vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2100083 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | JUNG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 janvier 2021 et le 30 mars 2022, M. B A, représenté par Me Jung, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande préalable d'indemnisation ;
2°) de condamner le centre hospitalier Le Secq de Crépy à lui verser la somme de 103 584 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du non-respect du repos quotidien ;
3°) de condamner le centre hospitalier Le Secq de Crépy à lui verser la somme de 750 euros au titre de la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19 ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Le Secq de Crépy la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a subi un préjudice du fait du non-respect du repos quotidien prévu à l'article R. 6152-606 du code de la santé publique qui doit être évalué à 103 584 euros ;
- ce non-respect ne lui est pas imputable ;
- la demande préalable formée le 7 septembre 2020 lie le contentieux ;
- il a droit au versement de la moitié de la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19 et la somme correspondante lui a été versée en cours d'instruction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le centre hospitalier Le Secq de Crépy, représenté par la SELARL Houdart et Associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les sommes accordées soient réduites à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- le non-respect du repos quotidien n'est pas établi ;
- l'éventuel non-respect du repos quotidien est exclusivement imputable au requérant ;
- le non-respect du repos quotidien ouvre seulement droit à la réparation du préjudice moral qui en a résulté ;
- le requérant ayant borné sa demande indemnitaire préalable à l'indemnisation d'un préjudice financier, le contentieux n'est pas lié et le recours indemnitaire est irrecevable ;
- la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19 pour un montant de 750 euros sera versée.
Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2020-568 du 14 mai 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté par le centre hospitalier Le Secq de Crépy en qualité de praticien attaché au sein du service de soins de suite et de réadaptation par contrat à durée déterminée à compter du 1er février 2018, puis par contrat à durée indéterminée à compter du 1er janvier 2019. Suite à la présentation de sa démission, il a cessé ses fonctions dans l'établissement le 13 avril 2020. Par lettre en date du 7 septembre 2020, reçue le 9 septembre 2020, M. A a demandé au centre hospitalier, d'une part, l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du non-respect du repos quotidien pendant la période d'exécution de son contrat de travail et, d'autre part, le versement de la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19. Une décision implicite de rejet est née du fait du silence gardé par l'administration pendant deux mois. Par sa requête, M. A doit être regardé comme demandant la condamnation du centre hospitalier Le Secq de Crépy à lui verser la somme de 103 584 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du non-respect du repos quotidien, ainsi que la somme de 750 euros correspondant à la moitié de la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19 à laquelle il a droit.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Il résulte de l'instruction et des écritures du requérant lui-même que la somme de 750 euros lui a été versée le 3 mars 2022 au titre de la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19 prévue par le décret du 14 mai 2020 relatif au versement d'une prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé et à certains agents civils et militaires du ministère des armées et de l'Institution nationale des invalides dans le cadre de l'épidémie de covid-19. Ainsi, la demande tendant au versement de cette prime est devenue sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A tendant à la condamnation du centre hospitalier Le Secq de Crépy à lui verser la somme de 750 euros au titre de la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19.
Sur la fin de non-recevoir :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
4. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
5. Il résulte de l'instruction que par lettre du 7 septembre 2020, reçue le 9 septembre 2020, M. A a formé une demande préalable d'indemnisation en vue de l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du non-respect du repos quotidien pendant la période d'exécution de son contrat de travail. Une décision implicite de rejet est née le 9 novembre 2020 du fait du silence gardé par l'administration pendant deux mois. Si le centre hospitalier Le Secq de Crépy oppose une fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux en ce qui concerne le préjudice matériel, il résulte de ce qui précède que M. A est recevable à demander au juge administratif la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté du non-respect du repos hebdomadaire, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'auraient pas été mentionnés dans sa réclamation. Ainsi la fin de non-recevoir opposée en défense doit en tout état de cause être écartée.
