'expert a évalué à 2/7 et qui est lié à la présence de plusieurs cicatrices sur la paroi abdominale antérieure. Dans les circonstances de l'espèce, il en sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant à ce titre la somme de 1 500 euros.

21. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des préjudices indemnisables de M. A s'élève à la somme totale de 33 123,31 euros. Eu égard au point 11 du présent jugement, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Haguenau à verser au requérant la somme de 6 624,66 euros et de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 26 498,65 euros.

Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme :

22. Par la notification définitive de ses débours du 3 novembre 2022 et l'attestation d'imputabilité du médecin conseil établie le 18 octobre 2022, la CPAM du Puy-de-Dôme justifie avoir engagé la somme de 87 190,92 euros pour le compte de M. A.

23. En premier lieu, si le centre hospitalier de Haguenau fait valoir qu'il n'est pas établi que les épisodes d'hospitalisation compris entre le 27 novembre et le 5 décembre 2019 seraient imputables à l'accident médical non fautif survenu pendant la cholécystectomie du 15 octobre 2019, il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'à compter du 26 novembre 2019, M. A a suivi plusieurs épisodes d'hospitalisation successifs visant à mettre en œuvre la réparation de la plaie différée par hépatectomie droite avec résection de la convergence biliaire de la voie biliaire principale. Il ne résulte pas de l'instruction que les frais hospitaliers engagés à ce titre par la CPAM auraient une autre cause que cette démarche thérapeutique. La caisse est ainsi fondée à en demander le remboursement.

24. En deuxième lieu, le centre hospitalier fait valoir que les frais de transport des 11 décembre 2019, 7 janvier 2020, 3 février 2020, 11 février 2020, 10 juillet 2020 et 29 septembre 2020 ne sont en lien avec aucune prise en charge médicale du requérant. Toutefois, compte tenu du point précédent, le transport du 11 décembre 2019 doit être regardé comme s'inscrivant dans la démarche de réparation de la plaie différée par hépatectomie droite. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les transports des 7 janvier, 3 février et 11 février 2020 correspondent à des périodes de consultations médicales en lien avec l'accident subis par M. A et pour lesquelles les frais engagés par la CPAM ne sont pas contestés par le centre hospitalier. En revanche, il ne résulte d'aucun élément versé aux débats que les transports des 10 juillet et 29 septembre 2020 correspondraient effectivement à des actes médicaux en lien avec l'accident de M. A. Il y a donc lieu de déduire les sommes correspondantes de la créance que détient la CPAM du Puy-de-Dôme sur le centre hospitalier de Haguenau.

25. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, les manquements imputables au centre hospitalier de Haguenau ont fait perdre à M. A une chance d'éviter la survenue de cet accident médical non fautif qui peut être fixée à 20%. Il convient d'appliquer ce taux au montant des débours exposés par la caisse en lien avec l'accident médical non fautif.

26. Dans ces circonstances, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Haguenau à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme la somme de 17 438,18 euros, prenant en compte le taux de perte de chance, et d'en déduire les frais correspondants aux transports des 10 juillet 2020 et 29 septembre 2020, dont le montant exact n'est pas indiqué dans la notification définitive des débours, après leur avoir appliqué le taux de perte de chance.

27. En second lieu, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023. ".

28. En l'espèce, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Haguenau à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité prévue par les dispositions précitées.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

29. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / " Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. / " Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l'intérêt moratoire. ".

30. D'une part, M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point 21 du présent jugement à compter du 20 août 2020, comme il le demande, correspondant à la date d'enregistrement de sa requête introductive d'instance.

31. D'autre part, la CPAM du Puy-de-Dôme a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point 22 du présent jugement, non pas à compter du premier versement effectué au bénéfice de M. A comme elle le demande, mais à compter du 19 mars 2023, date de l'enregistrement du mémoire dans lequel elle fait valoir ses prétentions indemnitaires pour la première fois.

32. Par ailleurs, la capitalisation des intérêts a été demandée par la CPAM du Puy-de-Dôme le 19 mars 2023. A la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter cette demande.

Sur les conclusions tendant à ordonner une nouvelle expertise :

33. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. ".

34. Il appartient au juge, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée. Or il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la tenue d'une nouvelle expertise médicale ne présente pas de caractère utile pour régler le présent litige. La demande présentée en ce sens par M. A doit dès lors être rejetée.

Sur les dépens de l'instance :

35. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

36. En l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise du 3 janvier 2023, taxés et liquidés à la somme globale de 1 200 euros par une ordonnance du 24 mars 2023 de la juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg, à la charge définitive du centre hospitalier de Haguenau.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

37. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

En ce qui concerne les demandes de M. A :

38. D'une part, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55% par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg en date du 18 août 2020. Il n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. D'autre part, l'avocat de M. A n'a pas demandé que lui soit versée par le centre hospitalier de Haguenau la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Haguenau une somme de 1 000 euros à rembourser à M. A au titre de la part des frais exposés par lui, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle.

39. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne les demandes de la CPAM du Puy-de-Dôme :

40. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Haguenau une somme de 1 500 euros à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Le centre hospitalier de Haguenau est condamné à verser à M. A la somme totale de 6 624,66 euros (six mille six cent vingt-quatre euros et soixante-six centimes). Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 20 août 2020.

Article 2 : L'ONIAM est condamné à verser à M. A la somme totale de 26 498,65 euros (vingt-six mille quatre cent quatre-vingt-dix-huit euros et soixante-cinq centimes). Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 20 août 2020.

Article 3 : Le centre hospitalier de Haguenau est condamné à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme la somme de 17 438,18 euros (dix-sept mille quatre cent trente-huit euros et dix-huit centimes) au titre de ses débours, déduction faite des frais correspondants aux transports des 10 juillet et 29 septembre 2020, après leur avoir appliqué le taux de perte de chance de 20%. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 19 mars 2023.

Article 4 : Le centre hospitalier de Haguenau versera à la CPAM de Puy-de-Dôme la somme de 1 162 (mille cent soixante-deux) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 200 (mille deux cents) euros par une ordonnance de la juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg du 24 mars 2023, sont mis à la charge du centre hospitalier de Haguenau.

Article 6 : Le centre hospitalier de Haguenau versera à M. A la somme de 1 000 (mille) euros au titre des frais exposés par lui, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle.

Article 7 : Le centre hospitalier de Haguenau versera à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier de Haguenau, à Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

C. DUEZ-GÜNDEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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