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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2006690

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2006690

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2006690
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge unique (1)
Avocat requérantZOUAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par sa requête initiale, enregistrée le 16 février 2015 et un mémoire complémentaire, enregistré le 1er octobre 2015, M. A B, représenté par Me Zouaoui, demandait au tribunal :

1°) de condamner Pôle emploi à lui verser la somme de 9 294,14 euros au titre de l'aide différentielle de reclassement du 1er mars 2013 au 31 mai 2015 ;

2°) de condamner Pôle emploi à lui payer la somme de 734,16 euros au titre de l'aide au retour à l'emploi du 1er mars 2013 au 30 septembre 2013 ;

3°) de condamner Pôle emploi à lui payer la somme de 1 956,06 euros au titre de la non attribution de la rémunération de fin de formation du 14 février 2013 au 3 juin 2015 ;

4°) de condamner Pôle emploi à lui payer la somme de 500 euros au titre de sa radiation à tort de la liste des demandeurs d'emploi ;

5°) de condamner Pôle emploi à lui payer la somme de 500 euros au titre d'un excès de pouvoir ;

6°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 août 2015 et 25 août 2016, Pôle emploi Alsace Champagne-Ardenne Lorraine a conclu au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 1500765 du 5 décembre 2018, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la demande de M. B et les conclusions de Pôle emploi présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une décision n° 427696 du 14 octobre 2020 le Conseil d'État statuant au contentieux a annulé le jugement du 5 décembre 2018 en tant qu'il rejette les conclusions de la demande de M. B relatives à l'aide différentielle de reclassement et à l'aide au retour à l'emploi, et renvoyé l'affaire au tribunal dans la mesure de la cassation prononcée.

Procédure devant le tribunal suite au renvoi par la section du contentieux du Conseil d'État :

Par un mémoire, enregistré le 20 septembre 2021, M. B, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner Pôle emploi à lui verser une somme de 9 294,14 euros au titre de l'aide différentielle de reclassement du 1er mars 2013 au 31 mai 2015 avec intérêts de droit à compter de sa demande préalable, ainsi que la somme de 734,16 euros au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi du 1er mars 2013 au 30 septembre 2013 avec intérêts de droit à compter de sa demande préalable ;

2°) de mettre à la charge de pôle emploi la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il avait droit, au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, au versement d'une somme correspondant à 19 indemnités de 38,64 euros soit 734,16 euros brut ;

- il avait droit au versement de l'aide différentielle de reclassement depuis le 1er mars 2013 et jusqu'au 1er mai 2015 pour un montant total de 9 294,14 euros.

La procédure a été communiquée à France travail Grand Est, à la préfète du Bas-Rhin et au ministre du travail alors compétent, qui n'ont pas produit d'observations.

Vu :

- le code du travail ;

- l'arrêté du 15 juin 2011 portant agrément de la convention du 6 mai 2011 relative à l'indemnisation du chômage et de son règlement général annexé ;

- l'accord d'application n° 23 du 6 mai 2011 pris pour l'application de l'article 33 du règlement général annexé à la convention du 6 mai 2011 relative à l'indemnisation du chômage ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dulmet en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dulmet a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était un agent de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Il a perdu son emploi en décembre 2011. Il a bénéficié de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, puis, ayant repris une activité dans le cadre d'un contrat de professionnalisation à compter du 14 février 2013, de l'aide différentielle de reclassement. Titulaire d'un nouveau contrat à compter du 4 juin 2013, il a cessé de percevoir ces aides. En réponse à sa demande de versement de l'aide différentielle de reclassement et de l'aide au retour à l'emploi, Pôle emploi lui a indiqué que le calcul du salaire journalier de référence qui conditionne le montant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi était effectué par son ancien employeur et a rejeté sa demande par une décision du 1er décembre 2014, confirmée par une décision du 18 décembre 2014. M. B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg de condamner Pôle emploi à lui verser les sommes de 9 294,14 euros au titre de l'aide différentielle de reclassement pour la période du 1er mars 2013 au 31 mai 2015, 734,16 euros au titre de l'aide au retour à l'emploi pour la période du 1er mars 2013 au 30 septembre 2013, 1 956,06 euros à titre d'indemnités en raison de la

non-attribution de la rémunération de fin de formation du 14 février 2013 au 3 juin 2015, 500 euros à titre d'indemnités en raison de sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi et 500 euros à titre d'indemnités en raison des illégalités commises. Par jugement n° 1500765 du 5 décembre 2018, le tribunal a rejeté sa demande. Par une décision n° 42696 du 14 octobre 2020, le Conseil d'État a annulé ce jugement en tant qu'il rejetait les conclusions de M. B relatives à l'aide différentielle de reclassement et à l'aide au retour à l'emploi, et renvoyé l'affaire au tribunal sur ce point.