Sur le surplus des conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la faute du centre hospitalier :
6. Aux termes de l'article R. 6152-606 du code de la santé publique : " () Les praticiens attachés bénéficient d'un repos quotidien d'une durée minimale de onze heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / Le repos quotidien après la fin du dernier déplacement survenu au cours d'une astreinte est garanti au praticien. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, ils peuvent accomplir une durée de travail continue n'excédant pas vingt-quatre heures ; dans ce cas, ils bénéficient, immédiatement à l'issue de cette période, d'un repos d'une durée équivalente. / Le temps d'intervention sur place et le temps de trajet réalisés lors d'un déplacement survenu au cours d'une astreinte constituent du temps de travail effectif et sont pris en compte pour l'attribution du repos quotidien. ".
7. Pour établir que l'administration n'a pas respecté les dispositions précitées relatives au repos quotidien, le requérant produit, d'une part, les plannings des référents jour et des gardes de nuit pour la période de février 2018 à avril 2020, à l'exception du mois d'avril 2019 signés par le chef de pôle et /ou le directeur délégué et, d'autre part, des tableaux qu'il a réalisés lui-même faisant le compte de ses heures de travail avant et après ses gardes de nuit afin de mettre en évidence l'absence de repos quotidien suite à ses gardes. Le centre hospitalier ne produit aucun élément de nature à établir le caractère erroné de ses tableaux et ne fournit aucune indication relative aux périodes de travail effectivement accomplies par M. A, alors qu'il indique lui-même être dans l'impossibilité de produire des tableaux des services effectifs de M. A en raison d'une absence de paramétrage du logiciel de gestion du temps de travail pour le personnel médical. Ainsi, en l'absence de contestation sérieuse de la part du centre hospitalier, il y a lieu de considérer que les horaires retracés dans les tableaux de M. A, qui, contrairement à ce que soutient l'administration, sont concordants avec les plannings des référents jour et des gardes de nuit et avec les horaires habituels de travail de M. A, établissent le temps de travail effectué par M. A sur la période de février 2018 à avril 2020. Ainsi, il est établi que M. A a été privé du repos quotidien prévu par les dispositions précitées de l'article R. 6152-606 du code de la santé publique pour un total cumulé de 1 992 heures. Ce non-respect des dispositions précitées, qui visent à protéger tant le praticien que le patient, constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier Le Secq de Crépy.
En ce qui concerne le lien de causalité :
8. En premier lieu, le centre hospitalier fait valoir que le non-respect du repos quotidien est imputable au requérant, dès lors que les praticiens optent librement pour les créneaux de leurs choix. Toutefois, il appartient à la direction du centre hospitalier de veiller au respect du repos quotidien, qui, ainsi qu'il a été dit, vise à protéger tant le médecin que le patient, lors de l'établissement des plannings des référents jour et des gardes de nuit. Ainsi, aucune faute ne saurait être retenue à l'encontre du requérant.
9. En second lieu, les circonstances invoquées par le centre hospitalier tenant aux difficultés de recrutement et à la continuité des soins, ne sont pas de nature à exonérer le centre hospitalier de son obligation de respecter le repos quotidien.
En ce qui concerne le préjudice :
10. Il résulte de l'instruction que la privation du repos quotidien pour un total cumulé de 1 992 heures pour la période de février 2018 à avril 2020 a causé un préjudice à M. A dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 5 000 euros, alors qu'il n'est pas contesté que ces heures effectuées n'auraient pas été rémunérées dans des conditions régulières.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier Le Secq de Crépy à verser à M. A la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice subi du fait du non-respect du repos quotidien.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Le Secq de Crépy la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A tendant à la condamnation du centre hospitalier Le Secq de Crépy à lui verser la somme de 750 (sept cent cinquante) euros au titre de la prime exceptionnelle aux agents des établissements publics de santé dans le cadre de l'épidémie de covid-19.
Article 2 : Le centre hospitalier Le Secq de Crépy est condamné à verser à M. A la somme de 5 000 (cinq mille) euros.
Article 3 : Le centre hospitalier Le Secq de Crépy versera à M. A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au centre hospitalier Le Secq de Crépy.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vogel-Braun, président,
Mme Milbach, première conseillère,
M. Duez-Gündel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
La rapporteure,
C. C
Le président,
J-P VOGEL-BRAUN
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026