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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2006138

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2006138

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2006138
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCEREJA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 octobre 2020 et 30 mai 2022, la société Quonex Alsatel, représentée par la SELARL Baffou-Dallet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la communauté de communes de Sundgau à lui payer les sommes de 44 900,10 et 127 638 euros TTC ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Sundgau la somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les fins de non-recevoir soulevées par la communauté de communes ne sont pas fondées ;

- les contrats en litige ne sont entachés d'aucun vice du consentement ;

- le motif d'intérêt général sur lequel est fondé la décision de résiliation des contrats en litige est inexistant ;

- elle a droit au paiement des factures correspondant aux prestations effectuées avant la résiliation des contrats, pour un montant total de 69 210 euros TTC dont, compte tenu du règlement de 24 309,90 euros effectué par la communauté de communes de Sundgau en cours d'instance, 44 900,10 euros lui restent dus ;

- elle a droit à l'indemnité de résiliation prévue par l'article 15 des conditions générales de vente, qui sont opposables à la communauté de communes de Sundgau, soit la somme totale de 127 638 euros TTC.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 mai 2021 et 28 juin 2022, la communauté de communes de Sundgau, représentée par Mes Cereja et Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3000 euros soit mise à la charge de la société Quonex Alsatel en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

A titre principal :

- les conclusions de la requérante tendant à la seule annulation de la mesure de résiliation, et non à la reprise des relations contractuelles, sont irrecevables ;

- les conclusions relatives à l'indemnisation du préjudice résultant de la résiliation des contrats ne sont pas recevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- les conclusions relatives à l'indemnisation du préjudice résultant de la résiliation des contrats ne sont pas recevables faute pour la requérante d'avoir, préalablement à la saisine du tribunal, formé la réclamation préalable prévue par l'article 37.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de fournitures courantes et de services ;

- sa responsabilité contractuelle ne peut pas être recherchée, dès lors que les contrats en litige sont nuls, son consentement ayant été vicié, notamment par les manœuvres dolosives de la requérante ;

A titre subsidiaire :

- la résiliation des contrats en litige est justifiée par un motif d'intérêt général tenant à ses contraintes budgétaires ;

- la requérante ne peut pas prétendre à l'indemnité de résiliation résultant des stipulations de ses conditions générales de vente, dès lors que ces dernières ne lui sont pas opposables et prévoient, en tout état de cause, une indemnité manifestement disproportionnée par rapport au préjudice qu'elle a pu effectivement subir ; elle n'a droit qu'à l'indemnité de résiliation prévue par l'article 33 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de fournitures courantes et de services, laquelle lui a déjà été réglée ;

- la requérante ne peut pas prétendre à un complément de paiement au titre des factures qu'elle a émises, dès lors que les prestations admises ont déjà été réglées et que le surplus ne correspond à aucune prestation réellement exécutée.

Par ordonnance du 8 août 2022, l'instruction a été close à cette date en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par lettre du 4 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de ce que c'est par erreur que la communauté de communes de Sundgau a donné son consentement aux contrats en litige et, par suite, d'écarter l'application de ces derniers.

Le 7 mars 2024, la société Quonex Alsatel a présenté des observations, qui ont été communiquées.

Le 11 mars 2024, la communauté de communes de Sundgau a présenté des observations et des conclusions reconventionnelles. Les observations sur la lettre du 4 mars 2024 ont été communiquées. Le tribunal a pris connaissance des conclusions reconventionnelles, présentées postérieurement à la clôture de l'instruction, sans les communiquer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rees,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- et les observations de Me Roudergues, représentant la communauté de communes du Sundgau.

Considérant ce qui suit :

1. En 2017, la communauté de communes de Sundgau a fait appel à la société Quonex Alsatel afin de rationaliser et d'optimiser ses infrastructures informatiques et téléphoniques, éclatées sur onze sites distincts. Le 12 juin 2018, la société Quonex Alsatel lui a présenté une proposition commerciale et technique. Le 27 juillet 2018, le président de la communauté de communes de Sundgau a accepté cette proposition et signé les " contrats de prestation opérateur Agil'I.T. Internet " pour les antennes de Ferrette et de Waldighoffen, les sites multi-accueil d'Illfurth et de Muespach-le-Haut, les sites périscolaires de Walheim et Hochstatt, et les piscines de Ferrette et de Tagolsheim. Des contrats identiques ont encore été signés le 5 novembre 2018 pour l'antenne d'Altkirch et le 7 février 2019 pour celle d'Illfurth. A la suite de l'installation et de la mise en service de son réseau, la société Quonex Alsatel a commencé à émettre des factures mensuelles à partir du 10 novembre 2019. Estimant que le réseau n'était pas conforme à sa commande et à ses attentes, la communauté de communes de Sundgau a refusé de régler ces factures. Le 25 février 2020, elle a mis en demeure la société Quonex Alsatel de respecter ses engagements contractuels et de répondre à ses attentes initiales en termes techniques et financiers. Le 7 août 2020, elle a prononcé la résiliation, pour motif d'intérêt général, de l'ensemble des marchés conclus avec la société Quonex Alsatel.