Sur les conclusions relatives au versement de l'aide différentielle de reclassement :

2. D'une part, aux termes de l'article 13 du règlement général annexé à la convention du 6 mai 2011 : " Le salaire de référence pris en considération pour fixer le montant de la partie proportionnelle de l'allocation journalière est établi, sous réserve de l' article 14, à partir des rémunérations des 12 mois civils précédant le dernier jour de travail payé à l'intéressé entrant dans l'assiette des contributions, dès lors qu'elles n'ont pas déjà servi pour un précédent calcul. §2 Le salaire de référence ainsi déterminé ne peut dépasser la somme des salaires mensuels plafonnés, conformément à l' article 43 du règlement et compris dans la période de référence. ". Aux termes de l'article 14 du même texte : " Art. 14 -§ 1er -Sont prises en compte dans le salaire de référence, les rémunérations qui, bien que perçues en dehors de la période visée au précédent article, sont néanmoins afférentes à cette période. Sont exclues, en tout ou partie dudit salaire, les rémunérations perçues pendant ladite période, mais qui n'y sont pas afférentes. En conséquence, les indemnités de 13e mois, les primes de bilan, les gratifications perçues au cours de cette période ne sont retenues que pour la fraction afférente à ladite période. Les salaires, gratifications, primes, dont le paiement est subordonné à l'accomplissement d'une tâche particulière ou à la présence du salarié à une date déterminée, sont considérés comme des avantages dont la périodicité est annuelle. / § 2 - Sont exclues, les indemnités de licenciement, de départ, les indemnités spécifiques de rupture conventionnelle, les indemnités compensatrices de congés payés, les indemnités de préavis ou de non-concurrence, toutes sommes dont l'attribution trouve sa seule origine dans la rupture du contrat de travail ou l'arrivée du terme de celui-ci, les subventions ou remises de dettes qui sont consenties par l'employeur dans le cadre d'une opération d'accession à la propriété de logement. Sont également exclues les rémunérations correspondant aux heures de travail effectuées au-delà des limites prévues par l'article L. 3121-35 du code du travail. D'une manière générale, sont exclues toutes sommes qui ne trouvent pas leur contrepartie dans l'exécution normale du contrat de travail. / § 3 -Le revenu de remplacement est calculé sur la base de la rémunération habituelle du salarié. Ainsi, si dans la période de référence sont comprises des périodes de maladie, de maternité ou, d'une manière plus générale, des périodes de suspension du contrat de travail n'ayant pas donné lieu à une rémunération normale, ces rémunérations ne sont pas prises en compte dans le salaire de référence. Les majorations de rémunérations, intervenues pendant la période de référence servant au calcul du revenu de remplacement, sont prises en compte dans les conditions et limites prévues par un accord d'application / § 4 -Le salaire journalier moyen de référence est égal au quotient du salaire de référence défini ci-dessus par le nombre de jours d'appartenance au titre desquels ces salaires ont été perçus, dans la limite de 365 jours. Les jours pendant lesquels le salarié n'a pas appartenu à une entreprise, les jours d'absence non payés et, d'une manière générale, les jours n'ayant pas donné lieu à une rémunération normale au sens du paragraphe précédent sont déduits du nombre de jours d'appartenance. ".

3. D'autre part, aux termes de l'accord d'application n° 23 du 6 mai 2011 pris pour l'application de l' article 33 du règlement général annexé à la convention du 6 mai 2011 relative à l'indemnisation du chômage, consacré à l'aide différentielle de reclassement, cette aide est accordée aux allocataires âgés de 50 ans ou plus qui reprennent une activité professionnelle salariée " sous réserve que () le salaire brut mensuel soit, pour le même volume d'heures de travail, au plus égal à 85 % de 30 fois le salaire journalier de référence retenu pour la détermination de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. ". Il résulte également de cet accord que " Le montant mensuel de l'aide est égal à la différence entre 30 fois le salaire journalier de référence ayant servi au calcul de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et le salaire brut mensuel de l'emploi repris. ". Il est en outre précisé que " Cette aide est versée mensuellement, à terme échu, sous réserve que le contrat de travail soit toujours en cours, pour une durée qui ne peut excéder la durée maximum des droits et dans la limite d'un montant total plafonné à 50 % du reliquat des droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi./ Le versement de l'aide cesse au jour de la fin du contrat de travail ou lorsque le plafond de 50 % du reliquat des droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi est atteint. ".

