mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2005744 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 septembre 2020, 2 et 10 novembre 2022, la commune d'Altorf, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et associés, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement M. A B, la société HN Ingénierie et la société M. C à lui verser la somme de 87 343 euros, augmentée des intérêts de droit et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à leur charge la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-l'autorité de la chose jugée ne peut pas lui être opposée, dès lors que, par son jugement n° 1803025 du 30 janvier 2020, le tribunal s'est prononcé sur son action exclusivement fondée sur la responsabilité décennale des constructeurs, laquelle constitue une cause juridique distincte de leur responsabilité contractuelle ;
-le marché de maîtrise d'œuvre n'a fait l'objet d'aucun décompte général et définitif ;
-la prescription de son action contractuelle ne peut pas lui être opposée, dès lors que le délai de dix ans prévu par l'article 1792-4-3 du code civil, qui s'est substitué au délai de prescription trentenaire fixé par l'ancien article 2262 de ce code, a commencé à courir le 19 juin 2008, a été interrompu par sa demande d'expertise présentée au juge des référés le 11 septembre 2015 et par sa première requête enregistrée le 14 mai 2018 sous le n° 1803025 ;
-elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre qui, dès lors que les désordres affectant la toiture de son groupe scolaire étaient aisément décelables, ont manqué à leur obligation de conseil lors des opérations de réception ;
-la réparation de ses préjudices, qui correspondent au montant des travaux de reprise et de réparation, doit être fixée à la somme totale de 72 785 euros HT, soit 87 343 euros TTC.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Deleau, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête et de mettre à la charge de la commune d'Altorf la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire : de limiter à la somme de 8 445 euros HT le montant des préjudices à indemniser ; de condamner la société M. C à le garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ; de mettre à la charge de la société M. C la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-l'action en responsabilité contractuelle de la commune à son encontre n'est pas recevable, dès lors que le marché de maîtrise d'œuvre a fait l'objet d'un décompte général et définitif ;
-elle n'est pas fondée, dès lors qu'aucun manquement à ses obligations contractuelles n'est établi ;
-l'action est prescrite en ce qui concerne les travaux de réfection du préau à hauteur de 1 500 euros HT ;
-le coût de la réfection de la toiture terrasse de l'appartement, pour la somme totale de 2 080 euros HT, n'a pas à être pris en compte dès lors que ces travaux ont déjà été repris par le titulaire du marché ;
- la somme de 62 260,88 euros au titre des travaux de reprise des toitures excède le coût des travaux strictement nécessaires pour mettre fin à la cause des désordres, lequel se limite à la somme de 8 845 euros HT ;
-son intervention s'étant strictement limitée à la conception des travaux et la société M. C étant seule intervenue pour en assurer le suivi, elle doit le garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2021 et 13 janvier 2022, la société M. C, représentée par Me André, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de limiter le montant dû à la somme de 8 545 euros HT, de condamner M. A B et la société HN Ingénierie à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre et de rejeter leurs appels en garantie ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune d'Altorf et de toute partie succombante la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-l'action en responsabilité contractuelle de la commune à son encontre n'est pas recevable, dès lors que : ses demandes ont déjà été rejetées par le jugement n° 1803025 du tribunal administratif de Strasbourg du 30 janvier 2020, lequel est revêtu de l'autorité relative de chose jugée ; le décompte du marché de maîtrise d'œuvre a été accepté sans réserve et intégralement réglé le 16 mai 2006 ;
-l'action en responsabilité contractuelle de la commune à son encontre est prescrite ;
-elle n'est pas fondée, dès lors qu'aucun manquement à ses obligations contractuelles n'est établi ;
-le coût des travaux strictement nécessaires pour mettre fin à la cause des désordres se limite à la somme de 8 845 euros HT ;
-elle ne peut pas faire l'objet d'une condamnation solidaire avec les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre, dès lors que la solidarité a pris fin à la réception des travaux ;
-M. A B et la société HN Ingénierie, comme elle membres du groupement de maîtrise d'œuvre, et qui ont touché des honoraires pour chacun des éléments de la mission de maîtrise d'œuvre, doivent la garantir de toute condamnation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, la société HN Ingénierie, représentée par Me Lime-Jacques, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête et les appels en garantie formés à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de limiter le coût de la reprise des désordres à la somme de 8 545 euros HT, de rejeter les appels en garantie dirigés contre elle et de condamner la société M. C à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune d'Altorf ou de toute partie succombante la somme de 3 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-l'action en responsabilité contractuelle de la commune n'est pas recevable, dès lors que : ses demandes ont déjà été rejetées par le jugement n° 1803025 du tribunal administratif de Strasbourg du 30 janvier 2020, lequel est revêtu de l'autorité relative de chose jugée ; elle a été intégralement réglée de ses honoraires par la commune ;
-l'action en responsabilité contractuelle de la commune est prescrite ;
-aucun manquement ne peut être reproché aux maîtres d'œuvre, et en particulier pas à elle ;
-le coût des travaux strictement nécessaires pour mettre fin à la cause des désordres se limite à la somme de 8 845 euros HT ;
-elle ne peut pas faire l'objet d'une condamnation solidaire avec les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre, dès lors que la solidarité a pris fin à la réception des travaux ;
-la société M. C, qui a assuré le suivi des travaux, doit la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rees, président ;
- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,
- et les observations de :
' Me Roussel, substituant Me Barraud,et représentant la société HN Ingénierie ;
' Me André, représentant la société M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 29 juillet 2003, la commune d'Altorf a confié à un groupement solidaire constitué notamment de la société Muhlberger et Associés, mandataire, devenue M. C, de M. A B et de la société Loeb Ingénierie, désormais dénommée HN Ingéniérie, la maîtrise d'œuvre d'une opération de construction d'un groupe scolaire. Les travaux de charpente et les travaux de couverture-zinguerie ont été réceptionnés sans réserve, respectivement, le 3 octobre 2005 et le 17 mars 2006, à effet du 12 septembre 2005. A la suite d'un dégât des eaux survenu le 13 juillet 2011, des infiltrations ont été constatées en plusieurs endroits de la couverture du groupe scolaire. Les désordres ayant persisté en dépit de travaux de reprise, la commune a obtenu du président du tribunal administratif la désignation d'un expert judiciaire, qui a déposé son rapport le 24 mai 2017.