2. Cette dernière, qui indique avoir reçu de la communauté de communes de Sundgau, postérieurement à l'introduction de la présente requête, des règlements pour un montant total de 24 309,90 euros correspondant à certaines prestations qu'elle a admises et à l'indemnité de résiliation prévue par l'article 33 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de la condamner à lui payer la somme de 44 900,10 euros TTC au titre des factures impayées et la somme de 127 638 euros TTC au titre de l'indemnité contractuelle de résiliation.

Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de résiliation :

3. Dans ses dernières écritures, la société Quonex Alsatel déclare renoncer à ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de résiliation du 7 août 2020, ce qui prive d'objet la fin de non-recevoir soulevée à cet égard par la communauté de communes de Sundgau.

Sur les conclusions indemnitaires et pécuniaires présentées par la société Quonex Alsatel :

4. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.

5. La communauté de communes de Sundgau fait valoir que son consentement aux marchés en litige a été vicié par les manœuvres dolosives de la société Quonex Alsatel, qui l'a induite en erreur quant à leur objet, lequel ne comprend pas les prestations de téléphonie qu'elle avait sollicitées et croyait y être incluses.

6. Il résulte de l'instruction que chacun des marchés en litige est constitué, notamment, d'un " contrat de prestation opérateur Agil'I.T. Internet " et de la proposition commerciale et technique du 12 juin 2018, à laquelle renvoient les conditions générales annexées à ce contrat, et décrivant les prestations proposées.

7. Il ressort de la proposition commerciale et technique du 12 juin 2018 que la solution de téléphonie y est constituée par la prestation intitulée " Trunk SIP ", qui porte sur les " abonnements et communications téléphoniques ". Si cette prestation y est présentée comme une " option " dont l'offre " permet l'intégration ", la proposition commerciale et technique comporte également une présentation de la facturation des services indiquant que " Quonex fournira au client une facture Agil'I.T. détaillée mensuelle reprenant l'ensemble des services ", au nombre desquels sont expressément mentionnés les abonnements et consommations téléphoniques, dont, du reste, les modalités de facturation font ensuite l'objet de longs développements. Par ailleurs, chacun des contrats de prestation mentionne une " solution VPN voix et données MPLS ". Or, la " solution VPN voix et données MPLS " ne figure pas comme telle dans la proposition commerciale et technique, où est présentée une " solution VPN MPLS " concernant uniquement les données et non, en outre, la voix, relevant quant à elle de la prestation optionnelle " Trunk SIP ". De surcroît, alors que la proposition commerciale et technique présente, outre l'option " Trunk SIP ", une option de priorisation des flux dans le VPN intitulée " QoS ", chacun des contrats de prestation mentionne uniquement " QoS disponible en option ", soulignant ainsi de manière expresse que cette prestation n'y est pas incluse, sans faire de même pour " Trunk SIP ", qui n'y est pas mentionné.

8. Au regard de ces éléments, et alors qu'il est constant qu'elle avait sollicité la société Quonex Alsatel afin qu'elle lui fournisse, notamment, une solution de téléphonie, la communauté de communes de Sundgau a pu légitimement croire que celle-ci était incluse dans les contrats de prestation en litige.

9. S'il ne résulte pas de l'instruction que la société Quonex Alsatel se soit livrée à des manœuvres dolosives en vue de la tromper sur l'objet des contrats, il n'en demeure pas moins que le consentement de la communauté de communes de Sundgau a été vicié par cette erreur, en l'espèce parfaitement excusable. Dans ces conditions, et alors que la communauté de communes de Sundgau a, dès le départ, refusé d'exécuter les contrats en litige, ce vice revêt une gravité suffisante pour que, nonobstant l'exigence de loyauté des relations contractuelles, leur application soit écartée et le litige ne puisse pas être réglé sur le terrain contractuel.

10. Il s'ensuit, dès lors qu'elles sont uniquement fondées sur la responsabilité contractuelle de la communauté de communes de Sundgau, que les conclusions indemnitaires et pécuniaires de la société Quonex Alsatel ne peuvent, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir qui leur sont opposées, qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la communauté de communes de Sundgau, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Quonex Alsatel la somme de 2 000 euros à verser à la communauté de communes de Sundgau en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la société Quonex Alsatel est rejetée.

Article 2 : La société Quonex Alsatel versera à la communauté de communes de Sundgau la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la communauté de communes de Sundgau est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Quonex Alsatel et à la communauté de communes de Sundgau.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le président-rapporteur,

P. REES

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. MERRI Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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