4. Il résulte des fiches de paie versées au dossier que, pour la période de

décembre 2010 à novembre 2011 précédant sa perte d'emploi, M. B a perçu une rémunération brute de 23 896,17 euros. En application de l'article 14§4 du règlement général annexé à la convention du 6 mai 2011, le salaire journalier de référence de M. B s'élevait donc à la somme de 23 896,17/365 = 65,47 euros. En se bornant à faire valoir que le montant du salaire journalier de référence a été calculé par l'ancien employeur de M. B, sans contester son mode de calcul, et alors que le requérant avait contesté ce montant dès le 24 novembre 2014 devant Pôle emploi, avant l'intervention de toute prescription, France travail Grand Est ne démontre pas que le montant du salaire journalier de référence devrait être fixé à 57,30 euros. Il y a donc lieu de retenir, pour apprécier les droits de M. B au bénéfice de l'aide différentielle de reclassement, un salaire journalier de référence de 65,47 euros, correspondant à 65,47 x 30 = 1 964,07 euros de salaire mensuel brut moyen de référence.

5. En vertu de l'accord d'application précité du 6 mai 2011, le versement de l'aide différentielle de reclassement à M. B était subordonné au fait que son salaire brut moyen soit au plus égal à 85% de son salaire mensuel brut moyen de référence soit

1 964,07x 85% = 1 669,46 euros.

6. Il résulte des justificatifs non contredits en défense qu'à l'exception des périodes courant du 1er janvier 2014 au 31 janvier 2014, du 1er juin 2014 au 30 juin 2014, du 1er septembre 2014 au 31 octobre 2014 et du 1er décembre 2014 au 31 janvier 2015, M. B a perçu, au titre de la reprise d'une activité professionnelle pour la période du 1er mars 2013 au 1er mai 2015 des salaires bruts mensuels inférieurs à cette somme de

1 669,46 euros. M. B disposait donc d'un droit au versement de l'aide différentielle de reclassement du 1er mars 2013 au 1er mai 2015, à l'exception des périodes indiquées. Il résulte de l'instruction que la différence cumulée entre le salaire mensuel brut moyen de référence de 1 964,07 euros de salaire mensuel brut moyen de référence et les salaires brut mensuels effectivement perçus par M. B du fait de sa reprise d'activité, s'élève à la somme totale de 9 254.32 euros sur l'ensemble de la période dont se prévaut le requérant. Il n'est pas soutenu par France travail Grand Est ni par l'État que cette somme dépasserait le plafond de 50 % du reliquat des droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi prévu par l'accord d'application du 6 mai 2011.

7. En revanche, il est constant que M. B a bénéficié de l'aide différentielle de reclassement pour la période du 1er mars 2013 au 3 juin 2013, soit pendant 94 jours, au taux journalier de 9,63 euros soit une somme totale de 905,22 euros. Il convient de déduire cette somme déjà versée de la somme de 9 254.32 euros à laquelle M. B avait droit au titre de l'aide différentielle de reclassement. Le requérant est donc uniquement fondé à demander le versement de la somme de 8 349,10 euros au titre de l'aide différentielle de reclassement à laquelle il avait droit et qui ne lui a pas été versée. Il y a lieu de condamner France travail Grand Est, éventuellement garanti par l'État, selon les termes de la convention de gestion ayant été signée entre l'ancien employeur de M. B et Pôle emploi non produite aux débats par les défendeurs, à verser à M. B la somme de de 8 349.10 euros au titre de l'aide différentielle de reclassement, cette somme portant intérêt au taux légal à compter du 20 septembre 2021, date de la demande de M. B en ce sens.

Sur les conclusions relatives à l'allocation d'aide au retour à l'emploi :

8. Pour soutenir que Pôle emploi, devenu France travail, aurait commis une erreur dans le calcul de ses droits au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour la période du mois de février 2013, M. B se borne à faire valoir que " le calcul () se détaille ainsi : nombre d'indemnités = 28 - (726.11/65.54*0.8)=19 soit = 19*38.64 = 734.16 euros bruts. ". Il ne résulte pas de ces calculs, qui sont dépourvus d'explications de droit et de fait, et ne sont, par suite, pas intelligibles, que M. B serait fondé à soutenir que l'allocation d'aide au retour à l'emploi qui lui a été versée pour la période en litige serait erronée.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de France travail Grand Est à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : France travail Grand Est est condamné à verser à M. B la somme totale de 8 349,10 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 20 septembre 2021.

Article 2 : France travail Grand Est versera à M. B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B restant à juger suite au renvoi du Conseil d'État est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à France travail Grand Est et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

La magistrate désignée,

A. DULMETLe greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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