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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2006030

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2006030

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2006030
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 septembre 2020, 29 novembre 2021 et 8 juillet 2022, la SAS Big Property, représentée par la SELAS Olszak et Lévy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Longeville-lès-Saint-Avold à lui verser la somme globale de 50 130,27 euros, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 juin 2020 et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes commise par le maire, qui, d'une part, par une décision du 25 mars 2019, s'est opposé à la déclaration préalable déposée en vue de la division, pour construire, des parcelles cadastrées section 1 n° 715 et 54, en tant qu'elle concerne le lot n° 7 et, d'autre part, par un arrêté du 24 avril 2019, a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de changer la destination d'un centre de soins en 18 logements collectifs, sur un terrain situé 67 A, rue des Alliés ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Longeville-lès-Saint-Avold une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Big Property soutient que :

- la commune a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors que la décision d'opposition du 25 mars 2019 et l'arrêté du 24 avril 2019 sont entachés d'un vice d'incompétence, en méconnaissance des dispositions des articles L. 422-1, R. 422-1 et R. 422-2 du code de l'urbanisme, d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et d'un détournement de pouvoir ;

- elle a subi des préjudices commerciaux, financiers et de réputation qui doivent être intégralement réparés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 novembre 2021 et 14 juin 2022, la commune de Longeville-lès-Saint-Avold, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Big Property au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Longeville-lès-Saint-Avold soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kalt, première conseillère,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Olszak, avocat de la société Big Property,

- les observations de Me Arab, avocat de la commune de Longeville-lès-Saint-Avold.

Une note en délibéré a été produite par la société Big Property le 21 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 décembre 2018, la société Big Property a déposé une déclaration préalable portant sur la division foncière en vue de construire des parcelles cadastrées section 1 n° 715 et 54 à Longeville-lès-Saint-Avold. Par une décision du 25 mars 2019, le maire de Longeville-lès-Saint-Avold s'est opposé à la déclaration préalable, en tant qu'elle concerne la division en vue de construire le lot n°7. Le 12 décembre 2018, la société Big Property a déposé une demande de permis de construire portant sur un changement de destination d'un centre de soins en 18 logements collectifs, sur un terrain situé 67 A, rue des Alliés à Longeville-lès-Saint-Avold. Par un arrêté du 24 avril 2019, le maire a refusé la délivrance de ce permis. Le 12 juin 2020, la société Big Property a présenté une demande préalable d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de ces décisions, qui a été rejetée par une décision du 19 août 2020 du maire de Longeville-lès-Saint-Avold. Par la présente requête, la société Big Property demande au tribunal de condamner la commune de Longeville-lès-Saint-Avold à réparer ses préjudices.

Sur la responsabilité de la commune :

2. Par les deux décisions précitées des 25 mars 2019 et 24 avril 2019, le maire de Longeville-lès-Saint-Avold s'est respectivement opposé à la déclaration préalable et a refusé de délivrer à la société Big Property un permis de construire en se fondant sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. La société requérante soutient que la commune engage sa responsabilité en raison de l'illégalité fautive de ces décisions.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes ".

4. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que la commune de Longeville-lès-Saint-Avold est soumise au règlement national d'urbanisme depuis l'abrogation, le 27 mars 2017, du plan d'occupation des sols dont elle s'était dotée. Cette circonstance, dès lors que le transfert de compétence au maire pour délivrer les autorisations d'urbanisme est définitif, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme, n'a pas pour effet d'entacher d'illégalité les décisions attaquées, prises par le maire au nom de la commune. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision du 25 mars 2019 et l'arrêté du 24 avril 2019 auraient dû être signés par le préfet ou le maire au nom de l'Etat et sont entachés d'un vice d'incompétence pour ce motif.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ".

6. Aux termes de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme doit être refusée lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité.

8. D'une part, il résulte de l'instruction que le projet de division foncière visé par la déclaration préalable de la requérante concerne une vaste parcelle cadastrée section 1 n° 715, accueillant le site de l'ancienne abbaye, et qui a vocation à être divisée en plusieurs lots, dont un lot n°2, situé au sud-ouest, qui fait l'objet d'un projet d'aménagement, et un lot n° 7, situé au nord-est. Il ressort également de la décision d'opposition à cette déclaration, qui se fonde sur l'avis du 21 mars 2019 émis par la société Enedis, spécifiquement consulté, que le projet de construction du lot n° 7 nécessite une extension du réseau public d'électricité, en dehors du terrain d'assiette, de 280 mètres linéaires, depuis le poste de la maison de retraite, pour un coût estimé à 17 979 euros HT. Si la requérante soutient qu'un simple branchement est possible depuis la rue des Alliés, elle n'établit toutefois pas, compte tenu de l'avis du gestionnaire du réseau, que le réseau électrique serait suffisant pour assurer l'alimentation du lot n°7 dont la construction est projetée au moyen d'un simple branchement. La note d'expertise privée du 3 octobre 2019, qui se borne à indiquer que le raccordement est à la charge du constructeur, ne vient pas contredire les préconisations du gestionnaire du réseau.

9. D'autre part, en ce qui concerne le projet de transformation du centre de soins en 18 logements collectifs, il ressort de l'arrêté du 24 avril 2019 portant refus de permis de construire, qui se fonde sur l'avis du 4 avril 2019 émis par la société Enedis, spécifiquement consulté, que le projet nécessite une extension du réseau public d'électricité, en dehors du terrain d'assiette, de 200 mètres linéaires, depuis le poste de la maison de retraite, pour un coût estimé à 15 063,80 euros HT, ce que les pièces versées aux débats par la requérante ne permettent pas de contredire. A cet égard, la seule circonstance que l'ancien centre de soins était déjà raccordé au réseau électrique, sans que l'on en connaisse d'ailleurs les caractéristiques techniques, n'est, compte tenu de la nature et de l'ampleur des nouveaux bâtiments à desservir, pas de nature à contredire les préconisations du gestionnaire de réseau Enedis.

10. Dans ces conditions, alors que l'intention de la commune de financer les travaux d'extension du réseau public d'électricité n'est pas davantage établie, qu'il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier que la pétitionnaire se serait engagée à les prendre à sa charge, et sans que la requérante ne puisse opposer que ce coût a été indiqué sur chacun des avis émis, pour chaque projet, par Enedis, circonstance qui ne révèle pas l'existence d'un doublon, le maire de Longeville-lès-Saint-Avold n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai ces travaux devaient être exécutés. Par suite, il a pu légalement s'opposer, pour ce seul motif fondé sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, à la déclaration préalable de la société Big Property.

11. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est établi par aucune pièce du dossier.

12. Il en résulte que la société Big Property n'est pas fondée à soutenir que les décisions des 25 mars 2019 et 24 avril 2010 sont entachées d'illégalité et engagent de ce fait la responsabilité de la commune.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Big Property doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Longeville-les-Saint-Avold, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le paiement de la somme que réclame la société Big Property à ce titre.

15. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Big Property le paiement au profit de la commune de Longeville-les-Saint-Avold de la somme de 1 500 euros au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la société Big Property est rejetée.

Article 2 : La société Big Property versera à la commune de Longeville-les-Saint-Avold une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Big Property et à la commune de Longeville-les-Saint-Avold.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

L. Kalt

Le président,

M. A

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2006030

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