2. Par un jugement n° 1803025 du 30 janvier 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la demande de réparation présentée par la commune d'Altorf sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs. Par la présente requête, la commune d'Altorf demande au tribunal de condamner solidairement M. B et les sociétés M. C et HN Ingénierie à cette réparation, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, au titre de leur manquement à leur obligation de conseil.
Sur la recevabilité :
3. Il résulte de l'instruction que, le 6 avril 2006, à la suite des opérations de réception des travaux, M. B a adressé à la commune une note d'honoraires portant la mention " situation n° 10 - solde ", d'un montant de 2 944,60 euros HT, soit 3 521,74 euros TTC. Le document rappelle les prestations effectuées et les acomptes versés, et son montant correspond exactement au solde de la part de rémunération de M. B fixée dans l'annexe n° 2 à l'acte d'engagement du marché de maîtrise d'œuvre. M. B produit une attestation de son expert-comptable et un extrait du " Grand livre de clôture - comptes généraux au 31 décembre 2006 " qui, en l'absence de tout élément contraire apporté par la commune, sont suffisants pour vérifier que cette note d'honoraires lui a été réglée le 18 mai 2006. De même, la société M. C produit une note d'honoraires datée du 10 avril 2006 et explicitement intitulée " décompte final ", rappelant les prestations effectuées et les acomptes versés, et dont le montant de 6 471 euros HT, soit 7 739,31 euros TTC, correspond exactement au solde de sa part de rémunération fixée dans l'annexe n° 2 à l'acte d'engagement du marché de maîtrise d'œuvre. Elle justifie, par l'extrait de compte bancaire qu'elle produit, du règlement de cette note d'honoraires le 19 mai 2006 par la commune, qui du reste ne le conteste pas. Enfin, il ressort de l'attestation de son expert-comptable produite par la société HN Ingénierie, qui retrace l'ensemble des sommes qui lui ont été versées au titre de l'exécution du marché de maîtrise d'œuvre entre le 6 février 2004 et le 18 mai 2006, que le solde de sa part de rémunération fixée dans l'annexe n° 2 à l'acte d'engagement lui a été réglé le 18 mai 2006 par la commune, qui du reste ne le conteste pas. Bien que la note d'honoraires correspondante ne soit pas produite, ce que l'ancienneté des faits peut raisonnablement expliquer, l'ultime paiement effectué par la commune le 18 mai 2006 suffit à vérifier que cette dernière l'a bien reçue et que, de même que les notes d'honoraires de M. B et de la société M. C pour ce qui les concerne, elle tendait au règlement du solde de la part de rémunération de la société HN Ingénierie.
4. La commune s'est ainsi acquittée, sur la base de ces documents, des sommes restant à payer aux trois intéressés au titre leurs parts respectives du solde du marché, sans qu'il ne résulte de l'instruction qu'elle n'entendait pas, en réalité, procéder au règlement de ce solde, mais seulement à un règlement à titre provisoire. Dans ces conditions, et dès lors qu'elle ne se prévaut d'aucune stipulation contractuelle y faisant obstacle, la commune doit être regardée comme ayant définitivement arrêté le montant des décomptes présentés par les intéressés. Les droits et obligations financiers nés de l'exécution du marché en litige ont ainsi été définitivement déterminés les 18 et 19 mai 2006 en ce qui concerne M. B et les sociétés M. C et HN Ingénierie. Par suite, ces derniers sont fondés à soutenir que la réclamation de la commune, qui tend à remettre en cause ces droits et obligations financiers, est irrecevable.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la commune, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
Sur les appels en garantie :
6. En l'absence de condamnation prononcée à leur encontre, les appels en garantie présentés par M. B et les sociétés M. C et HN Ingénierie sont sans objet.
Sur les conclusions de M. B et des sociétés M. C et HN Ingénierie tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge de l'une ou l'autre des parties en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la commune d'Altorf est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de M. B et des sociétés M. C et HN Ingénierie sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Altorf, ainsi qu'à M. A B et aux sociétés M. C et HN Ingénierie.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.
Le rapporteur,
P. REES L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
D. MERRI
La greffière,
V. IMMELÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026